Vous parlez d'un acte politique, pourquoi ?

Politique, car en tant que travailleur du sexe, je me positionne déjà politiquement. C'est pas juste un taf que je fais occasionnellement sans me poser trop de question, je m'intéresse à ce qu'il y a derrière, que ce soit en société, sur le plan juridique... Ce n'est pas anodin, c'est une véritable lutte pour obtenir une légitimité. Et c'est normal quand on voit à quel point le travail du sexe est mis de coté sous une bâche de honte. C'est pareil pour la transidentité selon moi : c'est une lutte quotidienne pour obtenir le droit de se sentir légitime de vivre comme on le ressent. À mes yeux, on ne peut pas juste être une personne trans et vivre "normalement", je n'ai jamais vu ça, hélas. En tant que personne trans ET travailleur du sexe, je trouve que j'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule sur des choses que je vais subir, trouver violente, injuste, car il y en a beaucoup trop, et quotidiennement. Je ne peux pas juste fermer les yeux dessus.
« J'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule »

Quand vous dites que votre ex l'a très mal vécu, cela veut dire que vous lui en avez parlé avant de vous exprimer sur Twitter ?

J'en ai parlé la veille et le lendemain, j'ai pris un rendez-vous au Planning Familial et ça c'est passé très vite. J'avais envie d'exprimer ça sur Twitter et de briser un peu cette image ultra féminine de Olly Plum qui commençait à me peser. Je voudrai juste rajouter que je sais que beaucoup pense que Usul (son ex, ndlr) m'a quitté à cause de ma transition. Je sais qu'il en prend plein la gueule en se faisant traiter de transphobe. La vérité c'est que je l'ai quitté car il avait du mal avec mon travail ET ma transition. Voilà, c'était l'instant gossip mais j'en ai marre du schéma de merde « Il a quitté sa meuf », comme si je n'étais rien.

Maintenant que vous avez fait votre coming out, dans quel état d'esprit êtes-vous pour les temps à venir ?

J'aimerai proposer du porn assez queer et me servir de ce merveilleux tag : #pussyboy. Mais ouais, proposer du porn FtoM, queer, non binaire. Je fais ma mammectomie dans quelques mois, je n'aurai plus de seins, je sais que c'était un élément qui me valait pas mal de reconnaissance (rires), mais je ne compte pas m'arrêter pour autant, au contraire." ["post_title"]=> string(96) "Le travailleur du sexe Olly Plum fait son coming out trans : « Je me sens tellement apaisé »" ["post_excerpt"]=> string(144) "C'est sur Twitter que Olly Plum a fait son coming out. Il a expliqué sa démarche à Komitid et raconte « devoir ne pas fermer [sa] gueule »." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(26) "olly-plum-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-01-30 11:59:53" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-01-30 10:59:53" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=5933" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [5]=> object(WP_Post)#15270 (24) { ["ID"]=> int(3491) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-07 14:47:05" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-07 12:47:05" ["post_content"]=> string(29752) "En avril dernier, à l'occasion du second anniversaire de la loi de pénalisation des clients de la prostitution, qui a aussi marqué la fin du délit de racolage instauré par Nicolas Sarkozy en 2013, les 62 associations du collectif Abolition 2012, saluaient « un essai à transformer ». Le Mouvement du Nid, l’Amicale du Nid, Osez le Féminisme et autres organisations membres vantaient alors les mérites d’une mesure que d’autres pays nous « envient ». Dans les médias, les discours des organisations abolitionnistes sont optimistes. Avec un relais médiatique bien moindre, les syndicats et assos de travailleuses et travailleurs de sexe (TDS), elles, déplorent les effets négatifs de cette loi sur les premièr.e.s concerné.e.s, qu’elles n’avaient eu de cesse de dénoncer avant l’adoption du texte de loi.

