La situation des personnes trans est particulièrement compliquée. Aucune loi n'interdit formellement de modifier la mention de son sexe sur ses papiers d'identité ou d'entreprendre une transition hormonale, par exemple, mais l’État ne simplifie pas les choses. « Nous avons présenté la demande de changement de sexe et de nom au ministère mais nous n'avons pas encore eu de réponse », raconte la mère de Nils, qui se veut optimiste : « Il ne devrait pas y avoir de problèmes, vu qu'il a commencé son traitement hormonale en Catalogne. » Pouvoir justifier de traitements médicaux est une condition nécessaire pour obtenir une réponse favorable de la part du ministère et du tribunal, ce qui n'est plus nécessaire en France. Mais ces traitements n'ont encore pas été autorisés en Andorre. La famille de Nils a dû s'adresser à un médecin catalan et acheter les médicaments hors du pays.
« En gros, la transsexualité est considérée une maladie mentale et c'est très dur de se confronter à ça. »
David Cécilïa, la trentaine, aurait pu être le premier homme trans à commencer le traitement dans la principauté, mais il a déchanté au bout de quelques mois : « C'est très compliqué. Au ministère ils ont été très gentils mais ils m'ont dit que je dois aller voir un psychiatre et un neurologue et me soumettre à toute une série d'examens, avant. En gros, la transsexualité est considérée une maladie mentale et c'est très dur de se confronter à ça. » Le 27 mai dernier, l'OMS a retiré la transidentité de la liste des maladies mentales. Andorre adhère à l'organisation et n'a jamais explicitement mentionné la transidentité comme un trouble mental, difficile donc d'imaginer l'impact de la nouvelle classification de l'OMS sur les procédés de la principauté en matière. Pour David, qui a vécu longtemps en Espagne et qui est retourné au pays pour être près de sa mère, la réponse de l’État a été un choc. Il avait pris la décision de commencer le traitement au bout d'une longue réflexion et de questionnement sur soi mais il ne s'attendait pas à devoir affronter tant de problèmes médico-administratifs : « À Barcelone c'est le médecin traitant qui autorise la prise d'hormones. C'est beaucoup plus simple et moins dégradant. D’ailleurs, ça a été une grosse surprise quand on m'a dit que j'étais le premier à entamer cette démarche en Andorre. Je me suis dit : “ Comme c'est possible ? ”. Je ne suis quand même pas le seul mec trans du pays ! »
« Maintenant que j’ai pris ma décision sur le changement de sexe, je ne peux plus attendre, j'ai besoin d'aller de l'avant. »
Finalement, David a dû se résigner à consulter et acheter ses traitements en Catalogne : « Je pensais pouvoir aller au bout ici, ouvrir la voie, mais ça prend énormément de temps et, maintenant que j’ai pris ma décision sur le changement de sexe, je ne peux plus attendre, j'ai besoin d'aller de l'avant. » Comme Nils, il attend la réponse du juge et du ministère qui devraient autoriser le changement de sexe à l'état civil.

Un État absent, des familles engagées

Le manque d'attention aux besoins des personnes trans de la part de l’État a été constaté aussi par Rocio Soler, la maman d'une fille trans âgée de cinq ans, originaire de Barcelone : « Nous n'avons jamais reçu de réponse négative de la part de l'administration, mais ils ne nous ont pas aidés non plus. » [caption id="attachment_27027" align="aligncenter" width="1024"] Rocio Soler se bat pour les droits des jeunes trans en Andorre - Luisa Nannipieri pour Komitid[/caption] Sa fille, Clara*, a bénéficié de la législation espagnole, qui lui a permis de changer son nom très facilement, via les services du consulat. À aucun moment, on ne lui a demandé si elle prenait des hormones : « C'est trop tôt pour y penser et, de toute façon, en Espagne on comprend qu'une personne soit trans sans qu'elle ait besoin ou les moyens d'entamer une transition hormonale. » Si du côté administratif tout s'est fait sans problèmes, c'est au moment de demander à l’État d'organiser une formation pour les enseignants de l'école de Clara que ça a coincé. « Il a fallu attendre huit mois pour que les choses bougent. Finalement, on a fait appel à Chrisallys, une asso espagnole de familles de mineurs trans, car ici il n'y a aucun professionnel prêt à traiter ces thématiques. »
« En tant que familles, nous nous battons en première ligne pour nos enfants.
La réaction de l'école a été très positive : « Les profs se sont montrés ouverts et réceptifs. On a réussi à construire des ponts et c'est fondamental, parce qu'en tant que familles, nous nous battons en première ligne pour nos enfants. Mais il faut la collaboration de tout le monde pour rompre le tabou et leur assurer un futur inclusif. C'est un travail d'équipe. » Les efforts de Rocio Soler ont poussé quatre autres familles d'enfants trans à se manifester et le gouvernement a fait appel à ses compétences au moment de rédiger la nouvelle loi sur les droits des enfants et des adolescent.e.s. Désormais, il leur est reconnu le droit à l'autodétermination de genre. « Mais il y a encore beaucoup de confusion entre identité de genre et orientation sexuelle, explique Rocio. Le manque de formation à tous les niveaux est tragique et les difficultés ont poussé au moins une famille que je connais à quitter le territoire pour le bien-être de leur enfant. Il faut penser à une législation spécifique, qui prenne en compte les besoins des personne trans en matière d'éducation et santé. Ce ne sont pas de droits négociables. » La militante ne prévoit pas de baisser les bras et, avec d'autres parents et un groupe soudé de jeunes, elle devrait bientôt lancer une association LGBT+ andorrane. Pour reprendre les mots de Nils : « Je ne veux pas être un garçon trans courageux, je veux une société courageuse, où je peux simplement être comme je suis. » *Le prénom a été modifié" ["post_title"]=> string(86) "En Andorre, le combat des jeunes trans, et de leurs parents, pour sortir de l'anonymat" ["post_excerpt"]=> string(236) "Depuis quelques mois, des combats personnels et collectifs rendent visible la communauté trans de la principauté et dévoilent les contradictions de ce petit pays. Komitid a recueilli les témoignages d'enfants trans et de parents. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(36) "andorre-combat-jeunes-trans-familles" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-04-15 14:25:55" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-04-15 12:25:55" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=27018" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15257 (24) { ["ID"]=> int(6665) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-17 15:01:10" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-17 13:01:10" ["post_content"]=> string(26204) "

