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Taïwan : non, malgré les résultats du référendum, le mariage pour tous n'est pas abandonné

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Le gouvernement s'est engagé à son ouverture… mais les activistes LGBT+ sur place sont tout de même inquiet.e.s des résultats des votes.

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Taïwan le 25 novembre 2018 - weniliou / Shutterstock

Le résultat, ou plutôt les résultats, sont sans appel : le samedi 24 novembre dernier, les électeurs et électrices taïwanaises se sont massivement prononcées contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. À parcourir les unes des médias français et internationaux, la conclusion est sans appel : le mariage pour tous et toutes ne passera pas par la case Taïwan. Sauf que ce dénouement serait plus que surprenant. Explications.

Comme nous vous l’expliquions, ce ne sont pas un, mais cinq référendums relatifs aux questions LGBT+ qui ont été organisés le week-end dernier sur l’île située à l’est de la Chine. Sur les cinq, deux ont été initiés par les organisations LGBT+ tandis que les autres ont été avancés par les antis, notamment soutenu.e.s par les églises catholiques du pays. L’organisation de ces cinq votes avait été rendue possible par l’obtention du nombre requis de signatures.

Résultats en trompe l’œil

Certes, avec 77 % de oui à la question « Le mariage devrait-il être uniquement l’union d’un homme et d’une femme », le résultat semble sans appel. Mais il ne faut pas oublier la décision de la Cour constitutionnelle taïwanaise datant de l’année dernière. Celle-ci, jugeant la situation actuelle discriminante, oblige le gouvernement à légaliser le mariage pour tous d’ici au 24 mai 2019. Et d’après les juristes de l’île, le pouvoir politique ne pourra pas se soustraire à la décision, d’autant que la récente loi entourant l’organisation des référendums est particulièrement floue.

« Peu importe le résultat de ces référendums, les autorités devront ouvrir le mariage aux couples de même sexe », expliquait Victoria Hsu, avocate et activistes LGBT+ qui avait mené la bataille devant la Cour constitutionnelle, à Komitid. «  La vraie question ici, c’est de savoir pourquoi l’autorité en charge des élections a permis l’organisation de ces référendums. C’est une crise constitutionnelle. » Le revers du parti Démocratique Progressiste, au pouvoir, aux élections locales, n’a d’ailleurs pas échaudé le gouvernement, qui a expliqué il y a quelques jours être en train de préparer une loi en faveur du mariage pour tous et toutes.

Réseau mondial anti-genre

Mais si l’avenir du mariage pour tous et toutes semble assuré, l’inquiétude n’en est pas moins grande chez les activistes LGBT+ de Taïwan. D’abord parce que le vote, largement en défaveur des minorités sexuelles, révèle que la société taïwanaise n’est peut être pas si ouverte que ce que les associations, locales et internationales, se l’imaginaient. Dans une interview avec Komitid, l’activiste Jennifer Lu rappelait à quel point la dimension symbolique du vote était importante : Taïwan sera, sauf revirement, le premier pays d’Asie à légaliser le mariage pour tous et toutes. Mais le référendum a montré que l’île n’était pas le « le phare des droits LGBT+ » qu’elle pensait être.

Pire, il semblerait que les organisations ayant fait campagne contre l’égalité aient reçu de l’aide d’organisations religieuses et anti-mariage américaines. D’après l’organisation américaine Human Rights Campaign, Brian Brown, président de l’ultra-conservateur Congrès Mondial des Familles, aurait été aperçu sur place. Jennifer Lu dénonçait également il y a peu l’utilisation de tracts « copies conformes de ceux utilisés dans d’autre pays » par les groupes taïwanais contre la reconnaissance du mariage des couples de même sexe. Si les liens entre la « manif pour tous » taïwanaise et les mouvements « anti-genre » américains sont avérés, ils devraient inquiéter les défenseurs et défenseuses de l’égalité partout sur la planète… et confirmer, une fois de plus, l’existence d’un réseau, puissant et mondialisé, d’organisations militant activement contre les droits LGBT+.