Selon les dernières estimations relayées par les assos abolitionistes, entre 80 et 90 % des TDS qui exerceraient dans la rue seraient des migrant.e.s et 62 % du travail sexuel se ferait via internet. « On se cache derrière la rhétorique de la protection mais en fait, cette loi de pénalisation des clients impacte surtout les TDS les plus précaires. À savoir les personnes migrantes et sans papiers », poursuit Robin. « Il y a encore beaucoup de harcèlement policier », constate Mimi, des Roses d'Acier, collectif de TDS chinoises de Belleville. « Avant, avec la loi sur le racolage, la police observait en permanence les filles. Aujourd'hui, elle suit les clients et contrôle les papiers des travailleuses du sexe, ce qui les oblige à travailler la nuit plutôt qu'en journée. Affirmer le contraire montre une incompétence du Nid sur le terrain. » « J'invite le Nid à se rendre sur ce que l'on appelle le Darknet et regarder ce qu'il s'y passe », dit fermement Axelle de Sade. « Quand je vois qu'on propose une mineure, de 14 à 15 ans, on l'amène chez vous, pendant 15 jours à un tarif de 1500 euros, qu'on vient la rechercher et que si vous la gardez le mois entier, on vous fait une faveur à 2700 euros... Je pense que le Nid devrait d'abord se pencher sur ces cas de traite, extrêmes ».

Prostitution, proxénétisme, traite : chiffres pas très clairs et flou juridique

Le Mouvement du Nid assure rencontrer 5 000 à 6 000 personnes prostituées chaque année et être en lien avec environ 1 000 de celles-ci, sur les 37 000 à 40 000 travailleurs et travailleuses du sexe qui seraient en activité en France. Dans un article de Paris Match daté de février 2018, l’association abolitionniste affirme que 95 % des personnes qui se prostituent le feraient sous la contrainte. Aucune étude officielle ne semble corroborer ce chiffre vertigineux et les seuls qui s’en approchent parlent en fait de la proportion de personnes migrantes à se prostituer dans l’espace public. « Les chiffres sur la traite sont faux », martèle Thierry Schaffauser. « On a quand même des chiffres sur les condamnations sur la traite d'êtres humains en France, qui varient entre 0 et 33 par an. Officiellement, il y a environ 800 condamnations pour proxénétisme par an. Les communications contre la traite d'êtres humains ou l'exploitation sexuelle mélangent les deux ». Face à ces estimations qui suscitent le doute, Sandrine Goldschmidt donne une explication très claire sur la position du Mouvement du Nid, association très impliquée dans la promulgation et l’application de la loi de pénalisation des clients : « On considère que même lorsque la prostitution est choisie, il y a un certain nombre de facteurs déterminants dans le parcours de la personne qui peuvent expliquer ce choix… qui est un choix contraint, en général ». Un positionnement qu’elle continue d’expliciter ainsi : « Pour nous, il n'y a pas de sens à distinguer proxénétisme et traite. Il y a des traites à des fins d'exploitation sexuelle, ça revient à du proxénétisme. Pour nous, la prostitution sans proxénétisme est rarissime ».
« Tout le monde est votre proxénète. Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger »
Il faut dire que la définition du proxénétisme est extrêmement large, en France. « Tout le monde est votre proxénète », ironise Axelle de Sade. « Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger... tous ceux qui ont conscience de votre activité. La définition du proxénétisme se limite à « bénéficier de l'argent du travail du sexe ». Il y a aussi l'interdiction de s'associer, de prodiguer des conseils, alors que c'est vital dans ce métier ». Le problème que posent ces définitions juridiques très ouvertes et l’utilisation de chiffres inexacts, c’est que c’est précisément là dessus que la loi de pénalisation des clients est basée. Et ce, avec une emphase particulière sur le statut de victime des TDS et l’impact de leur métier sur leur santé mentale. La méthodologie des études officielles est remise en cause depuis des années par de nombreuses associations de TDS et de santé communautaire, sans que les pourcentages sensationnalistes ne soient remis en question par l’opinion publique. On peut toutefois noter que l’étude Prost Cost de mai 2015 sur « Le coût économique et social de la prostitution », commandée par le Nid en amont des discussions préparatoires à la loi de pénalisation, a été critiquée par une autre association abolitionniste, pourtant membre elle aussi du collectif Abolition 2012. L’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) a en effet émis des réserves sur la « lecture superficielle » des faits par l’étude, dans une lettre ouverte datée du 28 septembre 2015. Il existe des études indépendantes qui pourraient changer la donne. Notamment celle réalisée par Nicola Mai auprès de 500 personnes prostituées entre mars 2014 et mars 2015. Ses conclusions sont à des années lumières de celles qui sont habituellement relayées : 93 % des interrogé.e.s ont déclaré exercer ce métier de leur plein gré. Parmi les migrant.e.s qui ont répondu, 11 % ont effectivement dit avoir été contraint.e.s au travail du sexe. Quant aux données sur la santé mentale des TDS, il existe aussi une étude qui détaille la manière dont elles sont instrumentalisées dans le débat public. On la doit à la sociologue, diplômée de sciences politiques et sociales Marion David, qui en a fait sa thèse de doctorat en 2008. Alors, pourquoi si peu de visibilité médiatique pour ces études ? Plusieurs des travailleurs et travailleuses du sexe interrogé.e.s par Komitid dans le cadre de cette enquête sont formel.le.s : tout ce qui va à l’encontre du positionnement abolitionniste de l’État français n’est « pas entendable », faisant immédiatement d’elles et d’eux de « méchants proxénètes » et des « négationnistes ». [caption id="attachment_4681" align="alignnone" width="653"]Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid[/caption] Dans le rapport d'activité de l'Amicale du Nid de 2016, l'association évoque en fait 17% de victimes de traite, sur les 5147 personnes rencontrées en 2015 par l'asso. Mais ce chiffre, lui, n'apparait jamais dans les rapports et articles de l'époque consultés par Komitid. Quant à l'étude inter-associative révélée par Médecins du Monde le 12 avril 2018, aux chiffres catastrophiques semblant confirmer toutes les craintes des associations de soutien aux TDS, le Mouvement du Nid se contente d'un thread Twitter pour en balayer les conclusions d'un revers de la main... en critiquant la méthodologie employée, car biaisée. « Toute forme d'auto-organisation est violemment attaquée de toutes parts », précise Maîtresse Gilda, co-fondatrice (et ancienne membre) du Strass, travailleuse du sexe depuis plus de 25 ans qui se définit comme « travpédépute ». Contacté par Komitid pour parler de ce bilan alarmant porté par Médecins du Monde, le cabinet de Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, n'a pas donné suite.