La première fois que j’ai vu Océan, c’était sur les planches du Petit Gymnase pour découvrir la Lesbienne invisible. Des lesbiennes d’un peu partout faisaient la queue sur le trottoir, avides d’entendre les blagues d’Océanerosemarie sur leurs vies quotidiennes. Quelques années après, on m’a offert des billets pour Chatons Violents à Montparnasse. J’y suis allée avec deux amies lesbiennes, et j’ai vu des bobos faire la queue sur le trottoir pour entendre de sacrées vannes sur leurs privilèges.

Océan nous a invité dans son nid d’aigle du 19ème arrondissement, pour discuter autour d’un thé fumant de son coming out d’homme trans, mais aussi des changements imminents dans sa carrière artistique. Il s’installe dans un canapé constellé de poils de chats, le travail de ses matous, Froustinette et Craquinette. Sur la table basse, le dernier livre de Maggie Nelson, Les Argonautes, raconte l’histoire d’amour entre l’écrivaine et Harry qu’elle accompagne dans sa transition. On est dans le bain, on prend un grand souffle et on se lance.

Pourquoi est-ce important de faire ton coming out trans ici et maintenant ?

Océan : Je pense que c’est important parce que la transidentité est encore un sujet très mal connu, qui suscite beaucoup d'incompréhensions. Les gens comprennent à peu près qui sont les gays et les lesbiennes, même s'ils ont encore beaucoup de préjugés. Pour les personnes trans, cela dépasse les préjugés : ils n’ont en tête que des fantasmes, un grand vide ou des interrogations. Celles et ceux qui peuvent être out sans se mettre en danger doivent le faire pour eux et pour toutes les personnes concernées, parce que ça participe à dédramatiser, à faire de la pédagogie sur ce sujet. Nous sommes des personnes comme les autres, avec des vécus particuliers, des discriminations particulières… mais en tant qu'individus, dans notre façon de vivre notre vie, de mener nos vies amoureuses, on n’est pas différent.e.s.

Parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne.

Et puis ce n’est pas vraiment un choix, mais une nécessité. En entrant dans le cadre de la transition, nous n’avons pas trop le choix que d’être out, au moins avec notre entourage. Lesbienne, j’aurais pu passer toute ma vie dans le placard : en tant qu’homme trans, si tu prends des hormones et que tu te fais opérer, tu n’échappes pas au coming out.

Malgré tout, je me suis rendu compte que parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, depuis ma position privilégiée de personne blanche et aisée, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne. Ça porte un message collectif et donc produit du politique, au sens très large, c’est à dire la possibilité de questionner les normes de société, la possibilité de faire bouger des lignes dans l'esprit des gens. C’est ce qui s’est passé avec la Lesbienne invisible.

Tu travailles dans le monde du spectacle, relativement conservateur, comment anticipes-tu cette nouvelle visibilité dans ta carrière ?

Beaucoup d’acteurs et d’actrices gays que je connais ne veulent pas faire leur coming out, parce qu'ils et elles pensent avoir moins de rôles. Je ne partage pas cette crainte, mais je ne dis pas que cette peur n’est pas fondée, loin de là : on l’a bien vu avec le mouvement #metoo et #balancetonporc : être une femme actrice, c’est déjà subir de la violence.

Mais j'ai l'impression que les choses changent. Je trouve que s’empêcher d’être out, c'est dommage pour tous les gens qui pourraient s'identifier. On le voit avec des personnalités comme Kristen Stewart ou Ellen Page, être out ne brise pas des carrières, au contraire même.

C’était ma fierté gay à moi de dire "ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros".

Pour La lesbienne invisible, c’était un choix d'assumer qu'on me voit sous ce prisme. C’était une démarche militante de dire oui, je suis lesbienne et je construis ma carrière là-dessus. C’était ma fierté gay à moi de dire « ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros » parce que ce n’est pas moins bien d'être lesbienne. En vérité, j'ai surtout travaillé sur mes projets perso et je ne suis pas sûr que j'aurais eu cette carrière, si j'avais caché mon homosexualité.

Peut-être que j'aurais eu des petits rôles, mais en me vivant lesbienne au travail, j'ai tourné un spectacle pendant 4 ans qui m'a permis de me faire connaitre (La lesbienne invisible, ndlr). J'ai pu faire un autre spectacle (Chatons violents, ndlr), et puis j'ai réussi à faire un film (Embrasse-moi, ndlr) dont je suis trop content. C’était mon rêve de faire une comédie romantique lesbienne. Très personnellement ça n’a fait que m'ouvrir des portes.

Si aujourd'hui je suis identifié comme homme trans et qu'on ne me donne que des rôles d'hommes trans, et bien ça ne me pose pas de problème. Je trouve ça hyper important que tout le monde soit représenté sur nos écrans, toutes les expressions de genres, les orientations sexuelles, les couleurs de peau, les corps différents. Je pense qu'en France on a encore des progrès à faire, mais la visibilité est déjà une étape.

