Des bureaux de la taille « d’un grand appartement parisien »

Anaïs (le prénom a été changé à sa demande) et sa compagne, deux Françaises trentenaires, étaient séduites par Cryos, dont des amies avaient utilisé les services, mais hésitaient avant de se lancer et de commander en ligne, comme on le ferait sur Amazon ou Darty. Elles ont donc décidé de se rendre sur place :

« On a voulu voir ce qu’il y avait derrière la façade angoissante du site internet : bleu pâle, un bébé joufflu Photoshoppé, avec une poussette pour remplacer le caddie d’Amazon ou autre site de vente en ligne. Pour avoir un contact humain, voir la ville où les gens font leurs dons, le quartier.

Aarhus est une ville danoise bourgeoise, un peu ennuyeuse. Le bâtiment qui héberge Cryos est un immeuble de centre ville avec une société à chaque étage. On grimpe dans un ascenseur et hop quand il s’ouvre au bon étage il y a un grand mur et un comptoir devant soi « Cryos, world bigger sperm bank » ou quelque chose du genre. Cela fait bizarre car on est directement dans l’entrée et tous ceux qui sont dans l’ascenseur savent clairement où on va. On avait pris rendez vous quelques semaines avant avec une jeune femme francophone là bas. Ils parlent toutes les langues et je ne doute pas que ce soit possible d’où qu’on vienne de trouver un interlocuteur.

« L’endroit est très petit, très propre. La taille d’un grand appartement parisien »

Elle nous a donné RDV à une heure où les donneurs ne viennent pas, évidemment. Mais on nous a tout fait visiter après une demi heure environ de discussions et de questions. L’endroit est très petit, très propre. La taille d’un grand appartement parisien. Une petite cabine de don, une salle de machines avec des laborantin.e.s qui s’activent. Centrifugeuses à gamète, machine pour sécher... les congélateurs doivent être ailleurs... quelques bureaux vitrés. Un canapé près du comptoir d’accueil et tout cela vitré ou visible de ce canapé. Ils ont été très accueillants. Peu de gens viennent semble-t- il. Notre curiosité n’était pas aussi évidente que nous le pensions. »

Cryos se vante d’être répertorié par le  Livre Guinness des records

Sur son site, Cryos se vante d’être répertorié par le  Livre Guinness des records et souligne que l’entreprise, basée à Aarhus au Danemark et fondée en 1987, « coopère avec un réseau étendu de cliniques et d’hôpitaux partout dans le monde et a, au fil des ans, obtenu le plus haut nombre de grossesses issues de dons déclarés au monde ».

Que risquent les patientes en France et les médecins qui les aident ?

En France, la loi interdit la PMA pour les femmes seules et les lesbiennes. Elle interdit également tout achat et importation de gamètes. L’article 511-9 du code pénal prévoit une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende pour les contrevenants. Les mêmes peines sont applicables à toutes celles et ceux qui serviraient d’intermédiaires.

Mais en parallèle, en 2012, le gouvernement a retiré un courrier rappelant aux médecins l’interdiction d’aider des patientes à avoir recours à une PMA si la loi le leur interdisait. Cela signifie concrètement que les médecins ne sont pas poursuivis quand ils aident des femmes dans le suivi d’une grossesse même si elle est survenue de façon jugée illégale.

Mais pour ce qui concerne la pratique d’une FIV ou d’une insémination par un médecin français sur une femme ne remplissant pas les critères fixés par la loi, les articles 511-24 et 511-27 du code pénal sont très clairs : 5 ans de prison, 75 000 euros d’amende et l’interdiction d’exercer la médecine pendant 10 ans au plus. Le site de l’agence de la biomédecine, qui relève du ministère de la Santé, liste l’achat de sperme à l’étranger parmi les « pratiques à risque »,  rappelle qu’il s’agit d’une « pratique illégale » et tente de dissuader en soulignant « toutes les difficultés que vous pouvez anticiper ».

La liste des seules personnes habilitées à les recevoir, certaines spécialités n’ont rien à voir avec la gynécologie ou l’obstétrique

Pour compliquer encore les choses, la loi danoise a changé le 1er juillet 2018: il est désormais interdit à Cryos d’envoyer du sperme ou des ovocytes au domicile de patientes résidant en Europe. La liste des seules personnes habilitées à les recevoir, selon la nouvelle législation danoise, a quelque chose d’absurde tant les spécialités décrites n’ont parfois rien à voir avec la gynécologie ou l’obstétrique : dentistes, chiropracteurs.trices, infirmier.e.s, sages-femmes, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, biologistes, diététicien.ne.s, radiologues, ophtalmologues, pédiatres, travailleurs et travailleuses sociales dans le domaine de la santé.

