Une interprétation rigide de la loi ?

La demande peut être « utilement complétée » par des « certificats émanant de professionnels de santé ». Malgré le caractère facultatif de ces pièces, certains magistrats font du zèle. Le procureur du Tribunal de grande instance (TGI) de Caen a refusé la demande de changement de prénom d'Eliot, 23 ans et jeune diplômé en psychologie, au motif qu'il n'avait pas fourni de certificat attestant « de la souffrance et de troubles psychologiques graves ». Il ajoute : « Seule la réalité avérée et justifiée d'une dysphorie de genre peut permettre de caractériser l'intérêt légitime ». Eliot a écrit une lettre au Défenseur des droits et attend sa réponse avant de faire une autre demande. Porte-parole d'Ædelphes, association caennaise de personnes trans et non-binaires, il espère débloquer la situation pour les autres. Selon Tristan Sadeghi, doctorant en droit chargé d'enseignement à l'université Paris-I, c'est une « approche rigide de la question » par le procureur, mais qui ne s'en écarte pas.

Une longue attente

Une fois le dossier rempli et donné en mairie il faut attendre. Eliot a reçu le refus du procureur au bout de deux mois. Kim, 31 ans, a attendu cinq mois pour avoir une réponse positive, après avoir mis en demeure sa mairie de Gentilly. Pour Till, la mairie de Schiltigheim a mis six mois avant de lui répondre qu'elle ne savait pas comment faire. Contactée par Komitid, la cheffe du service de l'état civil à Schiltigheim répond qu'au début « ça a été un peu compliqué sans réel accompagnement des juges, et il y avait un temps de latence pour la mise à jour des logiciels mais on essaie de faire au mieux ».
« On essaie de faire au mieux. »
D'une mairie à une autre, l'attente varie du tout au tout. Sören, 19 ans, a appris au bout d’un mois que son dossier était envoyé au procureur car les officiers d’état civil de Joué-les-Tours le trouvaient trop jeune et auraient souhaité qu’il fournisse un certificat médical et des attestations de ses parents. Huit mois plus tard, il attend toujours. De leur côté, Oscar et Morgane, de l'association d'auto-support C'est Pas Mon Genre !, constatent qu'à Lille, le délai n'est que d'un mois et à Villeneuve-d'Ascq de vingt-quatre heures, avec une réponse positive le plus souvent. [caption id="attachment_13853" align="alignnone" width="1024"]« Changement de prénom : sans nouvelles depuis juin » - Yasmina Cardoze / Komitid « Changement de prénom : sans nouvelles depuis juin » - Yasmina Cardoze / Komitid[/caption] Les mois d'attente ont des conséquences. Souvent, l'apparence des personnes qui demandent un changement de prénom a changé et ne correspond plus à leurs documents d'identité. Des étudiant.e.s cessent de venir en cours pour ne plus entendre leur deadname (ou ancien prénom), les personnes peuvent redouter un contrôle de police ou se retrouver face à des difficultés pour retirer un simple colis à la poste. Cela peut aussi être un frein à l'embauche. Durant le délai entre le dépôt de la demande et la réponse, les mairies peuvent convoquer les demandeurs et demandeuses. Selon C'est Pas Mon Genre !, les officiers d'état civil de la ville de Croix ont demandé à des personnes demandeuses si elles avaient eu des enfants ou non. Selon le service de l'état civil joint par Komitid, cette question est nécessaire pour savoir s'il faut changer leurs actes de naissance.

Moins de médicalisation

La demande de changement de marqueur de genre (dite « de changement de mention sexe ») est toujours du ressort des tribunaux de grande instance. Il n'est plus nécessaire d'avoir subi une opération de réassignation génitale ou un traitement hormonal qui rendrait stérile. Il faut prouver qu'on se présente comme appartenant au genre revendiqué en public. Le dossier peut contenir des témoignages, des documents administratifs avec un nouveau prénom, des cartes de transport…
« C'est génial d'avoir des papiers qui reflètent la réalité »
Claire, 63 ans, a fait cette démarche au TGI de Caen. Elle a déposé sa requête en octobre 2017 et a été convoquée début février. Elle a été aidée par un membre de sa famille, avocat. L'audience s'est déroulée à huis clos, en présence d'une substitut de la procureure, d'une juge aux affaires familiales et d'une greffière. Elles lui ont demandé si elle avait des remords et semblaient « contentes de [lui] faire plaisir ». À la fin de l'audience elles lui ont dit « bienvenue chez les femmes ». Elle a été notifiée de la décision, positive, le 15 mars. La procédure lui a semblé longue mais Claire souligne que « c'est génial d'avoir des papiers qui reflètent la réalité ». Elle souhaiterait que ce soit plus simple : « Il n'y a pas de ressources stables pour télécharger les documents. » Elle estime qu'avant le changement de loi c'était « trop compliqué et trop humiliant ». Agathe a déposé sa requête en septembre 2016, avant le changement de la loi. L'audience a eu lieu en juillet 2017 et la décision portée à l'état civil en novembre 2017. La procédure a duré quatorze mois. Son dossier comportait 120 pages parmi lesquels un contrat de travail, les documents médicaux (obligatoires à l'époque), son article scientifique sur l'urbanisme, des témoignages, des photos… Son avocate a plaidé, Agathe était « trop stressée pour parler » d'autant plus que sa première audience, en mars, avait été annulée. Le jour où elle a reçu le jugement était « le plus beau jour de [sa] vie ».

