Une version confirmée par Catherine Michaud, présidente de Gaylib qui avait quitté l’UMP en janvier 2013 : « Derrière la défaite de 2012, l'UMP n'a pas fait son autocritique, loin de là. Ça a même été la surenchère de qui serait le plus à droite. Il n'y a eu aucune notion de pourquoi il y a eu défaite. On a entretenu les militants avec l'idée que Sarkozy était une grande personne de la droite, presqu'un sauveur. On s'est bien rendu compte que ce n'était pas le cas. »
« Derrière la défaite de 2012, l'UMP n'a pas fait son autocritique, loin de là »
Ce qui caractérise ce prisme idéologique est connu : la défense d’un modèle familial (un papa, une maman) décrit comme traditionnel, voire symbole d'un ordre naturel, et un conservatisme total en matière d’avancée des droits des minorités et de ce qui est tout simplement autre. Toutefois, si la ligne de pensée est claire, l’identité des partisans de la Manif pour tous l’est moins. Longtemps présentée comme la marche de tous les catholiques, elle était en fait celle d’une partie des catholiques français, explique Josselin Tricou, sociologue à l'université Paris-8, spécialiste des questions de genre dans la religion catholique : « Attention, le catholicisme contemporain est fragmenté. Là, on a eu un effet de trompe-l'œil, notamment avec des journalistes qui ont parfois cru et fait croire que tous les catholiques étaient dans la rue. Et même ceux qui étaient dans la rue, les moins motivés, une fois que les évêques ont dit "on rentre à la maison", ils l'ont fait. » Mais le cadre idéologique, lui, est resté. Et la Manif pour tous est aussi venue apporter ses troupes les plus motivées, notamment via son émanation politique, le micro parti Sens Commun, créé en novembre 2013. Car si les cadres de la droite ont fini par se rallier aux nombreuses marches des anti, c’est réellement cette organisation qui a fait infuser les idées chez Les Républicains.

Émanation politique

Il est vrai que Sens commun, qui se décrit comme « défenseur des familles », a su s’immiscer dans l’appareil du parti, notamment au niveau local. De « l’entrisme » pour Josselin Tricou : « Au niveau local, on le voit très bien, notamment à la région Île de France, Valérie Pécresse a des membres issus du collectif Manif pour tous dans son cabinet. Un effet très immédiat, c'est qu'elle a arrêté de financer la recherche sur le genre. » « La stratégie de Sens commun était justement de ne pas rester dans l'association, mais de la quitter pour pénétrer LR, sachant que le parti LR avait besoin d'adhérents et que Sens Commun avait besoin d'une organisation partisane puissante », poursuit le chercheur. « Néanmoins, ils ont diffusé leurs idées et il y a maintenant une crainte chez les politiques de rouvrir les questions liées à la démocratie sexuelle. » Valérie Pécresse, la présidente francilienne n’est d’ailleurs pas la seule à avoir installé des partisans de Sens commun dans l'organigramme de sa région. Même histoire chez le patron des Républicains Laurent Wauquiez, à la tête de la région Rhône-Alpes, qui a intégré Anne Lorne ancien pilier de la Manif pour tous à Lyon et déléguée régionale de Sens commun dans son équipe. 