Les modalités pratiques

Dans ces conditions, qui donc commande en France du sperme danois ? Et comment ces PMA se déroulent-elle? En somme, quelles sont les conséquences pratiques de la loi française qui interdit l’accès à une technique déjà en vigueur, en fonction du statut marital et de l’orientation sexuelle ?

Avec un taux de 15% de réussite pour les femmes de moins de 30 ans sans problèmes de fertilité (et sans stimulation) à 5% environ passé 35 ans, on pourrait se demander ce qui pousse des femmes à payer si cher tout en se mettant hors la loi. Pourtant, les Françaises n’ont jamais été aussi nombreuses à commander du sperme chez Cryos.

Certaines veulent aussi avoir recours un donneur non anonyme pour permettre au futur enfant l’accès à ses origines.

Parmi elles, 40 % environ, selon la banque de sperme, sont des femmes seules et des lesbiennes qui se voient refuser l’accès légal à la PMA en France, mais souhaitent que leur grossesse débute en France. Certaines veulent aussi avoir recours à un donneur non anonyme pour permettre au futur enfant l’accès à ses origines, un droit défendu par la Cour européenne des droits de l’homme mais auquel s’oppose la France.

A partir du moment où la décision de commander du sperme au Danemark a été prise, se pose la question de la méthode : insémination à domicile ou traitement dans un cabinet, deux options illégales mais courantes. Sur le site de la banque, il faut choisir avant même d’accéder à la liste de donneurs car les modalités sont très différentes. Dans tous les cas, la facture est lourde : un peu plus de 2000 euros pour deux paillettes de sperme. Chaque paillette d’un donneur non anonyme coûte entre 500 et 800 euros, et deux sont nécessaires. La bonbonne d’azote ou le pack de glace sèche sont facturés environ 200 euros. A ces montants, s’ajoute une TVA à 19% soit entre 300 et 400 euros.

« Vous avez reçu un colis » : la livraison de sperme à domicile

Pour une insémination à domicile, Cryos fournit un kit explicatif en français qui renvoie vers des vidéos en ligne.  Le colis, qu’il est interdit à Cryos d’envoyer à des particuliers en France et qu’il est interdit à des particuliers en France de recevoir, est expédié via un transporteur international. Dessus sont apposés des autocollants « Alerte de service – Biens dangereux – Accepté » et le non équivoque « Tissus et cellules – Ne pas irradier – Manipuler avec soin ». Les services français de douane ne trouvent visiblement rien à redire.

[caption id="attachment_13637" align="aligncenter" width="452"]Enquête Danemark Paillettes Le colis de paillettes, après la grande traversée - I. T. pour Komitid[/caption]

A l’ouverture du carton, qui continent les paillettes conservées au frais, un kit d’insémination ainsi que le manuel, on découvre la facture enveloppée dans un plastique sur lequel figure un poupon blond aux yeux bleus qui tend la main, le même poupon qui apparaît sur le site de Cryos et sur la plupart de ses brochures…

[caption id="attachment_13638" align="aligncenter" width="453"]enquête danemark paillettes 2 - Ingrid.T Le colis est soigneusement empaquetté - I. T. pour Komitid[/caption]

Le commerce très mondialisé des gamètes

Les obstacles juridiques créent en réalité une multitude de stratégies de contournement, et le simple examen de la facture et du bordereau de livraison du colis par un transporteur international permet d’entrevoir à quel point la PMA est une affaire mondialisée. La facture mentionne, sur son en-tête, la branche américaine de Cryos, basée à Orlando, une adresse de livraison en France et un virement effectué à la Danske Bank, une banque danoise privée où Cryos sur un compte domicilié à Hambourg en Allemagne. Quant au colis, il transite de Nicosie, à Chypre, via Athènes en Grèce puis Bergame en Italie jusqu’à Paris en France. [caption id="attachment_13640" align="aligncenter" width="453"]Enquête danemark paillettes 3 - Ingrid t Tracking du colis à travers l'Europe - I.T. pour Komitid[/caption]

Mais pourquoi Chypre ? Parce que la législation chypriote est plus souple. Pour anticiper la loi danoise du 1er juillet 2018, Cryos a donc ouvert une succursale à Nicosie, enregistrée à l’équivalent de la préfecture locale le 27 mars 2018, y a transféré tous les échantillons de donneurs susceptibles d’être exportés vers les « pays interdits » et a lancé le recrutement d’un embryologue et d’un « coordinateur de donneurs » pour ensuite pouvoir recruter des donneurs sur place. Cette succursale est dirigée dans les faits par Claus Zinck, un expatrié danois qui travaille pour Cryos depuis 2010 et qui est présenté, dans les annonces de recrutement, comme le supérieur hiérarchique des futurs salariés.