Précarisation, contaminations et violences : un scénario catastrophe qui se réalise

Pour Robin, acteur de santé communautaire dans la lutte contre le VIH et ancien travailleur du sexe résidant à Toulouse, le constat est simple : « Cette loi n’a absolument pas pris en compte l’avis des premier.e.s concerné.e.s, donc c’était un échec annoncé depuis le début. C’est pour ça que de nombreuses assos comme le Strass, Aides, Act Up et bien d’autres ne cessent de répéter que cette loi pénalise en fait bien plus les TDS que leur clientèle ». « Allongement du temps de travail, négociation des tarifs et de l’usage du préservatif, création d’un climat de concurrence entre TDS, augmentation du harcèlement des policiers qui suivent les TDS sur leur lieu de travail pour interpeller les clients en flagrant délit, éloignement des TDS vers des zones non-riveraines les exposant aux agressions et aux vols, mobilité forcée pour trouver des clients forçant certain.e.s TDS séropos à interrompre le traitement durant plusieurs mois (et donc augmenter la charge virale)… » Telle est l’inquiétante liste de conséquences négatives que dresse June Charlot, de l’association toulousaine Grisélidis.
« On est amené.e.s à dire oui à des personnes que l’on n'aurait pas acceptées auparavant »
Ce sont principalement les personnes qui se prostituent dans la rue qui sont impactées par la loi de pénalisation des clients. Mais la raréfaction des clients, l’amoindrissement des revenus et le rapport de force bénéfique à la négociation des prix et pratiques à risque, elle, touche également les TDS en appartement. Axelle de Sade, membre du Strass, syndicat autogéré des TDS, confie : « On est amené.e.s à dire oui à des personnes que l’on n'aurait pas acceptées auparavant, car la loi a eu un effet dissuasif pour les clients qui ont une situation établie et dont la poursuite pour consommation de services sexuels pourrait ruiner ou carrière ou vie de famille. Certains clients ont disparu, ou préfèrent aller à l'étranger ». Le fort pouvoir de négociation des clients face à des travailleurs et travailleuses du sexe qui voient leurs revenus baisser depuis la loi de pénalisation des clients présente un risque réel pour la transmission du VIH et d’autres IST. Déjà, à la fin de l’été 2017, l’association Acceptess Transgenres signalait une augmentation des contaminations parmi les TDS avec lesquel.le.s elle est en contact. Un retour qui semble étonnant pour le Mouvement du Nid. «c'est un petit peu surprenant d'entendre que, deux ans après cette loi, il y a des chiffres sur l'utilisation du préservatif. Ça fait plusieurs décennies qu'on rencontre des personnes qui se prostituent et la question du préservatif est problématique tout le temps », commente Sandrine Goldschmidt, chargée de communication de l'association. « Cette loi est du côté des personnes. Au moins, maintenant, plus elles la connaîtront, plus elles seront en mesure de savoir qu'elle est de leur côté. Elles pourront dire "je vous dénonce si vous ne voulez pas mettre de préservatif" ». « Il y a une multiplication des demandes qu'on n'aurait pas acceptées auparavant, du type relations non protégées », poursuit Axelle, « Ce qu'on a aussi pu constater, c'est que sur les annonces, les mentions type « le seul objet de valeur dans cet appartement c'est moi, ne venez pas chercher mes fonds » se sont développées. Ce qui laisse présager qu'il y a plus de d'incidents en appartement. C'est très problématique ! ». Pour ce retour de terrain, le Mouvement du Nid a une explication très simple. D’après Sandrine Goldschmidt : « Les témoignages qui font état de plus de pression et de violences, c'est aussi parce qu'aujourd'hui, c'est possible de le dire, d'en parler. Avant, ce n'était pas le cas, mais ces violences sont là depuis toujours ».

Un nettoyage des rues en marche ?

