Une histoire qui ne date pas d'hier

Le désamour entre les équipes pluridisciplinaires de la Sofect et les militant.e.s, les associations ou les personnes trans, ne remonte pas à hier. Dès le début, la prétendue spécialité médicale créée autour de la transition s’est construite in-vitro, sans collaboration avec les principaux et principales concerné.e.s. « Depuis le début, la Sofect ne s’est jamais posée comme un interlocuteur respectueux des associations sauf si elles leur étaient acquises » explique la sociologue et co-fondatrice de l’Observatoire des transidentités Karine Espineira, qui avait consacré un long article à la Sofect. « Elle oppose les usagers aux militants qui ne seraient pas de vrais trans car ils ne souffrent pas ». La militante trans-féministe Maud-Yeuse Thomas le dit, « la SOFECT a privatisé les questions trans et se place comme un service public au service de la vérité médicale. J'ai rencontré des membres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2010, qui ont l'habitude de traiter avec des associations de patients, ils étaient effarés de la situation d'OPA de la Sofect sur la prise en charge ».
« On a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité »
En 1992, la France autorise le changement d’état-civil pour les personnes ayant eu recours à la réassignation génitale avec stérilisation forcée. En 2000, le ministère de la santé souhaite une meilleure organisation de l’accompagnement médical des personnes trans au sein de l’hôpital public : c’est là que le rendez-vous entre praticien.ne.s et concerné.e.s est manqué. « A l'époque, le ministère de la Santé n'avait invité que les associations militantes, mais les médecins pas question », se souvient Marc Revol. « On les a juste conviés en disant “ tiens je vais prendre tel gynéco et lui dire comment faire" donc en réaction on a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité ». Ces équipes spécialisées deviennent « Société Française d’Études et de prise en Charge de la transsexualité », en 2010, et au fur-et-à-mesure, se crée un véritable monopole au sein de l'hôpital public, devenant le seul interlocuteur, ou presque, face à la CPAM, face aux institutions, face aux médias. Conséquences : pour que sa transition soit prise en charge et remboursée par l'Etat, une personne finit presque toujours par passer entre les bras des équipes de la Sofect. Sinon, il ou elle doit se tourner vers le privé, acheter des hormones sur internet, ou se faire opérer à l'étranger. Car peu de personnes connaissent les nouvelles structures associatives, encore trop peu visibles. Parmi les fondateurs et fondatrices de la société savante, des personnalités controversées voire perçues comme transphobes dans leurs prises de paroles médiatiques ou leurs parutions médicales. L’exemple le plus criant : la psychiatre Colette Chiland, décédée en  2016. La présidente d’honneur de la Sofect, était par exemple très attachée à une vision binaire du monde, utilisant l’expression de « la boussole du sexe » pour la qualifier. Une vision qui lui avait valu, en 2006, d’écrire une diatribe contre ce qu’elle appelle le « mouvement transgenre » (dans l’article « D’un sexe à l’autre », paru dans la revue Pour la science n°350) :  « Depuis quelques années s’est développé un mouvement transgenre ou trans qui se définit comme n’ayant plus rien à voir avec le transsexualisme calme, bien élevé et caché, attendant poliment que les juges et les professionnels médicaux leur donnent le traitement bienfaisant dont ils avaient besoin pour poursuivre leur vie dans l’ombre de la société normale ». [caption id="attachment_5199" align="aligncenter" width="561"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption] Cette vision archaïque du monde est retranscrite noir sur blanc dans la Charte de la Sofect, que doit signer tout.e membre à son entrée. Dans la version de 2010, les psychiatres et les psychologues  doivent confirmer un diagnostic de « trouble de l’identité de genre » des personnes et peuvent par exemple mettre en évidence des « diagnostics différentiels ». Parmi ces « troubles » empêchant la « réassignation sexuelle hormono-chirurgicale du transsexualisme » : le « transvestisme fétichiste », « l’ambiguïtié sexuelle » ou… « l’homosexualité » (pour rappel l’OMS a retiré le dit diagnostic d’homosexualité en 1992). Les méthodes et parcours issus de cette chartes sont clairs, nets, précis : les personnes qui souhaitent recourir à un traitement hormonal ou celles et ceux qui veulent être physiquement conformes à leur identité de genre, doivent accumuler les examens psychiatriques. Avant toute prise d'hormones, ils et elles doivent alors vivre deux ans de vie réelle dans leur « genre de destination ». Après le traitement hormonal, ils et elles doivent attendre de longs mois avant d'entrer au bloc. Beaucoup rapportent les souffrances éprouvées pendant cet intervalle, vécu comme une épreuve, voire comme une humiliation médicalisée : « imaginez ce que c'est d'être une femme trans non hormonée qui doive s'habiller "en femme" dans la rue afin que le médecin approuve votre dossier, tout en vous appelant "monsieur" dans la salle d'attente », nous raconte Andrea*, une ex-patiente de la Sofect Bordeaux de 52 ans.
« Tout le monde évolue (...) Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... »
Cette vérité là, Marc Revol en est tout a fait conscient et il l'affirme : La Sofect a changé avec la société. A la machine à café de l'Université, il rappelle que le T de « transsexualisme » a été changé par « transidentité » en 2017 : « Tout le monde évolue, je ne suis plus du tout le même qu'il y a 20 ans. Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... j'opérais comme on m'avait montré et c'était très mauvais. J'ai lu des études,  je suis allé voir ce qui se faisait en Belgique, au Canada, et ce que j'enseigne c'est un mix de tout cela et que je transmets à la troisième génération... ». [caption id="attachment_2853" align="aligncenter" width="1300"] Manifestations sur les maltraitances médicales contre les personnes trans et intersexes, 2009, Barcelone - Christian Bertrand / Shutterstock[/caption]

