Vous parlez d'un acte politique, pourquoi ?

Politique, car en tant que travailleur du sexe, je me positionne déjà politiquement. C'est pas juste un taf que je fais occasionnellement sans me poser trop de question, je m'intéresse à ce qu'il y a derrière, que ce soit en société, sur le plan juridique... Ce n'est pas anodin, c'est une véritable lutte pour obtenir une légitimité. Et c'est normal quand on voit à quel point le travail du sexe est mis de coté sous une bâche de honte. C'est pareil pour la transidentité selon moi : c'est une lutte quotidienne pour obtenir le droit de se sentir légitime de vivre comme on le ressent. À mes yeux, on ne peut pas juste être une personne trans et vivre "normalement", je n'ai jamais vu ça, hélas. En tant que personne trans ET travailleur du sexe, je trouve que j'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule sur des choses que je vais subir, trouver violente, injuste, car il y en a beaucoup trop, et quotidiennement. Je ne peux pas juste fermer les yeux dessus.
« J'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule »

Quand vous dites que votre ex l'a très mal vécu, cela veut dire que vous lui en avez parlé avant de vous exprimer sur Twitter ?

J'en ai parlé la veille et le lendemain, j'ai pris un rendez-vous au Planning Familial et ça c'est passé très vite. J'avais envie d'exprimer ça sur Twitter et de briser un peu cette image ultra féminine de Olly Plum qui commençait à me peser. Je voudrai juste rajouter que je sais que beaucoup pense que Usul (son ex, ndlr) m'a quitté à cause de ma transition. Je sais qu'il en prend plein la gueule en se faisant traiter de transphobe. La vérité c'est que je l'ai quitté car il avait du mal avec mon travail ET ma transition. Voilà, c'était l'instant gossip mais j'en ai marre du schéma de merde « Il a quitté sa meuf », comme si je n'étais rien.

Maintenant que vous avez fait votre coming out, dans quel état d'esprit êtes-vous pour les temps à venir ?

J'aimerai proposer du porn assez queer et me servir de ce merveilleux tag : #pussyboy. Mais ouais, proposer du porn FtoM, queer, non binaire. Je fais ma mammectomie dans quelques mois, je n'aurai plus de seins, je sais que c'était un élément qui me valait pas mal de reconnaissance (rires), mais je ne compte pas m'arrêter pour autant, au contraire." ["post_title"]=> string(96) "Le travailleur du sexe Olly Plum fait son coming out trans : « Je me sens tellement apaisé »" ["post_excerpt"]=> string(144) "C'est sur Twitter que Olly Plum a fait son coming out. Il a expliqué sa démarche à Komitid et raconte « devoir ne pas fermer [sa] gueule »." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(26) "olly-plum-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-01-30 11:59:53" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-01-30 10:59:53" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=5933" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15259 (24) { ["ID"]=> int(3491) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-07 14:47:05" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-07 12:47:05" ["post_content"]=> string(29752) "En avril dernier, à l'occasion du second anniversaire de la loi de pénalisation des clients de la prostitution, qui a aussi marqué la fin du délit de racolage instauré par Nicolas Sarkozy en 2013, les 62 associations du collectif Abolition 2012, saluaient « un essai à transformer ». Le Mouvement du Nid, l’Amicale du Nid, Osez le Féminisme et autres organisations membres vantaient alors les mérites d’une mesure que d’autres pays nous « envient ». Dans les médias, les discours des organisations abolitionnistes sont optimistes. Avec un relais médiatique bien moindre, les syndicats et assos de travailleuses et travailleurs de sexe (TDS), elles, déplorent les effets négatifs de cette loi sur les premièr.e.s concerné.e.s, qu’elles n’avaient eu de cesse de dénoncer avant l’adoption du texte de loi.

Précarisation, contaminations et violences : un scénario catastrophe qui se réalise

Pour Robin, acteur de santé communautaire dans la lutte contre le VIH et ancien travailleur du sexe résidant à Toulouse, le constat est simple : « Cette loi n’a absolument pas pris en compte l’avis des premier.e.s concerné.e.s, donc c’était un échec annoncé depuis le début. C’est pour ça que de nombreuses assos comme le Strass, Aides, Act Up et bien d’autres ne cessent de répéter que cette loi pénalise en fait bien plus les TDS que leur clientèle ». « Allongement du temps de travail, négociation des tarifs et de l’usage du préservatif, création d’un climat de concurrence entre TDS, augmentation du harcèlement des policiers qui suivent les TDS sur leur lieu de travail pour interpeller les clients en flagrant délit, éloignement des TDS vers des zones non-riveraines les exposant aux agressions et aux vols, mobilité forcée pour trouver des clients forçant certain.e.s TDS séropos à interrompre le traitement durant plusieurs mois (et donc augmenter la charge virale)… » Telle est l’inquiétante liste de conséquences négatives que dresse June Charlot, de l’association toulousaine Grisélidis.
« On est amené.e.s à dire oui à des personnes que l’on n'aurait pas acceptées auparavant »
Ce sont principalement les personnes qui se prostituent dans la rue qui sont impactées par la loi de pénalisation des clients. Mais la raréfaction des clients, l’amoindrissement des revenus et le rapport de force bénéfique à la négociation des prix et pratiques à risque, elle, touche également les TDS en appartement. Axelle de Sade, membre du Strass, syndicat autogéré des TDS, confie : « On est amené.e.s à dire oui à des personnes que l’on n'aurait pas acceptées auparavant, car la loi a eu un effet dissuasif pour les clients qui ont une situation établie et dont la poursuite pour consommation de services sexuels pourrait ruiner ou carrière ou vie de famille. Certains clients ont disparu, ou préfèrent aller à l'étranger ». Le fort pouvoir de négociation des clients face à des travailleurs et travailleuses du sexe qui voient leurs revenus baisser depuis la loi de pénalisation des clients présente un risque réel pour la transmission du VIH et d’autres IST. Déjà, à la fin de l’été 2017, l’association Acceptess Transgenres signalait une augmentation des contaminations parmi les TDS avec lesquel.le.s elle est en contact. Un retour qui semble étonnant pour le Mouvement du Nid. «c'est un petit peu surprenant d'entendre que, deux ans après cette loi, il y a des chiffres sur l'utilisation du préservatif. Ça fait plusieurs décennies qu'on rencontre des personnes qui se prostituent et la question du préservatif est problématique tout le temps », commente Sandrine Goldschmidt, chargée de communication de l'association. « Cette loi est du côté des personnes. Au moins, maintenant, plus elles la connaîtront, plus elles seront en mesure de savoir qu'elle est de leur côté. Elles pourront dire "je vous dénonce si vous ne voulez pas mettre de préservatif" ». « Il y a une multiplication des demandes qu'on n'aurait pas acceptées auparavant, du type relations non protégées », poursuit Axelle, « Ce qu'on a aussi pu constater, c'est que sur les annonces, les mentions type « le seul objet de valeur dans cet appartement c'est moi, ne venez pas chercher mes fonds » se sont développées. Ce qui laisse présager qu'il y a plus de d'incidents en appartement. C'est très problématique ! ». Pour ce retour de terrain, le Mouvement du Nid a une explication très simple. D’après Sandrine Goldschmidt : « Les témoignages qui font état de plus de pression et de violences, c'est aussi parce qu'aujourd'hui, c'est possible de le dire, d'en parler. Avant, ce n'était pas le cas, mais ces violences sont là depuis toujours ».