Le commerce de gamètes en Europe suit les mêmes routes que certains produits bancaires et les flux d’optimisation voire d’évasion fiscale

Mais cette succursale est légalement dirigée par Phileservus via un directeur et un secrétaire général, Dimitriadis Panayiotis et Christos Panayotis. Phileservus offre des services de domiciliation pour l’optimisation fiscale… Le commerce de gamètes en Europe suit donc les mêmes logiques, les mêmes routes et les mêmes détours que certains produits bancaires et les flux d’optimisation voire d’évasion fiscale.

[caption id="attachment_13641" align="aligncenter" width="453"]Carte enquête danemark - ingrid t Le trajet du sperme et de l'argent - I.T. pour Komitid[/caption]

La PMA est légale pour les lesbiennes dans seulement 12 pays du monde et Cryos livre dans plus de 100 pays… La firme n’en fournit pas la liste exhaustive, mais permet de consulter la liste des destinations où le sperme peut être livré avec un pack de glace sèche et non une bonbonne d’azote.

Dans 72% des destinations de Cryos, les clientes se mettent donc hors la loi.

Il s’agit nécessairement de pays proches car la glace sèche ne permet de conserver les paillettes qu’à -79° C au lieu de -196° C et nécessite un temps de transport puis un délai d’insémination ou de FIV plus court. Ces 25 pays sont en Europe. Parmi eux, seuls 7 autorisent la PMA aux lesbiennes et aux femmes seules. Dans 18 des destinations proches de Cryos, soit dans 72% des destinations, les clientes se mettent donc hors la loi.

[caption id="attachment_13642" align="aligncenter" width="453"]carte 2 enquête danemark ingrid t Carte PMA Européenne et Danemark - I. T. pour Komitid[/caption]

Cette disparité et l’examen attentif de la facture et du bordereau de livraison montrent bien que la récurrence de règles nationales restrictives ne serait-ce qu’au sein de l’Union européenne est absurde et ne peut qu’encourager des stratégies de contournement coûteuses, peu transparentes et peu égalitaires.

Se faire aider par un médecin en France

Mais, tous les couples lesbiens ou les célibataires qui ont recours à une PMA et aux services de Cryos ne choisissent pas l’envoi à domicile. En effet, il peut être rassurant voire nécessaire pour certain.e.s d’avoir recours aux services d’un médecin, dans le cas d’une FIV bien sûr, mais aussi pour une insémination intra-utérine. Pour Anaïs et sa compagne, c’est le changement législatif du 1er juillet au Danemark qui a changé les choses :

« C’est là bas qu’on a appris ce changement, quelques mois avant notre venue. Elle nous a dit : dépêchez vous, commandez maintenant. Mais on n’était pas prêtes à tout tenter avant le premier juillet. Alors on s’est dit que ce serait plus galère et qu’il faudrait trouver la personne dont le titre permettrait de recevoir les gamètes pour nous.

Ça a tout compliqué. Car demander de prendre ce risque n’est pas évident. Dans nos milieux, peu de gens dans le médical ou paramédical. Pas envie que quelqu’un de proche se mette en danger judiciairement. Pas envie de « devoir » un service énorme à quelqu’un et que cela puisse nous être reproché plus tard. Difficulté à trouver quelqu’un qui pourrait le faire tous les mois. Des propositions d’amis qui disent « je connais quelqu’un tu le payes combien ? ». Tout ça pour une affaire de boîte aux lettres. »

Finalement, les deux jeunes femmes ont contacté un gynécologue parisien conseillé par Cryos. D’ailleurs, en appelant Cryos depuis un téléphone français, une interlocutrice parfaitement francophone répond immanquablement. Rapidement, et à plusieurs reprises, elle évoque l’existence de médecins « de confiance » qui aident les Françaises à faire une PMA et peuvent se faire livrer les paillettes. Les clientes doivent passer la commande à leur nom mais le colis arrive chez le médecin. Cryos fournit trois noms. Parmi eux, deux ont accepté de témoigner: le Dr B et le Dr G. Nous ne publions pas leur véritables identités afain de les protéger de poursuites éventuelles.