Fillon, meilleur candidat de la Manif pour tous

Rétrospectivement, il est même logique que François Fillon, lui aussi proche des idées des partisans de la Manif pour tous, ait fini par gagner la primaire de la droite en 2016. Dans un article de 2017, Challenges racontait d’ailleurs comment la campagne de l’ancien Premier ministre avait été gangrenée par des cadres de Sens commun. « Finalement, cette frange conservatrice, a trouvé des relais, comme Fillon », raconte Catherine Michaud. « Et Sens Commun a fait un travail de fond dans les territoires. Ce sont des choses que personne n'a anticipé, et que l'on a vu monter trois semaines avant le premier tour de la primaire. »
« Les dirigeants des Républicains se sont recroquevillés sur une ligne identitaire »
Mais la ligne politique adoptée par Fillon, puis Wauquiez, est loin d'avoir plu à tout le monde. Si la famille des Républicains affiche, avec plus ou moins de succès, son soutien à François Fillon pendant la campagne présidentielle, une partie le lâche complètement après la victoire d’Emmanuel Macron lors des législatives. D’un coup, le parti est déserté par certain.e.s de ces représentant.e.s centristes, comme Alain Juppé, tandis que d’autres se mettent en retrait, comme Xavier Bertrand. Ils sont nombreux à quitter le parti, comme Franck Riester, qui a créé son propre parti de centre droit, Agir. Il expliquait son départ dans les colonnes du Figaro en septembre 2017 : « Les dirigeants des Républicains se sont recroquevillés sur une ligne identitaire, autoritaire, eurosceptique et ultra-conservatrice. Une ligne qui les condamne à l'échec. Ils piétinent les valeurs fondatrices de l'UMP. Ainsi, certains d'entre eux ont été incapables d'appeler à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Laurent Wauquiez nous dit qu'il ne fera pas d'alliance avec le Front national mais il tient le même discours. » « La présence de Sens commun, dans la campagne de Fillon, a plus été un prétexte qu’une raison pour les membres de LR de quitter le parti dans un contexte de crise » nuance Josselin Tricou. Reste que ce positionnement, combiné à l’arrivée de Macron sur la scène politique avec une offre pouvant satisfaire les personnes de centre droit, a fait exploser la droite.

« Wauquiez se plantera »

Qui aurait pu imaginer, il y a deux ans, que le candidat de la droite et du centre droit finirait par être éliminé dès le premier tour, en récoltant seulement 20,01 % des suffrages ? Certes, l’affaire du Penelopegate, qui a vu l’ancien Premier ministre être accusé de détournement de fonds, ainsi que la montée d’Emmanuel Macron, ont participé à cette déroute. Mais les idées portées par François Fillon n’ont pas fait recette dans l’opinion. Les électeurs et électrices préférant, au choix, la copie à l’original avec Marine Le Pen, ou un point de vue plus modéré sur les questions sociétales avec En Marche. Les indicateurs ne sont pas non plus très bons pour Laurent Wauquiez. Un récent sondage, réalisé par l’Ifop pour Paris Match, indique même que si la présidentielle se déroulait aujourd’hui, le patron des Républicains ne récolterait que 8 % des suffrages. Un camouflet. Auprès de Komitid, Catherine Michaud confie d’ailleurs que, selon elle, « Wauquiez se plantera ». Tout se passe comme si, avec son positionnement dur sur les questions de société, sur la nationalité et sur les réfugié.e.s, LR s’était enfermé dans un espace politique de plus en plus restreint. L’essayiste Gaël Brustier souligne la naissance d’un nouveau pôle : « La ligne politique défendue actuellement, conservatrice-sécuritaire, se rapproche de celle du Front National. On va avoir un pôle conservateur, nationaliste, souverainiste. Là-dedans, un papa-une maman, ça compte. »