Un nettoyage des rues en marche ?

Dans un communiqué de presse, le collectif Abolition 2012 relaye les chiffres officiels de la préfecture de police : « Plus aucune personne prostituée n’a été arrêtée pour délit de racolage après le 13 avril 2016 et plus de 2000 clients prostitueurs ont déjà été arrêtés ». Mais les arrestations de TDS n’ont pas cessé pour autant, explique Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, coordinateur de la Fédération Parapluie Rouge et co-fondateur du Strass. « Il y a eu des erreurs et on est encore arrêté.e.s sur d'autres motifs, notamment en raison de certains arrêtés municipaux. Mais pas que : les questions migratoires elles aussi rentrent énormément en jeu, mais le "travail dissimulé", l'outrage ou la rébellion sont encore invoqués. Nous avons lutté pendant des années contre le délit de racolage, qui aurait pu être levé bien plus tôt, dès 2013, avec la proposition d’Esther Benbassa... Mais il y a eu toute une campagne des abolitionnistes pour faire en sorte que cette mesure ne soit pas séparée de la loi de pénalisation des clients, trois ans de plus, pour s’assurer que ça passe mieux ! C'est très manipulateur de s'attribuer cette avancée ».
« C'est très manipulateur de s'attribuer cette avancée »
« Chez Grisélidis, nous suivons une personne qui habite dans une rue où s'exerce l’arrêté municipal anti-prostitution et qui travaille dans une rue où cette interdiction est levée », explique June Charlot. « Elle sort habillée pour aller sur son lieu de travail, les flics la connaissent et savent qu'elle ne travaille pas là, mais elle va quand même se prendre une amende. Leur réponse ? "Si t'es pas contente, t'as qu'à prendre un taxi" ». Mais là où le zèle policier se fait plus particulièrement sentir, c’est auprès des migrant.e.s. Pour Robin « Les rafles dans le bois de Boulogne attestent d’un climat très particulier, celui instauré par la loi asile-immigration. Le contexte est finalement encore plus xénophobe que putophobe dans ce cas-là, les contrôles aux faciès sont légitimés. » Selon les dernières estimations relayées par les assos abolitionistes, entre 80 et 90 % des TDS qui exerceraient dans la rue seraient des migrant.e.s et 62 % du travail sexuel se ferait via internet. « On se cache derrière la rhétorique de la protection mais en fait, cette loi de pénalisation des clients impacte surtout les TDS les plus précaires. À savoir les personnes migrantes et sans papiers », poursuit Robin. « Il y a encore beaucoup de harcèlement policier », constate Mimi, des Roses d'Acier, collectif de TDS chinoises de Belleville. « Avant, avec la loi sur le racolage, la police observait en permanence les filles. Aujourd'hui, elle suit les clients et contrôle les papiers des travailleuses du sexe, ce qui les oblige à travailler la nuit plutôt qu'en journée. Affirmer le contraire montre une incompétence du Nid sur le terrain. » « J'invite le Nid à se rendre sur ce que l'on appelle le Darknet et regarder ce qu'il s'y passe », dit fermement Axelle de Sade. « Quand je vois qu'on propose une mineure, de 14 à 15 ans, on l'amène chez vous, pendant 15 jours à un tarif de 1500 euros, qu'on vient la rechercher et que si vous la gardez le mois entier, on vous fait une faveur à 2700 euros... Je pense que le Nid devrait d'abord se pencher sur ces cas de traite, extrêmes ».