Il va y avoir de plus en plus de personnages trans. Que Plus belle la vie ait fait cette démarche, c’est fort : les parents d'une super pote vivent à la campagne et quand elle leur a dit pour moi, ils ont répondu "oui on connait, on a vu dans Plus belle la vie". Ils avaient appris tout à coup notre existence, dans le feuilleton.

J'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses.

Pour l'instant, ce sont des rôles où les personnages ne sont vraiment ramenés qu’à leur identité, mais récemment, des responsables de casting se sont dit « tiens, ce serait bien de prendre des mecs trans pour jouer des mecs trans ». Cette année, j'ai passé trois castings pour des rôles de mecs trans dans des séries françaises.

Après, clairement, j'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses. J'espère que je pourrai prétendre à des rôles d'hommes tout court. Je me pose juste la question si dans deux ans, trois ans, les réalisateurs et réalisatrices, les directeurs et directrices de castings, ou même les chaînes seront prêtes à dire « tiens, je prends cette personne pour jouer un flic hyper viril ». Est-ce que je serai potentiellement un acteur pour jouer ces rôles-là ? Je ne sais pas. Ça m'amusera sans doute de le faire, comme ça m'aurait amusé de jouer le rôle d'une mère de famille Manif pour tous avec 8 enfants, parce que j'aime composer des personnages, et que je n'ai aucun problème à jouer des personnages très différents de moi.

[caption id="attachment_6702" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

Tu as choisi de te présenter à la ville comme à la scène sous un seul prénom, Océan. Comment s’est construite cette décision ?

Depuis toujours, dans ma carrière, je jouais sur ce qui s'appelle des persona. Ce n’est pas un personnage très éloigné de soi, c’est plutôt un soi bigger than life, un personnage de comédie. Ça a été Oshen quand je chantais, puis Océanerosemarie quand j'ai écrit la Lesbienne invisible. Chaque fois, je jouais avec mon prénom et mon identité, mais en me décalant un petit peu, parce que je considérais que j'avais besoin de protéger ma vie intime, d'avoir moi-même psychiquement un endroit qui ne soit pas public, qui soit séparé du monde.

Néanmoins, j'ai toujours utilisé mes émotions ou mes expériences intimes pour mes chansons, pour la Lesbienne invisible. Avec Chatons violents, c’était pareil. Contrairement à ce que les gens pensent, ce spectacle est encore plus intime que le premier, parce que parler de mon origine sociale, des gens de ma famille au sens large, c’était une révélation de moi pas forcément facile à faire.

Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

Plus j'avance dans ma carrière, plus j'accepte que ce qu'il y a de plus intime est le plus politique, et donc paradoxalement plus collectif. Je me suis dit que je n’avais plus besoin de me protéger avec un persona. Quand j'ai décidé de faire ma transition, j'ai eu ce désir d’enlever le E de Océane, ce qui est finalement un geste très naturel, c’est-à-dire d'enlever ce qui féminise, tout en gardant une connexion avec mon prénom de naissance. Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

C’est d’autant plus cohérent de ne plus séparer le personnage public de la personne que je suis, que je fais la démarche de ce documentaire sur ma transition (dix épisodes seront diffusés en 2019 sur la plateforme web de France Télévisions, ndlr). À partir du moment où je deviens sujet d'une œuvre, il n’y a plus de raison pour moi de faire barrière : je peux être au monde en tant qu'artiste et en tant que moi. C’est extrêmement libérateur de me rassembler dans une identité d’homme trans, que je vis comme un peu plus complexe que femme homosexuelle.

Comment dans ton enfance, dans ta vie d'adolescent as-tu anticipé, pensé intimement, ton identité d’homme trans ?

Je pense que j'ai été élevé dans un souci absolu de la norme. Bien que ma mère nous ait totalement poussé.e.s à être nous-mêmes, à être authentiques, elle a une relation à la binarité et à la cisnormativité qui est hallucinante. Elle a été super ouverte quand j'ai fait mon coming out lesbien, mais je sentais malgré tout la nécessité de rester dans les clous. J'avais intégré cette injonction là : le fait d'être attirée par les filles, c'était déjà une angoisse. Je pense que j'étais totalement transphobe malgré moi, une transphobie intériorisée qui m'a été transmise sans jamais que ce soit nommé, parce que je ne savais même pas qu'on avait la possibilité d’écouter cette vérité là.

Clairement, il y a tout le temps eu du masculin en moi, l'envie d'aller vers des choses reliées au masculin, mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille. C’était impensé pour moi la possibilité d'être un garçon et ça a été le cas pendant très longtemps. J’avais un caractère dit de « garçon manqué » et comme je suis dans une famille ouverte, on m'a laissé préférer les pantalons, faire du skate, j'étais la seule meuf dans une bande de garçons et j'aimais ça. À l'adolescence, je n’ai pas particulièrement souffert que mon corps se forme. J'avais de tous petits seins, j'étais un peu baraque parce que j'ai toujours fait du sport, j'ai toujours eu un corps que je percevais comme masculin.

Il y a tout le temps eu du masculin en moi mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille.

Qu’est-ce qui a déclenché ta prise de conscience ?

A l'époque de la Lesbienne invisible, j'étais très sincère dans ma position de lesbienne féminine. Au fur et à mesure que le temps a passé, je me suis rendu compte que dans mon cas, être très féminine c’était jouer les codes hétéronormatifs. C’était une façon de me protéger et d'être accepté, parce que j’avais joué à fond ces codes là pour être audible dans un mode cisnormatif et homophobe. Dans mes interactions avec les journalistes et le public non lesbien, il y avait une phrase terrible qui revenait : "toi, ça va". Et je me suis dit, je ne défends pas que les lesbiennes qui ont un passing hétéro.