Infusions sociétales

Complètement défaites, alors, les idées de la Manif pour tous ? Non pas vraiment, au vu des bons scores du FN. Mais la grande victoire de l’organisation anti mariage pour tous, c’est qu’elle a réussi à installer ses idées et ses codes dans l’opinion française. Certes, les Français.e.s sont désormais majoritairement pour le mariage pour tous, et il n’y avait d’ailleurs plus que Marine Le Pen pour encore réclamer son abrogation dans son programme de 2017.  Dès 2012, le sujet du « genre » est devenu tabou, même à gauche. « À l'époque de Vincent Peillon, il avait dit "on enseigne pas la théorie du genre à l'école", ce qu'il a fait, c'est qu'il a repris sans le savoir le vocabulaire [de la Manif pour tous, ndlr]» explique Josselin Tricou. « C'est ça la grande victoire de la Manif pour tous : ils ont fait en sorte que tout le monde en parle et, surtout, avec leurs mots. » Un constat partagé par Gaël Brustier « la conversation conservatrice de la droite en 2012 a inhibé la gauche. On le voit bien avec Macron. Il ne va rien faire bouger sur les questions LGBT+, à part la PMA ». La récente sortie du président de la République, promettant de réparer les liens « entre l’Église et l’État » abonde dans ce sens. Hormis la PMA, Macron ne promet rien sur la fin de vie et d’autres avancées sociétales.
« La Manif pour tous a ébranlé le monde catholique de droite »
Reste que les opinions ont évolué, y compris dans la population catholique. « La Manif pour tous a ébranlé le monde catholique de droite », souligne Gaël Brustier. « Si vous prenez les familles qui ont défilé, avec sept ou huit gosses, il y en a souvent un ou deux qui sont LGBT+. Ça a fait exploser les familles et ça leur a fait prendre conscience que tout d'un coup, elles n'avaient pas juste une position "pour" la famille ou la filiation, mais homophobe. » À cela s’ajoute l’effet Pape François, qui, sans être particulièrement progressiste, a laissé la porte ouverte sur les questions liées à l’homosexualité. Les prochaines échéances électorales (les élections européennes en 2019), ainsi que les débats parlementaires entourant l’ouverture de la PMA à tout.e.s permettront de juger de la force de frappe de la Manif pour tous, d’abord dans l’opinion, et ensuite dans le monde politique. Si la tenue des États généraux de la bioéthique est un indice, les anti-égalité ont encore de beaux jours devant eux. " ["post_title"]=> string(63) "Comment la Manif pour tous a fait exploser la droite française" ["post_excerpt"]=> string(308) "En drainant des milliers de personnes dans la rue, la Manif pour tous puis Sens commun, ont donné à la droite un champ idéologique clef en main. Mais ce conservatisme débridé risque de réduire encore plus la place des Républicains, pris en tenaille entre le Front National et la République En Marche." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(32) "manif-pour-tous-droite-explosion" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-27 10:19:40" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-27 09:19:40" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4613" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [6]=> object(WP_Post)#15293 (24) { ["ID"]=> int(16907) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-10-07 12:04:56" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-10-07 10:04:56" ["post_content"]=> string(19098) "« PMA pour toutes » : acte XII, scène 8. Emmanuel Macron envisagerait la création d'un groupe de travail parlementaire en amont de la présentation d'un projet de loi, solution miracle semblerait-il, aux yeux de l'exécutif, pour s'assurer un « débat apaisé ». Selon les informations avancées par le Journal du Dimanche, qui cite une figure de la majorité présidentielle, cette instance « veillerait à débroussailler l'extrême complexité des problématiques bioéthiques ». Cette même source défend que cela placerait les parlementaires en « explorateurs du sujet en amont de la constitution définitive du texte ». Sollicité par le JDD, le ministère des Solidarités et de la Santé n'a pas confirmé la mise en place de ce groupe de travail, mais a rétorqué qu'il « est possible qu'il y ait une méthode un peu originale ». « On réfléchit à la meilleure manière de créer les conditions d'un débat le plus serein possible et de permettre aux parlementaires de bien cerner tous les enjeux », a-t-il été ajouté.

« Pas question de brutaliser les consciences »

Lors d'une réunion organisée mardi 2 octobre à l'Élysée à laquelle ont été convié.e.s les parlementaires de la majorité des commissions aux Affaires sociales, Emmanuel Macron aurait déclaré : « Sur ces sujets plus intimes, ne comptez pas sur moi pour passer à la hussarde, il n'est pas question de brutaliser les consciences. » « On ne gagne jamais à passer en force », aurait insisté le président de la République. Le journal, manifestement bien informé, avance que si ce groupe de travail voyait le jour, « il serait chargé d'auditionner toutes les parties prenantes du débat bioéthique, instances religieuses comprises. » Tout un programme. Il semble loin le temps où le candidat Macron déclarait dans TÊTU (numéro 213, mars/avril 2017) qu'il souhaitait simplement que l'on « attende l'avis du CCNE afin qu'il y ait un vrai débat dans la société ». « Si un tel débat aboutit favorablement, je légaliserai la PMA, mais je ne le porterai pas comme un combat identitaire », avait complété le prétendant à l'Élysée.

