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« Mes clientes hétéros singent le porno lesbien » : une travailleuse du sexe lesbienne témoigne

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Un témoignage rare et précieux sur le travail du sexe lesbien, ainsi que sur les représentations collectives du sexe entre femmes.

Témoignage prostitution travailleuse du sexe lesbienne raconte son quotidien dans une interview rare et précieuse
« Mes clientes hétéros singent le porno lesbien » : une travailleuse du sexe lesbienne témoigne - alexfan32 / Shutterstock

Dans les colonnes de VICE Pays-Bas, Velvet, travailleuse du sexe lesbienne, a décidé de raconter son parcours et son quotidien à Amsterdam.

Dans une tribune, celle qui se définit escort, explique que si c’est la nécessité qui l’a amenée au travail du sexe, elle aime son métier, bien qu’il n’ait pas été si simple pour elle de trouver une agence qui lui permette de n’avoir que des femmes comme clientes à ses débuts. Elle a fini par tomber sur The Naughty Woman, qui lui a permis d’exercer dans les conditions qu’elle souhaitait : « Quand je suis arrivée dans leurs bureaux, elles m’ont demandé ce que je pensais de l’industrie du sexe, quelles étaient mes limites et si je savais utiliser un gode ceinture. J’ai été prise ».

De la vision hétérocentrée du sexe lesbien dans les représentations collectives

Velvet raconte que sa clientèle est très diverse, entre vieilles lesbiennes qui font leur coming out sur le tard, femmes hésitant sur leur orientation sexuelle, femmes bisexuelles, gouines épanouies… mais qu’elle travaille également avec de nombreuses femmes hétéros qui cherchent à expérimenter le sexe avec une autre femme, pour pimenter leur vie sexuelle, ou simplement par curiosité. « Ce qui me frappe souvent chez mes clientes hétéros, c’est qu’elles s’inspirent du porno lesbien, et selon moi, ça n’a pas grand chose à voir avec la réalité », confie la travailleuse du sexe. « Elles sont tellement curieuses qu’elles veulent tout essayer en même temps. Elles vous lèchent une seconde et vous prennent avec un gode ceinture la seconde d’après. »

« Le mythe le plus persistant ? La sexualité lesbienne se résumerait à la position des ciseaux »

Un retour d’expérience qui en dit long sur les représentations biaisées du sexe lesbien dans le porno mainstream. « Le mythe le plus persistant ? La sexualité lesbienne se résumerait à la position des ciseaux. C’est faux. Le schéma est différent du modèle hétérosexuel », conclut-t-elle. Velvet explique également que cumuler l’identité lesbienne avec celle de travailleuse du sexe lui vaut bien des questions indiscrètes. « En tant que lesbienne, j’y suis habituée, mais le fait que je sois escort laisse penser aux gens qu’ils ont littéralement le droit de me demander tout ce qu’ils veulent : comment j’amène les femmes à l’orgasme, est-ce que j’utilise des sex toys ou quel est mon taux horaire. »

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« C’est un honneur incroyable de vivre ces moments uniques de la vie d’un être humain »

Tout au long de son récit de vie, l’escort néerlandaise explique à quel point la communication et la complicité sont des points essentiels du travail qu’elle mène avec ses clientes. Notamment auprès de personnes fragilisées par des violences. Elle raconte, entre autres, l’histoire d’une de ses clientes, victime de viol : « J’ai essayé de la mettre à l’aise et de lui expliquer qu’elle ne devrait pas faire quelque chose dont elle n’avait pas envie. Au début, elle avait du mal à se lâcher, mais après lui avoir parlé, elle a commencé à répondre à mes questions, ce qui nous a permis de découvrir ce qu’elle aimait ou non. Je l’ai vraiment vue s’ouvrir durant notre session. Ça a été une belle expérience pour nous deux. C’est, en tout cas, un honneur incroyable de vivre ces moments uniques de la vie d’un être humain. Ces quelques heures peuvent être très intenses, car les vraies émotions ont tendance à se manifester pendant les rapports sexuels. ».

Velvet n’oublie pas d’aborder un autre point qui a son importance : la bienveillance de ses clientes à l’égard de son corps. « Contrairement à ce que j’entends au sujet des clients masculins, les femmes ne semblent pas avoir beaucoup d’exigences en ce qui concerne l’apparence physique. En général, elles jettent un coup d’œil à notre petite biographie sur le site et ça suffit. Mais elles peuvent aussi nous demander de leur envoyer une photo ou de porter quelque chose de spécifique, comme du rouge à lèvres ou de la lingerie en dentelle noire. »

Travail du sexe lesbien, la fin d’un tabou ?

Si la question du travail du sexe en général souffre déjà de représentations excessivement misérabilistes ou, à l’inverse, romancées à l’extrême, la prostitution lesbienne semble, elle, presque souffrir d’une invisibilité totale. Les lesbiennes n’existent pas, et les femmes n’ont pas de désir, c’est bien connu…

« Je n’en suis pas fière, mais je n’ai pas honte »

Si le témoignage de Velvet, rare et puissant, est précieux, il est encore plus fort dans l’actualité de cette rentrée, car le hasard a fait qu’il est sorti quelques jours seulement avant une interview de Lily Allen, qui confie avoir fait appel à des escort girls en 2014. En pleine promo de son livre My Thoughts Exactly, la chanteuse bisexuelle a raconté ce passage de sa vie, détaillé dans l’ouvrage, pour «  prévenir » son lectorat. « Je n’en suis pas fière, mais je n’ai pas honte », dit-elle de cette expérience. Si la fin du tabou semble encore loin, on peut espérer que l’écho médiatique de la pop star permettra de visibiliser le travail du sexe lesbien auprès du grand public.