J’ai commencé à affirmer mon admiration pour les femmes qui s'affirmaient viriles, à me reconnaître beaucoup dans la culture des butch politiques. Je trouve ça fort de dire « je suis une femme et je créé mes propres codes de séduction, ma manière à moi de m’affirmer et de me relationner aux autres et je prends toute la masculinité que je veux, avec mon corps de naissance ». J'ai commencé à me réaffirmer dans ma présentation aux autres, et quand j'ai joué mes premiers Chatons violents j'ai attaché mes cheveux, car j'ai compris l'importance du cheveu dans la séduction, puis je les ai coupés. Je me suis rendu compte combien c’était un geste symbolique car du coup je devenais « une lesbienne caricaturale », comme on me l’a reproché y compris chez les lesbiennes lipstick (lesbiennes féminines, ndlr).

Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises.

Je me suis mêlé au groupe des butch politiques, puis je me suis rendu compte que je ne m’y sentais pas moi-même. Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises. Quand j'ai commencé à comprendre que ma masculinité était là depuis toujours, c’était un point de non-retour. C’est pour cela que je fais mon coming out à un âge si tardif.

Et ma mère m’a aidé malgré elle. Il y a quelques années, elle m'a conseillé de prendre de la progestérone, parce que j’avais des règles très douloureuses. Je n'ai plus eu de règles et j'ai commencé à me dire « à quel moment je reste une femme ? ». J’avais 38, 39 ans et je savais que je ne porterai pas d'enfant. Cette question de la maternité, et donc du féminin puissance mille, était donc totalement réglée. Ça a commencé à me troubler qu'on me dise madame, j'ai rencontré des hommes trans, j’ai commencé à avoir des modèles, ce qui est hyper important pour se dire que c'est possible. J’ai intégré une nouvelle communauté, bien plus diverse que je l’imaginais. Que l’on soit d'extrême droite ou d'extrême gauche, quel que soit ton milieu social, que tu sois fidèle ou que tu aies un million d'amants ou de maîtresses, être lesbienne c’est partager le point commun de désirer les personnes du même genre que soi.

Pour l'instant, ce que je perçois de la « communauté » trans, c’est qu’il y a autant de personnes que de définitions de ne pas être cisgenres. Il y a plein de façons de transitionner, plein de façons d'être trans suivant la relation que l'on peut avoir à la binarité, au masculin dans mon cas. C’est pour ça que je ne prétends pas fédérer tout le monde avec mon discours. Mon expérience est unique et je pense que c’est ça se définir, affirmer sa singularité. Transitionner, c’est aussi se détacher du groupe tout en se rassemblant dans une identité très singulière.

J'ai commencé à prendre de la testostérone le 5 janvier, ça fait cinq mois, et le fait de pouvoir affirmer ma masculinité m’a permis d'être très en paix avec ma part féminine. Plus rien n'est contrarié : il n’y a plus de surplus de féminin, qui vient s'imposer malgré moi.

Comment as-tu préparé ton coming out ?

Pour ma famille, j'ai fait les choses progressivement, j'ai d'abord parlé de personnes trans, j’ai placé dans les conversations qu'il n’y avait pas deux identités de genre, même biologiques. J'ai commencé à aborder des thèmes déconnectés de moi, puis j'en ai parlé à ma mère. C’est une femme très intelligente et très ouverte, je sais qu'elle va évoluer, mais c’était très compliqué pour elle de supporter l'idée que son enfant touche à son corps. L'idée des opérations et des hormones est extrêmement violente. Je lui ai dit combien c’était étrange : si j'avais voulu me faire augmenter la poitrine, elle m'aurait sans doute accompagné et aurait peut-être même proposé de payer l'opération, parce que j'aurais performé mon genre de naissance. Dans son critère normatif, ça aurait été une confirmation de ce qu’elle a fait… et là, je lui annonçais que je les retirerai.

Les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants.

Après je me suis renseigné j'ai vu qu’en suivant le parcours officiel il fallait attendre deux ans. Je trouve d’ailleurs déplorable que ce soit si long, si violent et psychiatrisant. J'avais 39 ans et j'ai décidé de prendre ce temps là pour voir comment ça allait évoluer, j'en ai moins parlé à ma famille mais j'avais semé la petite graine. Au bout d'un an, un an et demi, ce n’était plus une évidence, c’était une nécessité. Là je l'ai annoncé à ma mère tout autrement : « je t'informe que j'ai décidé de faire cette transition, je ne te demande plus ton avis, c’est à toi maintenant de faire l'effort ». Je me suis rendu compte que si j’avais mis tant de temps à m’écouter, c’était pour protéger ma mère. Mais en fait les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants. Aujourd’hui si ma mère tient un discours ouvert sur l’homosexualité, et bientôt sur la transidentité, c’est parce qu’elle a déconstruit quelque chose par la force des choses, et grâce à moi surtout. Dans mon film, je pense qu’elle va permettre à beaucoup de gens de s'identifier à elle et à réfléchir à leur propre discours phobique irrationnel.

[caption id="attachment_6701" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

La lesbienne invisible a eu une grande importance pour les lesbiennes de notre pays, où les représentations sont pauvres... comment s'est construite ta relation avec tes fans ?

J'ai une immense affection pour toutes les lesbiennes qui sont venues, qui m’ont suivi et qui me suivent encore quand je fais ma tournée Chatons violents. Les meufs qui me font signer un CD ou une BD ou qui me disent qu'elles regardent toujours le DVD en boucle parce qu'elles se sont vachement identifiées, je trouve ça super et j'espère qu'elles comprendront ma démarche, que même si elles sont déstabilisées, elles ne se sentiront pas abandonnées...