« Petit à petit, mon nom a traîné, s’est transmis, et j’ai des centaines d’enfants qui sont nés comme ça. »

Le Dr B. pratique des FIV depuis les années 1980 et a été le premier médecin français à travailler avec Cryos. Il a commencé à inséminer des femmes qui s’étaient fait livrer du sperme et/ou des ovocytes il y a 30 ans, c’est-à-dire dès les tous débuts de la banque danoise. Il dit qu’il agit « en [son] âme et conscience » parce qu’il « trouvait que c’était mieux de proposer un acte encadré, plus productif, plus efficace ». « Petit à petit, mon nom a traîné, s’est transmis, raconte-t-il, et j’ai des centaines d’enfants qui sont nés comme ça. » Le Dr B. facture à ses patientes la consultation et ne déclare rien à la sécurité sociale (aucun remboursement n’est donc possible) « pour ne pas faire payer la sécu ».  Il explique :

« Je reste dans la légalité comme ça. Ce qui est illégal, c’est le geste, mais j’estime que c’est juste. On l’a fait beaucoup avant aussi avec la FIV et la conservation d’ovocytes. C’est un combat qui doit être mené par les femmes. Les femmes doivent parler, témoigner. »

Quant au Dr G, gynécologue obstétricienne dans le centre de Paris, elle travaille en binôme avec une sage-femme homme et suit également de nombreuses patientes en parcours de « PMA officieuse » via Cryos. Elle fait partie, à sa demande, de la liste de praticiens recommandés par Cryos depuis le changement législatif au Danemark du 1er juillet 2018.

Elle raconte :

« Je dis à mes patientes : « En France, c’est simple en réalité. Il suffit de commander. Vous faites un test d’ovulation et vous venez au cabinet ». Elles pensent que je me moque d’elles. Finalement quand elles tombent sur cette culture bienveillante, elles se détendent et arrêtent de penser qu’elles sont obligées d’aller à l’étranger.

Ca fait 10 ans que j’aide des patientes, parfois elles vont à l’étranger et on fait le monitorage en France. Elles me posent la question du prix. Une insem, c’est 90 euros. Je ne déclare qu’un acte d’échographie à la sécurité sociale. Ca coûte 80 euros, dont 50 euros environ sont pris en charge par la sécu. Le reste, les mutuelles le prennent si on est bien assuré. Donc finalement, c’est la commande de sperme qui coûte cher, c’est tout.

On me dit que je prends des risques mais les patientes que j’aide ne porteront pas plainte. » 

Pour cette praticienne, la démarche est avant tout humaine et politique :

« J’ai la certitude que le schéma traditionnel familial est une construction et n’est pas la vérité. Il faut réinventer les familles. On sort d’une société traditionnelle patriarcale depuis des milliers d’années, on se bat pour nos libertés et quand on les a, il faut s’en servir et se réinventer. Je dis à mes patientes de se faire confiance. J’ai un rôle politique dans l’accompagnement des femmes pour leur dire arrêtez d’être victimes de préjugés sur la maternité et l’éducation.

« J’ai des anciennes internes qui travaillent à Barcelone. Pourquoi est-ce qu’elles ne rentrent pas en France pour faire bouger les choses ? »
J’ai des anciennes internes qui travaillent maintenant chez Eugin, à Barcelone. Mais pourquoi est-ce qu’elles ne rentrent pas en France pour faire bouger les choses ?

Ça va mettre du temps à changer quand la PMA sera légale en France. Les médecins qui n’acceptent pas de le faire ne vont pas massivement changer d’avis. C’est comme l’IVG, ça va mettre du temps. Tout ne va pas se débloquer du jour au lendemain ».

Cryos n’a pas souhaité s’étendre sur l’envoi de sperme en France, sur les médecins avec qui la banque travaille ou sur les changements législatifs et leurs conséquences pratiques. La réserve est de mise. En France, les informations s’échangent de façon discrète, sous le manteau. Les femmes comparent les expériences, se transmettent les adresses. De plus en plus de patientes et de médecins acceptent heureusement de parler. Il n’y a aucune honte, mais un peu d’appréhension encore parfois.

« J’hallucine qu’on soit un des pays d’Europe les plus coincés sur la question de la PMA », s’impatiente le Dr G. Anaïs et sa compagne, comme des milliers de femmes discriminées par la législation actuelle, ne veulent pas attendre qu’une loi ouvrant la PMA à toutes les femmes soit enfin, et selon des modalités encore inconnues, votée en 2019. « On veut juste que cela fonctionne ! », explique la jeune femme. Et pour y parvenir, Anaïs comme tant d’autres continueront à écumer le catalogue de Cryos à la recherche du Bjorn ou du Peter idéal, qui leur permettra d’accéder à une maternité que leur propre pays leur refuse.