Un parcours de sortie qui ne s’en sort pas

La loi de pénalisation des clients de la prostitution dispose d’un volet répressif, à destination de la clientèle, mais également d’un volet social, à destination des TDS. Il s’agit du parcours de sortie de la prostitution. Au programme, une allocation de 330 euros par mois (légèrement augmentée s'il y a un ou des enfants à charge) versée aux personnes souhaitant sortir de la prostitution sur une durée de six mois, renouvelable trois fois. Et la promesse d’une autorisation de séjour de six mois, renouvelable jusqu’à deux ans, pour les personnes en situation de migration ou sans papiers. Mais si ce parcours est porté par les associations, abolitionnistes, agréées, y rentrer est déjà un parcours en soi.
« Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie »
La commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle est composée de travailleurs sociaux et travailleuses sociales, de représentant.e.s de Pôle Emploi et de l’Éducation Nationale. Mais aussi de fonctionnaires de police, de gendarmes et du préfet. C’est une « mise en commun de tous les acteurs qui peuvent aider et soutenir la personne dans l'insertion économique et sociale », affirme Sandrine Goldschmidt du Nid. Mais les critères de sélection pour entrer, et surtout rester, dans le parcours sont très stricts. La notice d’information sur le formulaire de demande pour l’Afis (Aide financière à l’insertion sociale et professionnelle) stipule, en guise de première condition, que l’on doit déjà « être engagé.e dans le parcours de sortie de la prostitution » pour y prétendre. Et s’il y a rechute du ou de la bénéficiaire dans la prostitution, cette aide est interrompue. « Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie », lâche Axelle de Sade, qui fustige l’idée de cette « aumône de 330 euros ». Les associations agréées pour le parcours de sortie trouvent également que ce n’est pas assez. Pour Sandrine Goldschmidt « ce sont de petites sommes, on préfèrerait que ce soit plus ». La responsable de la communication du Mouvement du Nid poursuit « Pour l'instant, celles qui rentrent dans ce parcours, sont vraiment prêtes à sortir de la prostitution, ça ne veut pas dire qu'elles ont d'autres ressources, mais ça veut dire qu'à un moment donné, elles peuvent se débrouiller avec cette somme-là et l'aide des assos, avec l'État de leur côté ». La somme n’est pas cumulable avec les minima sociaux (RSA, ADA, ATA) et ne peut pas être attribuée si la personne justifie de ressources mensuelles supérieures au niveau du RSA. « Dans l'esprit des gens il vaut mieux se faire exploiter que d'être dans le travail du sexe : tout est mieux que de faire la pute », commente Thierry Schaffauser. Depuis la mise en place du parcours de sortie de la prostitution, les associations agréées dénombrent 55 personnes à s’y être engagées. Le gouvernement prévoit 600 personnes en tout d’ici la fin de l’année. Mais les budgets alloués à ce dispositif posent question. En 2017, 3,8 millions d’euros ont été dédiés à l’Afis (sur 6,6 millions au total pour la lutte contre la prostitution) et en 2018, 2,4 millions (sur 5 millions). Que se passe-t-il pour les sommes restantes ? « Ces sommes sont pour les 55 personnes dans le parcours de sortie mais aussi pour toutes les autres personnes que l'on suit, aussi, et qui sont beaucoup plus nombreuses », explique Sandrine Goldschmidt,« On est là dans l'intégralité du processus. Les moyens sont, seraient pour ça. Mais dans la réalité, les 80 % du budget sont pour l'Afis. Ce qui n'est pas utilisé, est en attente pour les prochaines personnes à entrer dans le parcours de sortie ». Les associations de TDS et de santé communautaire non-abolitionnistes dénoncent régulièrement un manque de transparence quant à l’utilisation de ce budget depuis deux ans, ainsi que « la mainmise du Nid » sur la question. Sandrine Goldschmidt répond « Ce parcours repose vraiment sur les épaules des associations : on accompagne des personnes vers la sortie de la prostitution de manière non-officielle depuis des années, en essayant de mobiliser tous les soutiens possibles autour. On aurait besoin de plus de moyens encore, c'est certain. » Mais le discours ne convainc pas. « J'aimerais qu'un jour Élise Lucet enquête sur le business abolitionniste », annonce Maîtresse Gilda, « parce qu'il s'agit de millions d'euros d'argent public chaque année ».