CCNE, Conseil d'État, Ordre des médecins… : les feux sont au vert

Depuis, la question de l'extension de la PMA à toutes a été largement débattue dans le cadre des États généraux de la bioéthique, servant notamment de base de travail pour le rapport du CCNE. L'instance, dans son rapport dévoilé fin septembre, a - pour la deuxième fois en moins de 24 mois - donner son feu vert. Pour rappel, au mois de mai dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avait précisé qu'en plus du rapport du CCNE, la décision de faire figurer la PMA dans le projet de loi de révision des lois de bioéthiques dépendait de deux autres rapports : celui du Conseil d’État sur les aspects juridiques et celui de l’office parlementaire des choix scientifiques et techniques. « C'est au vu de ces trois rapports que nous prendrons des décisions », avait assuré la ministre. Le CCNE a dit oui et le Conseil d'État a indiqué qu'aucun obstacle juridique ne s'opposait à cette extension. Reste le rapport de l'office parlementaire qui devrait être rendu le 18 octobre, mais à aucun moment la création d'un nouveau groupe de travail parlementaire n'avait été avancée.

#CeQuiEstBrutal : les militant.e.s et les concernées répondent à Macron

Le seul fait d'évoquer la possible création d'une telle instance apparaît aux yeux de beaucoup comme une énième tentative de ménager les opposant.e.s à la PMA pour toutes. « Ce sont des gages qu’il donne aux catholiques. On voit vraiment la logique du "en même temps" et on ne voit pas bien comment il peut en sortir : ouvrir ce droit mais "en même temps" ménager les convictions des uns et des autres », décryptait la politologue et Maître de conférences à Sciences Po Paris Flore Santistéban auprès de Komitid en juillet dernier. Si rien de tout cela n'est pour l'heure confirmé, les informations avancées et les déclarations rapportées ont été suffisantes pour provoquer colère et incompréhension chez les activistes qui défendent l'ouverture de la PMA à toutes les femmes. L'avocate ouvertement lesbienne Caroline Mécary s'est dite « très en colère ». « Après les avis favorables du Défenseur des droits, du Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes, du Conseil d'État, de l'Ordre des médecins + deux avis du Comité d'éthique, après la Mission bioéthique à l'Assemblée nationale, il faudrait encore un groupe de travail ?! » (...) « De qui se moque-t-on ? », a déploré l'avocate. « Emmanuel Macron ne veut pas "brutaliser les consciences". Et la brutalité contre les corps des femmes obligées à des démarches douloureuses pour avoir des enfants ? Et la brutalité des agressions contre les LGBT qui augmenteront encore avec ces débats ? », a lancé la militante lesbienne et féministe Alice Coffin, interpellant directement le président de la République sur Twitter. « Pas question de "brutaliser les consciences" en revanche cesser de brutaliser LGBTQI n'est toujours pas à l'ordre du jour ! On doit pas être compris dans les consciences dont il est question », a souligné la militante lesbienne et féministe Gwen Fauchois. Dans le cadre des Rencontres LGBT+ qu'elle organise, l'association SOS homophobie s'est également fendue d'un tweet. « L’éventuelle création d’une instance réunissant députés et sénateurs de tous bords pour avancer sur la PMA est inacceptable et choquante. C’était l’objet des états généraux de bioéthiques. L’égalité ne peut pas attendre », a insisté l'association. Sur Twitter, les messages reprenant le hashtag #CeQuiEstBrutal, réponse à la volonté de ne « pas brutaliser les consciences » du président, se multiplient : « Ce qui est brutal c’est devoir passer les frontières pour avoir un enfant. C’est devoir essuyer des insultes au quotidien. C’est adopter ses propres enfants. C’est devoir passer devant un tribunal pour être reconnue comme famille », a tweeté le compte de la famille homoparentale Demande à tes mères. 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Recadrage en bonne et due forme de l'exécutif ? « Il n'y pas de soumission ni de couac. Ça a été dit très clairement par Christophe Castaner, par moi même et par Richard Ferrand, ce n'est pas un recadrage ni une mainmise de l'exécutif sur le législatif, c'est juste une décision collective de la majorité », a assuré Guillaume Chiche, interrogé par Komitid, pour justifier son retour en arrière. Pour Flore Santistéban, politologue, maître de conférences à Sciences Po Paris et membre du CEVIPOF sollicitée par Komitid, la déclaration de Benjamin Griveaux n'est autre qu'une « forme de rappel à l’ordre qui signifie que le gouvernement n’entend pas se faire dicter l’ordre du jour parlementaire ». « C’est une conception qui laisse peu de place à la liberté du Parlement mais qui s’inscrit dans la tradition de la Ve République », explique-t-elle.