Dans un communiqué de presse, le collectif Abolition 2012 relaye les chiffres officiels de la préfecture de police : « Plus aucune personne prostituée n’a été arrêtée pour délit de racolage après le 13 avril 2016 et plus de 2000 clients prostitueurs ont déjà été arrêtés ». Mais les arrestations de TDS n’ont pas cessé pour autant, explique Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, coordinateur de la Fédération Parapluie Rouge et co-fondateur du Strass. « Il y a eu des erreurs et on est encore arrêté.e.s sur d'autres motifs, notamment en raison de certains arrêtés municipaux. Mais pas que : les questions migratoires elles aussi rentrent énormément en jeu, mais le "travail dissimulé", l'outrage ou la rébellion sont encore invoqués. Nous avons lutté pendant des années contre le délit de racolage, qui aurait pu être levé bien plus tôt, dès 2013, avec la proposition d’Esther Benbassa... Mais il y a eu toute une campagne des abolitionnistes pour faire en sorte que cette mesure ne soit pas séparée de la loi de pénalisation des clients, trois ans de plus, pour s’assurer que ça passe mieux ! C'est très manipulateur de s'attribuer cette avancée ».
« C'est très manipulateur de s'attribuer cette avancée »
« Chez Grisélidis, nous suivons une personne qui habite dans une rue où s'exerce l’arrêté municipal anti-prostitution et qui travaille dans une rue où cette interdiction est levée », explique June Charlot. « Elle sort habillée pour aller sur son lieu de travail, les flics la connaissent et savent qu'elle ne travaille pas là, mais elle va quand même se prendre une amende. Leur réponse ? "Si t'es pas contente, t'as qu'à prendre un taxi" ». Mais là où le zèle policier se fait plus particulièrement sentir, c’est auprès des migrant.e.s. Pour Robin « Les rafles dans le bois de Boulogne attestent d’un climat très particulier, celui instauré par la loi asile-immigration. Le contexte est finalement encore plus xénophobe que putophobe dans ce cas-là, les contrôles aux faciès sont légitimés. » Selon les dernières estimations relayées par les assos abolitionistes, entre 80 et 90 % des TDS qui exerceraient dans la rue seraient des migrant.e.s et 62 % du travail sexuel se ferait via internet. « On se cache derrière la rhétorique de la protection mais en fait, cette loi de pénalisation des clients impacte surtout les TDS les plus précaires. À savoir les personnes migrantes et sans papiers », poursuit Robin. « Il y a encore beaucoup de harcèlement policier », constate Mimi, des Roses d'Acier, collectif de TDS chinoises de Belleville. « Avant, avec la loi sur le racolage, la police observait en permanence les filles. Aujourd'hui, elle suit les clients et contrôle les papiers des travailleuses du sexe, ce qui les oblige à travailler la nuit plutôt qu'en journée. Affirmer le contraire montre une incompétence du Nid sur le terrain. » « J'invite le Nid à se rendre sur ce que l'on appelle le Darknet et regarder ce qu'il s'y passe », dit fermement Axelle de Sade. « Quand je vois qu'on propose une mineure, de 14 à 15 ans, on l'amène chez vous, pendant 15 jours à un tarif de 1500 euros, qu'on vient la rechercher et que si vous la gardez le mois entier, on vous fait une faveur à 2700 euros... Je pense que le Nid devrait d'abord se pencher sur ces cas de traite, extrêmes ».