Abolir l’abolitionnisme

« Avec la loi de pénalisation des clients, on a inversé le dispositif : on peut faire de la pub mais on ne peut plus venir nous voir. Il y a un paradoxe qui nous échappe ! », soulève Axelle de Sade. « Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche. Nettoyer la rue de cette tache prostitutionnelle : c'est l'intention politique que je vois derrière cette loi. On cherche à isoler au maximum le travail du sexe, alors que la loi ne l'interdit pas directement ».
« Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche »
Ce que de nombreux et nombreuses TDS reprochent aujourd’hui à la politique de l’État vis-à-vis de la prostitution va en fait bien au-delà de la loi de pénalisation des clients. « À vrai dire, pour moi comme pour mes camarades, la pente glissante de la dégradation des conditions de travail avait déjà été amorcée depuis longtemps », regrette Maîtresse Gilda. « La loi d'avril 2016 n'aura été qu'un accélérateur mortifère ». « Parmi les gens qui ont voté le texte, il y avait une minorité d'abolitionnistes sérieux, et d'autres, qui cherchaient une autre solution après la fin du délit de racolage, pour continuer à nettoyer les rues, ce qui n'a rien à voir avec le féminisme », analyse Thierry SchaffauserDepuis longtemps, les TDS qui s’organisent entre elles et eux dénoncent une instrumentalisation du féminisme et d’une certaine idéologie chrétienne, par un « clientélisme électoral » au service de la gentrification, comme le décrit Maîtresse Gilda. « Pour un.e élu.e, il faut rassurer les riverains qui se plaignent des nuisances ou s'inquiètent de la morale, mener une politique prohibitionniste, rebaptiser ça « abolitionnisme » et se draper dans sa vertu faussement humaniste, ça paie ». Face à un abolitionnisme d’État qui flirte avec le modèle Suédois, les travailleurs et travailleuses du sexe ont, depuis de nombreuses années, des revendications très simples : l’application du droit commun et la reconnaissance des métiers du travail du sexe. Des mesures qui, selon les associations, permettraient de fait de lutter contre la traite des êtres humains et la prostitution forcée et de garantir un vrai statut pour les TDS. « Il ne s'agit pas non plus de laisser ce statut complètement libre non plus », précise Axelle de Sade. « Il faut quand même mettre des garde-fous, car ce n'est pas tout à fait un métier comme les autres. Ce cadre pourrait s'exprimer par l'autorisation de s'associer, de créer des coopératives, ce qui permettrait de s'assurer que personne ne soit sous le joug de quelqu'un d'autre. En tant qu'individus responsables, on pourrait s'associer pour proposer une offre de service et des conditions d'exercice du métier qui soient bénéfiques à tou.te.s ».
« Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant »
Ce qui est reproché à l’approche abolitionniste du travail du sexe, c’est aussi une forme de paternalisme. Dans les comptes rendus d’activité du Mouvement du Nid, on trouve en effet 77 fois le mot « victime » sur 96 pages en 2015, en amont de la loi, et 44 fois sur 86 pages en 2016. Pour Axelle de Sade, « C'est ça le défi. Changer cette représentation misérabiliste qui fait de nous des victimes, des personnes simples d'esprit qui se retrouvent à faire ça car on n'a pas d'autre choix ». Un combat loin d’être gagné car, comme le souligne Thierry Schaffauser, « Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant. On ment quand on dit que tout va bien parce qu'on a des intérêts directs économique qu'on est amoureuses de notre proxénète, qu'on est manipulé.e.s... » Comme en 2017, le Strass, les Amis du Bus des Femmes, Les Roses d’Acier, Acceptess Transgenres, Act Up-Paris et de nombreuses associations ont manifesté dans les rues de Paris, pour le second anniversaire de la loi de pénalisation. L’intitulé de l’évènement du 14 avril dernier ? « Bilan Post-loi: les Travailleuses du sexe sacrifiées ». Malgré le soutien et la présence de nombreux collectifs, de nombreuses assos et de militant.e.s de divers horizons, les évènements en soutien aux TDS restent assez peu visibles. « Ce que je déplore, c'est qu'une partie de la communauté LGBT, trop soucieuse de vouloir plaire aux hétérocis et de "donner une bonne image de l'homosexualité" ne veut pas paraître à nos côtés, considère que la question des TDS n'est pas leur combat », pose Maîtresse Gilda. « À croire qu'iels n'aspirent à rien d'autre qu'à se marier, procréer, vivre bourgeoisement et devenir aussi chiantissimes que les hétéros. Alors même qu'au Stonewall Inn c'était une majorité de folles, de tapins, de trans et de travs noir.e.s et latinos qui vivaient dans la rue qui se sont révolté.e.s contre la police corrompue et la mafia qui les exploitaient et les réprimaient. Ce sont les mêmes consensuels mous qui encensent 120 BPM aujourd'hui alors qu'à l'époque ils détestaient Act Up et ne voulaient pas voir que le sida était une question politique. En tant que minorités, nous devrions tout.e.s être solidaires et combattre ensemble : Femmes, Putes, MigrantEs, Séropos, Séronegs, LGBTQIANBXXX ! »" ["post_title"]=> string(109) "Pénalisation des clients de la prostitution : deux ans ferme pour les travailleurs et travailleuses du sexe" ["post_excerpt"]=> string(304) "Le 13 avril 2016, la loi de pénalisation des clients de la prostitution était adoptée. Deux ans plus tard, travailleurs et travailleuses du sexe déplorent une précarisation et des violences, sur lesquelles elles et ils n’avaient pas manqué de prévenir en amont du vote de cette mesure. Enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(52) "penalisation-clients-prostitution-galere-tds-enquete" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-07 18:29:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-07 16:29:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=3491" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15149 (24) { ["ID"]=> int(3818) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-13 11:05:49" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 09:05:49" ["post_content"]=> string(5633) "Alors que les associations abolitionnistes célèbrent les deux ans de la loi de pénalisation des clients de la prostitution, Médecins du Monde a dévoilé le 12 avril 2018 une étude inter-associative inquiétante révélant d'importants problèmes de violence, et de santé, creusés par cette législation. Cette étude scientifique, co-rédigée par la politologue Hélène le Bail (chargée de recherche Sciences-Po-CERI, CNRS) et Calogero Giambetta (chercheur à la Kingston University ainsi qu'à Aix-Marseille), confirme les inquiétudes exprimées en amont de la loi par les associations de santé communautaire, ainsi que des travailleurs et travailleuses du sexe (TDS). Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde, parle d'un « échec annoncé ».

