« les LGBTphobies sont enracinées bien plus profondément dans la société » et que « les élites ont seulement mis un accent dessus ».
« Les LGBTphobies sont enracinées bien plus profondément dans la société »
Pendant qu'Hanouna fait des canulars téléphoniques homophobes à la télé française, les mêmes méthodes sont employées par des milices fascisantes russes afin de piéger des personnes homosexuelles sur les applis de rencontre. « Et pas qu’en Tchétchénie ! », insiste Inna au sujet des violences et humiliations que subissent ses frères et sœurs LGBT+ en Russie. « Même si les médias n’en parlent que très rarement ».

Élections présidentielles 2018 : pas de révolution à l’horizon

« On peut difficilement parler d’élections, alors que dans les faits, on n’a aucun choix. On vit une répression de masse de l’opposition », déplore Aleksei Nazarov. Cet activiste à l’origine de plusieurs collectifs militants et organisateur de la pride de Saint Pétersbourg continue : « Beaucoup d’opposant.e.s ont été intimidé.e.s. Ces derniers temps, on a vu encore plus d’agressions d’activistes. Ça ne concerne pas que les militant.e.s LGBT+, mais n’importe quelles personnes engagées qui se positionnent contre le régime en place ». Le ton est donné. Forel confirme que la persécution des individus sur la simple base de leurs opinions continue et s’intensifie dans le pays « en particulier à l’approche des élections ». Et ajoute avec amertume : « Cela a été le cas très récemment pour mes camarades anarchistes et antifa de Saint-Pétersbourg et de Penza. Sur la base de fausses accusations de terrorisme, ils et elles ont dû signer des confessions extorquées sous la torture. C’est monstrueux ».

Quel.le allié.e pour les personnes LGBT+ face à Poutine ?

D'un côté, Aleksei Navalny, un solide mais très controversé opposant écarté de l’élection. De l'autre, Ksenia Sobtchak, une candidate inattendue, sympathique mais qui suscite bien des doutes. Entre les deux, peu d’espoirs s’annoncent dans les isoloirs pour les LGBT+ russes.
« J’ai la sensation que les gens se jettent sur la première personne qui s’oppose à Poutine, sans même se soucier du reste. »
« Pour moi Navalny reste un mystère », poursuit Forel. « Comment peut-on espérer quoi que ce soit d’un populiste libéral de droite ? J’ai la sensation que les gens se jettent sur la première personne qui s’oppose à Poutine, sans même se soucier du reste. En l’occurrence, de ses positions racistes sur les questions des personnes migrantes ». La proximité de ce politique avec l’extrême droite russe, en particulier du nationaliste Dimitri Demushkin, est ce qui semble faire douter une bonne partie de l’électorat LGBT+ russe.

Une publication partagée par Алексей Навальный (@navalny) le

« Personnellement, je n’ai jamais soutenu Navalny. J’ai un doute sur sa sincérité », assure Aleksei Nazarov. « Mais j’aurais été pour qu’il puisse être candidat.  Le fait qu’il ne l’ait pas été est tout simplement anticonstitutionnel. Et cette manipulation a privé énormément de gens de leur choix ». Quant à Ksenia Sobtchak, candidate « contre tous » qui se positionne comme opposante à la politique de Poutine depuis 2006, difficile de dire si elle suscite plus de sympathie que de méfiance. Et ce, bien qu’elle soit considérée comme gay friendly. « Nous nous souvenons tous et toutes de sa participation à l’émission de téléréalité Dom-2 (l’équivalent du Loft, ndlr) où les blagues oppressives et les violences physiques contre les femmes et les LGBTQI sont constamment diffusées et même encouragées », lâche Inna, peu convaincue. « Sans oublier qu’elle reste la filleule de Poutine, et que son père, Anatoli Sobtchak, était son ami très proche. Voilà qui lui donne concrètement l’air d’une marionnette du Kremlin de plus… ».

Une publication partagée par Собчак против всех (@kandidatprotivvseh) le

« Je ne place aucun espoir en Ksenia Sobtchak, car elle est juste utile à l’autorité en place pour mobiliser la population à l'occasion du vote, et donner de la visibilité à la notion de concurrence dans cette élection », ajoute Igor Iasine, activiste LGBT+ et anti-raciste. Ce journaliste moscovite syndiqué et militant précise néanmoins : « D’un autre côté, je considère que c’est positif de voir les thématiques LGBT abordées avant le vote, ne serait-ce que de cette manière-là ».

Et les droits des femmes ?