Prostitution, proxénétisme, traite : chiffres pas très clairs et flou juridique

Le Mouvement du Nid assure rencontrer 5 000 à 6 000 personnes prostituées chaque année et être en lien avec environ 1 000 de celles-ci, sur les 37 000 à 40 000 travailleurs et travailleuses du sexe qui seraient en activité en France. Dans un article de Paris Match daté de février 2018, l’association abolitionniste affirme que 95 % des personnes qui se prostituent le feraient sous la contrainte. Aucune étude officielle ne semble corroborer ce chiffre vertigineux et les seuls qui s’en approchent parlent en fait de la proportion de personnes migrantes à se prostituer dans l’espace public. « Les chiffres sur la traite sont faux », martèle Thierry Schaffauser. « On a quand même des chiffres sur les condamnations sur la traite d'êtres humains en France, qui varient entre 0 et 33 par an. Officiellement, il y a environ 800 condamnations pour proxénétisme par an. Les communications contre la traite d'êtres humains ou l'exploitation sexuelle mélangent les deux ». Face à ces estimations qui suscitent le doute, Sandrine Goldschmidt donne une explication très claire sur la position du Mouvement du Nid, association très impliquée dans la promulgation et l’application de la loi de pénalisation des clients : « On considère que même lorsque la prostitution est choisie, il y a un certain nombre de facteurs déterminants dans le parcours de la personne qui peuvent expliquer ce choix… qui est un choix contraint, en général ». Un positionnement qu’elle continue d’expliciter ainsi : « Pour nous, il n'y a pas de sens à distinguer proxénétisme et traite. Il y a des traites à des fins d'exploitation sexuelle, ça revient à du proxénétisme. Pour nous, la prostitution sans proxénétisme est rarissime ».
« Tout le monde est votre proxénète. Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger »
Il faut dire que la définition du proxénétisme est extrêmement large, en France. « Tout le monde est votre proxénète », ironise Axelle de Sade. « Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger... tous ceux qui ont conscience de votre activité. La définition du proxénétisme se limite à « bénéficier de l'argent du travail du sexe ». Il y a aussi l'interdiction de s'associer, de prodiguer des conseils, alors que c'est vital dans ce métier ». Le problème que posent ces définitions juridiques très ouvertes et l’utilisation de chiffres inexacts, c’est que c’est précisément là dessus que la loi de pénalisation des clients est basée. Et ce, avec une emphase particulière sur le statut de victime des TDS et l’impact de leur métier sur leur santé mentale. La méthodologie des études officielles est remise en cause depuis des années par de nombreuses associations de TDS et de santé communautaire, sans que les pourcentages sensationnalistes ne soient remis en question par l’opinion publique. On peut toutefois noter que l’étude Prost Cost de mai 2015 sur « Le coût économique et social de la prostitution », commandée par le Nid en amont des discussions préparatoires à la loi de pénalisation, a été critiquée par une autre association abolitionniste, pourtant membre elle aussi du collectif Abolition 2012. L’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) a en effet émis des réserves sur la « lecture superficielle » des faits par l’étude, dans une lettre ouverte datée du 28 septembre 2015. Il existe des études indépendantes qui pourraient changer la donne. Notamment celle réalisée par Nicola Mai auprès de 500 personnes prostituées entre mars 2014 et mars 2015. Ses conclusions sont à des années lumières de celles qui sont habituellement relayées : 93 % des interrogé.e.s ont déclaré exercer ce métier de leur plein gré. Parmi les migrant.e.s qui ont répondu, 11 % ont effectivement dit avoir été contraint.e.s au travail du sexe. Quant aux données sur la santé mentale des TDS, il existe aussi une étude qui détaille la manière dont elles sont instrumentalisées dans le débat public. On la doit à la sociologue, diplômée de sciences politiques et sociales Marion David, qui en a fait sa thèse de doctorat en 2008. Alors, pourquoi si peu de visibilité médiatique pour ces études ? Plusieurs des travailleurs et travailleuses du sexe interrogé.e.s par Komitid dans le cadre de cette enquête sont formel.le.s : tout ce qui va à l’encontre du positionnement abolitionniste de l’État français n’est « pas entendable », faisant immédiatement d’elles et d’eux de « méchants proxénètes » et des « négationnistes ». [caption id="attachment_4681" align="alignnone" width="653"]Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid[/caption] Dans le rapport d'activité de l'Amicale du Nid de 2016, l'association évoque en fait 17% de victimes de traite, sur les 5147 personnes rencontrées en 2015 par l'asso. Mais ce chiffre, lui, n'apparait jamais dans les rapports et articles de l'époque consultés par Komitid. Quant à l'étude inter-associative révélée par Médecins du Monde le 12 avril 2018, aux chiffres catastrophiques semblant confirmer toutes les craintes des associations de soutien aux TDS, le Mouvement du Nid se contente d'un thread Twitter pour en balayer les conclusions d'un revers de la main... en critiquant la méthodologie employée, car biaisée. « Toute forme d'auto-organisation est violemment attaquée de toutes parts », précise Maîtresse Gilda, co-fondatrice (et ancienne membre) du Strass, travailleuse du sexe depuis plus de 25 ans qui se définit comme « travpédépute ». Contacté par Komitid pour parler de ce bilan alarmant porté par Médecins du Monde, le cabinet de Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, n'a pas donné suite.