Conditions de travail, et de vie, dégradées pour les travailleurs et travailleuses du sexe

En présence du Strass, du Planning Familial, des Amis du Bus des Femmes, de Paloma, d'Arcat Santé, d'Aides, du Collectif des Femmes de Strasbourg Saint-Denis, et des Roses d'Acier, des chiffres alarmant ont été révélés. En effet, 38 % des TDS rencontrent plus de difficultés à imposer le port du préservatif, 70 % d'entre elles et eux constatent que leurs relations avec la police se sont détériorées au lieu de s'améliorer (avec la suppression du délit de racolage, en 2016 également) et 42 % des TDS confient faire face à plus de violences depuis la loi. Quant à l'existence du parcours de sortie, seul.e.s 39 % connaissent son existence. Une grande majorité des interrogé.e.s accuse une perte de revenus (78 %), et signale des conditions de vie dégradées (63 %). Ces chiffres ont été obtenus en deux ans, dans sept départements, aussi bien dans les agglomérations que sur les routes de campagne, auprès de 583 travailleurs et travailleuses du sexe, en étroite collaboration avec 12 associations de terrain. Ils révèlent que 88 % des TDS sont opposé.e.s à la pénalisation de leur clientèle.

Contaminations, violences, contrôles au faciès : colère des TDS

Cécile Lhuillier, des Amis du Bus des Femmes, a tenu à pointer du doigt le fait que la loi de pénalisation des clients de la prostitution servirait en fait une politique de gentrification. Elle a rappelé qu'au mois de mars, en plein lancement du Sidaction, un raid policier a été organisé dans le Bois de Vincennes, visant les TDS nigérian.e.s, avec déploiement de chiens, et d'un commissariat mobile. « Certaines ont fini en centre de rétention, d'autres, ont pris des PV à cause d'un pare-choc abimé qui nécessiteront des heures supplémentaires de travail pour être réglés. Il n'y a rien de féministe dans cette loi teintée de racisme ! ». Lors de la conférence de presse, Thierry Schaffauser, membre du Strass, ne s'est pas montré optimiste malgré les conclusions très parlantes de ce rapport « Lorsque l'on a remonté nos difficultés au cabinet de Marlène Schiappa, la réponse a été « Le but de cette loi n'est pas d'aider les prostitué.e.s mais de les faire arrêter ». Donc pour beaucoup d'abolitionnistes, ces conséquences négatives pour les TDS sont en fait positives ». Les résultats de cette enquête de grande envergure sont d'ores et déjà contestés par les partisans et partisanes de la loi de pénalisation des clients. Une manifestation est prévue samedi 14 avril à 14h, place Pigalle, à Paris, pour continuer de protester contre la loi de pénalisation des clients. Le soir même, le Strass organise une soirée de soutien à La Mutinerie, qui a récemment rouvert ses portes." ["post_title"]=> string(91) "Pénalisation des clients de la prostitution : Médecins du Monde tire la sonnette d'alarme" ["post_excerpt"]=> string(196) "L'association vient de publier une enquête inter-associative en guise de bilan sur les deux ans de la loi de pénalisation des clients de la prostitution : « tous les voyants sont au rouge »." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(60) "penalisation-clients-travailleuses-du-sexe-medecins-du-monde" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-03 16:25:59" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-03 14:25:59" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=3818" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

« Pour la société, une "pute" trans qui se fait tuer, ce n'est rien, c'est personne »

Publié le

L'association Acceptess-T organise un rassemblement en mémoire de Vanessa Campos, une femme trans et travailleuse du sexe tuée à Paris le 17 août.

Vanessa Campos
Vanessa Campos - Acceptess T

Vanessa Campos s été retrouvée morte le 17 août. Cette femme trans migrante originaire du Pérou a été tuée au bois de Boulogne. « Les assassinats de femmes trans travailleuses du sexe n’ont rien de rare. C’est un phénomène récurrent et régulièrement nous tentons d’alerter l’opinion publique et les autorités sur ces violences. Malheureusement comme toujours, nous nous retrouvons seules » ont ainsi réagi le Strass et Acceptess T. Ces associations appellent ce vendredi 24 août à 18 heures, à un rassemblement en mémoire de Vanessa, mais aussi à une prise de conscience collective sur la violence transphobe qui frappe de plein fouet celles qui comme Vanessa, sont migrantes et travailleuses du sexe.