Ballon d'essai ?

Si le député s'est très rapidement rangé et s'en est remis au calendrier déterminé par le gouvernement, force est de constater que sa sortie du bois aura bousculé l'ordre général autour de la question de la PMA. « C'est la première fois que l'on a de manière aussi explicite depuis notre élection ce calendrier et cet engagement de la part du gouvernement, ce qui n'est pas rien à obtenir », a confié le principal intéressé.
« Ça a obligé la majorité à se positionner »
Et pour cause : lundi 23 juillet, le bureau exécutif de La République en Marche a enfin fixé son cap quant à l'extension de la PMA à toutes les femmes. Merci Guillaume Chiche ? Lui n'en doute pas : « Il s’agit d’une conséquence directe importante et très positive faisant suite à la présentation de la proposition de loi, en écho à l’annonce explicite du gouvernement de présenter un texte avant la fin de l’année » souligne l'intéressé. Pour Flore Santistéban, « ça a remis le dossier sur le devant de la scène et obligé la majorité à se positionner ». Une façon de faire pression sur le gouvernement ? « Deux hypothèses sont possibles : la première consiste pour le député à rappeler au gouvernement la promesse du candidat Macron, la seconde peut s’analyser comme un ballon d’essai émanant de l’exécutif par l’intermédiaire d’un député de la majorité pour tester les réactions au sein du groupe parlementaire et dans l’opinion. » Manifestement, les réactions n'ont pas manqué au sein même de la majorité, contraignant le gouvernement à réagir. Ce début de lumière médiatique en solo n'est pas bien passé auprès de ses camarades, ce qui pourrait en partie expliquer sa volonté de faire machine arrière. « Le retrait peut s’analyser comme une volonté du député d’éviter une humiliation et une mise à l’écart de son groupe », estime Flore Santistéban.
« Coup d'éclat »
« Il a quand même fait un coup d'éclat », souligne de son côté Cécile Delozier, experte en communication politique et fondatrice de l'agence Charisma interrogée par Komitid. « Il ne renonce pas vraiment, il sursoit plutôt parce que le débat va avoir lieu. Il a su émerger et sortir du lot en portant une parole forte. Politiquement il a réussi son coup, il va apparaître comme un référent dans les débats ».