 

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« Le donneur n'a jamais été un père »

L'article 311-19 du code civil est d'ailleurs très clair à ce sujet : « En cas de procréation médicalement assistée avec tiers donneur, aucun lien de filiation ne peut être établi entre l'auteur du don et l'enfant issu de la procréation. Aucune action en responsabilité ne peut être exercée à l'encontre du donneur », peut-on lire. Sollicitée par Komitid pour réagir à ces propos de la ministre, Maître Émilie Duret, avocate au Barreau de Paris et co-présidente de l’AFALGBT (Association française des avocat.e.s LGBT+), s'est dit « consternée ». « Cette déclaration de la ministre témoigne de sa profonde méconnaissance des familles homoparentales et montre qu'elle a parfaitement intégré les éléments de langage des opposantes à la PMA », déplore l'avocate qui fait référence à la formule « PMA sans père » employée par la Manif pour tous notamment. « La ministre évoque un père là où le donneur a toujours été qualifié de donneur. Le donneur n'a jamais été un père et prétendre que l'existence de ce présumé père forcerait à dire la vérité laisse croire que les familles homoparentales mentent, c'est mal les connaitre », insiste Maître Duret. L'avocate spécialisée notamment en droit des familles assure que beaucoup de familles concernées ont été « choquées » par les propos d'Agnès Buzyn. « Le gouvernement se concentre sur le fait de rassurer les anti-PMA, mais en réalité ça jette de l'huile sur le feu. Ça n'est pas juste une petite phrase, c'est très symptomatique de la mouvance et la volonté du gouvernement qui renvoie la PMA aux calendes grecques à chaque trimestre », estime Émilie Duret. Sur Twitter, bon nombre d'internautes ont manifesté leur indignation et rappelé que non, les donneurs ne peuvent être considérés comme des pères. " ["post_title"]=> string(97) "« On ne nie pas le père » : pourquoi les propos d'Agnès Buzyn sur la PMA pour toutes choquent" ["post_excerpt"]=> string(316) "Invitée de l'émission « Audition Publique » sur LCP dans la soirée du lundi 5 novembre, la ministre des Solidarités et de la Santé a parlé de « père biologique » et de « figure paternelle ». Nombre d'activistes ont déploré l'emploi d'éléments de langage chers aux opposant.es à la PMA pour toutes." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(86) "on-ne-nie-pas-le-pere-pourquoi-les-propos-dagnes-buzyn-sur-la-pma-pour-toutes-choquent" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-11-07 16:50:41" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-11-07 15:50:41" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=18411" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "3" ["filter"]=> string(3) "raw" } [5]=> object(WP_Post)#15288 (24) { ["ID"]=> int(12619) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-07-26 12:45:23" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-07-26 10:45:23" ["post_content"]=> string(11010) "Le gouvernement n'aura pas tardé à réagir après la sortie du rang du député de la majorité Guillaume Chiche la semaine dernière. « Ne pas confondre vitesse et précipitation », a expliqué le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux au parlementaire, qui entendait déposer une proposition de loi en faveur de la PMA pour toutes, avant d'y renoncer. « Travailler avant de communiquer », a de son côté exprimé Richard Ferrand, chef de file des député.e.s de la majorité. Recadrage en bonne et due forme de l'exécutif ? « Il n'y pas de soumission ni de couac. Ça a été dit très clairement par Christophe Castaner, par moi même et par Richard Ferrand, ce n'est pas un recadrage ni une mainmise de l'exécutif sur le législatif, c'est juste une décision collective de la majorité », a assuré Guillaume Chiche, interrogé par Komitid, pour justifier son retour en arrière. Pour Flore Santistéban, politologue, maître de conférences à Sciences Po Paris et membre du CEVIPOF sollicitée par Komitid, la déclaration de Benjamin Griveaux n'est autre qu'une « forme de rappel à l’ordre qui signifie que le gouvernement n’entend pas se faire dicter l’ordre du jour parlementaire ». « C’est une conception qui laisse peu de place à la liberté du Parlement mais qui s’inscrit dans la tradition de la Ve République », explique-t-elle.

Ballon d'essai ?