Prostitution, proxénétisme, traite : chiffres pas très clairs et flou juridique

Le Mouvement du Nid assure rencontrer 5 000 à 6 000 personnes prostituées chaque année et être en lien avec environ 1 000 de celles-ci, sur les 37 000 à 40 000 travailleurs et travailleuses du sexe qui seraient en activité en France. Dans un article de Paris Match daté de février 2018, l’association abolitionniste affirme que 95 % des personnes qui se prostituent le feraient sous la contrainte. Aucune étude officielle ne semble corroborer ce chiffre vertigineux et les seuls qui s’en approchent parlent en fait de la proportion de personnes migrantes à se prostituer dans l’espace public. « Les chiffres sur la traite sont faux », martèle Thierry Schaffauser. « On a quand même des chiffres sur les condamnations sur la traite d'êtres humains en France, qui varient entre 0 et 33 par an. Officiellement, il y a environ 800 condamnations pour proxénétisme par an. Les communications contre la traite d'êtres humains ou l'exploitation sexuelle mélangent les deux ». Face à ces estimations qui suscitent le doute, Sandrine Goldschmidt donne une explication très claire sur la position du Mouvement du Nid, association très impliquée dans la promulgation et l’application de la loi de pénalisation des clients : « On considère que même lorsque la prostitution est choisie, il y a un certain nombre de facteurs déterminants dans le parcours de la personne qui peuvent expliquer ce choix… qui est un choix contraint, en général ». Un positionnement qu’elle continue d’expliciter ainsi : « Pour nous, il n'y a pas de sens à distinguer proxénétisme et traite. Il y a des traites à des fins d'exploitation sexuelle, ça revient à du proxénétisme. Pour nous, la prostitution sans proxénétisme est rarissime ».
« Tout le monde est votre proxénète. Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger »
Il faut dire que la définition du proxénétisme est extrêmement large, en France. « Tout le monde est votre proxénète », ironise Axelle de Sade. « Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger... tous ceux qui ont conscience de votre activité. La définition du proxénétisme se limite à « bénéficier de l'argent du travail du sexe ». Il y a aussi l'interdiction de s'associer, de prodiguer des conseils, alors que c'est vital dans ce métier ». Le problème que posent ces définitions juridiques très ouvertes et l’utilisation de chiffres inexacts, c’est que c’est précisément là dessus que la loi de pénalisation des clients est basée. Et ce, avec une emphase particulière sur le statut de victime des TDS et l’impact de leur métier sur leur santé mentale. La méthodologie des études officielles est remise en cause depuis des années par de nombreuses associations de TDS et de santé communautaire, sans que les pourcentages sensationnalistes ne soient remis en question par l’opinion publique. On peut toutefois noter que l’étude Prost Cost de mai 2015 sur « Le coût économique et social de la prostitution », commandée par le Nid en amont des discussions préparatoires à la loi de pénalisation, a été critiquée par une autre association abolitionniste, pourtant membre elle aussi du collectif Abolition 2012. L’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) a en effet émis des réserves sur la « lecture superficielle » des faits par l’étude, dans une lettre ouverte datée du 28 septembre 2015. Il existe des études indépendantes qui pourraient changer la donne. Notamment celle réalisée par Nicola Mai auprès de 500 personnes prostituées entre mars 2014 et mars 2015. Ses conclusions sont à des années lumières de celles qui sont habituellement relayées : 93 % des interrogé.e.s ont déclaré exercer ce métier de leur plein gré. Parmi les migrant.e.s qui ont répondu, 11 % ont effectivement dit avoir été contraint.e.s au travail du sexe. Quant aux données sur la santé mentale des TDS, il existe aussi une étude qui détaille la manière dont elles sont instrumentalisées dans le débat public. On la doit à la sociologue, diplômée de sciences politiques et sociales Marion David, qui en a fait sa thèse de doctorat en 2008. Alors, pourquoi si peu de visibilité médiatique pour ces études ? Plusieurs des travailleurs et travailleuses du sexe interrogé.e.s par Komitid dans le cadre de cette enquête sont formel.le.s : tout ce qui va à l’encontre du positionnement abolitionniste de l’État français n’est « pas entendable », faisant immédiatement d’elles et d’eux de « méchants proxénètes » et des « négationnistes ». [caption id="attachment_4681" align="alignnone" width="653"]Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid[/caption] Dans le rapport d'activité de l'Amicale du Nid de 2016, l'association évoque en fait 17% de victimes de traite, sur les 5147 personnes rencontrées en 2015 par l'asso. Mais ce chiffre, lui, n'apparait jamais dans les rapports et articles de l'époque consultés par Komitid. Quant à l'étude inter-associative révélée par Médecins du Monde le 12 avril 2018, aux chiffres catastrophiques semblant confirmer toutes les craintes des associations de soutien aux TDS, le Mouvement du Nid se contente d'un thread Twitter pour en balayer les conclusions d'un revers de la main... en critiquant la méthodologie employée, car biaisée. « Toute forme d'auto-organisation est violemment attaquée de toutes parts », précise Maîtresse Gilda, co-fondatrice (et ancienne membre) du Strass, travailleuse du sexe depuis plus de 25 ans qui se définit comme « travpédépute ». Contacté par Komitid pour parler de ce bilan alarmant porté par Médecins du Monde, le cabinet de Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, n'a pas donné suite.

Un parcours de sortie qui ne s’en sort pas

La loi de pénalisation des clients de la prostitution dispose d’un volet répressif, à destination de la clientèle, mais également d’un volet social, à destination des TDS. Il s’agit du parcours de sortie de la prostitution. Au programme, une allocation de 330 euros par mois (légèrement augmentée s'il y a un ou des enfants à charge) versée aux personnes souhaitant sortir de la prostitution sur une durée de six mois, renouvelable trois fois. Et la promesse d’une autorisation de séjour de six mois, renouvelable jusqu’à deux ans, pour les personnes en situation de migration ou sans papiers. Mais si ce parcours est porté par les associations, abolitionnistes, agréées, y rentrer est déjà un parcours en soi.
« Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie »
La commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle est composée de travailleurs sociaux et travailleuses sociales, de représentant.e.s de Pôle Emploi et de l’Éducation Nationale. Mais aussi de fonctionnaires de police, de gendarmes et du préfet. C’est une « mise en commun de tous les acteurs qui peuvent aider et soutenir la personne dans l'insertion économique et sociale », affirme Sandrine Goldschmidt du Nid. Mais les critères de sélection pour entrer, et surtout rester, dans le parcours sont très stricts. La notice d’information sur le formulaire de demande pour l’Afis (Aide financière à l’insertion sociale et professionnelle) stipule, en guise de première condition, que l’on doit déjà « être engagé.e dans le parcours de sortie de la prostitution » pour y prétendre. Et s’il y a rechute du ou de la bénéficiaire dans la prostitution, cette aide est interrompue. « Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie », lâche Axelle de Sade, qui fustige l’idée de cette « aumône de 330 euros ». Les associations agréées pour le parcours de sortie trouvent également que ce n’est pas assez. Pour Sandrine Goldschmidt « ce sont de petites sommes, on préfèrerait que ce soit plus ». La responsable de la communication du Mouvement du Nid poursuit « Pour l'instant, celles qui rentrent dans ce parcours, sont vraiment prêtes à sortir de la prostitution, ça ne veut pas dire qu'elles ont d'autres ressources, mais ça veut dire qu'à un moment donné, elles peuvent se débrouiller avec cette somme-là et l'aide des assos, avec l'État de leur côté ». La somme n’est pas cumulable avec les minima sociaux (RSA, ADA, ATA) et ne peut pas être attribuée si la personne justifie de ressources mensuelles supérieures au niveau du RSA. « Dans l'esprit des gens il vaut mieux se faire exploiter que d'être dans le travail du sexe : tout est mieux que de faire la pute », commente Thierry Schaffauser. Depuis la mise en place du parcours de sortie de la prostitution, les associations agréées dénombrent 55 personnes à s’y être engagées. Le gouvernement prévoit 600 personnes en tout d’ici la fin de l’année. Mais les budgets alloués à ce dispositif posent question. En 2017, 3,8 millions d’euros ont été dédiés à l’Afis (sur 6,6 millions au total pour la lutte contre la prostitution) et en 2018, 2,4 millions (sur 5 millions). Que se passe-t-il pour les sommes restantes ? « Ces sommes sont pour les 55 personnes dans le parcours de sortie mais aussi pour toutes les autres personnes que l'on suit, aussi, et qui sont beaucoup plus nombreuses », explique Sandrine Goldschmidt,« On est là dans l'intégralité du processus. Les moyens sont, seraient pour ça. Mais dans la réalité, les 80 % du budget sont pour l'Afis. Ce qui n'est pas utilisé, est en attente pour les prochaines personnes à entrer dans le parcours de sortie ». Les associations de TDS et de santé communautaire non-abolitionnistes dénoncent régulièrement un manque de transparence quant à l’utilisation de ce budget depuis deux ans, ainsi que « la mainmise du Nid » sur la question. Sandrine Goldschmidt répond « Ce parcours repose vraiment sur les épaules des associations : on accompagne des personnes vers la sortie de la prostitution de manière non-officielle depuis des années, en essayant de mobiliser tous les soutiens possibles autour. On aurait besoin de plus de moyens encore, c'est certain. » Mais le discours ne convainc pas. « J'aimerais qu'un jour Élise Lucet enquête sur le business abolitionniste », annonce Maîtresse Gilda, « parce qu'il s'agit de millions d'euros d'argent public chaque année ».