Nouvelle génération

Agnès Condat fait partie de cette génération. La pédopsychiatre de l'hôpital de la Pitié Salpétrière a même refusé de signer la Charte, quand elle a contacté la Sofect Paris il y a quatre ans. « Si elle n'était pas modifiée, je n'entrais pas, il était hors de question que je l'applique. Je me suis approchée d'eux parce que je tiens au service public, je souhaite que toutes les personnes soient accompagnées au sein de l'hôpital», nous a-t-elle confié. La praticienne est très ouverte, en particulier sur la non-binarité, admet Karine Espineira. « Agnès Condat, c'est la nouvelle génération, une progressiste. Mais l'ancienne garde est toujours là, ceux qui utilisaient l'expression "corps chimère" dans les années 90 pour parler de nous comme des monstres. La Sofect veut faire évoluer son image et, comme pour une entreprise, elle vend son image avec une exaltation managériale. Dans le fond, on a changé la devanture, mais pas ce qu'il y a dedans »
Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres)
Pourtant, dans le cursus de son diplôme inter-universitaire, beaucoup de cours reprennent encore les thèses de Colette Chiland, ponctués de mégenrages ou d'illustrations suspectes. Tous les supports de cours - certains datés, d'autre erronés, d'autres scandaleux - sont téléchargeables sur le site. Nous avons pu assister à un cours sur un cours sur la « phallopoïese » (la création d’un pénis). La leçon est dispensée par l'un des spécialistes de la très délicate opération en France, le bien nommé docteur Jean-Philippe Binder (l'ironie veut qu'un binder soit le nom donné au bandeau utilisé par certains hommes trans pour masquer leur poitrine). Dans une odeur de café, le professeur explique avec diapos, photos et vidéos les différents protocoles chirurgicaux dont il dispose pour réaliser ce qu’il nomme des « moments magiques ». Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres), « patient coloré » (pour un patient racisé) et est vite repris par l'omniprésent professeur Revol, quand il indique que le changement d'état civil intervient chronologiquement après l'hystérectomie (la stérilisation obligatoire étant terminée depuis 2016). L'histoire ne dit pas si notre seule présence a motivé la correction. [caption id="attachment_5200" align="aligncenter" width="582"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption]