Je remonte très bientôt la Lesbienne invisible avec une autre comédienne, Marine Baousson

C’est la raison pour laquelle je remonte très bientôt le spectacle avec une autre comédienne, Marine Baousson. Elle est géniale, je la vois comme j'étais il y a dix ans, je pense que d'autres filles pourront s'identifier. Je veux que le spectacle continue à vivre et que beaucoup d’autres lesbiennes invisibles prennent la suite. Je vois des choses, comme les vidéos des Goudous et c’est génial !

Le message que j'ai toujours essayé de véhiculer, c’est « ne vous laissez pas enfermer dans des stéréotypes, dans une norme oppressante ». Que vous ayez envie de vous balader en mini-jupe ras la touffe, épilée au laser, voilée de la tête au pied parce que vous ne voulez pas montrer votre corps, que vous soyez grosse ou mince, soyez vous-mêmes. En faisant cette démarche aujourd’hui, j’affirme ma liberté et j'espère qu'elles comprendront que c'est un geste d'émancipation.

Tu revendiques depuis toujours ton militantisme féministe, anti-raciste, décolonial. Crains-tu la réaction de la fachosphère ?

S’ils m’attaquent là-dessus, ça ne sera qu’une preuve de plus de leur bêtise. C'est pénible et désagréable d'être harcelé sur Twitter par ces individus, mais quelque part je m'en nourris, ça confirme ma démarche. Le seul endroit où j'ai le plus d'inquiétudes, c’est que les attaques viennent de mon propre camp, car je sais qu'il existe beaucoup de féministes transphobes qui considèrent que quand on est un homme trans, on est passés du côté de l'ennemi. Je trouve cela absurde, parce que lutter contre le patriarcat n’a rien à voir avec la question de se représenter intimement homme ou femme, ou de se représenter comme homme trans.

Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre

Je resterai toujours féministe et je resterai toujours du côté des femmes au sens politique. J'ai 40 ans de vie de femme derrière moi, donc je ne vais pas oublier ce que c'est qu'être une femme lesbienne. Je me sens très proche du texte de Paul Preciado qui parlait de redéfinir la masculinité depuis son corps d’homme trans, pendant la période #metoo. Je ne m'identifie pas comme un homme cis, mais je sais que transitionner dans ce sens peut signifier gagner en privilèges. Peut-être que ce sera mon cas, mais j’en doute car j'ai déjà beaucoup de privilèges en tant que personne blanche, aisée, médiatisée, écoutée. Avec cette nouvelle voix, rien ne change. Je vais plus militer sur les questions trans par exemple, pour que ce soit plus facile de faire changer son état civil, même si personnellement je considère que les cases M et le F devraient être supprimées. Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre car je suis conscient que mon parcours de mec trans riche qui peut décider de se payer son opération n'a rien à voir avec ceux des mecs trans racisés, des personnes pauvres, des sans-papiers.

J’ai eu la chance de ne pas avoir été déclassé quand j'ai fait mon coming out lesbien, je peux me permettre d'offrir une image joyeuse et positive sur ma transition qui est merveilleuse pour moi. Mais ce privilège me pousse à parler de la violence énorme qui s'abat sur les autres.

Tu confies La Lesbienne invisible à une comédienne, tu documentes ta transition pour la télévision. As-tu pensé à l’étape d’après dans ta carrière de comédien ?

Je commence à réfléchir à mon troisième seul-en-scène. Ce sera quelque chose d'assez différent de ce que j'ai fait avant. Je veux être dans une forme plus théâtrale, et plus physique aussi. Je voudrais questionner le genre et la binarité par la poésie et des images fortes, me dégager de la pédagogie. Je pense que je vais me nourrir de ces prochains mois pour l'écrire. Et puis surtout, j'espère jouer pour les autres car je pense que j’aurai besoin de parler d’autre chose !

[caption id="attachment_6699" align="aligncenter" width="2362"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption] Les photos de cet entretien ont été réalisées par l'artiste Bogdan SMITH qui questionne depuis longtemps la question du genre dans des œuvres toujours plus lumineuses, exemple ici >>> bodies that matter." ["post_title"]=> string(42) "« Je vous demande de m'appeler Océan »" ["post_excerpt"]=> string(241) "Océan a choisi le 17 mai, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, pour faire son coming out trans. Dans un long entretien, il revient sur son parcours personnel, artistique et politique et nous envoie un message fort." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(32) "entretien-ocean-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-22 16:59:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-22 14:59:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6665" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15255 (24) { ["ID"]=> int(23384) ["post_author"]=> string(4) "1839" ["post_date"]=> string(19) "2019-03-19 12:50:33" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2019-03-19 11:50:33" ["post_content"]=> string(9193) "Dénoncée comme inhumaine, discriminante et anachronique depuis des années par Human Rights Watch et remise de plus en plus en question par les concerné.e.s, la législation japonaise sur la transidentité en vigueur depuis quinze ans fait couler beaucoup d’encre au Japon en ce début d’année. Fin janvier à Tokyo, la cour suprême japonaise a enfin tranché dans une affaire qui s’éternisait : les demandes de l’administration faites aux personnes trans qui désirent changer officiellement de genre sur leur état-civil ne sont pas anti-constitutionnelles. Takakito Usui, l’homme trans d’une quarantaine d’années qui poursuivait l’État au nom de sa liberté à disposer de son corps, devra donc s’y plier s’il veut que son « nouveau » genre soit reconnu officiellement par les institutions. Un échec juridique tempéré par un premier pas timide de la cour vers l’ouverture de débats à un niveau législatif, les juges déclarant que la loi « devrait sans doute être mise en conformité avec les réalités de la société actuelle ». La loi en question, c’est la loi 111, votée en 2003 et mise en application l’année suivante. Vue comme une avancée à l’époque, puisqu’elle permettait enfin à toute une population de modifier son genre officiellement au-delà d’un simple changement de prénom, cette première réglementation sur le sujet semble toujours plus injuste, discriminante et dépassée à mesure que les consciences s’éveillent et que les années passent. Considérant la transidentité sous le prisme de la pathologie (la fameuse « dysphorie de genre »), elle permet une prise en charge toute théorique des soins nécessaires à la transition par la sécurité sociale, mais ce sous réserve de n’avoir jamais pris aucun traitement hormonal. Première aberration d’une longue liste.
 Être diagnostiqué peut prendre plusieurs mois, voire des années, puis vient alors le reste des contraintes drastiques, invasives et lourdes de conséquences à suivre à la lettre pour pouvoir faire modifier la mention du genre sur ses papiers d’identité : être majeur, être célibataire et sans enfant mineur, se faire stériliser et se faire réassigner chirurgicalement pour « ressembler » au genre souhaité. Déconnectée de la réalité de la transition autant d’un point de vue physiologique que psychologique, ce sont pourtant ces demandes invasives qui ont été jugées constitutionnelles en janvier dernier.