Un parcours de sortie qui ne s’en sort pas

La loi de pénalisation des clients de la prostitution dispose d’un volet répressif, à destination de la clientèle, mais également d’un volet social, à destination des TDS. Il s’agit du parcours de sortie de la prostitution. Au programme, une allocation de 330 euros par mois (légèrement augmentée s'il y a un ou des enfants à charge) versée aux personnes souhaitant sortir de la prostitution sur une durée de six mois, renouvelable trois fois. Et la promesse d’une autorisation de séjour de six mois, renouvelable jusqu’à deux ans, pour les personnes en situation de migration ou sans papiers. Mais si ce parcours est porté par les associations, abolitionnistes, agréées, y rentrer est déjà un parcours en soi.
« Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie »
La commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle est composée de travailleurs sociaux et travailleuses sociales, de représentant.e.s de Pôle Emploi et de l’Éducation Nationale. Mais aussi de fonctionnaires de police, de gendarmes et du préfet. C’est une « mise en commun de tous les acteurs qui peuvent aider et soutenir la personne dans l'insertion économique et sociale », affirme Sandrine Goldschmidt du Nid. Mais les critères de sélection pour entrer, et surtout rester, dans le parcours sont très stricts. La notice d’information sur le formulaire de demande pour l’Afis (Aide financière à l’insertion sociale et professionnelle) stipule, en guise de première condition, que l’on doit déjà « être engagé.e dans le parcours de sortie de la prostitution » pour y prétendre. Et s’il y a rechute du ou de la bénéficiaire dans la prostitution, cette aide est interrompue. « Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie », lâche Axelle de Sade, qui fustige l’idée de cette « aumône de 330 euros ». Les associations agréées pour le parcours de sortie trouvent également que ce n’est pas assez. Pour Sandrine Goldschmidt « ce sont de petites sommes, on préfèrerait que ce soit plus ». La responsable de la communication du Mouvement du Nid poursuit « Pour l'instant, celles qui rentrent dans ce parcours, sont vraiment prêtes à sortir de la prostitution, ça ne veut pas dire qu'elles ont d'autres ressources, mais ça veut dire qu'à un moment donné, elles peuvent se débrouiller avec cette somme-là et l'aide des assos, avec l'État de leur côté ». La somme n’est pas cumulable avec les minima sociaux (RSA, ADA, ATA) et ne peut pas être attribuée si la personne justifie de ressources mensuelles supérieures au niveau du RSA. « Dans l'esprit des gens il vaut mieux se faire exploiter que d'être dans le travail du sexe : tout est mieux que de faire la pute », commente Thierry Schaffauser. Depuis la mise en place du parcours de sortie de la prostitution, les associations agréées dénombrent 55 personnes à s’y être engagées. Le gouvernement prévoit 600 personnes en tout d’ici la fin de l’année. Mais les budgets alloués à ce dispositif posent question. En 2017, 3,8 millions d’euros ont été dédiés à l’Afis (sur 6,6 millions au total pour la lutte contre la prostitution) et en 2018, 2,4 millions (sur 5 millions). Que se passe-t-il pour les sommes restantes ? « Ces sommes sont pour les 55 personnes dans le parcours de sortie mais aussi pour toutes les autres personnes que l'on suit, aussi, et qui sont beaucoup plus nombreuses », explique Sandrine Goldschmidt,« On est là dans l'intégralité du processus. Les moyens sont, seraient pour ça. Mais dans la réalité, les 80 % du budget sont pour l'Afis. Ce qui n'est pas utilisé, est en attente pour les prochaines personnes à entrer dans le parcours de sortie ». Les associations de TDS et de santé communautaire non-abolitionnistes dénoncent régulièrement un manque de transparence quant à l’utilisation de ce budget depuis deux ans, ainsi que « la mainmise du Nid » sur la question. Sandrine Goldschmidt répond « Ce parcours repose vraiment sur les épaules des associations : on accompagne des personnes vers la sortie de la prostitution de manière non-officielle depuis des années, en essayant de mobiliser tous les soutiens possibles autour. On aurait besoin de plus de moyens encore, c'est certain. » Mais le discours ne convainc pas. « J'aimerais qu'un jour Élise Lucet enquête sur le business abolitionniste », annonce Maîtresse Gilda, « parce qu'il s'agit de millions d'euros d'argent public chaque année ».