Pour la société, une « pute » trans qui se fait tuer, ce n’est rien. C’est personne. C’est comme si ça faisait partie des risques du métier. Quand on est travailleuse du sexe, on est censée se protéger soi-même des meurtres et des viols. On ne remet pas en question les agresseurs, le système qui nous précarise, la société qui nous exclut, on préfère faire porter la responsabilité aux victimes.

Vanessa Campos, ce n’est pas une personnalité, ce n’est pas quelqu’un de « bienséant ». Parce qu’elle est travailleuse du sexe, ce n’est pas une travailleuse classique, elle n’est pas dans la norme. Parce qu’elle est trans, elle est considérée comme une personne malade mentale. Voilà pourquoi, malgré sa mort, il ne se passe rien. Voilà pourquoi le monde s’en fout.

Un des problèmes, c’est la loi de pénalisation du client. À cause de cette loi, les travailleuses du sexe se cachent de plus en plus et ont le risque de se faire agresser. Comme elles se cachent de plus en plus, la police ne peut pas les protéger, car si la police est là… elles n’ont pas de clients. À cause de cette loi, les travailleuses du sexe ont non seulement moins de clients, mais elles se retrouvent à accepter des pratiques à risques, ou n’ont plus la possibilité de refuser certains d’entre eux. C’est un cercle vicieux. C’est une loi qui au lieu d’aider les personnes à sortir de la prostitution, les met en danger. Elle ne veut pas éliminer la prostitution, elle veut éliminer les prostitué.e.s.

L’isolement est un danger. Vanessa a été agressée et s’il n’y avait pas eu cette loi de pénalisation, peut-être qu’elle aurait été plus proche des autres, moins isolée, peut-être que des gens auraient pu intervenir.

« C’est une loi qui au lieu d’aider les personnes à sortir de la prostitution, les met en danger. Elle ne veut pas éliminer la prostitution, elle veut éliminer les prostitué.e.s. »

Aujourd’hui, elles sont obligées de se séparer parce qu’elles savent que si elles se regroupent, elles seront aussi ciblées plus facilement par les descentes de police. Cette loi a en partie tué Vanessa Campos. Les gens qui ont fait cette loi n’ont réfléchi à rien. Il y a une responsabilité politique énorme dans la mort de Vanessa.

Comment faire changer les choses ? Déjà, qu’on nous écoute. Qu’on écoute notre expertise, nos expériences, parce que nous sommes les premières concernées. Au lieu de criminaliser la prostitution, luttez contre le proxénétisme et laissez les personnes travailleuses du sexe s’auto-gérer. Quand une travailleuse du sexe va porter plainte, quand une personne trans va porter plainte, qu’on l’écoute et que ce ne soit pas la parole d’une « moins-que-rien » contre quelqu’un de bien établi. Qu’on l’écoute, qu’on l’aide, qu’on arrête de les harceler, notamment lorsqu’elles sont sans-papiers. Il est capital de faciliter l’autodétermination des personnes trans. Cela permettra aux personnes migrantes de pouvoir faire leur changement d’état civil en France, ce qui n’est actuellement pas toujours possible. Nous demandons la régularisation immédiate et inconditionnelle et sans enquête de vérification de toutes les personnes trans et intersexes migrantes.

« Au lieu d’alarmer et de provoquer une prise de conscience, les médias tombent dans le sensationnalisme et banalisent la transphobie. »

Il faut aussi changer la manière dont on parle de ces violences transphobes. Les journalistes doivent se renseigner, faire leur travail et respecter les personnes, mais aussi leur propre métier, sans tomber dans le trash. Au lieu d’alarmer et de provoquer une prise de conscience, les médias tombent dans le sensationnalisme et banalisent la transphobie. Respecter le nom de la personne, son identité de genre, c’est la base. Le mégenrage, l’utilisation du mot « travesti », de l’ancien nom, tout cela tue une deuxième fois Vanessa.

  • karinesolene

    Pareillement,

    Merci pour cet article.

  • emmanuelle-cachou

    Merci beaucoup pour votre article et le sens que vous donnez à votre conclusions

    Dommage que d autres médias n ont pas cette égard