Si le député s'est très rapidement rangé et s'en est remis au calendrier déterminé par le gouvernement, force est de constater que sa sortie du bois aura bousculé l'ordre général autour de la question de la PMA. « C'est la première fois que l'on a de manière aussi explicite depuis notre élection ce calendrier et cet engagement de la part du gouvernement, ce qui n'est pas rien à obtenir », a confié le principal intéressé.
« Ça a obligé la majorité à se positionner »
Et pour cause : lundi 23 juillet, le bureau exécutif de La République en Marche a enfin fixé son cap quant à l'extension de la PMA à toutes les femmes. Merci Guillaume Chiche ? Lui n'en doute pas : « Il s’agit d’une conséquence directe importante et très positive faisant suite à la présentation de la proposition de loi, en écho à l’annonce explicite du gouvernement de présenter un texte avant la fin de l’année » souligne l'intéressé. Pour Flore Santistéban, « ça a remis le dossier sur le devant de la scène et obligé la majorité à se positionner ». Une façon de faire pression sur le gouvernement ? « Deux hypothèses sont possibles : la première consiste pour le député à rappeler au gouvernement la promesse du candidat Macron, la seconde peut s’analyser comme un ballon d’essai émanant de l’exécutif par l’intermédiaire d’un député de la majorité pour tester les réactions au sein du groupe parlementaire et dans l’opinion. » Manifestement, les réactions n'ont pas manqué au sein même de la majorité, contraignant le gouvernement à réagir. Ce début de lumière médiatique en solo n'est pas bien passé auprès de ses camarades, ce qui pourrait en partie expliquer sa volonté de faire machine arrière. « Le retrait peut s’analyser comme une volonté du député d’éviter une humiliation et une mise à l’écart de son groupe », estime Flore Santistéban.
« Coup d'éclat »
« Il a quand même fait un coup d'éclat », souligne de son côté Cécile Delozier, experte en communication politique et fondatrice de l'agence Charisma interrogée par Komitid. « Il ne renonce pas vraiment, il sursoit plutôt parce que le débat va avoir lieu. Il a su émerger et sortir du lot en portant une parole forte. Politiquement il a réussi son coup, il va apparaître comme un référent dans les débats ».

Suivre le rythme

N'empêche que face aux multiples reprises dans la presse et le mouvement (embryonnaire) qui a agité la majorité parlementaire sur le sujet, le gouvernement a rapidement dû réaffirmer sa propre feuille de route. « Il y a une volonté de ne pas traiter la question à la va-vite. Les volontés individuelles ne sont pas mises en valeur on le voit, il faut suivre le rythme », analyse Cécile Delozier.
« Pour beaucoup de parlementaires de la majorité, on voit que la formation leur fait défaut »
Bataille de com' impossible ? « En tout cas, ils n'ont pas laissé l'initiative sans réponse », rétorque Flore Santistéban. « Dans une bataille, on est un peu à force égale. Là on a l'impression que Guillaume Chiche est parti tout seul et qu'il a été rappelé à l'ordre et dans le rang assez rapidement ». Pour la politologue, la sortie du rang s'apparente davantage à un manque d'expérience plutôt qu'à une volonté de jouer dans l'adversité. « Sans virer dans l'amateurisme non plus, mais disons qu'ils peuvent être de bonne foi, animés de bonnes intentions, mais qu'ils n'ont pas encore intériorisé les mécanismes institutionnels. La politique ne s'improvise pas ». Ce n'est pas faute pourtant d'avoir suivi les déclarations du président de l'Assemblée nationale, appelant à un initiative parlementaire pour une loi sur la PMA, mais en oubliant la case « méthode » : « Quand vous voulez porter une proposition de loi, vous en référez avant tout à votre président de groupe qui voit si c'est opportun de l'inscrire et sous quel délai. Ensuite vous le portez dans l'espace public. C'est ce que voulait dire Richard Ferrand quand il lui a dit "il faut travailler avant de communiquer" », traduit Flore Santistéban.

Prudence

Au-delà de l'initiative avortée du député, c'est toute la communication générale de l'exécutif autour de la PMA qui mérite d'être analysée. Le gouvernement ne s'est encore jamais officiellement prononcé sur la question, attendant encore le rapport du CCNE et celui de l'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques à l'automne. Néanmoins le dossier avance : le calendrier des débats se précise, La République en Marche s'est prononcée lundi soir en faveur de l'ouverture et du remboursement de la PMA pour toutes, Quant à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, elle a indiqué le 25 juillet sur RTL qu'il est « peu probable » que le gouvernement aille à l'encontre de ces positions. L'exécutif semble ultra prudent sur cette question, soucieux de faire le débat dans un « climat apaisé » pour citer la ministre, mais surtout de ménager toute forme d'opposition. Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République opère une communication millimétrée autour du sujet.
« On voit vraiment la logique du "en même temps" et on ne voit pas bien comment il peut en sortir »
« Ils craignent un embrasement institutionnel, des oppositions fortes. On voit qu'ils préparent le terrain : l'intervention de Macron au collège des Bernardins, la visite avec le Pape, le « respect des convictions de chacun »... Ce sont des gages qu'il donne aux catholiques. On voit vraiment la logique du "en même temps" et on ne voit pas bien comment il peut en sortir : ouvrir ce droit mais "en même temps" ménager les convictions des uns et des autres », s'interroge Flore Santistéban. Un jeu d'équilibriste tenable ? « Je ne pense pas, parce qu'en politique, sans rentrer dans le manichéisme, à un moment il faut prendre des positions et les assumer », rétorque la politologue. « L'exécutif est sur une ligne de crête », estime pour Cécile Delozier. « Le danger c'est celui de menacer la cohérence du gouvernement et celle de la majorité, parce que sur un sujet comme celui-là, il y a vraiment tout pour faire exploser la majorité. Ils vont devoir faire le grand écart entre des membres de la droite dure, des membres qui viennent du PS, plus la société derrière... C'est sûr que c'est de haute voltige », prévient l'experte en communication politique.