Difficultés pour tous.tes

Après ces procédures, il faut encore reporter les changements auprès de diverses structures. Là encore, ce n'est pas une partie de plaisir. Quand elle a obtenu son acte de naissance modifié, Kim a demandé à la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de changer son prénom, ce qui a pris cinq mois. Après son changement de prénom, Léo a attendu trois mois pour avoir sa nouvelle carte vitale. Sa mutuelle, la CMU, n'a toujours pas modifié son compte. En cas de changement de marqueur de genre, le tribunal contacte la CPAM qui transmet à l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Les dossiers avant et après le changement sont reliés pour conserver les droits. Pour obtenir un nouveau permis de conduire, Léo a attendu six mois. Pour le sien, Claire a fait deux demandes en trois ou quatre mois : « Ce site (l'Agence nationale des titres sécurisés, ndlr) c'est une catastrophe, les demandes se perdent, ils ne répondent pas aux mails, il n'y a pas de numéro d'appel. » L'administration qui revient le plus souvent dans les plaintes des personnes trans est la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). C'est pas Mon Genre ! constate un délai de trois à six mois pour les changements. Kim demande à la Cnaf depuis un an de changer son prénom et sa civilité. Pourtant, la Cnaf ne semble pas prête à améliorer son fonctionnement : « Il n'y a pas de procédures, ni de difficultés particulières concernant les démarches vers nos services d'une personne qui change de genre », explique à Komitid Virginie Rault, attachée de presse à la Cnaf. « Nous appliquons les mêmes procédures de droit commun pour tous, ajoute-t-elle. Pour les allocataires mécontents, il y a la possibilité de saisir la médiation. »
« Dès que des paramètres changent, il faut le justifier. »
La Direction générale des Finances publiques (DGFP) a bien changé le prénom de Kim sur ses relevés d'impôts, mais pas sa civilité. Agathe a pu faire changer son prénom et sa civilité en produisant les courriers de la CPAM et d'EDF qui étaient à jour. Pour Daniel Baldaya, responsable du service presse de la DGFP, ce n'est « pas spécifique aux personnes trans. Il y a beaucoup de gens avec les mêmes noms et dates de naissance, le numéro fiscal en dépend. Dès que des paramètres changent, il faut le justifier. » Changer de prénom ou de marqueur de genre prend donc du temps, ce qui est source d'angoisse, voire de précarité. Tout cela reste suspendu au jugement des officiers d'état civil ou du juge aux affaires familiales et dépend encore du corps médical puisqu'il faut souvent fournir un certificat. Plusieurs associations demandent que le changement de prénom et de marqueur de genre soit déclaratif comme c'est le cas dans plusieurs pays européens : au Danemark, en Irlande, à Malte, en Norvège, ainsi qu'en Belgique et tout récemment au Luxembourg. Cela faciliterait les premières démarches. Que les lenteurs administratives soient les mêmes pour tout.e.s ou non, elles pèsent davantage sur les personnes trans, plus susceptibles de refaire leurs papiers." ["post_title"]=> string(104) "État civil, permis de conduire, carte vitale... : les personnes trans dans les galères administratives" ["post_excerpt"]=> string(262) "En vigueur depuis 2016, la loi Justice du XXIe siècle visait à rendre les démarches plus simples et efficaces pour les personnes trans qui souhaitent changer leur prénom à l'état civil. Mais les concerné.e.s rapportent une toute autre réalité. Enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(95) "etat-civil-permis-de-conduire-carte-vitale-les-personnes-trans-dans-les-galeres-administratives" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-06-03 15:00:35" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-06-03 13:00:35" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=13813" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15266 (24) { ["ID"]=> int(2845) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-02 14:15:25" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-02 12:15:25" ["post_content"]=> string(29661) "Depuis les années 90, en France, des centaines de personnes trans sont passées entre les mains d’équipes médicales pluridisciplinaires. Car entre 1992 et 2016, le changement d'état-civil ne pouvait être effectué sans chirurgie génitale. La Société Française d’Études et de prise en Charge de la Transidentité (Sofect) s’est arrangée pour devenir incontournable au sein de l'hôpital public. Problème, certains de ses membres ont tendance à soigner celles et ceux qui ne devraient pas l’être. Car la transidentité n’est pas une maladie. Démarches pathologisantes, protocoles fermés et binaires, questionnaires intrusifs… la Sofect traîne une terrible réputation chez les premier.e.s concerné.e.s. Mais la clique des blouses blanches l'affirme : elle aurait évolué avec la société et se serait rachetée une vertu. Alors, vrai ou faux ?