Abolir l’abolitionnisme

« Avec la loi de pénalisation des clients, on a inversé le dispositif : on peut faire de la pub mais on ne peut plus venir nous voir. Il y a un paradoxe qui nous échappe ! », soulève Axelle de Sade. « Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche. Nettoyer la rue de cette tache prostitutionnelle : c'est l'intention politique que je vois derrière cette loi. On cherche à isoler au maximum le travail du sexe, alors que la loi ne l'interdit pas directement ».
« Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche »
Ce que de nombreux et nombreuses TDS reprochent aujourd’hui à la politique de l’État vis-à-vis de la prostitution va en fait bien au-delà de la loi de pénalisation des clients. « À vrai dire, pour moi comme pour mes camarades, la pente glissante de la dégradation des conditions de travail avait déjà été amorcée depuis longtemps », regrette Maîtresse Gilda. « La loi d'avril 2016 n'aura été qu'un accélérateur mortifère ». « Parmi les gens qui ont voté le texte, il y avait une minorité d'abolitionnistes sérieux, et d'autres, qui cherchaient une autre solution après la fin du délit de racolage, pour continuer à nettoyer les rues, ce qui n'a rien à voir avec le féminisme », analyse Thierry SchaffauserDepuis longtemps, les TDS qui s’organisent entre elles et eux dénoncent une instrumentalisation du féminisme et d’une certaine idéologie chrétienne, par un « clientélisme électoral » au service de la gentrification, comme le décrit Maîtresse Gilda. « Pour un.e élu.e, il faut rassurer les riverains qui se plaignent des nuisances ou s'inquiètent de la morale, mener une politique prohibitionniste, rebaptiser ça « abolitionnisme » et se draper dans sa vertu faussement humaniste, ça paie ». Face à un abolitionnisme d’État qui flirte avec le modèle Suédois, les travailleurs et travailleuses du sexe ont, depuis de nombreuses années, des revendications très simples : l’application du droit commun et la reconnaissance des métiers du travail du sexe. Des mesures qui, selon les associations, permettraient de fait de lutter contre la traite des êtres humains et la prostitution forcée et de garantir un vrai statut pour les TDS. « Il ne s'agit pas non plus de laisser ce statut complètement libre non plus », précise Axelle de Sade. « Il faut quand même mettre des garde-fous, car ce n'est pas tout à fait un métier comme les autres. Ce cadre pourrait s'exprimer par l'autorisation de s'associer, de créer des coopératives, ce qui permettrait de s'assurer que personne ne soit sous le joug de quelqu'un d'autre. En tant qu'individus responsables, on pourrait s'associer pour proposer une offre de service et des conditions d'exercice du métier qui soient bénéfiques à tou.te.s ».
« Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant »
Ce qui est reproché à l’approche abolitionniste du travail du sexe, c’est aussi une forme de paternalisme. Dans les comptes rendus d’activité du Mouvement du Nid, on trouve en effet 77 fois le mot « victime » sur 96 pages en 2015, en amont de la loi, et 44 fois sur 86 pages en 2016. Pour Axelle de Sade, « C'est ça le défi. Changer cette représentation misérabiliste qui fait de nous des victimes, des personnes simples d'esprit qui se retrouvent à faire ça car on n'a pas d'autre choix ». Un combat loin d’être gagné car, comme le souligne Thierry Schaffauser, « Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant. On ment quand on dit que tout va bien parce qu'on a des intérêts directs économique qu'on est amoureuses de notre proxénète, qu'on est manipulé.e.s... » Comme en 2017, le Strass, les Amis du Bus des Femmes, Les Roses d’Acier, Acceptess Transgenres, Act Up-Paris et de nombreuses associations ont manifesté dans les rues de Paris, pour le second anniversaire de la loi de pénalisation. L’intitulé de l’évènement du 14 avril dernier ? « Bilan Post-loi: les Travailleuses du sexe sacrifiées ». Malgré le soutien et la présence de nombreux collectifs, de nombreuses assos et de militant.e.s de divers horizons, les évènements en soutien aux TDS restent assez peu visibles. « Ce que je déplore, c'est qu'une partie de la communauté LGBT, trop soucieuse de vouloir plaire aux hétérocis et de "donner une bonne image de l'homosexualité" ne veut pas paraître à nos côtés, considère que la question des TDS n'est pas leur combat », pose Maîtresse Gilda. « À croire qu'iels n'aspirent à rien d'autre qu'à se marier, procréer, vivre bourgeoisement et devenir aussi chiantissimes que les hétéros. Alors même qu'au Stonewall Inn c'était une majorité de folles, de tapins, de trans et de travs noir.e.s et latinos qui vivaient dans la rue qui se sont révolté.e.s contre la police corrompue et la mafia qui les exploitaient et les réprimaient. Ce sont les mêmes consensuels mous qui encensent 120 BPM aujourd'hui alors qu'à l'époque ils détestaient Act Up et ne voulaient pas voir que le sida était une question politique. En tant que minorités, nous devrions tout.e.s être solidaires et combattre ensemble : Femmes, Putes, MigrantEs, Séropos, Séronegs, LGBTQIANBXXX ! »" ["post_title"]=> string(109) "Pénalisation des clients de la prostitution : deux ans ferme pour les travailleurs et travailleuses du sexe" ["post_excerpt"]=> string(304) "Le 13 avril 2016, la loi de pénalisation des clients de la prostitution était adoptée. Deux ans plus tard, travailleurs et travailleuses du sexe déplorent une précarisation et des violences, sur lesquelles elles et ils n’avaient pas manqué de prévenir en amont du vote de cette mesure. Enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(52) "penalisation-clients-prostitution-galere-tds-enquete" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-07 18:29:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-07 16:29:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=3491" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [6]=> object(WP_Post)#15292 (24) { ["ID"]=> int(3818) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-13 11:05:49" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 09:05:49" ["post_content"]=> string(5633) "Alors que les associations abolitionnistes célèbrent les deux ans de la loi de pénalisation des clients de la prostitution, Médecins du Monde a dévoilé le 12 avril 2018 une étude inter-associative inquiétante révélant d'importants problèmes de violence, et de santé, creusés par cette législation. Cette étude scientifique, co-rédigée par la politologue Hélène le Bail (chargée de recherche Sciences-Po-CERI, CNRS) et Calogero Giambetta (chercheur à la Kingston University ainsi qu'à Aix-Marseille), confirme les inquiétudes exprimées en amont de la loi par les associations de santé communautaire, ainsi que des travailleurs et travailleuses du sexe (TDS). Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde, parle d'un « échec annoncé ».