Une approche encore et toujours pathologisante et misérabiliste

« Quand on arrive devant les psys de la Sofect, il faut avoir envie de mourir, mais pas trop ». Noah est un jeune étudiant lillois de 19 ans qui a vécu ce qu'il décrit comme un enfer, auprès de praticien.ne.s attaché.e.s à la Sofect de Bordeaux. Il a 18 ans quand il annonce à sa mère qu'il ne supporte pas l'idée d'avoir ses règles à nouveau. « A Niort (sa ville de naissance, ndlr), la gynéco a dit qu'elle ne pouvait pas prescrire d'hormones sans passer par la Sofect et elle a dit à ma mère que sans leur aide, je mourrais ». Les entretiens psychiatriques sont vécus comme une humiliation par celui qui est encore un adolescent : « j'étais hyper timide à l'époque et on me demandait comment je me douchais, comment je me masturbais... ».
« Il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie »
Le cas de Noah n'est pas rare. Lors de notre enquête, les associations que nous avons contactées, Outrans, C pas mon genre, SOS transphobie, Acthe, rapportent des situations similaires, où la psychiatrie misérabiliste est de mise. « Ils mettent "transidentité" sur leurs matériels, mais rien n'a changé : la psychiatrie reste la pièce maîtresse de leur approche », analyse Karine Espineira. Marie de la Chenelière, femme trans de 66 ans, abonde aussi dans ce sens : « ils n'ont pas changé pour un sou : les médecins décident toujours de notre sort en Réunions de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), ce qui se fait d'habitude pour les cancers et les maladies rares : cela veut dire que la personne n'est pas apte à prendre des décisions. C'est dans cette foi là qu'on entre à la Sofect ». Aujourd'hui, Noah est suivi à la Maison dispersée de Santé de Lille. Le Docteur Bertrand Riff a créé la structure en 1986. Dans une politique de «co-construction avec l'usager et l'usagère», il s'est approché du centre LGBT et de l'association C pas mon genre pour créer le Collectif santé trans. « Contrairement à la Sofect notre objectif, c'est vraiment de dépsychiatriser, nos psychologues accompagnent, mais ne traitent pas, ne diagnostiquent pas : il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie » nous rappelle le médecin, qui dénonce le fait que la psychiatrie soit centrale dans les protocoles de la Sofect. https://www.youtube.com/watch?v=MUCYQ-kqYLs

(Thierry Gallarda est membre de la Sofect Paris, et évoque des comorbidités à la dysphorie de genre)

En effet, le 6 mai 2009, le Ministère de la santé fait une annonce : « la transsexualité ne sera plus considérée comme une affection psychiatrique en France ». En février 2010, par décret, la sortie de la catégorie psychiatrique est actée au niveau des ALD (affection longue durée) : les remboursements médicaux passent de la catégorie relative à une « affection psychiatrique », à une ALD classifiée «hors liste ». Levée de bouclier du monde psychiatrique et de la Sofect en particulier. Lors d'une journée d'étude à Bordeaux, sa fondatrice Mireille Bonierbale se pose une question fermée et oratoire, quant à cette évolution : « est-ce que c'est une mesure prématurée ou (...) une mesure démagogique vis-à-vis d’une présupposée stigmatisation du mot "trouble" ?».
« C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »
Cette pathologisation ne touche pas que la psychiatrie. Nous l'avons constaté lors de nos entretiens avec les principaux et principales concernées. Noah se souvient encore des traitements qu'il a du suivre après avoir rencontré un endocrinologue de la Sofect Bordeaux. « On m'a prescrit des bloqueurs mais c'était horrible, parce qu'on ne me donnait pas de testo. Donc je n'avais aucune hormone, en fait. Pendant 15 jours, j'étais incapable d'aligner trois phrases cohérentes, j'étais déprimé et je dormais tout le temps, j'ai fait 4 TS (tentatives de suicides, ndlr). Pour les MtF (femmes trans, ndlr), ils leur prescrivent des castrations chimiques, comme pour les violeurs ou les pédophiles ». Un cas qui n'est pas rare pour le docteur Bertrand Riff, qui attache une importance particulière aux traitements hormonaux choisis par certains de ses collègues de la Sofect : « pour les MtF, ils utilisent l'androcure, qui est castratrice quand nous utilisons la progestérone. C'est une écriture violente : pour eux il est évident qu'une femme trans demandera une castration pleine et entière, avant de subir une réassignation complète. C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »

« Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, il y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie »

La binarité, voilà le noeud du problème. La Sofect a du mal à sortir des cases « femmes » et « hommes », dans un monde où les identités et les expressions de genre se détachent de plus en plus des corps, grâce aux luttes des concerné.e.s. Patricia, de SOS transphobie, parle de « sexisme binaire » : « pour eux, il faut que les gens changent de sexe, il faut le corps adéquat et l'attitude qui va avec, il faut que le passing passe bien. Si une personne non binaire annonce la couleur, pas de prise en charge ». Le sociologue Sam Bourcier, lors d'une émission sur la chaîne LCP explique que « la non binarité, c'est ce que n'ont pas su voir les psychiatres, qui ont eu la main mise sur les corps trans depuis les années 50 et qui ont été tellement cons qu'ils pensaient qu'il fallait passer de l'un à l'autre , qu'il y avait deux sexes, qu'il y avait deux genres... ». S'il salue le progrès sociétal de la déclassification de 2013 et de l'état-civil de 2016, le docteur Marc Revol assume tout à fait son positionnement, et celui de son protocole, vis à vis de la binarité. Il nous l'a longuement expliqué après une séance de son DIU : « Moi je suis médecin chirurgien et les trans, depuis 30 ans, je suis convaincu que je leur rends service : ils sont sur une berge et je les aide à passer de l'autre côté », explique-t-il. « Après, il y en a d'autres, ils sont au milieu de la rivière ou genderfluide machin ou ils disent "je suis trans et c'est mon métier, mon état". Non, ce n'est pas un état par définition, c'est une transition. Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie ».
« Le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin" »
Dans la réalité, cette vision rétrograde a des conséquences, en particulier dans le processus diagnostic. Même Léa Dumont d'Arc-en-ciel Toulouse et qui participe au diplôme, le dit : « la Sofect gagnerait à être ouverte aux personnes non-binaires. » Noah a beaucoup d'ami.e.s qui ont dû surjouer une féminité ou une masculinité pour entrer dans la prise en charge. « Pendant deux ans, tu dois te conduire comme un homme ou comme une femme, ça veut dire qu'en tant qu'homme trans, le simple fait d'avoir des cheveux colorés est un problème. Il faut que tu sois hétéro, que tu veuilles pas d'enfant : tu fais tes démarches pour les hormones et on te parle d’hystérectomie », souligne Noah. Oscar est président de l'association C pas mon genre, et des exemples comme celui-ci, il en a à la pelle : « Malgré ce qu'ils racontent, il y a un profil idéal : il faut avoir un travail fixe, pas de relations, pas d'enfant, être binaire et hétéro si on veut entrer dans leurs cases. À l'asso, on a un homme trans qui souhaitait une hystérectomie et le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin". Lui, il a claqué la porte mais d'autres auraient peut être cédés ! ».
« La Sofect Bordeaux, le seul moment ou ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants »
Même son de cloche chez Jules, co-président de Outrans : « Il y a quelques mois un garçon a été exclu du protocole Sofect parce qu'il a tout de suite dit qu'il souhaitait un parcours hormonal et une mastéctomie mais pas de réassignation génitale ». L'association a reçu un grand nombre de plaintes et a créé un réseau informel parisien hors Sofect, pour ses membres. Les maltraitances iraient du mauvais accueil (avec utilisation de l'ancien prénom, ou des mauvais pronoms), au refus de soin, aux discriminations, sans compter les opérations ratées. Le docteur Bertrand Riff lui même connait nombre de ces histoires et confirme la vision ultra binaire de la société savante : « une des personnes que j'accompagne avait consulté un chirurgien de la Sofect, on lui a répondu qu'elle avait plus de 50 ans, que c'était pas urgent d'avoir un vagin et que comme elle était lesbienne encore moins... La Sofect Bordeaux, le seul moment où ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants ». [embed]https://twitter.com/AcceptessT/status/978789901998153728[/embed] (Face au sociologue Sam Bourcier, le pédopsychiatre de la Sofect Jean Chambry, qui aborde la non-binarité de patient.e.s)