Une « spécialité » créée ex-nihilo

Un après-midi d'hiver, les couloirs du Pôle Villemin de l’Université Paris Diderot grouillent d'étudiant.e.s en médecine. Dans une salle à l’étage, c'est une autre ambiance. Des dizaines de jeunes et moins jeunes professionnel.le.s de la santé, des psychiatres, endocrinologues, chirurgien.ne.s ou infirmie.re.s sont venu.e.s de la France entière pour participer à la cinquième édition du diplôme inter-universitaire (DIU) de «prise en charge de la transidentité ». Il est dispensé chaque année depuis 2013 par  la Sofect dans le cadre de la formation médicale continue et en collaboration avec quatre pôles universitaires : Paris-Diderot Paris 7, Claude Bernard Lyon 1, Bordeaux 2 Segalen et Aix-Marseille 2. Pendant quatre semaines, différents protocoles psychiatriques, hormonaux et opératoires chez l'adulte ou l'enfant, sont décrits à un auditoire avide de connaissances. Des cours magistraux sur « l'histoire de la prise en charge du transsexualisme en France » (sic), sur « le droit et l'état civil en France et en Europe » ou « la préservation de la fertilité » leur sont aussi présentés (voir ici). 37 séances pour que ce public, en grande majorité novice, devienne « spécialiste ». « Depuis un an et demi, dans l’hôpital dans lequel j’exerce, on a une très forte demande surtout des publics adolescents », explique une endocrinologue de l’Ouest de la France. « Je me sens un peu perdue et je me suis inscrite pour obtenir des réponses ».
« Vous voyez que nous sommes confrontés à une extrême misère humaine »
Nous assistons à l'une des toutes dernières séances du diplôme, celle consacrée aux « relations avec les associations de patients ». C'est la première fois dans le cadre du diplôme, que les participant.e.s rencontrent des premières concernées, quatre femmes membres ou fondatrices d'associations : Trans-Europe, Arc-en-ciel Toulouse et Prévention action santé travail transgenre (Pastt). « C'est important de garder un lien avec les équipes médicales et c'est une chance de pouvoir donner notre point de vue », explique Léa Dumont (anciennement membre de l'association Mutatis Mutandis) à son auditoire. Au premier rang, Marc Revol acquiesce, il est chirurgien plasticien à l’Hôpital Saint Louis, secrétaire général de la Sofect, qu’il a cofondé, et directeur du diplôme. Pendant une heure et demi, tour à tour, elles évoquent leur point de vue sur la réalité des parcours trans en France et ailleurs : le fait d'être acceptée ou non dans un protocole peut être vécu comme une sanction, « c'est comme passer sous les fourches caudines »,  les délais sont trop longs. Elles racontent aussi le trop grand nombre de personnes qui se donnent la mort, les difficultés liées à la transphobie dans l'accès au travail, ou pour les travailleurs et travailleuses du sexe, par exemple. Lorsque leur temps est écoulé, Marc Revol reprend la parole : « Vous voyez que nous sommes confrontés à une extrême misère humaine ». Notre malaise est profond. Une voix s'élève dans l'audience: « Pourquoi les militants et les assos trans détestent toujours la Sofect ? ». [caption id="attachment_3070" align="aligncenter" width="643"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption]