Conditions de travail, et de vie, dégradées pour les travailleurs et travailleuses du sexe

En présence du Strass, du Planning Familial, des Amis du Bus des Femmes, de Paloma, d'Arcat Santé, d'Aides, du Collectif des Femmes de Strasbourg Saint-Denis, et des Roses d'Acier, des chiffres alarmant ont été révélés. En effet, 38 % des TDS rencontrent plus de difficultés à imposer le port du préservatif, 70 % d'entre elles et eux constatent que leurs relations avec la police se sont détériorées au lieu de s'améliorer (avec la suppression du délit de racolage, en 2016 également) et 42 % des TDS confient faire face à plus de violences depuis la loi. Quant à l'existence du parcours de sortie, seul.e.s 39 % connaissent son existence. Une grande majorité des interrogé.e.s accuse une perte de revenus (78 %), et signale des conditions de vie dégradées (63 %). Ces chiffres ont été obtenus en deux ans, dans sept départements, aussi bien dans les agglomérations que sur les routes de campagne, auprès de 583 travailleurs et travailleuses du sexe, en étroite collaboration avec 12 associations de terrain. Ils révèlent que 88 % des TDS sont opposé.e.s à la pénalisation de leur clientèle.

Contaminations, violences, contrôles au faciès : colère des TDS

Cécile Lhuillier, des Amis du Bus des Femmes, a tenu à pointer du doigt le fait que la loi de pénalisation des clients de la prostitution servirait en fait une politique de gentrification. Elle a rappelé qu'au mois de mars, en plein lancement du Sidaction, un raid policier a été organisé dans le Bois de Vincennes, visant les TDS nigérian.e.s, avec déploiement de chiens, et d'un commissariat mobile. « Certaines ont fini en centre de rétention, d'autres, ont pris des PV à cause d'un pare-choc abimé qui nécessiteront des heures supplémentaires de travail pour être réglés. Il n'y a rien de féministe dans cette loi teintée de racisme ! ». Lors de la conférence de presse, Thierry Schaffauser, membre du Strass, ne s'est pas montré optimiste malgré les conclusions très parlantes de ce rapport « Lorsque l'on a remonté nos difficultés au cabinet de Marlène Schiappa, la réponse a été « Le but de cette loi n'est pas d'aider les prostitué.e.s mais de les faire arrêter ». Donc pour beaucoup d'abolitionnistes, ces conséquences négatives pour les TDS sont en fait positives ». Les résultats de cette enquête de grande envergure sont d'ores et déjà contestés par les partisans et partisanes de la loi de pénalisation des clients. Une manifestation est prévue samedi 14 avril à 14h, place Pigalle, à Paris, pour continuer de protester contre la loi de pénalisation des clients. Le soir même, le Strass organise une soirée de soutien à La Mutinerie, qui a récemment rouvert ses portes." ["post_title"]=> string(91) "Pénalisation des clients de la prostitution : Médecins du Monde tire la sonnette d'alarme" ["post_excerpt"]=> string(196) "L'association vient de publier une enquête inter-associative en guise de bilan sur les deux ans de la loi de pénalisation des clients de la prostitution : « tous les voyants sont au rouge »." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(60) "penalisation-clients-travailleuses-du-sexe-medecins-du-monde" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-03 16:25:59" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-03 14:25:59" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=3818" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

« Sauvage », un regard sans fard ni misérabilisme sur la prostitution masculine

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Félix Maritaud dans son plus beau rôle grâce au premier long métrage de Camille Vidal-Naquet : « Sauvage » sort en salles ce mercredi 29 août 2018.