Abolir l’abolitionnisme

« Avec la loi de pénalisation des clients, on a inversé le dispositif : on peut faire de la pub mais on ne peut plus venir nous voir. Il y a un paradoxe qui nous échappe ! », soulève Axelle de Sade. « Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche. Nettoyer la rue de cette tache prostitutionnelle : c'est l'intention politique que je vois derrière cette loi. On cherche à isoler au maximum le travail du sexe, alors que la loi ne l'interdit pas directement ».
« Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche »
Ce que de nombreux et nombreuses TDS reprochent aujourd’hui à la politique de l’État vis-à-vis de la prostitution va en fait bien au-delà de la loi de pénalisation des clients. « À vrai dire, pour moi comme pour mes camarades, la pente glissante de la dégradation des conditions de travail avait déjà été amorcée depuis longtemps », regrette Maîtresse Gilda. « La loi d'avril 2016 n'aura été qu'un accélérateur mortifère ». « Parmi les gens qui ont voté le texte, il y avait une minorité d'abolitionnistes sérieux, et d'autres, qui cherchaient une autre solution après la fin du délit de racolage, pour continuer à nettoyer les rues, ce qui n'a rien à voir avec le féminisme », analyse Thierry SchaffauserDepuis longtemps, les TDS qui s’organisent entre elles et eux dénoncent une instrumentalisation du féminisme et d’une certaine idéologie chrétienne, par un « clientélisme électoral » au service de la gentrification, comme le décrit Maîtresse Gilda. « Pour un.e élu.e, il faut rassurer les riverains qui se plaignent des nuisances ou s'inquiètent de la morale, mener une politique prohibitionniste, rebaptiser ça « abolitionnisme » et se draper dans sa vertu faussement humaniste, ça paie ». Face à un abolitionnisme d’État qui flirte avec le modèle Suédois, les travailleurs et travailleuses du sexe ont, depuis de nombreuses années, des revendications très simples : l’application du droit commun et la reconnaissance des métiers du travail du sexe. Des mesures qui, selon les associations, permettraient de fait de lutter contre la traite des êtres humains et la prostitution forcée et de garantir un vrai statut pour les TDS. « Il ne s'agit pas non plus de laisser ce statut complètement libre non plus », précise Axelle de Sade. « Il faut quand même mettre des garde-fous, car ce n'est pas tout à fait un métier comme les autres. Ce cadre pourrait s'exprimer par l'autorisation de s'associer, de créer des coopératives, ce qui permettrait de s'assurer que personne ne soit sous le joug de quelqu'un d'autre. En tant qu'individus responsables, on pourrait s'associer pour proposer une offre de service et des conditions d'exercice du métier qui soient bénéfiques à tou.te.s ».
« Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant »
Ce qui est reproché à l’approche abolitionniste du travail du sexe, c’est aussi une forme de paternalisme. Dans les comptes rendus d’activité du Mouvement du Nid, on trouve en effet 77 fois le mot « victime » sur 96 pages en 2015, en amont de la loi, et 44 fois sur 86 pages en 2016. Pour Axelle de Sade, « C'est ça le défi. Changer cette représentation misérabiliste qui fait de nous des victimes, des personnes simples d'esprit qui se retrouvent à faire ça car on n'a pas d'autre choix ». Un combat loin d’être gagné car, comme le souligne Thierry Schaffauser, « Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant. On ment quand on dit que tout va bien parce qu'on a des intérêts directs économique qu'on est amoureuses de notre proxénète, qu'on est manipulé.e.s... » Comme en 2017, le Strass, les Amis du Bus des Femmes, Les Roses d’Acier, Acceptess Transgenres, Act Up-Paris et de nombreuses associations ont manifesté dans les rues de Paris, pour le second anniversaire de la loi de pénalisation. L’intitulé de l’évènement du 14 avril dernier ? « Bilan Post-loi: les Travailleuses du sexe sacrifiées ». Malgré le soutien et la présence de nombreux collectifs, de nombreuses assos et de militant.e.s de divers horizons, les évènements en soutien aux TDS restent assez peu visibles. « Ce que je déplore, c'est qu'une partie de la communauté LGBT, trop soucieuse de vouloir plaire aux hétérocis et de "donner une bonne image de l'homosexualité" ne veut pas paraître à nos côtés, considère que la question des TDS n'est pas leur combat », pose Maîtresse Gilda. « À croire qu'iels n'aspirent à rien d'autre qu'à se marier, procréer, vivre bourgeoisement et devenir aussi chiantissimes que les hétéros. Alors même qu'au Stonewall Inn c'était une majorité de folles, de tapins, de trans et de travs noir.e.s et latinos qui vivaient dans la rue qui se sont révolté.e.s contre la police corrompue et la mafia qui les exploitaient et les réprimaient. Ce sont les mêmes consensuels mous qui encensent 120 BPM aujourd'hui alors qu'à l'époque ils détestaient Act Up et ne voulaient pas voir que le sida était une question politique. En tant que minorités, nous devrions tout.e.s être solidaires et combattre ensemble : Femmes, Putes, MigrantEs, Séropos, Séronegs, LGBTQIANBXXX ! »" ["post_title"]=> string(109) "Pénalisation des clients de la prostitution : deux ans ferme pour les travailleurs et travailleuses du sexe" ["post_excerpt"]=> string(304) "Le 13 avril 2016, la loi de pénalisation des clients de la prostitution était adoptée. Deux ans plus tard, travailleurs et travailleuses du sexe déplorent une précarisation et des violences, sur lesquelles elles et ils n’avaient pas manqué de prévenir en amont du vote de cette mesure. Enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(52) "penalisation-clients-prostitution-galere-tds-enquete" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-07 18:29:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-07 16:29:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=3491" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15287 (24) { ["ID"]=> int(3818) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-13 11:05:49" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 09:05:49" ["post_content"]=> string(5633) "Alors que les associations abolitionnistes célèbrent les deux ans de la loi de pénalisation des clients de la prostitution, Médecins du Monde a dévoilé le 12 avril 2018 une étude inter-associative inquiétante révélant d'importants problèmes de violence, et de santé, creusés par cette législation. Cette étude scientifique, co-rédigée par la politologue Hélène le Bail (chargée de recherche Sciences-Po-CERI, CNRS) et Calogero Giambetta (chercheur à la Kingston University ainsi qu'à Aix-Marseille), confirme les inquiétudes exprimées en amont de la loi par les associations de santé communautaire, ainsi que des travailleurs et travailleuses du sexe (TDS). Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde, parle d'un « échec annoncé ».