Éviter un remake de 2013

Le sous-texte de cette stratégie de communication ? Éviter à tout prix de refaire la partie de 2013 et les épouvantables débats autour du mariage pour tous et toutes. La présidente de la Manif pour tous a d'ailleurs récemment promis des « mobilisations immenses » si le chef de l'État mettait la PMA sur la table. Face à cela, l'exécutif reste pour l'heure planqué derrière les questions de bioéthique pour ne pas se prononcer. « Je pense que cette réforme aura lieu in fine, mais l'exécutif entend le faire sans avoir des milliers de gens dans la rue et des dissensions trop fortes au sein de la majorité. Ça passe par beaucoup de prudence et de donner des gages », conclut Cécile Delozier. Avancer prudemment, « donner des gages »... Telle est la stratégie de Macron. Mais à quel prix pour les personnes concernées ? La mobilisation des antis dans le cadre des États généraux de la bioéthique a déjà donné le ton. « Comme souvent, la conquête de nouveaux droits ne viendra que d’une mobilisation de la communauté elle-même », estime Flore Santistéban. Et de préciser : « Plusieurs modes d’action sont possibles : l’interpellation continue auprès des dirigeants politiques pour les rappeler à leurs engagements, la mobilisation des soutiens existants et surtout la visibilité dans l’espace public »." ["post_title"]=> string(112) "« Tout pour faire exploser la majorité » : échographie de la stratégie de com' autour de la PMA pour toutes" ["post_excerpt"]=> string(255) "Les choses se bousculent autour du dossier PMA depuis la mi-juillet, les députés de la majorité s'affirment et s'agitent, le gouvernement recadre. Analyse de la stratégie de communication qui se joue autour d'un sujet explosif aux yeux de l'exécutif." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(100) "tout-pour-faire-exploser-la-majorite-echographie-de-la-strategie-de-com-autour-de-la-pma-pour-toutes" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-26 13:52:38" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-26 11:52:38" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=12619" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Pourquoi les associations de lesbiennes ont claqué la porte de la réunion avec Emmanuel Macron

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Une réunion était organisée jeudi 22 novembre entre des associations LGBT+, la secrétaire d'État chargée de la lutte contre les discriminations et le chef de l'État. À l'ordre du jour : évoquer la question de la PMA et les violences LGBTphobes. Les deux organisations lesbiennes présentes ont quitté la réunion en signe de protestation.

Frederic Legrand - COMEO / Shutterstock

Avant même la tenue de cette réunion, les choses avaient mal commencé. En début de semaine, le 19 novembre, nous apprenions que le président de la République avait prévu à son agenda une réunion réunissant des associations de défense des personnes LGBT+ et la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa. Une annonce qui a provoqué la colère des associations représentant spécifiquement les lesbiennes et les bies, pas invitées autour de la table. Une pilule difficile à avaler pour les concernées, dans un contexte de débats tendus autour de la PMA et de son report annoncé.

« On s’est renseignées, il n’y avait pas d’organisation de lesbiennes invitées », assure à Komitid Alice Coffin, militante lesbienne, porte-parole de la Conférence lesbienne européenne, qui n’a pas manqué de se faire entendre pour être invitée à la table des discussions. Selon la militante, Marlène Schiappa a affirmé avoir bien demandé la présence des associations de lesbiennes, « cela n’a pas été fait mais elle a rattrapé le coup  ». Alice Coffin a donc finalement été conviée, aux côtés de Veronica Noseda en tant que représentante des Dégommeuses.

La réunion a démarré peu après 11 heures dans les salons de l’Élysée. Au programme : la PMA pour toutes et la vague de violences LGBTphobes. Étaient présent.e.s aux côtés d’Emmanuel Macron et Marlène Schiappa : le secrétaire général de l’Élysée, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) et trois conseillères du président de la République. Parmi les associations représentées : l’Inter-LGBT, SOS homophobie, l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), l’ADFH (l’Association des familles homoparentales), l’Association nationale transgenre, la Fédération LGBTI+, Flag !, Gaylib, le Mag Jeunes LGBT, Le Refuge, Urgence Homophobie et l’Observatoire LGBT+ de la Fondation Jean Jaurès.