Une histoire qui ne date pas d'hier

Le désamour entre les équipes pluridisciplinaires de la Sofect et les militant.e.s, les associations ou les personnes trans, ne remonte pas à hier. Dès le début, la prétendue spécialité médicale créée autour de la transition s’est construite in-vitro, sans collaboration avec les principaux et principales concerné.e.s. « Depuis le début, la Sofect ne s’est jamais posée comme un interlocuteur respectueux des associations sauf si elles leur étaient acquises » explique la sociologue et co-fondatrice de l’Observatoire des transidentités Karine Espineira, qui avait consacré un long article à la Sofect. « Elle oppose les usagers aux militants qui ne seraient pas de vrais trans car ils ne souffrent pas ». La militante trans-féministe Maud-Yeuse Thomas le dit, « la SOFECT a privatisé les questions trans et se place comme un service public au service de la vérité médicale. J'ai rencontré des membres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2010, qui ont l'habitude de traiter avec des associations de patients, ils étaient effarés de la situation d'OPA de la Sofect sur la prise en charge ».
« On a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité »
En 1992, la France autorise le changement d’état-civil pour les personnes ayant eu recours à la réassignation génitale avec stérilisation forcée. En 2000, le ministère de la santé souhaite une meilleure organisation de l’accompagnement médical des personnes trans au sein de l’hôpital public : c’est là que le rendez-vous entre praticien.ne.s et concerné.e.s est manqué. « A l'époque, le ministère de la Santé n'avait invité que les associations militantes, mais les médecins pas question », se souvient Marc Revol. « On les a juste conviés en disant “ tiens je vais prendre tel gynéco et lui dire comment faire" donc en réaction on a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité ». Ces équipes spécialisées deviennent « Société Française d’Études et de prise en Charge de la transsexualité », en 2010, et au fur-et-à-mesure, se crée un véritable monopole au sein de l'hôpital public, devenant le seul interlocuteur, ou presque, face à la CPAM, face aux institutions, face aux médias. Conséquences : pour que sa transition soit prise en charge et remboursée par l'Etat, une personne finit presque toujours par passer entre les bras des équipes de la Sofect. Sinon, il ou elle doit se tourner vers le privé, acheter des hormones sur internet, ou se faire opérer à l'étranger. Car peu de personnes connaissent les nouvelles structures associatives, encore trop peu visibles. Parmi les fondateurs et fondatrices de la société savante, des personnalités controversées voire perçues comme transphobes dans leurs prises de paroles médiatiques ou leurs parutions médicales. L’exemple le plus criant : la psychiatre Colette Chiland, décédée en  2016. La présidente d’honneur de la Sofect, était par exemple très attachée à une vision binaire du monde, utilisant l’expression de « la boussole du sexe » pour la qualifier. Une vision qui lui avait valu, en 2006, d’écrire une diatribe contre ce qu’elle appelle le « mouvement transgenre » (dans l’article « D’un sexe à l’autre », paru dans la revue Pour la science n°350) :  « Depuis quelques années s’est développé un mouvement transgenre ou trans qui se définit comme n’ayant plus rien à voir avec le transsexualisme calme, bien élevé et caché, attendant poliment que les juges et les professionnels médicaux leur donnent le traitement bienfaisant dont ils avaient besoin pour poursuivre leur vie dans l’ombre de la société normale ». [caption id="attachment_5199" align="aligncenter" width="561"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption] Cette vision archaïque du monde est retranscrite noir sur blanc dans la Charte de la Sofect, que doit signer tout.e membre à son entrée. Dans la version de 2010, les psychiatres et les psychologues  doivent confirmer un diagnostic de « trouble de l’identité de genre » des personnes et peuvent par exemple mettre en évidence des « diagnostics différentiels ». Parmi ces « troubles » empêchant la « réassignation sexuelle hormono-chirurgicale du transsexualisme » : le « transvestisme fétichiste », « l’ambiguïtié sexuelle » ou… « l’homosexualité » (pour rappel l’OMS a retiré le dit diagnostic d’homosexualité en 1992). Les méthodes et parcours issus de cette chartes sont clairs, nets, précis : les personnes qui souhaitent recourir à un traitement hormonal ou celles et ceux qui veulent être physiquement conformes à leur identité de genre, doivent accumuler les examens psychiatriques. Avant toute prise d'hormones, ils et elles doivent alors vivre deux ans de vie réelle dans leur « genre de destination ». Après le traitement hormonal, ils et elles doivent attendre de longs mois avant d'entrer au bloc. Beaucoup rapportent les souffrances éprouvées pendant cet intervalle, vécu comme une épreuve, voire comme une humiliation médicalisée : « imaginez ce que c'est d'être une femme trans non hormonée qui doive s'habiller "en femme" dans la rue afin que le médecin approuve votre dossier, tout en vous appelant "monsieur" dans la salle d'attente », nous raconte Andrea*, une ex-patiente de la Sofect Bordeaux de 52 ans.
« Tout le monde évolue (...) Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... »
Cette vérité là, Marc Revol en est tout a fait conscient et il l'affirme : La Sofect a changé avec la société. A la machine à café de l'Université, il rappelle que le T de « transsexualisme » a été changé par « transidentité » en 2017 : « Tout le monde évolue, je ne suis plus du tout le même qu'il y a 20 ans. Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... j'opérais comme on m'avait montré et c'était très mauvais. J'ai lu des études,  je suis allé voir ce qui se faisait en Belgique, au Canada, et ce que j'enseigne c'est un mix de tout cela et que je transmets à la troisième génération... ». [caption id="attachment_2853" align="aligncenter" width="1300"] Manifestations sur les maltraitances médicales contre les personnes trans et intersexes, 2009, Barcelone - Christian Bertrand / Shutterstock[/caption]