Elena Smirnova est une militante féministe et LGBT+ originaire de Saint-Pétersbourg. Désormais chercheuse en histoire à l’Université Paris 7 et membre active de l’association Urgence Homophobie (anciennement Urgence Tchétchénie), elle dit que Ksenia Sobtchak semble déterminée à « abolir les lois discriminatoires ».
« La situation pour les droits des femmes dans la Russie de 2018 est bien amère »
Mais l'activiste russe déplore que ce soit fait « par des mots tendres et un peu voilés, afin de conquérir le public visé, mais sans faire peur au reste de l’auditoire ». Elle y voit tout de même, presque résignée, une petite lueur d’espoir. « Malgré tout, je ne peux que me réjouir de voir une femme candidate à cette élection. C’est une première depuis Irina Khakamad, qui a rassemblé un peu moins de 4% des voix en 2004, alors que la situation pour les droits des femmes dans la Russie de 2018 est bien amère ». Il faut dire qu’en 2017, une loi dépénalisant les violences familiales a été votée par la Douma, chambre basse du Parlement russe, afin de « protéger » la sacro-sainte famille traditionnelle. Sous-titre : conserver l’ordre patriarcal en évitant la prison aux hommes qui violentent leurs compagnes, voire leurs enfants, parce que « un papa, une maman ».

Voter ou ne pas voter : est-ce vraiment une question ?

Lorsque l’on parle des élections en Russie sous Poutine, ce sont les mots « farce », « cirque » ou encore « mascarade » qui reviennent dans la bouche des opposant.e.s au leader autocrate. En conséquence, il n’est pas surprenant que peu d’entre elles et eux semblent décidés à aller voter le dimanche 18 mars. Après l’éviction d’Aleksei Navalny de la campagne présidentielle en décembre 2017, il y a eu un appel au boycott des urnes, mais aussi d'assez navrantes vidéos virales appelant la population à voter en réaction. Pour autant, Forel considère que choisir de ne pas aller voter et boycotter l’élection, ce n’est pas tout à fait pareil. « Je me trouve actuellement forcée de devenir migrante politique. Dans les faits, je n’ai plus la possibilité de voter, mais si je l'avais eue, je ne l’aurais pas fait. Et puisque le concept de boycotter les élections a été récupéré, je préfère dire que je les ignore ». Pour Elena, qui n’est pas plus optimiste que ses camarades, prendre une décision catégorique n’est pas si simple : « J’ai l’impression que ma vision de la politique en Russie est biaisée et incomplète depuis que je n’habite plus là-bas. J’ai peur de faire un geste maladroit, mais j’ai aussi peur de ne rien faire. De par mon engagement associatif, je contribue à aider les personnes qui souhaitent ou sont contraintes de quitter le territoire de la Russie. Mais que faire pour celles qui restent sur place ? »

Comment soutenir nos frères et nos sœurs « de l’arc-en-ciel » russes

À lire tous ces témoignages, il y a de quoi être démoralisé.e.s. Néanmoins, les militants et militantes russes ne baissent pas les bras, et comptent sur nous.
« Nous attendons un soutien qui vienne d’organisations non gouvernementales et d'individus, plus que de l’establishment et des gouvernements. »
Pour Igor, notre rôle de l’autre côté des frontières, est clair : « De la communauté internationale, nous attendons un soutien qui vienne d’organisations non gouvernementales et d'individus, plus que de l’establishment et des gouvernements. Les menaces et les sanctions ne marchent pas. Envers la Russie, encore moins. Il faut soutenir les personnes qui défendent les droits humains et les activistes de Russie qui sont menacé.e.s, mais aussi les aider par le biais de formations. La solidarité des associations et ONG, leurs expériences, sont très importantes. Le plus gros du travail, c’est nous qui devons le fournir, c’est nous qui devons parvenir à changer la donne ».
« Les violences LGBTphobes en Russie contemporaine résultent d’une homophobie d’État »
Quant à Elena, elle aimerait voir des réactions plus pertinentes de notre part en ce qui concerne l'actualité russe des personnes LGBT+ : « S’il vous plaît, quand vous entendez parler des persécutions des homosexuel.le.s en Tchétchénie, prenez un petit peu de votre temps pour faire une réflexion politique. Il ne sert pas à grande chose de dire "Oh merde ! Ces sauvages tuent les pédés ! Ils ont créé les prisons secrètes au XXe siècle, quelle barbarie !" ou, pire encore, "C’est de la faute de l’islam" ! », demande-t-elle, « Ces exactions résultent d’une politique de longue date qui est mise en place par l’appareil étatique de Ramzan Kadyrov, et qui est pleinement tolérée par le pouvoir fédéral russe. D’une manière générale, les violences LGBTphobes en Russie contemporaine résultent d’une homophobie d’État, comme c’est le cas dans plusieurs pays du monde. Y compris les pays du Nord, qui ne sont pas immunisés, comme le démontrent les dynamiques depuis l'élection de Donald Trump aux États-Unis. C’est pourquoi il me semble important de dénoncer ces faits de manière politique, il n'y a que ça qui permettra de vrais changements ».   * Le prénom a été changé et pour des raisons de sécurité, Komitid ne peut révéler le nom du pays d'accueil de Forel.  