« Cette réunion marque un tournant »

Une déclaration commune à la plupart des associations présentes a été soutenue par Aurore Foursy, la présidente de l’Inter-LGBT, pour ainsi mener à la formulation de deux questions : savoir si Emmanuel Macron entendait respecter le calendrier annoncé par ses ministres pour l’extension de la PMA et connaître les annonces pour répondre aux violences LGBTphobes. S’est ensuite ouvert un tour de table donnant la parole à chacun.e des représentant.e.s présent.e.s.

Une fois la parole donnée aux organisations lesbiennes, la tension est montée d’un cran. « J’ai abordé une attitude très offensive, cette réunion marque un tournant dans la façon dont les associations se comportent avec l’État sur la PMA », explique Alice Coffin. « On a tout de suite dit que s’il ne confirmait pas le calendrier annoncé par ses ministres, nous partirions parce que cela invalidait de facto le reste des annonces », poursuit la militante. Ce à quoi le président de la République aurait rétorqué qu’il n’y avait pas de report : « parce que ce n’est pas lui mais ses ministres qui avaient annoncé un calendrier. Pour lui, il est tout à fait dans sa parole et respecte ses engagements ».

Il ressort de cette réunion qu’Emmanuel Macron n’entend pas donner de coup d’accélérateur à l’extension de la PMA. Il a indiqué qu’une commission parlementaire devrait être lancée dans les jours qui viennent pour avoir terminé son travail d’ici à la fin du mois de février. Le projet de loi pourrait ainsi être présenté en conseil des ministres au mois de mars. « Si on résume ses engagements, c’est que la PMA sera bien votée avant la fin du quinquennat », analyse Alice Coffin.

« C’est la République qui ne me respecte pas en tant que lesbienne  »

L’activiste a confié à Komitid combien les échanges avaient pu être tendus entre elle et le président. Ce dernier lui aurait demandé de « rester dans le cadre de la République ». « C’est la République qui ne me respecte pas en tant que lesbienne. Vous êtes citoyen hétérosexuel et vous avez plus de droits que moi », raconte avoir rétorqué la militante lesbienne qui regrette que Macron ne concède pas à établir un lien entre la violence des débats autour de la PMA et celle des actes et agressions LGBTphobes. Face à l’insistance et les menaces de quitter la table formulées par les deux associations de lesbiennes, Emmanuel Macron a campé sur ses positions. Les Dégommeuses et la Conférence européenne lesbienne ont ainsi claqué la porte.


Perte de confiance

Sur Twitter, le président de SOS homophobie, Joël Deumier, a indiqué que le président de la République s’est engagé à ce que « la loi incluant PMA et filiation sera « promulguée l’année prochaine » ». Seulement, lorsque l’on sonde les associations de lesbiennes, la confiance apparaît totalement rompue.


« Il a donné une sorte de calendrier, mais on ne lui fait aucunement confiance », regrette Veronica Noseda, porte-parole des Dégommeuses, sollicitée par Komitid. « Cela ne donne aucune garantie sur le calendrier parlementaire, ils peuvent parler de l’encombrement parlementaire, des élections européennes, et ensuite il y aura les élections municipales. Il peut toujours y avoir quelque chose. Ce qui est étonnant, c’est que Macron, ce n’est pas quelqu’un qui cherche forcément le consensus, il n’hésite pas à mener sa politique par ordonnance quand il le veut. Là il considère que ça n’est pas une priorité », complète-t-elle.

« Marchandise politicienne »

Veronica Noseda ne cache pas son impression de se sentir instrumentalisée : « On est une marchandise politicienne pour calmer l’aile plus raide de son parti et le MoDem. Il a dit que c’était très bien d’avoir écouté les opposants à la PMA, que c’était cela le sens du débat éthique. Les homophobes sont considérés comme des opposants, on ne dirait pas la même chose si c’était des débats racistes ou antisémites ».

Et maintenant ? « J’espère, mais c’est un maigre espoir, que des membres de la majorité et de son entourage, exaspéré.e.s par cette situation, pressent le gouvernement », avance Alice Coffin. La députée de l’Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon, ouvertement lesbienne, a récemment tweeté en réaction au feu vert de la CNCDH quant à l’extension de la PMA : « On se demande ce que le gouvernement attend ». Premier signe d’une potentielle fronde au sein de la République en marche ?