Suivre le rythme

N'empêche que face aux multiples reprises dans la presse et le mouvement (embryonnaire) qui a agité la majorité parlementaire sur le sujet, le gouvernement a rapidement dû réaffirmer sa propre feuille de route. « Il y a une volonté de ne pas traiter la question à la va-vite. Les volontés individuelles ne sont pas mises en valeur on le voit, il faut suivre le rythme », analyse Cécile Delozier.
« Pour beaucoup de parlementaires de la majorité, on voit que la formation leur fait défaut »
Bataille de com' impossible ? « En tout cas, ils n'ont pas laissé l'initiative sans réponse », rétorque Flore Santistéban. « Dans une bataille, on est un peu à force égale. Là on a l'impression que Guillaume Chiche est parti tout seul et qu'il a été rappelé à l'ordre et dans le rang assez rapidement ». Pour la politologue, la sortie du rang s'apparente davantage à un manque d'expérience plutôt qu'à une volonté de jouer dans l'adversité. « Sans virer dans l'amateurisme non plus, mais disons qu'ils peuvent être de bonne foi, animés de bonnes intentions, mais qu'ils n'ont pas encore intériorisé les mécanismes institutionnels. La politique ne s'improvise pas ». Ce n'est pas faute pourtant d'avoir suivi les déclarations du président de l'Assemblée nationale, appelant à un initiative parlementaire pour une loi sur la PMA, mais en oubliant la case « méthode » : « Quand vous voulez porter une proposition de loi, vous en référez avant tout à votre président de groupe qui voit si c'est opportun de l'inscrire et sous quel délai. Ensuite vous le portez dans l'espace public. C'est ce que voulait dire Richard Ferrand quand il lui a dit "il faut travailler avant de communiquer" », traduit Flore Santistéban.

Prudence

Au-delà de l'initiative avortée du député, c'est toute la communication générale de l'exécutif autour de la PMA qui mérite d'être analysée. Le gouvernement ne s'est encore jamais officiellement prononcé sur la question, attendant encore le rapport du CCNE et celui de l'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques à l'automne. Néanmoins le dossier avance : le calendrier des débats se précise, La République en Marche s'est prononcée lundi soir en faveur de l'ouverture et du remboursement de la PMA pour toutes, Quant à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, elle a indiqué le 25 juillet sur RTL qu'il est « peu probable » que le gouvernement aille à l'encontre de ces positions. L'exécutif semble ultra prudent sur cette question, soucieux de faire le débat dans un « climat apaisé » pour citer la ministre, mais surtout de ménager toute forme d'opposition. Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République opère une communication millimétrée autour du sujet.
« On voit vraiment la logique du "en même temps" et on ne voit pas bien comment il peut en sortir »
« Ils craignent un embrasement institutionnel, des oppositions fortes. On voit qu'ils préparent le terrain : l'intervention de Macron au collège des Bernardins, la visite avec le Pape, le « respect des convictions de chacun »... Ce sont des gages qu'il donne aux catholiques. On voit vraiment la logique du "en même temps" et on ne voit pas bien comment il peut en sortir : ouvrir ce droit mais "en même temps" ménager les convictions des uns et des autres », s'interroge Flore Santistéban. Un jeu d'équilibriste tenable ? « Je ne pense pas, parce qu'en politique, sans rentrer dans le manichéisme, à un moment il faut prendre des positions et les assumer », rétorque la politologue. « L'exécutif est sur une ligne de crête », estime pour Cécile Delozier. « Le danger c'est celui de menacer la cohérence du gouvernement et celle de la majorité, parce que sur un sujet comme celui-là, il y a vraiment tout pour faire exploser la majorité. Ils vont devoir faire le grand écart entre des membres de la droite dure, des membres qui viennent du PS, plus la société derrière... C'est sûr que c'est de haute voltige », prévient l'experte en communication politique.