L'espoir avec ou sans Sofect

« J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde »
A l’Université Paris Diderot, les participant.e.s du DIU de la Sofect font une pause entre deux sessions. Parmi eux, deux jeunes médecins nous servent le même discours : oui, la Sofect mérite sa mauvaise réputation, mais elle va changer car la nouvelle garde est plus ouverte que ses aînés. De l'autre côté du téléphone, Agnès Condat est consciente de représenter cette nouvelle garde. Elle souligne l'accompagnement qu'elle a mis en place dans son service, un service ouvert sur toutes les identités de genre : « c'est évident que les gens que l'on reçoit ne sont pas dans la binarité. On ne veut pas faire entrer les personnes dans des cases, mais de construire avec elles les accompagnements adéquats, et surtout avec les adolescents ». La jeune praticienne a beaucoup de confiance en sa génération, « un autre point qui fait que les choses vont changer, en dehors des autorités médicales internationales, c'est le fait que ma génération lit l'anglais, donc la littérature médicale anglo-saxonne. J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde ». La pédopsychiatre, spécialisée dans les relations parents-enfants, en profite pour redonner à l'engagement associatif ses lettres de noblesse : « le changement principal arrive toujours par le biais des assos de concerné.e.s, il faut rendre à César ce qui est à César. Ce qui fait évoluer la société et nos pratiques, c'est le mouvement LGBT ».
« Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France : c'est la grande tradition du médecin qui sait »
La Sofect devrait-elle alors changer de nom, pour laisser son lourd passé derrière elle ? « Nous on est pour la dissolution des équipes hospitalières en général», ajoute Jules, de l'association Outrans. Maud-Yeuse Thomas abonde dans son sens : « Nous n'avons pas besoin d'équipes médicales qui se posent en entrepreneurs de morale ». De son côté, le docteur Revol ne comprend pas ce qu'il nomme le « soviétisme des militants » : « il n'y a pas d'ancienne et de nouvelle Sofect, on est toujours les mêmes, ce qu'ils disent [les militants, ndlr] c'est "je suis en train de me noyer et le mec qui me tire de l'eau parce que c'est le seul, je lui crache à la gueule et j'en veux pas"». Regrettant que les associations ne remarquent pas combien la Sofect a changé  et maintiennent leurs positions vis-à-vis d'elle, Marc Revol nous indique qu'il a invité les associations opposantes à participer au DIU, de la même manière qu'il avait invité Trans-Europe. Pourtant, aucune des personnes que nous avons interrogées n'a été contactée en ce sens En attendant que la Sofect ait vraiment changé, des réseaux informels se sont créés dans les grandes villes. Un site internet permet à chacun et chacune d'accéder à une base de données trans-friendly. « Nous conseillons aux gens de se renseigner sur la base de données trans, qui est collaborative », nous explique la Présidente d'Acthe Sun Hee Yoon. À Lille, la maison de Santé et le parcours trans reçoivent de plus en plus de personnes arrivant grâce au bouche-à-oreilles. « Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France, soutient Bertrand Riff, c'est la grande tradition du médecin qui sait qu'il est le seul à détenir la vérité sur ce que vit une personne en son for intérieur. » En attendant que la Sofect se réinvente vraiment ou que les praticien.ne.s arrivent à penser la médecine sans spécialités, certain.e.s ont décidé d'aller voir ailleurs, comme Patricia, de la page SOS Transphobie : « à Boston, on a créé un centre de soin et de formation médicale par et pour les personnes trans. Ils acceptent tout le monde. J'irai. »" ["post_title"]=> string(145) "« Quand on arrive devant les psys de la Sofect, il faut avoir envie de mourir » : enquête sur les équipes « officielles » du parcours trans" ["post_excerpt"]=> string(370) "Depuis sa création, la Société Française d’Études et de prise en Charge de la Transidentité (Sofect) s’est arrangée pour devenir incontournable pour la prise en charge des personnes trans. Après des années à traîner une réputation déplorable auprès des concerné.e.s, elle tente aujourd'hui de redorer son image… en vain ? Komitid a mené l'enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(21) "parcours-trans-sofect" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-13 12:33:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-13 11:33:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2845" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15146 (24) { ["ID"]=> int(1910) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-03-12 14:43:33" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-03-12 13:43:33" ["post_content"]=> string(3640) "La scène se passe en octobre 2017 à Angers, dans un grand ensemble de la ville. En rentrant chez elle, une femme trans est violemment agressée par un voisin qui l'avait déjà menacée auparavant. Insultée, frappée, jetée à terre, elle décide de porter plainte deux jours plus tard dans son commissariat de police. Un délai on ne peut plus compréhensible tant les menaces que l'agresseur aurait proférées sont glaçantes. « Je vais te défoncer comme un homme, car je te vois comme un homme (...) je te découpe à la machette, je te fais assassiner si tu portes plainte », est-il consigné dans la plainte. Et pourtant, malgré la vidéo-surveillance et les précédentes plaintes déposées par la victime contre son voisinage, le parquet d'Angers a décidé de classer l'affaire sans suite. Le motif ? « l'examen de la procédure ne justifie pas de poursuites pénales au motif que les faits ou circonstances des faits dont vous vous êtes plaint(e) n'ont pas pu être clairement établis par l'enquête ». La justice a-t-elle fonctionné correctement dans cette affaire ? L'association locale Quazar se permet d'en douter.

Le parquet d'Angers sourd aux actes LGBTphobes ?