Une législation en décalage avec la réalité

Certaines personnes en transition abandonnent donc en cours de route l’idée de faire reconnaître officiellement leur genre pour se contenter d’une transition sociale. « Il faut faire le choix entre être reconnu.e.s officiellement pour ce que nous sommes et la possibilité d’avoir des enfants un jour », nous confie Akiko. « C’est un vrai dilemme, quelque soit notre genre ». « La chirurgie n’est pas sans risque non plus... Sans compter son coût », renchérit Masaki, 23 ans, encore en pleine hésitation malgré la pression qu’il ressent devant l’évolution de ses camarades passés par la case chirurgie.
« Il faut faire le choix entre être reconnu.e.s officiellement pour ce que nous sommes et la possibilité d’avoir des enfants un jour »
Toute transition sur le tard est également quasi impossible à faire officialiser. Elin McCready, une professeure d’université de 45 ans qui réside à Tokyo depuis plus de quinze ans, a commencé sa transition médicale et administrative il y a trois ans aux États-Unis et lutte à présent avec l’administration japonaise pour faire reconnaître son genre. Mariée à une japonaise cisgenre et parent de trois enfants, elle ne remplit aucun des critères de la loi 111. « C’est la loi japonaise qui doit s’adapter aux réalités de la vie des trans », affirme-t-elle. Mais s’adapter à ces réalités entraînerait une modification du concept traditionnel de famille. Rien de moins simple dans un pays rétif au changement, pétrifié depuis des décennies par la chute de sa démographie, très attaché aux normes et déjà frileux à l’idée d’entériner un mariage ouvert aux personnes du même sexe. [caption id="attachment_23428" align="alignnone" width="800"]tomoya hosoda Tomoya Hosoda au milieu des cerisiers en fleurs, conseiller municipal à Iruma et première personne trans élue au Japon - Jérémie Souteyrat[/caption] « Changer la loi actuelle demanderait d’en modifier beaucoup d’autres. Et cela demanderait surtout une énorme évolution de la façon d’envisager la famille dans tout le Japon, qui est encore dans les années 50 sur beaucoup de points », confirme Majarc, 37 ans. Élevé aux États-Unis, il a commencé sa transition plus tardivement au Japon au début de sa trentaine et n’a aucune envie de faire reconnaître son genre officiellement, ne serait-ce que pour conserver son intégrité physique. Face à ces discriminations transphobes institutionnelles, il reste pourtant optimiste : « Je crois que ça finira par venir. Les choses bougent lentement ici, mais je n’ai jamais ressenti de rejet violent à l’avancée des droits LGBT+ comme ça a pu être le cas aux États-Unis. C’est juste vraiment très lent. » Positive, Elin l’est également. « Depuis que ces problématiques sont abordées plus largement en Europe et aux États-Unis, les Japonais.es semble y prêter plus d’attention. C’est le premier pas vers la compréhension des difficultés que nous rencontrons, au moins quand aucune idéologie n’est impliquée. »
« Les choses bougent lentement ici, mais je n’ai jamais ressenti de rejet violent à l’avancée des droits LGBT+ comme ça a pu être le cas aux États-Unis. »