Nouvelle génération

Agnès Condat fait partie de cette génération. La pédopsychiatre de l'hôpital de la Pitié Salpétrière a même refusé de signer la Charte, quand elle a contacté la Sofect Paris il y a quatre ans. « Si elle n'était pas modifiée, je n'entrais pas, il était hors de question que je l'applique. Je me suis approchée d'eux parce que je tiens au service public, je souhaite que toutes les personnes soient accompagnées au sein de l'hôpital», nous a-t-elle confié. La praticienne est très ouverte, en particulier sur la non-binarité, admet Karine Espineira. « Agnès Condat, c'est la nouvelle génération, une progressiste. Mais l'ancienne garde est toujours là, ceux qui utilisaient l'expression "corps chimère" dans les années 90 pour parler de nous comme des monstres. La Sofect veut faire évoluer son image et, comme pour une entreprise, elle vend son image avec une exaltation managériale. Dans le fond, on a changé la devanture, mais pas ce qu'il y a dedans »
Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres)
Pourtant, dans le cursus de son diplôme inter-universitaire, beaucoup de cours reprennent encore les thèses de Colette Chiland, ponctués de mégenrages ou d'illustrations suspectes. Tous les supports de cours - certains datés, d'autre erronés, d'autres scandaleux - sont téléchargeables sur le site. Nous avons pu assister à un cours sur un cours sur la « phallopoïese » (la création d’un pénis). La leçon est dispensée par l'un des spécialistes de la très délicate opération en France, le bien nommé docteur Jean-Philippe Binder (l'ironie veut qu'un binder soit le nom donné au bandeau utilisé par certains hommes trans pour masquer leur poitrine). Dans une odeur de café, le professeur explique avec diapos, photos et vidéos les différents protocoles chirurgicaux dont il dispose pour réaliser ce qu’il nomme des « moments magiques ». Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres), « patient coloré » (pour un patient racisé) et est vite repris par l'omniprésent professeur Revol, quand il indique que le changement d'état civil intervient chronologiquement après l'hystérectomie (la stérilisation obligatoire étant terminée depuis 2016). L'histoire ne dit pas si notre seule présence a motivé la correction. [caption id="attachment_5200" align="aligncenter" width="582"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption]

Une approche encore et toujours pathologisante et misérabiliste

« Quand on arrive devant les psys de la Sofect, il faut avoir envie de mourir, mais pas trop ». Noah est un jeune étudiant lillois de 19 ans qui a vécu ce qu'il décrit comme un enfer, auprès de praticien.ne.s attaché.e.s à la Sofect de Bordeaux. Il a 18 ans quand il annonce à sa mère qu'il ne supporte pas l'idée d'avoir ses règles à nouveau. « A Niort (sa ville de naissance, ndlr), la gynéco a dit qu'elle ne pouvait pas prescrire d'hormones sans passer par la Sofect et elle a dit à ma mère que sans leur aide, je mourrais ». Les entretiens psychiatriques sont vécus comme une humiliation par celui qui est encore un adolescent : « j'étais hyper timide à l'époque et on me demandait comment je me douchais, comment je me masturbais... ».
« Il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie »
Le cas de Noah n'est pas rare. Lors de notre enquête, les associations que nous avons contactées, Outrans, C pas mon genre, SOS transphobie, Acthe, rapportent des situations similaires, où la psychiatrie misérabiliste est de mise. « Ils mettent "transidentité" sur leurs matériels, mais rien n'a changé : la psychiatrie reste la pièce maîtresse de leur approche », analyse Karine Espineira. Marie de la Chenelière, femme trans de 66 ans, abonde aussi dans ce sens : « ils n'ont pas changé pour un sou : les médecins décident toujours de notre sort en Réunions de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), ce qui se fait d'habitude pour les cancers et les maladies rares : cela veut dire que la personne n'est pas apte à prendre des décisions. C'est dans cette foi là qu'on entre à la Sofect ». Aujourd'hui, Noah est suivi à la Maison dispersée de Santé de Lille. Le Docteur Bertrand Riff a créé la structure en 1986. Dans une politique de «co-construction avec l'usager et l'usagère», il s'est approché du centre LGBT et de l'association C pas mon genre pour créer le Collectif santé trans. « Contrairement à la Sofect notre objectif, c'est vraiment de dépsychiatriser, nos psychologues accompagnent, mais ne traitent pas, ne diagnostiquent pas : il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie » nous rappelle le médecin, qui dénonce le fait que la psychiatrie soit centrale dans les protocoles de la Sofect. https://www.youtube.com/watch?v=MUCYQ-kqYLs

(Thierry Gallarda est membre de la Sofect Paris, et évoque des comorbidités à la dysphorie de genre)

En effet, le 6 mai 2009, le Ministère de la santé fait une annonce : « la transsexualité ne sera plus considérée comme une affection psychiatrique en France ». En février 2010, par décret, la sortie de la catégorie psychiatrique est actée au niveau des ALD (affection longue durée) : les remboursements médicaux passent de la catégorie relative à une « affection psychiatrique », à une ALD classifiée «hors liste ». Levée de bouclier du monde psychiatrique et de la Sofect en particulier. Lors d'une journée d'étude à Bordeaux, sa fondatrice Mireille Bonierbale se pose une question fermée et oratoire, quant à cette évolution : « est-ce que c'est une mesure prématurée ou (...) une mesure démagogique vis-à-vis d’une présupposée stigmatisation du mot "trouble" ?».
« C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »
Cette pathologisation ne touche pas que la psychiatrie. Nous l'avons constaté lors de nos entretiens avec les principaux et principales concernées. Noah se souvient encore des traitements qu'il a du suivre après avoir rencontré un endocrinologue de la Sofect Bordeaux. « On m'a prescrit des bloqueurs mais c'était horrible, parce qu'on ne me donnait pas de testo. Donc je n'avais aucune hormone, en fait. Pendant 15 jours, j'étais incapable d'aligner trois phrases cohérentes, j'étais déprimé et je dormais tout le temps, j'ai fait 4 TS (tentatives de suicides, ndlr). Pour les MtF (femmes trans, ndlr), ils leur prescrivent des castrations chimiques, comme pour les violeurs ou les pédophiles ». Un cas qui n'est pas rare pour le docteur Bertrand Riff, qui attache une importance particulière aux traitements hormonaux choisis par certains de ses collègues de la Sofect : « pour les MtF, ils utilisent l'androcure, qui est castratrice quand nous utilisons la progestérone. C'est une écriture violente : pour eux il est évident qu'une femme trans demandera une castration pleine et entière, avant de subir une réassignation complète. C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »

« Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, il y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie »

La binarité, voilà le noeud du problème. La Sofect a du mal à sortir des cases « femmes » et « hommes », dans un monde où les identités et les expressions de genre se détachent de plus en plus des corps, grâce aux luttes des concerné.e.s. Patricia, de SOS transphobie, parle de « sexisme binaire » : « pour eux, il faut que les gens changent de sexe, il faut le corps adéquat et l'attitude qui va avec, il faut que le passing passe bien. Si une personne non binaire annonce la couleur, pas de prise en charge ». Le sociologue Sam Bourcier, lors d'une émission sur la chaîne LCP explique que « la non binarité, c'est ce que n'ont pas su voir les psychiatres, qui ont eu la main mise sur les corps trans depuis les années 50 et qui ont été tellement cons qu'ils pensaient qu'il fallait passer de l'un à l'autre , qu'il y avait deux sexes, qu'il y avait deux genres... ». S'il salue le progrès sociétal de la déclassification de 2013 et de l'état-civil de 2016, le docteur Marc Revol assume tout à fait son positionnement, et celui de son protocole, vis à vis de la binarité. Il nous l'a longuement expliqué après une séance de son DIU : « Moi je suis médecin chirurgien et les trans, depuis 30 ans, je suis convaincu que je leur rends service : ils sont sur une berge et je les aide à passer de l'autre côté », explique-t-il. « Après, il y en a d'autres, ils sont au milieu de la rivière ou genderfluide machin ou ils disent "je suis trans et c'est mon métier, mon état". Non, ce n'est pas un état par définition, c'est une transition. Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie ».
« Le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin" »
Dans la réalité, cette vision rétrograde a des conséquences, en particulier dans le processus diagnostic. Même Léa Dumont d'Arc-en-ciel Toulouse et qui participe au diplôme, le dit : « la Sofect gagnerait à être ouverte aux personnes non-binaires. » Noah a beaucoup d'ami.e.s qui ont dû surjouer une féminité ou une masculinité pour entrer dans la prise en charge. « Pendant deux ans, tu dois te conduire comme un homme ou comme une femme, ça veut dire qu'en tant qu'homme trans, le simple fait d'avoir des cheveux colorés est un problème. Il faut que tu sois hétéro, que tu veuilles pas d'enfant : tu fais tes démarches pour les hormones et on te parle d’hystérectomie », souligne Noah. Oscar est président de l'association C pas mon genre, et des exemples comme celui-ci, il en a à la pelle : « Malgré ce qu'ils racontent, il y a un profil idéal : il faut avoir un travail fixe, pas de relations, pas d'enfant, être binaire et hétéro si on veut entrer dans leurs cases. À l'asso, on a un homme trans qui souhaitait une hystérectomie et le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin". Lui, il a claqué la porte mais d'autres auraient peut être cédés ! ».
« La Sofect Bordeaux, le seul moment ou ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants »
Même son de cloche chez Jules, co-président de Outrans : « Il y a quelques mois un garçon a été exclu du protocole Sofect parce qu'il a tout de suite dit qu'il souhaitait un parcours hormonal et une mastéctomie mais pas de réassignation génitale ». L'association a reçu un grand nombre de plaintes et a créé un réseau informel parisien hors Sofect, pour ses membres. Les maltraitances iraient du mauvais accueil (avec utilisation de l'ancien prénom, ou des mauvais pronoms), au refus de soin, aux discriminations, sans compter les opérations ratées. Le docteur Bertrand Riff lui même connait nombre de ces histoires et confirme la vision ultra binaire de la société savante : « une des personnes que j'accompagne avait consulté un chirurgien de la Sofect, on lui a répondu qu'elle avait plus de 50 ans, que c'était pas urgent d'avoir un vagin et que comme elle était lesbienne encore moins... La Sofect Bordeaux, le seul moment où ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants ». [embed]https://twitter.com/AcceptessT/status/978789901998153728[/embed] (Face au sociologue Sam Bourcier, le pédopsychiatre de la Sofect Jean Chambry, qui aborde la non-binarité de patient.e.s)