Conditions de travail, et de vie, dégradées pour les travailleurs et travailleuses du sexe

En présence du Strass, du Planning Familial, des Amis du Bus des Femmes, de Paloma, d'Arcat Santé, d'Aides, du Collectif des Femmes de Strasbourg Saint-Denis, et des Roses d'Acier, des chiffres alarmant ont été révélés. En effet, 38 % des TDS rencontrent plus de difficultés à imposer le port du préservatif, 70 % d'entre elles et eux constatent que leurs relations avec la police se sont détériorées au lieu de s'améliorer (avec la suppression du délit de racolage, en 2016 également) et 42 % des TDS confient faire face à plus de violences depuis la loi. Quant à l'existence du parcours de sortie, seul.e.s 39 % connaissent son existence. Une grande majorité des interrogé.e.s accuse une perte de revenus (78 %), et signale des conditions de vie dégradées (63 %). Ces chiffres ont été obtenus en deux ans, dans sept départements, aussi bien dans les agglomérations que sur les routes de campagne, auprès de 583 travailleurs et travailleuses du sexe, en étroite collaboration avec 12 associations de terrain. Ils révèlent que 88 % des TDS sont opposé.e.s à la pénalisation de leur clientèle.

Contaminations, violences, contrôles au faciès : colère des TDS

Cécile Lhuillier, des Amis du Bus des Femmes, a tenu à pointer du doigt le fait que la loi de pénalisation des clients de la prostitution servirait en fait une politique de gentrification. Elle a rappelé qu'au mois de mars, en plein lancement du Sidaction, un raid policier a été organisé dans le Bois de Vincennes, visant les TDS nigérian.e.s, avec déploiement de chiens, et d'un commissariat mobile. « Certaines ont fini en centre de rétention, d'autres, ont pris des PV à cause d'un pare-choc abimé qui nécessiteront des heures supplémentaires de travail pour être réglés. Il n'y a rien de féministe dans cette loi teintée de racisme ! ». Lors de la conférence de presse, Thierry Schaffauser, membre du Strass, ne s'est pas montré optimiste malgré les conclusions très parlantes de ce rapport « Lorsque l'on a remonté nos difficultés au cabinet de Marlène Schiappa, la réponse a été « Le but de cette loi n'est pas d'aider les prostitué.e.s mais de les faire arrêter ». Donc pour beaucoup d'abolitionnistes, ces conséquences négatives pour les TDS sont en fait positives ». Les résultats de cette enquête de grande envergure sont d'ores et déjà contestés par les partisans et partisanes de la loi de pénalisation des clients. Une manifestation est prévue samedi 14 avril à 14h, place Pigalle, à Paris, pour continuer de protester contre la loi de pénalisation des clients. Le soir même, le Strass organise une soirée de soutien à La Mutinerie, qui a récemment rouvert ses portes." ["post_title"]=> string(91) "Pénalisation des clients de la prostitution : Médecins du Monde tire la sonnette d'alarme" ["post_excerpt"]=> string(196) "L'association vient de publier une enquête inter-associative en guise de bilan sur les deux ans de la loi de pénalisation des clients de la prostitution : « tous les voyants sont au rouge »." 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À qui faut-il encore présenter Davey Wavey ? Pour celles et ceux qui seraient passés à côté du phénomène, ce youtubeur américain ouvertement gay de 33 ans s'est construit une place de choix dans l'univers impitoyable de YouTube, plateforme sur laquelle il a ouvert sa chaîne en... 2006. Comment ? La recette du succès de Davey Wavey tient à peu de choses : des vidéos dynamiques et bien montées dans lesquelles il parle sans détour de sexe et d'amour entre mecs. Évidemment, il serait malhonnête de n'expliquer le succès phénoménal qu'il rencontre que par le contenu qu'il propose : Davey Wavey est un homme blanc, de grande taille, plutôt beau gosse, musclé, abdos et biceps bien soignés et très branché cul. Bref, la quintessence du consensus. Le tout empaqueté par un discours positif sur le sexe gay, assez consensuel certes mais rythmé par beaucoup d'humour coquin, ce qui donne un cocktail gagnant pour taper dans les meilleurs scores de la plateforme de vidéos en ligne. Mais si l'on s'intéresse à Davey Wavey en ce moment, ce n'est pas pour sa dernière vidéo Avec combien de gays as-tu couché ?, mais bien pour un projet un poil plus ambitieux. Il vient en effet de lancer Himeros.tv, un site de porno gay construit autour de la volonté de montrer un sexe entre mecs bien loin de ce que l'on peut trouver sur les sites traditionnels. Le but ? Améliorer la sexualité des mecs gays et bis. C'est en tout cas la promesse. Outre des vidéos centrées nettement plus sur le désir et l'écoute entre les partenaires, bien loin de ce que l'on nous sert inlassablement dans le porno de base, Davey Wavey a voulu faire de sa plateforme en accès payant un lieu où les gays peuvent se nourrir de publications pédagogiques sur divers aspects de leur sexualité. Pour mieux comprendre l'objectif derrière Himeros, en dehors de l'aspect purement lucratif (près de 50 dollars l'abonnement mensuel sans reconduction immédiate, tout de même !), nous avons pu interroger Davey Wavey pour qu'il nous détaille son projet. Interview. [caption id="attachment_8534" align="alignnone" width="4000"]Himeros.tv Himeros.tv[/caption]