Sauvage Félix Maritaud film sans jugement sur la prostitution masculine homosexuelle
« Sauvage », un regard sans fard ni misérabilisme sur la prostitution masculine - Pyramide Distribution / Allociné

Trottoirs, zones industrielles et bois anonymes, jolis garçons sans noms : centré autour d’un jeune gay de 22 ans qui se prostitue, Sauvage est une « tranche de vie » qui retourne l’estomac, entre violence et tendresse.

Le premier long métrage de Camille Vidal-Naquet nous plonge dans le quotidien d’un travailleur du sexe, appelons-le Léo (bien que le sauvageon ne soit jamais nommé dans le film), qui se laisse porter avec une fougueuse désinvolture au gré des clients, des drogues, de la fête, de ses coups de cœur et de sa santé qui se dégrade à vue d’œil.

Félix Maritaud et Camille Vidal-Naquet : le duo qui secoue

Suivant un Félix Maritaud à nu – littéralement – et à vif, le regard que pose le réalisateur sur la prostitution et le milieu gay se fait sans illusions, mais aussi et surtout sans jugement. C’est à celui ou celle qui regarde de se faire sa propre idée… et ce ne sera pas simple. D’une passe à l’autre, on oscille – presque sans transition – entre une dureté extrêmement malaisante et une douceur enveloppante, solaire, qui risquent toutes deux de vous arracher quelques larmes.

Camille Vidal-Naquet a passé trois ans auprès d’une association de soutien aux travailleuses et travailleurs du sexe, qui organise des maraudes dans le bois de Boulogne. Cette expérience lui a sans doute permis d’éviter l’écueil des plus gros clichés sur la prostitution. Le réalisateur l’a d’ailleurs répété, c’est son héros, autour duquel il a écrit toute l’histoire de Sauvage, qui est le sujet principal du film, et non le travail du sexe.

Quant à Félix Maritaud, que l’on s’habitue volontiers à retrouver dans des rôles gays très forts après 120 battements par minute et Un couteau dans le cœur, il a confié avoir énormément travaillé sur la posture et l’alignement de son corps. Et ça se sent : sa présence transpire à grosses gouttes d’émotions à travers l’écran. Il n’y a pas que nos pupilles qui réagissent à la générosité troublante de son interprétation ! Maux de ventres et frissons sont aussi au rendez-vous.

Beaucoup de questions, très peu de réponses

Précarité matérielle et physique, brutalité, mais aussi euphorie, délicatesse et bienveillance… dans un habile numéro de jonglerie, Sauvage réussit l’exploit de trouver un équilibre, mouvementé mais solide, sans être neutre pour autant. Le seul parti pris sur la complexe question de la prostitution, dans un monde qui criminalise et stigmatise cette activité ainsi que les travailleurs et travailleuses du sexe, qui en payent le prix fort, c’est de montrer, pour interroger.

En allant regarder le puissant et nécessaire Sauvage, n’attendez ni morale ni même dénouement clefs en main. Comme l’a expliqué Camille Vidal-Naquet à l’avant-première du Queer Cinéma Club le 19 juillet dernier au Luminor, le personnage principal n’existe que du début à la fin du film, sans avant, ni après. Les questions qu’il laisse dans son sillage, sur sa manière d’être, ses choix et le monde qui l’entoure, elles, ne s’estomperont pas de si tôt. Cette œuvre est faite pour nous bouleverser, et elle arrive à ses fins avec une beauté très singulière, jusque dans ses scènes les plus sombres.

 

Sauvage

Réalisation : Camille Vidal-Naquet
Drame – France – 2018
Distribution : Félix Maritaud (Léo), Eric Bernard (Ahd).

Retrouvez notre grand entretien avec Camille Vidal-Naquet, réalisateur de Sauvage, ici.