L'espoir avec ou sans Sofect

« J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde »
A l’Université Paris Diderot, les participant.e.s du DIU de la Sofect font une pause entre deux sessions. Parmi eux, deux jeunes médecins nous servent le même discours : oui, la Sofect mérite sa mauvaise réputation, mais elle va changer car la nouvelle garde est plus ouverte que ses aînés. De l'autre côté du téléphone, Agnès Condat est consciente de représenter cette nouvelle garde. Elle souligne l'accompagnement qu'elle a mis en place dans son service, un service ouvert sur toutes les identités de genre : « c'est évident que les gens que l'on reçoit ne sont pas dans la binarité. On ne veut pas faire entrer les personnes dans des cases, mais de construire avec elles les accompagnements adéquats, et surtout avec les adolescents ». La jeune praticienne a beaucoup de confiance en sa génération, « un autre point qui fait que les choses vont changer, en dehors des autorités médicales internationales, c'est le fait que ma génération lit l'anglais, donc la littérature médicale anglo-saxonne. J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde ». La pédopsychiatre, spécialisée dans les relations parents-enfants, en profite pour redonner à l'engagement associatif ses lettres de noblesse : « le changement principal arrive toujours par le biais des assos de concerné.e.s, il faut rendre à César ce qui est à César. Ce qui fait évoluer la société et nos pratiques, c'est le mouvement LGBT ».
« Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France : c'est la grande tradition du médecin qui sait »
La Sofect devrait-elle alors changer de nom, pour laisser son lourd passé derrière elle ? « Nous on est pour la dissolution des équipes hospitalières en général», ajoute Jules, de l'association Outrans. Maud-Yeuse Thomas abonde dans son sens : « Nous n'avons pas besoin d'équipes médicales qui se posent en entrepreneurs de morale ». De son côté, le docteur Revol ne comprend pas ce qu'il nomme le « soviétisme des militants » : « il n'y a pas d'ancienne et de nouvelle Sofect, on est toujours les mêmes, ce qu'ils disent [les militants, ndlr] c'est "je suis en train de me noyer et le mec qui me tire de l'eau parce que c'est le seul, je lui crache à la gueule et j'en veux pas"». Regrettant que les associations ne remarquent pas combien la Sofect a changé  et maintiennent leurs positions vis-à-vis d'elle, Marc Revol nous indique qu'il a invité les associations opposantes à participer au DIU, de la même manière qu'il avait invité Trans-Europe. Pourtant, aucune des personnes que nous avons interrogées n'a été contactée en ce sens En attendant que la Sofect ait vraiment changé, des réseaux informels se sont créés dans les grandes villes. Un site internet permet à chacun et chacune d'accéder à une base de données trans-friendly. « Nous conseillons aux gens de se renseigner sur la base de données trans, qui est collaborative », nous explique la Présidente d'Acthe Sun Hee Yoon. À Lille, la maison de Santé et le parcours trans reçoivent de plus en plus de personnes arrivant grâce au bouche-à-oreilles. « Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France, soutient Bertrand Riff, c'est la grande tradition du médecin qui sait qu'il est le seul à détenir la vérité sur ce que vit une personne en son for intérieur. » En attendant que la Sofect se réinvente vraiment ou que les praticien.ne.s arrivent à penser la médecine sans spécialités, certain.e.s ont décidé d'aller voir ailleurs, comme Patricia, de la page SOS Transphobie : « à Boston, on a créé un centre de soin et de formation médicale par et pour les personnes trans. Ils acceptent tout le monde. 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En effet, hors de question de voir cette nouvelle comme une avancée pour les droits des personnes trans. Elles appellent au contraire à la prudence et attendront de voir les conséquences concrètes d'une telle mesure. Pour Chrysalide, il s'agit d'une « apparente bonne nouvelle » : « La description de cette “incongruence du genre” implique l’établissement d’un diagnostic différentiel, et non d’une autodétermination. Là encore, les identités trans restent donc soumises à l’évaluation d’une tierce personne. De plus, les personnes non binaires sont tout simplement exclues du diagnostic. 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« Amalgame »