Éviter un remake de 2013

Le sous-texte de cette stratégie de communication ? Éviter à tout prix de refaire la partie de 2013 et les épouvantables débats autour du mariage pour tous et toutes. La présidente de la Manif pour tous a d'ailleurs récemment promis des « mobilisations immenses » si le chef de l'État mettait la PMA sur la table. Face à cela, l'exécutif reste pour l'heure planqué derrière les questions de bioéthique pour ne pas se prononcer. « Je pense que cette réforme aura lieu in fine, mais l'exécutif entend le faire sans avoir des milliers de gens dans la rue et des dissensions trop fortes au sein de la majorité. Ça passe par beaucoup de prudence et de donner des gages », conclut Cécile Delozier. Avancer prudemment, « donner des gages »... Telle est la stratégie de Macron. Mais à quel prix pour les personnes concernées ? La mobilisation des antis dans le cadre des États généraux de la bioéthique a déjà donné le ton. « Comme souvent, la conquête de nouveaux droits ne viendra que d’une mobilisation de la communauté elle-même », estime Flore Santistéban. Et de préciser : « Plusieurs modes d’action sont possibles : l’interpellation continue auprès des dirigeants politiques pour les rappeler à leurs engagements, la mobilisation des soutiens existants et surtout la visibilité dans l’espace public »." ["post_title"]=> string(112) "« Tout pour faire exploser la majorité » : échographie de la stratégie de com' autour de la PMA pour toutes" ["post_excerpt"]=> string(255) "Les choses se bousculent autour du dossier PMA depuis la mi-juillet, les députés de la majorité s'affirment et s'agitent, le gouvernement recadre. Analyse de la stratégie de communication qui se joue autour d'un sujet explosif aux yeux de l'exécutif." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(100) "tout-pour-faire-exploser-la-majorite-echographie-de-la-strategie-de-com-autour-de-la-pma-pour-toutes" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-26 13:52:38" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-26 11:52:38" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=12619" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

« Pourquoi Les Républicains s'opposeront à la PMA sans père » : l'affligeante tribune de cinq non-concernés

Publié le

Une fois de plus, cinq hommes cisgenres et hétérosexuels proches de La Manif pour tous décident de donner leur avis sur l'accès à la PMA pour tou.te.s.

cinq membres hommes les republicains signent une tribune anti pma "sans pere" dans le figaro lesbophobie
« Pourquoi Les Républicains s'opposeront à la PMA sans père » : l'affligeante tribune de cinq non-concernés - nakaridore / Shutterstock

Ce qui devait arriver arriva. Après la publication, le 22 octobre dernier, d’une tribune pro-PMA dans les colonnes du Monde par cinq parlementaires (trois femmes, deux hommes) des Républicains… Les Républicains contre-attaquent. Ce vendredi 2 novembre, Laurent Wauquiez, Christian Jacob, Bruno Retailleau, Franck Proust et Jean Leonetti ont publié à leur tour un texte, dans Le Figaro, pour réaffirmer leur opposition à ce qu’ils appellent, en bon sympathisants de La Manif pour tous, « la PMA sans père ».

Une initiative immédiatement démontée par militant.e.s et associations LGBT+ sur les réseaux sociaux. Tou.te.s ont pointé du doigt le fait qu’une fois de plus, ce soient des hommes (à priori) cisgenres et hétérosexuels, donc non-concernés par l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, qui prennent la parole.

 

Côté rhétorique, les cinq hommes de droite en mal de légitimité citent aussi bien George Orwell que José Bové pour appuyer leur propos. Mais au final, on retrouve le bingo habituel de LMPT, Alliance Vita et compagnie depuis 2013. « Nier délibérément le rôle et la représentation du père », « marchandisation du corps de la femme », protection de «  l’enfant à naître », « eugénisme » : tout y est.

Sans doute conscients de tourner en rond, face à l’opinion publique en faveur de l’ouverture de la PMA aux femmes lesbiennes, bies et célibataires, les cinq compères ont décidé de terminer leur tirade sur un passage larmoyant. Rangez les mouchoirs et sortez le pop-corn car dans l’optique de se dédouaner de la lesbophobie et de l’homophobie inhérentes à leur posture, ils ont fait fort : «  Il est illusoire de réduire le débat en un clivage simpliste et imaginaire : le nouveau monde contre l’ancien monde, les gentils progressistes contre les méchants réactionnaires. La courbe des sondages ne nous dictera pas l’idée que nous avons de la société et de l’être humain  ».

Face aux avancées sociales qu’ils appellent «  injonction au mouvement perpétuel », ces membres de LR peuvent être fiers d’eux pour au moins une chose : ils réussissent à faire du sur place depuis les six dernières années avec une persévérance qui forcerait presque le respect. Et la bonne nouvelle pour les concernées par la PMA, c’est qu’ils finiront inévitablement par se faire plus petits dans leurs rétros.