Selon Stéphane Corbin, référent du pôle juridique, défense des droits, accompagnement des victimes du centre LGBT d'Angers, Quazar, la justice n'a pas fait son travail dans cette affaire et le classement sans suite démontre une politique locale plus ou moins légère quant aux agressions LGBTphobes. Depuis que l'association a sorti son communiqué, le 8 mars, le procureur n'a pas bougé. L'association se pose la question, avec ses avocats et la victime, de demander une saisine du doyen des juges d'instruction avec constitution de partie civile. Une perspective qui promet d'être intéressante pour Stéphane Corbin. « Pour cela, il faudra qu'on dépose une demande de communication de dossier auprès du procureur de la République. En le consultant, on pourra voir où l'enquête a pêché. Et s'il refuse de nous le communiquer, il faudra qu'il motive son refus. » Selon lui, cette affaire révèle des dysfonctionnements plus larges. Il mentionne à Komitid le cas de deux précédentes agressions LGBTphobes, qui se sont terminées par des non-lieux.  Pire, il évoque une autre victime qui aurait tenté de porter plainte pour agression homophobe dans son commissariat de police... et qui aurait découvert à la place, le motif « en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion » inscrit en noir et blanc dans sa plainte. « Les officiers de police ne connaissent rien aux questions de droits LGBT ou des identités de genre », explique-t-il. Dans son communiqué, Stéphane Corbin va jusqu'à prédire « faudra-t-il une prochaine victime trans pour que le parquet d'Angers envisage une politique pénale à la hauteur du fléau ? ». " ["post_title"]=> string(83) "Agression d'une femme à Angers, une association dénonce la transphobie du parquet" ["post_excerpt"]=> string(142) "Après qu'une femme a été agressée, en octobre 2017, l'association angevine QUAZAR dénonce l'attitude du Parquet qui a classé l'affaire. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(28) "agression-transphobie-angers" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-13 10:10:13" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 08:10:13" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1910" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15274 (24) { ["ID"]=> int(6665) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-17 15:01:10" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-17 13:01:10" ["post_content"]=> string(26204) "

La première fois que j’ai vu Océan, c’était sur les planches du Petit Gymnase pour découvrir la Lesbienne invisible. Des lesbiennes d’un peu partout faisaient la queue sur le trottoir, avides d’entendre les blagues d’Océanerosemarie sur leurs vies quotidiennes. Quelques années après, on m’a offert des billets pour Chatons Violents à Montparnasse. J’y suis allée avec deux amies lesbiennes, et j’ai vu des bobos faire la queue sur le trottoir pour entendre de sacrées vannes sur leurs privilèges.

Océan nous a invité dans son nid d’aigle du 19ème arrondissement, pour discuter autour d’un thé fumant de son coming out d’homme trans, mais aussi des changements imminents dans sa carrière artistique. Il s’installe dans un canapé constellé de poils de chats, le travail de ses matous, Froustinette et Craquinette. Sur la table basse, le dernier livre de Maggie Nelson, Les Argonautes, raconte l’histoire d’amour entre l’écrivaine et Harry qu’elle accompagne dans sa transition. On est dans le bain, on prend un grand souffle et on se lance.

Pourquoi est-ce important de faire ton coming out trans ici et maintenant ?

Océan : Je pense que c’est important parce que la transidentité est encore un sujet très mal connu, qui suscite beaucoup d'incompréhensions. Les gens comprennent à peu près qui sont les gays et les lesbiennes, même s'ils ont encore beaucoup de préjugés. Pour les personnes trans, cela dépasse les préjugés : ils n’ont en tête que des fantasmes, un grand vide ou des interrogations. Celles et ceux qui peuvent être out sans se mettre en danger doivent le faire pour eux et pour toutes les personnes concernées, parce que ça participe à dédramatiser, à faire de la pédagogie sur ce sujet. Nous sommes des personnes comme les autres, avec des vécus particuliers, des discriminations particulières… mais en tant qu'individus, dans notre façon de vivre notre vie, de mener nos vies amoureuses, on n’est pas différent.e.s.

Parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne.

Et puis ce n’est pas vraiment un choix, mais une nécessité. En entrant dans le cadre de la transition, nous n’avons pas trop le choix que d’être out, au moins avec notre entourage. Lesbienne, j’aurais pu passer toute ma vie dans le placard : en tant qu’homme trans, si tu prends des hormones et que tu te fais opérer, tu n’échappes pas au coming out.