Basée à Marseille, l'association T-Time juge elle aussi cette avancée bien insuffisante et dénonce « le choix de l’OMS de continuer à classifier la transidentité dans la rubrique liée à la sexualité » : « Cette classification d’un autre temps entretient l’amalgame pourtant dénoncé depuis des années entre genre et sexualité, ne prend pas en compte la diversité, la multiplicité et l’unicité des trajectoires trans, et réduit une fois de plus la transidentité à un simple changement de sexe. » Au-delà de cette décision, l'association souhaite elle aussi voir un changement en profondeur dans les pratiques des médecins : « Nous ne sommes pas dupes, et encourageons plutôt l'ensemble du corps médical français à écouter et à dialoguer avec le tissus associatif trans/intersexes en France qui, fort de son expertise de terrain et de sa représentativité, saura apporter l’éclairage, les revendications des usagers et les retours quant aux bonnes pratiques que ceux-ci pourront mettre en place pour améliorer la prise en charge des personnes trans. » De son côté, l'Association nationale transgenre fait part d'une même attente : « Restons vigilant.e.s de la manière dont cela sera interprété par le système de santé en France. Le démantèlement des équipes pluridisciplinaires reste donc une priorité pour que la santé des personnes transgenres soit réellement prise en compte. »
« ne pas souligner une avancée serait une erreur, mais tomber dans l'euphorie en serait une autre encore plus grande »
Si l'association lilloise C'est Pas Mon Genre se satisfait de la nouvelle, elle n'en reste pas moins très critique : « Nous sommes encore choqué.e.s de voir que nous sommes dans la rubrique sexualité, mélangeant les concepts d'orientation sexuelle et d'identité de genre. Nous sommes aussi profondément outré.e.s de l'existence d'un diagnostic long pour les enfants prépubères alors qu'il est primordial de pouvoir leur faire commencer le plus rapidement possible les bloqueurs de pubertés qui ont un effet non permanent. » La sociologue Karine Espineira s'est quant à elle fendue d'une tweet pour faire part de son scepticisme. Elle estime que « ne pas souligner une avancée serait une erreur, mais tomber dans l'euphorie en serait une autre encore plus grande » : « Si on change le nom d'une structure ou son logo mais sans changer la pratique, c'est problématique, a-t-elle expliqué auprès de Komitid. C'est cela ma plus grande crainte, changer l'enseigne d'une boutique sans changer les produits vendus ni les "services", c'est limite de la poudre aux yeux. Ces annonces, comme les déplacements techniques des nomenclatures, voire une évolution du vocabulaire, ne défont pas la psychiatrisation et la pathologisation des identités trans. Quand ces mêmes nomenclatures seront en mesure d'envisager une santé trans plutôt que du trouble, des expériences de vies trans et non des incongruences par rapport à une norme dominante, peut-être commencera-t-on à repenser les termes et le rôle de l'accompagnement, comme de la place de la psychiatrie. » " ["post_title"]=> string(80) "Décision de l'OMS : pour les associations trans, pas question de crier victoire" ["post_excerpt"]=> string(207) "Au lendemain de la décision de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les associations trans françaises appellent à la prudence et expliquent pourquoi la nouvelle n'est pas pleinement satisfaisante. 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À elle seule, elle témoigne de l'évolution de la perception de la transidentité par la population américaine. « Dans les années 60 j'étais une chochotte, dans les années 70 j'étais une tapette; dans les années 80 j'étais une queen, dans les années 1990 j'étais transgenre et dans les années 2000 j'étais une femme », raconte-t-elle. « Maintenant, je suis juste Grace. » [caption id="attachment_15218" align="alignnone" width="1000"] Grace Sterling Stowell - Jess T Dugan[/caption] La série photo et les interviews, sont à retrouver sur le site To Survive on This Shore." ["post_title"]=> string(78) "Une série de portraits pour montrer et célébrer les personnes trans âgées" ["post_excerpt"]=> string(151) "La photographe Jess T Dugan a parcouru les États-Unis pour tirer le portrait de vieilles personnes trans et non-binaires. Le résultat est magnifique." 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Avec #MyTransBody, les réseaux sociaux célèbrent la diversité des corps trans

Publié le

Via le hashtag #MyTransBody sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, les internautes concerné.e.s publient des photos de leur corps. Une démarche de représentation positive et d'affirmation de soi.

Deux internautes ont publié leurs photos via le hashtag #MyTransBody - @TeoTheLostBoy @guy_notaguy
Deux internautes ont publié leurs photos via le hashtag #MyTransBody - @TeoTheLostBoy @guy_notaguy

« I’m transgender and I love #MyTransBody ». Tel est le mot d’ordre formulé par Owl et Fox Fisher, deux personnes réalisatrices de long-métrages qui s’identifient comme non binaires, dans leur nouvelle campagne.

Une campagne vidéo qui démarrent par une affirmation que beaucoup de personnes trans entendent sans cesse : « Wow, tu ne ressembles pas à un.e trans ». Qu’est-ce que cela signifie, de ne pas « ressembler à un.e trans » ? « Pourquoi les corps trans sont-ils toujours comparés aux corps qui ne le sont pas ? », s’interroge-t-on dans la vidéo.

« On a souvent appris aux personnes trans à ressentir beaucoup de honte à propos de leur corps, et nous sommes tenus à des normes impossibles en matière d’apparence et d’expression  », a expliqué Owl dans une interview à PinkNews.

Le duo invite les personnes concernées à publier des photos de leur corps sur les réseaux sociaux, particulièrement Twitter car les pudibonderies des algorithmes de Facebook (et Instagram) rendent certainement l’opération plus difficile, pour célébrer leur grande diversité, via le #MyTransBody.


« Nous voulions que les personnes trans se célèbrent, quel que soit le parcours qu’elles empruntent, qu’il s’agisse de prendre des hormones ou non, d’être opéré ou non, tout ce qui correspond à leur identité et leur expression », a souligné Fox Fisher auprès de PinkNews.


Face à la vague de tweets qui sont publiés depuis le lancement de cette opération body positive, le duo aime à nourrir de l’espoir sur la capacité des personnes concernées à s’unir contre la discrimination : « Avoir le #MyTransBody en tendance sur Twitter et voir autant de contributions de personnes du monde entier rend tout ce travail acharné utile et montre que, ensemble, la communauté trans peut se rassembler et se célébrer dans toute sa diversité  », s’est félicité.e Fox Fisher.