Russie 2018 : la tension monte pour les supporters et supportrices LGBT+

Publié le

Les déclarations menaçantes à l'égard des fans de ballon rond qui oseraient faire la propagande de leurs identités « non-traditionnelles » se multiplient, à mesure que le coup d'envoi de la Coupe du monde de Football approche.

Mondial 2018 en Russie
Mondial 2018 en Russie - esfera / Shutterstock

Le 14 juin, la Coupe du monde de football 2018 démarrera en Russie par un match opposant le pays hôte à l’Arabie Saoudite. Selon Mikhail Degtyarev, député du Parti libéral-démocrate de Russie à la Douma (la chambre basse du Parlement), près de 2 millions de personnes devraient faire le déplacement pour assister à l’événement sportif quadriennal. Alors que la pression grimpe de plus en plus vite pour les équipes en compétition, les infrastructures d’accueil et tous les partenaires commerciaux, la tension pour les supporters et supportrices LGBT+ s’accentue, elle aussi.

Depuis 2013, une loi interdit de faire la promotion des « relations non-traditionnelles » devant les mineur.e.s en Russie. Cette loi sur la « propagande homosexuelle » relègue les identités LGBT+ au placard dans un climat de violence hétéronormative, portée par la politique nationaliste et orthodoxe de Vladimir Poutine. Et cette homophobie d’état, comme la qualifient de nombreux.ses activistes queer russes, s’applique à tout le monde, y compris les touristes, y compris lors d’un événement censé donner une image positive de la Russie.

Des discours contradictoires qui ne présagent rien de bon

« Vous pouvez vous embrasser autant que vous voulez, vous câliner dans les limites de la raison », assurait récemment Alexeï Smertine, ancien capitaine de l’équipe nationale russe. Mais si l’ambassadeur de la Coupe du monde 2018 en Russie a déclaré à l’Independent qu’il n’y aurait pas d’interdiction des gestes d’affection pour les couples de même sexe ni des drapeaux rainbow… la réalité semble tout autre, une fois les grands discours mis de côté. Joe White, membre du mouvement Pride in Football, coalition de footballers et footballeuses LGBT+,  a confié au Mirror avoir fait l’objet menaces : « Nous avons reçu des messages disant qu’on allait nous trouver et nous poignarder », assurant que les propos étaient pris au sérieux et que des enquêtes étaient en cours.

La FSF (Football Supporters’ Federation), quant à elle, vient de publier un article détaillé invitant les gays, lesbiennes, bi.e.s et trans à rester discrèt.e.s et faire preuve de prudence, de gérer les situations au cas par cas pour éviter de se mettre en danger. Ces conseils ne sont pas sans rappeler le guide publié par le FARE (Football Against Racism in Europe) en novembre 2017, à l’intention des fans de foot LGBT+ à l’approche de la Coupe du monde en Russie.

A moins d’un mois du jour J, les supportrices et supporters LGBT+ qui comptent faire le déplacement se rendent compte du décalage entre la situation annoncée par les autorités et la réalité du terrain vue par les militant.e.s russes. Une Pride House, comme celle qui avait été mise en place à Vancouver en 2010, mais exclue quatre ans plus tard à Sochi, devrait pouvoir être mise sur pieds durant la Coupe du monde. Komitid est actuellement en train de contacter activistes et assos sur place pour dresser un état des lieux plus complet de la situation d’ici le coup d’envoi, le 14 juin prochain.