Malgré tout, je me suis rendu compte que parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, depuis ma position privilégiée de personne blanche et aisée, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne. Ça porte un message collectif et donc produit du politique, au sens très large, c’est à dire la possibilité de questionner les normes de société, la possibilité de faire bouger des lignes dans l'esprit des gens. C’est ce qui s’est passé avec la Lesbienne invisible.

Tu travailles dans le monde du spectacle, relativement conservateur, comment anticipes-tu cette nouvelle visibilité dans ta carrière ?

Beaucoup d’acteurs et d’actrices gays que je connais ne veulent pas faire leur coming out, parce qu'ils et elles pensent avoir moins de rôles. Je ne partage pas cette crainte, mais je ne dis pas que cette peur n’est pas fondée, loin de là : on l’a bien vu avec le mouvement #metoo et #balancetonporc : être une femme actrice, c’est déjà subir de la violence.

Mais j'ai l'impression que les choses changent. Je trouve que s’empêcher d’être out, c'est dommage pour tous les gens qui pourraient s'identifier. On le voit avec des personnalités comme Kristen Stewart ou Ellen Page, être out ne brise pas des carrières, au contraire même.

C’était ma fierté gay à moi de dire "ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros".

Pour La lesbienne invisible, c’était un choix d'assumer qu'on me voit sous ce prisme. C’était une démarche militante de dire oui, je suis lesbienne et je construis ma carrière là-dessus. C’était ma fierté gay à moi de dire « ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros » parce que ce n’est pas moins bien d'être lesbienne. En vérité, j'ai surtout travaillé sur mes projets perso et je ne suis pas sûr que j'aurais eu cette carrière, si j'avais caché mon homosexualité.

Peut-être que j'aurais eu des petits rôles, mais en me vivant lesbienne au travail, j'ai tourné un spectacle pendant 4 ans qui m'a permis de me faire connaitre (La lesbienne invisible, ndlr). J'ai pu faire un autre spectacle (Chatons violents, ndlr), et puis j'ai réussi à faire un film (Embrasse-moi, ndlr) dont je suis trop content. C’était mon rêve de faire une comédie romantique lesbienne. Très personnellement ça n’a fait que m'ouvrir des portes.

Si aujourd'hui je suis identifié comme homme trans et qu'on ne me donne que des rôles d'hommes trans, et bien ça ne me pose pas de problème. Je trouve ça hyper important que tout le monde soit représenté sur nos écrans, toutes les expressions de genres, les orientations sexuelles, les couleurs de peau, les corps différents. Je pense qu'en France on a encore des progrès à faire, mais la visibilité est déjà une étape.

Il va y avoir de plus en plus de personnages trans. Que Plus belle la vie ait fait cette démarche, c’est fort : les parents d'une super pote vivent à la campagne et quand elle leur a dit pour moi, ils ont répondu "oui on connait, on a vu dans Plus belle la vie". Ils avaient appris tout à coup notre existence, dans le feuilleton.

J'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses.

Pour l'instant, ce sont des rôles où les personnages ne sont vraiment ramenés qu’à leur identité, mais récemment, des responsables de casting se sont dit « tiens, ce serait bien de prendre des mecs trans pour jouer des mecs trans ». Cette année, j'ai passé trois castings pour des rôles de mecs trans dans des séries françaises.

Après, clairement, j'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses. J'espère que je pourrai prétendre à des rôles d'hommes tout court. Je me pose juste la question si dans deux ans, trois ans, les réalisateurs et réalisatrices, les directeurs et directrices de castings, ou même les chaînes seront prêtes à dire « tiens, je prends cette personne pour jouer un flic hyper viril ». Est-ce que je serai potentiellement un acteur pour jouer ces rôles-là ? Je ne sais pas. Ça m'amusera sans doute de le faire, comme ça m'aurait amusé de jouer le rôle d'une mère de famille Manif pour tous avec 8 enfants, parce que j'aime composer des personnages, et que je n'ai aucun problème à jouer des personnages très différents de moi.

[caption id="attachment_6702" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

Tu as choisi de te présenter à la ville comme à la scène sous un seul prénom, Océan. Comment s’est construite cette décision ?