Komitid : Qu'est ce qui vous a motivé à lancer un site tel que Himeros.tv ?

Davey Wavey : En tant que gay, nous avons beaucoup de relations sexuelles, mais quelle part de ces relations se fait-elle de façon connectée ? Dans quelle mesure sont-elles extatiques ? Dans quelle mesure sont-elles même plaisantes ? Je pense qu'il y a une énorme opportunité d'inspirer les mecs à avoir de meilleurs rapports sexuels, un plaisir accru et des connexions plus profondes. Le tout grâce à un contenu érotique magnifiquement filmé, c'est tout l'objectif de Himeros.tv.

Vous parlez de relations « connectées »... Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

Quand je parle de connexion, c'est d'aller plus loin que juste fourrer votre bite dans le cul d'un autre mec. Il s'agit d'apprendre à se connaître en tant que personnes, et pas seulement en tant que corps. C'est presque une dimension spirituelle. C'est être présent l'un pour l'autre, se dévoiler pleinement.

Que signifie « Himeros » ?

Himeros est le dieu grec du désir. Mais c'est aussi un jeu avec les mots « him » (« lui », en anglais) et « eros », signifiant l'amour masculin.
« Quand je parle de connexion, c'est d'aller plus loin que juste fourrer votre bite dans le cul d'un autre mec. »

Vous parlez d'Himeros.tv comme un site pornographique « en mieux », pourquoi ?

J'aime le porno. Je pense que cela peut être un outil puissant dans le développement de la sexualité des gays. Mais le porno est principalement conçu pour provoquer l'excitation sexuelle. Ce n'est pas conçu pour vous apprendre ce qui fait du bien ou comment se connecter avec un autre homme. Avec Himeros.tv, l'intention est différente de la pornographie traditionnelle. Nous utilisons du contenu érotique pour améliorer l'expérience du sexe et de la sexualité des gays. [caption id="attachment_8543" align="alignnone" width="4000"]Himeros.tv Himeros.tv[/caption]

En quoi l'offre proposée va être différente de ce qu'on peut trouver sur un site porno traditionnel ?

La plupart des sites pornographiques traditionnels sont organisés par leurs modèles. Pour nous aussi ça a de l'importance, mais le contenu de chaque vidéo est l'endroit où nous mettons notre attention et notre concentration. Il pourrait parfaitement s'agir d'un film mettant en vedette Blake Mitchell ou Josh Brady (deux stars du porno gay, ndlr), mais il s'agira avant tout d'une vidéo centrée sur les orgasmes corporels, les techniques de masturbation ou un jeu auquel vous pouvez jouer avec un amant.
« Pour certaines personnes, le porno a limité leur expérience du sexe »

Que reprochez-vous au porno traditionnel ?

Le porno traditionnel n'est pas mauvais, tout est dans la façon dont vous l'utilisez. Pour certaines personnes, c'est une façon amusante de s'évader. Mais pour d'autres, y compris moi-même, il y a une tendance à reproduire ce que l'on voit à l'écran dans la chambre à coucher. La plupart des pornos suivent la même formule : les mecs s'embrassent, se déshabillent, se sucent, se bouffent le cul, baisent et éjaculent. C'est une formule qui fonctionne dans le porno, mais le sexe peut être tellement plus. Le sexe peut être amusant, créatif et dynamique. Le porno ne nous apprend pas cela, et pour certaines personnes, le porno a limité leur expérience du sexe. [caption id="attachment_8542" align="alignnone" width="4000"]Himeros.tv Himeros.tv[/caption]

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de choses que l'on peut découvrir sur notre sexualité en regardant du porno sur Himeros ?

Nous avons un excellent exercice qui encourage les amoureux ou les partenaires à se demander ce qu'ils veulent vraiment. Demander ce que vous voulez dans le sexe est une métaphore pour demander ce que vous voulez dans la vie, chose que nous ne faisons que très rarement. Vous n'apprendrez pas seulement ce que vous désirez, vous apprendrez à le demander. Ainsi, vous expérimenterez le plaisir d'avoir accompli ces désirs.

Au-delà de vidéos où l'on peut mater deux mecs ensemble, que propose Himeros ?

On montre le sexe gay en dehors des sentiers battus par le porno traditionnel. Cela nous inspire à utiliser le sexe comme outil pour en apprendre plus sur nous-mêmes, nos partenaires et le monde qui nous entoure. C'est drôle quand je vois combien de temps nous passons à l'école pour développer des connaissances, ou combien de temps nous investissons dans nos corps à la gym. Mais combien de temps consacrons-nous à l'expansion de notre sexualité alors que cela occupe une grande partie de nos vies ?
« Je n'attends pas de l'école qu'elle enseigne le sexe aux homosexuels, ils font déjà un travail assez merdique avec les hétérosexuels et leur sexualité »

Pensez-vous que l'école à son rôle à jouer dans notre éducation à la sexualité ?