Propos recueillis et traduits du russe par Olga Volfson

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« L'exil n'est pas un délit »

L'association accuse Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, « d'appliquer une politique du chiffre » et dit « constater chaque jour la fragilité supplémentaire des réfugié.e.s LGBTI » résidant en France. De plus, explique la Fédération dans un communiqué, l'Union Européenne n'est « pas homogène quant à la législation vis-à-vis des droits des personnes LGBTI ». Renvoyer des réfugié.e.s dans un pays peu ouvert sur ces questions reviendrait donc à « les priver du soutien communautaire qui leur est indispensable et à les exposer au risque de nouvelles violences ». Pour faire passer son message, la Fédération LGBTI a créé 3 affiches très parlantes. Ces témoignages forts sont l'occasion de rappeler que la France ne possède pas de politique homogène quant à l’accueil des réfugié.e.s LGBT+. Ils et elles sont en effet régulièrement confronté.e.s à des situations absurdes ou humiliantes lors de leur demande d'asile." ["post_title"]=> string(80) "Loi asile-immigration : la Fédération LGBTI s'alarme du sort des réfugié.e.s" ["post_excerpt"]=> string(162) "Le réseau associatif lance aujourd'hui une campagne pour rappeler les grandes difficultés que rencontrent des demandeurs et demandeuses d'asile LGBT+ en France." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(73) "loi-asile-immigartion-la-federation-lgbti-salarme-du-sort-des-refugie-e-s" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(232) "http://92.243.1.111/infogay/2018/02/21/paris-une-manifestation-en-opposition-au-projet-de-loi-asile-immigration/ http://92.243.1.111/infogay/2018/02/21/3-questions-a-sasha-dvanova-refugiee-russe-et-militante-chez-urgence-homophobie/" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-17 10:04:27" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-17 08:04:27" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(34) "http://92.243.1.111/infogay/?p=709" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15151 (24) { ["ID"]=> int(634) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-02-21 12:29:41" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-02-21 11:29:41" ["post_content"]=> string(2906) "Alors que le projet de loi asile-immigration, porté par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, est présenté ce mercredi 21 février en Conseil des ministres, nombreuses sont les associations qui appellent à la mobilisation. À partir de 18h30, celles et ceux qui souhaitent manifester leur opposition à ce projet de loi sont invité.e.s à se rendre place de la fontaine Saint-Michel, dans le 6e arrondissement, à Paris. Le cortège, emmené par le Bureau d'accueil et d'accompagnement des migrant.e.s (BAAM), prendra ensuite la direction de l'Assemblée nationale. De Pride de Nuit à ACCEPTESS-Transgenre en passant par Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, AIDES, OUTrans, FièrEs, Queer week, Act-Up ou encore l'Inter LGBT, nombreuses sont les associations LGBT+ à avoir signé l'appel à manifester. « Cette loi marque un tournant ultra-répressif de la politique migratoire », dénonce le BAAM dans son appel à manifester. Si elle n'en n'est qu'au stade de projet, cette loi asile-immigration serait « liberticide » aux yeux de l'association. Est visé notamment l'article 5 qui prévoit, entre autres, un abaissement de 120 jours à 90 jours de délai pour présenter une demande d’asile en procédure normale ou encore la permission donnée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) d’imposer la langue dans laquelle le demandeur d’asile sera entendu. Pour mieux saisir les enjeux de ce projet de loi et les raisons de la gronde des associations à ce sujet, le BAAM a réalisé une courte vidéo pour expliquer ce qui leur apparaît comme problématique. " ["post_title"]=> string(74) "Paris : une manifestation en opposition au projet de loi asile-immigration" ["post_excerpt"]=> string(211) "À partir de 18h30, à l'initiative du Bureau d'accueil et d'accompagnement des migrant.e.s (BAAM), une manifestation est organisée à Paris pour s'opposer au projet de loi asile et immigration du gouvernement." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(41) "paris-manifestation-loi-asile-immigration" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-10 16:49:27" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-10 14:49:27" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(34) "http://92.243.1.111/infogay/?p=634" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } ["carousel"]=> bool(false) } -->