Des améliorations très significatives

Il est vrai que tout n’est pas si sombre. Malgré la rigidité de la loi 111, l’actualité nippone est loin d’être émaillée de faits divers transphobes et vivre sa transition est socialement moins compliqué que dans beaucoup d’autres pays. En témoigne par exemple le parcours de Tomoya Hosoda (en photo ci-dessus), premier élu transgenre au Japon qui siège au conseil municipal d'Iruma depuis 2017. Les Japonais.es finissent par se familiariser avec la diversité qui se cache sous l’acronyme LGBT, les termes comme « new-half » (équivalent japonais du sinistre « ladyboy ») tombent peu à peu en désuétude, et la Une d’un grand quotidien national s’est même intéressée aux « papas trans » au début de l’année 2019 : « Aujourd'hui ma famille est en Une du Mainichi Shimbun ! Si je peux mener une telle vie c’est grace aux efforts de toutes celles et ceux qui ont ouvert la voie. Je ne pourrais jamais assez les remercier. J'ai l'espoir que dans quelques années ces choses fassent partie de notre quotidien sans ne plus avoir à faire l'objet d'un article ! » https://twitter.com/ywya_77/status/1082647503034638336 La parole sort également des cercles organisés par les concerné.e.s pour les concerné.e.s aussi bien IRL, grâce notamment à la Tokyo Rainbow Pride, que sur internet. Car sans surprise, c’est internet qui pallie au manque cruel de visibilité et de lieux pour trouver de l’aide et surtout des informations en japonais sur la transidentité. L’anonymat total des groupes de discussions privés est peu à peu remplacé par une prise de parole publique sur les réseaux. À l’image du jeune duo de youtubeurs de la préfecture d’Ishikawa formé par Kaoru et Kone, les Ganko-chan, qui tentent de partager leur expérience de manière didactique et décomplexée. Kaoru qui ne remet pas en question la loi dans son entièreté, loin de là, choisit même de voir le verre à moitié plein : « Il n’y a pas tant de discriminations à proprement parler que de maladresses due à l’ignorance de ce que nous vivons. Cela ne peut qu’évoluer. » Elin nous le confirme, les mentalités évoluent, et « il est plus facile de faire sa transition et d’être compris.e de nos jours, ou au moins de ne pas être vu comme une bête de foire. » Avant d’ajouter, comme nombre de militants pour le mariage entre personne du même sexe : « Mais la route est longue, très longue. »" ["post_title"]=> string(121) "« C’est la loi qui doit s’adapter aux réalités de la vie des trans » : au Japon, la communauté trans se mobilise" ["post_excerpt"]=> string(214) "Malgré le maintien d'une loi transphobe largement contestée, la communauté trans nippone devient de plus en plus visible. Komitid a recueilli les témoignages de ceux et celles qui veulent amorcer le changement." 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Pour Agathe, 30 ans, professeure dans l’ouest de la France, ce cas qui fait écho au sien, est révélateur des graves manquements de l’Éducation nationale à l’égard des personnes trans, du côté du personnel enseignant comme de celui des élèves. La vie a voulu que ce soit au moment de passer l’agrégation que j’ai découvert ma transidentité. J’ai donc débuté par hasard mon nouveau métier en même temps que ma transition. Celle-ci s’imposait comme pour toute personne trans comme un besoin urgent de vivre en étant enfin moi même. Je pensais que c'était possible, grave erreur, le cocktail était détonnant : j’ai rapidement fait un burn-out du fait de l’anxiété et de la charge mentale insupportable causées par la situation. Je ne m’attendais pas à ce que cela soit psychologiquement si violent. J’ai demandé au service social si mon poste pouvait être aménagé, on m’a rétorqué que c’était impossible du fait de mon statut de stagiaire et que de toute manière, il ne restait plus de place dans « le placard » de l’institution. Mes supérieurs ont demandé s'il était possible de monter une « cellule » de soutien avec mon psy et mon endocrinologue. Comme s'ils n’avaient que ça à faire. J’ai d’ailleurs compris rapidement que dans cette « cellule », je n’étais pas conviée… Comme si je ne pouvais pas moi aussi, première concernée, apporter du savoir et des propositions quant à la gestion de ma situation. Comme si les personnes trans étaient incapables de savoir ce qui était bien pour elles. Il m’a été ensuite conseillé de rester en arrêt maladie pour l’année scolaire. Mon médecin craignait que ce soit considéré par la sécu comme un arrêt de complaisance de sa part. Tout le monde se renvoyait la balle. J’ai tout de même fini par être prolongée. Aujourd’hui je suis en stand-by.
Les personnes trans peuvent souffrir, l’institution fait bloc avec suffisance.
Alors quand je lis les propos remplis de certitude et d’arrogance du ministère suite à ce qu’il s’est passé pour une collègue trans, je suis en colère. Déjà parce qu'on ne reconnait pas que la proviseure s’est complètement plantée et l’a mise en danger. Ensuite, car un minimum d’humilité et de remise en question aurait été appréciable. Mais non, il n’y aurait pas de problème, rien à voir, circulez. Les personnes trans peuvent souffrir, l’institution fait bloc avec suffisance. La vérité, c’est que c’est l’ignorance qui gouverne la gestion du personnel trans dans l’Éducation nationale. L’institution nous veut, je l’espère, du bien mais à ne rien y connaître, elle produit des catastrophes. Elle gère « au cas par cas », en faisant « confiance aux chefs d’établissements » sans qu’elles ou eux ne connaissent le fond de la question, ni comment la traiter.
L'administration croit qu’on fait sa transition en deux mois de vacances d’été.
La seule méthode que semble connaître l’administration est notre mise à l’écart ou le changement d’établissement. Autrement dit, l’invisibilisation de nos transidentités et le renvoi à des existences honteuses. Car ce qui est sous-entendu par cette pratique c’est « N’affichez surtout pas votre transidentité. Vous ne pouvez pas exister pour ce que vous êtes dans votre travail. Comme on ne sait pas gérer la transidentité et qu’on a peur des réactions, nous allons vous cacher et on vous demandera de le rester ensuite. » L’administration nous dira qu’elle est « garante de notre bien-être » en nous protégeant ainsi des réactions extérieures, alors qu’en réalité elle n’apporte ni réel soutien ni solution convenable, mais un nouveau poids sur les épaules de la personne trans. Elle croit encore qu’être trans c’est temporaire, transitoire. Que c’est aller de A à B et qu’on fait sa transition en deux mois de vacances d’été. Elle ne comprend pas qu’être trans c’est à vie, avant et après la transition, que c’est notre identité, mon identité. Que je n’ai pas envie de la cacher aux yeux de mes collègues, de devoir maquiller mon passé, de devoir l’enfouir, de devoir de nouveau me taire comme je me suis tue honteuse pendant vingt ans. Je ne quitte pas un monde de secret pour rentrer dans un autre. Demande-t-on aux personnes cis de se cacher ? Non. Alors pourquoi nous ? Pourquoi la seule forme de soutien proposée est notre invisibilisation ? Gêne-t-on ? Si oui alors qui ?
La transidentité n’est pas du « cas par cas » c’est un enjeu général de société, un enjeu social qui nous concerne tous.
L’école est un terrain de conflit où l’institution s’est couchée devant La Manif Pour Tous et Sens Commun, les bigots défenseurs de « l’ordre naturel » de la binarité. L’institution et ses responsables passés se revendiquant « progressistes » (coucou M. Hamon, coucou M. Peillon, coucou Mme Vallaud-Belkacem) se sont couché.e.s par facilité et méconnaissance des questions de genre et nous en subissons aujourd’hui les conséquences dans nos vies quotidiennes. Car si la transition est bien « une démarche personnelle », si « les modalités de transition appartiennent aux individus » (encore merci) on ne peut oublier qu’elle se fait dans un environnement social, d’autant plus sensible quant il s’agit d’un établissement scolaire : hiérarchie, collègues, élèves, parents d’élèves, attentes propres à chacun sur « l’École ». La transidentité n’est pas du « cas par cas » c’est un enjeu général de société, un enjeu social qui nous concerne tous. Alors tant que des méthodes d’invisibilisation seront pratiquées, tant que l’institution ne mènera pas une réelle politique de soutien élaborée avec les concerné.e.s, rien ne changera. Les mêmes drames qui laissent des enseignant.e.s et des élèves trans seul.e.s face à l’incompréhension d’eux-mêmes puis de la société et les poussent à souffrir en silence se reproduiront.
Tant que l’institution ne mènera pas une réelle politique de soutien élaborée avec les concerné.e.s, rien ne changera.
La transidentité est un enjeu qui touche l’éducation dans tous ses champs. Mais l’institution préfère mettre le problème sous le tapis plutôt que de s’en saisir autrement que sous l’angle nécéssaire mais restreint des discriminations. Si l’enfant que j’étais avait pu au moins mettre un jour des mots sur ce qu’il vivait grâce au minimum à une campagne de sensibilisation et quelques brochures, ma vie en aurait sans doute été changée et je ne serais pas dans cette situation détestable aujourd’hui. Situation qui pourrait être évitée à d’autres aujourd’hui avec une réelle volonté politique suivi de moyens à la hauteur de l’enjeu. Ailleurs, nombre de pays sensibilisent administrations et employeurs à l’accompagnement et l’inclusion des personnes trans dans leur milieu de travail, y compris dans l’éducation. Ce ne sont pas des « procédures standardisées » ou des « méthodologies gravées dans le marbre », simplement des conseils de bonnes pratiques. En France il n’existe rien de tel. Rien alors que les personnes trans sont des milliers. Est-ce l’effet du renoncement des «progressistes» face aux réacs sur la question du genre, sujet désormais tabou dans l’éducation ? Du manque de moyens généralisé ? Du conservatisme d’une institution sûre d’elle ? Sûrement un peu de tout ça. J’attends le jour où en France un responsable politique fera amende honorable, comme récemment les ministres wallon.ne.s Isabelle Simonis et Jean-Claude Marcourt dans un de ces guides : « Pendant longtemps, nous avons structuré notre pensée sur un mode binaire. Les êtres humains étaient soit des femmes, soit des hommes et, à cette classification était accolée une définition assez précise des rôles respectifs que nous devions remplir dans notre société. Cette conception fait l’impasse sur les personnes qui ne se sentent pas à leur place dans le sexe qui leur a été assigné à la naissance. (…) Ce combat, car c’en est un, dépasse évidemment le cadre d’une adaptation des écrits ou des habitudes. C’est celui d’une évolution drastique des mentalités et il s’inscrit pleinement dans la déconstruction des rôles attribués aux hommes et aux femmes en tant que création culturelle. S’il est ici essentiellement question des notions de sexe, d’identité et d’expression de genre, ne nous y trompons pas, c’est aussi d’une indispensable évolution dans le regard que nous portons sur l’autre dont il est question. » Je doute fort qu'on entende un jour ces mots de la part d’un Jean-Michel Blanquer, d’une Frédérique Vidal, ou d’une Marlène Schiappa mais j'ose espérer pour l'avenir.