Nous avons déjà de la chance si les écoles enseignent l'histoire gay, mais alors la sexualité des gays n'en parlons pas. Je n'attends pas de l'école qu'elle enseigne le sexe aux homosexuels, ils font déjà un travail assez merdique avec les hétérosexuels et leur sexualité. Mais oui ça serait génial d'avoir des écoles dynamiques sur ces sujets, sauf que la réalité est que cela ne se produira pas de sitôt.

Comment travaillez-vous en amont sur les vidéos pour parvenir à proposer un contenu différent ? Comment les acteurs sont-ils choisis ? D'où viennent-ils ?

Chaque concept vidéo est co-créé avec une équipe d'entraîneurs sexuels, d'instructeurs tantriques, de sexologues et de psychothérapeutes pour transmettre une technique, une stratégie ou une vérité importante pour les gays. Les vidéos sont toujours chaudes et excitantes, mais elles sont ancrées dans la sagesse et la connaissance des experts. Nous travaillons avec des acteurs passionnés par le contenu de leur scène et inspirés par la mission de Himeros.tv. Trouver le bon modèle est l'étape la plus difficile et la plus importante du processus. Et cela signifie travailler avec des gars de partout dans le monde : de Londres à la Californie en passant par la Nouvelle-Zélande et partout entre les deux. Himeros.tv

« J'ai autant créé ce contenu pour les autres que pour moi-même », avez-vous déclaré dans les colonnes de The Advocate. Qu'avez-vous voulu dire par là ?

La vérité est que j'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Comme beaucoup de gays, j'en ai beaucoup appris sur le sexe par la pornographie, mais ça ne me suffisait pas. Ce n'était pas enrichissant ou intéressant ou même particulièrement amusant. Donc, dans la mesure où je crée du contenu sur Himeros.tv pour aider d'autres gays à développer leur expérience du sexe, je le fais aussi pour élargir la mienne. Mais c'est ce qui le rend intéressant pour moi. Si j'avais déjà toutes les réponses, l'aventure ne serait pas aussi excitante !

Selon vous, dans quelle mesure cette façon de produire du porno va améliorer la sexualité des gays ?

Le contenu érotique que nous filmons aide les gays à sortir de leur vision du sexe définie par le porno traditionnel. Cela nous encourage à aborder le sexe comme une expérience et à trouver ce qui fonctionne pour nous et nos partenaires. Même en quelques petites étapes, il y a le potentiel de transformer l'expérience sexuelle d'une personne.

Beaucoup de gays déplorent l'omniprésence des corps parfaits sur les sites pornos, loin de représenter correctement toutes les personnes concernées. Comment appréhendez-vous cette dimension pour que vos abonnés puissent s'identifier ? Est-ce quelque chose que vous avez pris en compte dans votre façon de penser Himeros ?

Beaucoup des stars du porno populaire incarnent certaines caractéristiques physiques : taille fine, grosse bite, larges épaules, musclé, les six abdos, etc... La plupart ont la vingtaine ou la trentaine. Mais ce n'est pas à ça que ressemble la plupart d'entre nous tous. Et quand les gens vont sur Himeros, je veux qu'ils voient leurs stars du porno préférées avec qui ils ont une connexion. Mais je veux aussi qu'ils voient des reflets d'eux-mêmes.
« Et la réalité est que la plupart des gars sont attirés par bien plus que des mecs de 20 ans qui ont une grosse bite »
À cette fin, nous travaillons avec un large éventail de modèles et avons même par exemple présenté un bel homme de 83 ans dans un film récent. L'extase sexuelle n'est pas seulement disponible pour les stars du porno avec des grosses bites, elle est disponible pour nous tous. C'est notre droit de naissance. Et la réalité est que la plupart des gars sont attirés par bien plus que des mecs de 20 ans qui ont une grosse bite. Et si ce n'est pas le cas, c'est l'occasion de démontrer que le sex-appeal a de nombreuses saveurs.

L'homme de 83 ans dont vous parlez, c'est Norm Self, que nous avons interviewé. Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de le mettre à l'écran ? Comment l'avez-vous rencontré ?

J'ai rencontré Norm Self par l'intermédiaire d'un coach tantrique nommé Brad Amberheart. J'ai été très inspiré de travailler avec lui parce qu'il incarne un discours neuf sur le rapport entre sexualité et le vieillissement. Pour lui, le sexe ne cesse de s'améliorer. Et, parce que nous vieillissons tous, je pense qu'il est important que les gens sachent qu'ils ont beaucoup à espérer. [caption id="attachment_8540" align="alignnone" width="4000"]Himeros.tv Himeros.tv[/caption]

Vous avez donc lancé Himeros tout récemment, combien d'abonné.e.s revendiquez-vous ? Quels sont leurs retours ?

Nous ne communiquons pas sur le nombre d'abonnés, mais plus d'un million de personnes suivent ma chaîne YouTube. Parmi les retours que j'ai, certains me disent qu'ils aiment la façon dont Himeros est différent du porno traditionnel, d'autres disent être frustrés... Mais je pense qu'il y a une réelle opportunité pour faire évoluer le contenu érotique gay et je suis excité d'en faire partie.

Avez-vous des projets à venir dont vous aimeriez nous parler ?