3 questions à Sasha Dvanova, réfugiée russe et militante chez Urgence Homophobie

Publié le

« Il n’y a pas de dispositions spécifiques prévues pour les personnes migrantes LGBT+ en France. Les administrations concernées semblent voir les flux migratoires comme un éternel arrivage de familles hétérosexuelles… »

Sasha Dvanova, militante chez Urgence Homophobie
Sasha Dvanova, militante chez Urgence Homophobie

Militante LGBT+ en Russie, Sasha Dvanova, connaît bien la lesbophobie : elle a dû changer de profession à la suite de l’acharnement de ses collègues. Maintenant réfugiée en France, elle a été forcée de fuir sa terre natale à cause de son activisme au sujet des droits des personnes migrantes. Un combat qu’elle mène encore dans son pays d’accueil. Rencontrée dans une brasserie parisienne, elle raconte son histoire un verre de vin à la main entre deux cigarettes.

Dans quel contexte êtes-vous arrivée en France ?

Sasha Dvanova : En Russie, je n’étais pas que militante queer, j’étais aussi très active sur les droits des personnes immigrées, qui, dans un contexte post-colonial raciste y sont traitées comme des esclaves. Fin août 2016, 17 travailleuses originaires du Kirghizistan (en écrasante majorité, ndlr), sont mortes dans l’incendie de l’entrepôt d’une imprimerie moscovite qui ne respectait pas les normes de sécurité. En colère et bien démunie, j’ai voulu faire un geste citoyen symbolique en déposant des fleurs devant l’ambassade du Kirghizistan. Là, j’ai vu que les flics profitaient du moment de recueillement pour faire des contrôles au faciès.

Furieuse, j’ai pris des photos et je les ai postées sur Facebook pour dénoncer l’indécence de cette démarche. Mon post est devenu viral en quelques minutes. Dans les jours qui ont suivi, je me suis mise à recevoir des appels anonymes auxquels je n’ai pas répondu. Puis un numéro a fini par apparaître. À un chiffre près, il correspondait à celui d’une antenne locale du FSB (agence considérée comme principal successeur du KGB, ndlr). J’ai profité d’un visa touristique, obtenu afin de voyager en France et en Europe, pour quitter la Russie. Celui de mon amoureuse n’était plus valide. Elle n’a pu me rejoindre, à Marseille, qu’un mois plus tard.

Que pensez-vous de la politique d’accueil des réfugiés et réfugiées LGBT+ en France, et comment l’améliorer ?

S.D. : Alors… J’ai combien de jours pour répondre ? [rires]

À l’instant T, il s’agit plus de ne pas empirer la situation plutôt que de l’améliorer. Si le projet de loi asile-immigration passe, il impactera à la fois les personnes qui demandent l’asile, réfugiés et réfugiées, et les membres des administrations à qui ils et elles auront affaire. Il est hypocrite de dire qu’on va faciliter la situation des personnes migrantes en raccourcissant les délais de traitement de leurs dossiers. Les officiers de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et les juges de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) n’auront pas d’autre choix que de prendre des décisions arbitraires !

De plus, il n’y a pas de dispositions spécifiques prévues pour les personnes migrantes LGBT+ en France. Les administrations concernées semblent voir les flux migratoires comme un éternel arrivage de familles hétérosexuelles… Le système d’accueil est pensé de manière très hétéronormée, il faut absolument faire quelque chose ! Difficulté supplémentaire : il y a trop peu d’intersections entre les associations LGBT+ et les associations d’aide aux personnes migrantes.

À la fois réfugiée queer et activiste dans l’accueil de réfugiés et réfugiées LGBT+, quel message aimeriez-vous adresser aux autorités françaises ?

S.D. : Mon expérience ne ressemble pas à celle de la plupart des personnes réfugiées, on a eu de la chance d’avoir un dénouement heureux. Je me sens donc plus à l’aise pour parler du sujet en tant que bénévole qu’en tant que réfugiée.

J’ai très envie de démonter le cliché « les étrangers viennent percevoir des aides en France ». Toutes les personnes réfugiées que je croise ou que j’accompagne veulent se mettre à étudier ou à travailler au plus vite, faire partie de la société, devenir indépendantes et s’intégrer ! Je n’en connais pas une seule qui ait pour but de profiter des allocs. Ceci dit, vivre grâce aux aides de l’État n’est pas une mauvaise chose en soi. En ce qui me concerne, c’est ce qui me permet de consacrer toute mon énergie à des activités associatives, notamment auprès d’Urgence Homophobie (anciennement Urgence Tchétchénie, ndlr).

 

Propos recueillis et traduits du russe par Olga Volfson