Propos recueillis par Maëlle Le Corre.

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La réponse d’une femme trans suite à une « dickpic » enflamme les réseaux sociaux

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Quand une femme trans reçoit une « dickpic » sur son portable et y répond de la même façon, le soutien sur les réseaux sociaux est à 99% positive.

Faye Kinely a répondu à l'envoi d'une photo explicite d'un homme qu'elle n'avait jamais rencontré - Twitter - @fayekinley

Faye Kinely, une femme trans de Glasgow, en Écosse, a reçu une photo assez explicite d’un homme qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant. Il lui avait envoyé un message disant : « Hé, gamine, tu es tellement sexy » accompagné d’une photo de son sexe.

Faye Kinely a répondu en envoyant elle aussi une photo, sauf que la réaction de l’homme a été assez violente. Elle affirme cependant qu’elle s’attendait à une réponse dans ce genre là. Sur le site PinkNews, elle explique : « Voila, j’ai vu [ce tweet] et honnêtement, je n’ai pas été surprise parce que j’en reçois beaucoup. J’ai pensé que je devais en renvoyer une et sa réponse était exactement ce que je pensais ».

Faye a donc fait un screenshot de la conversation et l’a postée sur Twitter. On peut dire que ça a réveillé la toile ! Plus de 64000 retweets et près de 300 000 likes depuis le 26 septembre. Les réactions sont selon elle à 99 % positives et vont de la qualification d’« icône » à « vous êtes […] puissante, je vous aime ».

« Le fait que ces hommes veuillent clairement avoir des relations sexuelles avec moi avant même de savoir que je suis trans, puis qu’ils agissent d’une manière scandaleuse et transphobe par la suite me conforte dans l’idée que cela a à voir avec »…] leur insécurité face à la possibilité d’être attiré par quelqu’un avec un pénis et que cela les “ rende gay ” », a t-elle encore expliqué sur PinkNews.