Nous venons de lancer un tout nouveau podcast gay appelé Himeros LIVE. Vous pouvez y avoir accès via iTunes ou Google Play Store. Il vous met à l'honneur, avec mon meilleur ami et un entraîneur de sexe de San Francisco. Nous y parlons chaque semaine de différents aspects du sexe gay et nous discutons du contenu le plus récent sur Himeros.tv, et comment l'appliquer dans la vie réelle. Propos recueillis et traduits de l'anglais par Philippe Peyre Himeros.tv (18+ uniquement) YouTube/DaveyWavey" ["post_title"]=> string(87) "Avec son site porno Himeros, Davey Wavey entend « améliorer la sexualité des gays »" ["post_excerpt"]=> string(264) "Le célèbre youtubeur américain ouvertement gay vient tout récemment de lancer Himeros.tv, un site de porno gay principalement basé sur le désir et la « connexion » entre les partenaires. Objectif : engager une réflexion sur le sexe entre mecs. Interview." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(19) "davey-wavey-himeros" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-06-08 14:46:51" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-06-08 12:46:51" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=7806" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [4]=> object(WP_Post)#15258 (24) { ["ID"]=> int(7696) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-26 18:01:16" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-26 16:01:16" ["post_content"]=> string(5082) "C'est à travers toute la France que la Marée populaire de ce samedi 26 mai a déferlé. Une marche à l'initiative d'organisations militantes et de partis de gauche pour protester contre la politique actuelle du gouvernement Macron : contre la politique migratoire mise en place par la loi asile-immigration, contre la sélection à l'entrée des universités, ou encore contre la répression des actuels mouvements sociaux. Une marche forcément placée sous le signe de la convergence des luttes… mais seulement jusqu'à un certain point. En effet, l'appel à la mobilisation a été signé par une soixantaine d'associations et d'organisations mais l'une d'elle, malgré sa volonté d'être présente, a été exclue. Il s'agit du Strass, le syndicat du travail sexuel, qui défend les droits des travailleurs et des travailleurs du sexe. Thierry Schaffauser, travailleur du sexe et militant, a rapporté sur son blog que le 22 mai, l'association féministe et abolitionniste Les Effronté.e.s soutenue par plusieurs autres signataires s'était opposée à la présence du Strass dans le cortège. « Cet incident n’est pas très étonnant puisque c’est loin d’être le premier », constate Thierry Schaffauser. « Depuis environ 10 ans, le STRASS est régulièrement exclu de divers mouvements sociaux, en particulier de mouvements féministes, ou comme récemment lors d’un colloque sur les deux ans de la loi anti “prostitution” organisé au Sénat. » En solidarité avec le Strass, Act up Paris s'est retirée de la liste des signataires : À la veille de la marche, le Strass s'est exprimé et a affirmé qu'il serait bien présent dans le cortège, n'en déplaise aux associations qui s'opposent à leur présence : « Si on nous empêche de nous exprimer c'est très grave, surtout de la part d'organisations féministes ou/et de gauche soit disant solidaires. Nous allons donc venir dire notre colère en nous positionnant en cortège de tête et cela personne ne peut nous en empêcher. » Cet après-midi, le Strass était donc bien présent : " ["post_title"]=> string(84) "Quand la « Marée populaire » exclut les travailleurs et les travailleuses du sexe" ["post_excerpt"]=> string(124) "La présence du Strass lors de la « Marée populaire » de ce samedi 26 mai a été contestée par plusieurs associations. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(70) "maree-populaire-exclusion-travailleurs-et-travailleuses-du-sexe-strass" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-26 18:01:16" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-26 16:01:16" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=7696" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Agnès Buzyn zappée par les travailleurs et travailleuses du sexe à la Conférence internationale sur le sida

Publié le

Sous leurs parapluies rouges, les travailleurs et travailleuses du sexe présent.e.s à la Conférence internationale sur le sida à Amsterdam ont accueilli la Ministre des Solidarités et de la Santé avec une pluie de revendications.

Agnès Buzyn zappée par les TDS à la Conférence internationale sur le sida
Agnès Buzyn zappée par les TDS à la Conférence internationale sur le sida - Vincent Leclercq / Facebook

Comme chaque année, travailleurs et travailleuses du sexe (TDS) se sont rendues en nombre à la Conférence internationale sur le sida 2018 à Amsterdam. Très remontées, notamment par la loi qui pénalise les clients de la prostitution depuis déjà deux ans en France (Komitid vous parlait déjà des conséquences de cette loi jugée désastreuse ici et ici), ces activistes du travail du sexe et de la santé sexuelle ont profité du passage d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé à cet événement majeur de la lutte contre le VIH-sida pour faire entendre leurs voix ce mardi 24 juillet.

Parapluies rouges -leur emblème- à la main, les travailleuses et travailleurs du sexe qui militent chez le Strass (syndicat du travail sexuel) et Red Umbrella Fund, entre autres organisation de TDS représentées à cette 22ème édition de la conférence, ont suivi le parcours de la Ministre en scandant leurs slogans dont le fameux « sex work is work », soit « le travail du sexe est un travail » ainsi que « putes contaminées, Buzyn assassin ! ».

Un peu plus au calme, Agnès Buzyn a été confrontée à des retours directs sur la loi de pénalisation des clients. Parmi les activistes qui lui ont tenu tête se trouvaient Thierry Schaffauser, co-fondateur du Strass, ainsi que Juan Florian, travailleur du sexe et militant colombien. Ils et elles ont interpellé la ministre sur le harcèlement policier dans le bois de Boulogne, la hausse des contaminations au VIH et l’inefficacité du parcours de sortie, qui ne garantit que 330 euros mensuels pour les TDS qui souhaitent quitter le travail du sexe.

Les travailleurs et travailleuses du sexe pointent un désengagement des pouvoirs publics

Mylène Juste, secrétaire générale du Strass, a partagé la scène en vidéo, dénonçant la « langue de bois » de ses réponses, et le fait qu’aucun rendez-vous officiel n’ait finalement été acté. Agnès Buzyn n’a absolument pas évoqué cet échange sur ses réseaux sociaux, bien qu’elle ait pris soin de mentionner son passage à la Conférence internationale sur le sida pour confirmer « la mobilisation » de la France dans la lutte contre le sida.

Sur Twitter, l’ancien président d’Act Up Paris et militant LGBTQI Jérôme Martin a pris soin de rappeler qu’en 2017, la ministre de la Santé avait déjà été zappée par les militant.e.s présent.e.s à la Conférence quant au manque de moyens mis à disposition par la France pour la lutte contre le sida et l’absence, criante, d’Emmanuel Macron à un tel événement. D’ailleurs, il ne s’y est pas rendu non plus en 2018.

Ce même jour, travailleurs et travailleuses du sexe ont marché dans les rues d’Amsterdam, jusque dans le quartier rouge d’Amsterdam, afin de porter haut et fort les revendications pour leurs droit d’exercer leurs professions dans la dignité et le respect.