Depuis toujours, dans ma carrière, je jouais sur ce qui s'appelle des persona. Ce n’est pas un personnage très éloigné de soi, c’est plutôt un soi bigger than life, un personnage de comédie. Ça a été Oshen quand je chantais, puis Océanerosemarie quand j'ai écrit la Lesbienne invisible. Chaque fois, je jouais avec mon prénom et mon identité, mais en me décalant un petit peu, parce que je considérais que j'avais besoin de protéger ma vie intime, d'avoir moi-même psychiquement un endroit qui ne soit pas public, qui soit séparé du monde.

Néanmoins, j'ai toujours utilisé mes émotions ou mes expériences intimes pour mes chansons, pour la Lesbienne invisible. Avec Chatons violents, c’était pareil. Contrairement à ce que les gens pensent, ce spectacle est encore plus intime que le premier, parce que parler de mon origine sociale, des gens de ma famille au sens large, c’était une révélation de moi pas forcément facile à faire.

Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

Plus j'avance dans ma carrière, plus j'accepte que ce qu'il y a de plus intime est le plus politique, et donc paradoxalement plus collectif. Je me suis dit que je n’avais plus besoin de me protéger avec un persona. Quand j'ai décidé de faire ma transition, j'ai eu ce désir d’enlever le E de Océane, ce qui est finalement un geste très naturel, c’est-à-dire d'enlever ce qui féminise, tout en gardant une connexion avec mon prénom de naissance. Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

C’est d’autant plus cohérent de ne plus séparer le personnage public de la personne que je suis, que je fais la démarche de ce documentaire sur ma transition (dix épisodes seront diffusés en 2019 sur la plateforme web de France Télévisions, ndlr). À partir du moment où je deviens sujet d'une œuvre, il n’y a plus de raison pour moi de faire barrière : je peux être au monde en tant qu'artiste et en tant que moi. C’est extrêmement libérateur de me rassembler dans une identité d’homme trans, que je vis comme un peu plus complexe que femme homosexuelle.

Comment dans ton enfance, dans ta vie d'adolescent as-tu anticipé, pensé intimement, ton identité d’homme trans ?

Je pense que j'ai été élevé dans un souci absolu de la norme. Bien que ma mère nous ait totalement poussé.e.s à être nous-mêmes, à être authentiques, elle a une relation à la binarité et à la cisnormativité qui est hallucinante. Elle a été super ouverte quand j'ai fait mon coming out lesbien, mais je sentais malgré tout la nécessité de rester dans les clous. J'avais intégré cette injonction là : le fait d'être attirée par les filles, c'était déjà une angoisse. Je pense que j'étais totalement transphobe malgré moi, une transphobie intériorisée qui m'a été transmise sans jamais que ce soit nommé, parce que je ne savais même pas qu'on avait la possibilité d’écouter cette vérité là.

Clairement, il y a tout le temps eu du masculin en moi, l'envie d'aller vers des choses reliées au masculin, mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille. C’était impensé pour moi la possibilité d'être un garçon et ça a été le cas pendant très longtemps. J’avais un caractère dit de « garçon manqué » et comme je suis dans une famille ouverte, on m'a laissé préférer les pantalons, faire du skate, j'étais la seule meuf dans une bande de garçons et j'aimais ça. À l'adolescence, je n’ai pas particulièrement souffert que mon corps se forme. J'avais de tous petits seins, j'étais un peu baraque parce que j'ai toujours fait du sport, j'ai toujours eu un corps que je percevais comme masculin.

Il y a tout le temps eu du masculin en moi mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille.

Qu’est-ce qui a déclenché ta prise de conscience ?

A l'époque de la Lesbienne invisible, j'étais très sincère dans ma position de lesbienne féminine. Au fur et à mesure que le temps a passé, je me suis rendu compte que dans mon cas, être très féminine c’était jouer les codes hétéronormatifs. C’était une façon de me protéger et d'être accepté, parce que j’avais joué à fond ces codes là pour être audible dans un mode cisnormatif et homophobe. Dans mes interactions avec les journalistes et le public non lesbien, il y avait une phrase terrible qui revenait : "toi, ça va". Et je me suis dit, je ne défends pas que les lesbiennes qui ont un passing hétéro.

J’ai commencé à affirmer mon admiration pour les femmes qui s'affirmaient viriles, à me reconnaître beaucoup dans la culture des butch politiques. Je trouve ça fort de dire « je suis une femme et je créé mes propres codes de séduction, ma manière à moi de m’affirmer et de me relationner aux autres et je prends toute la masculinité que je veux, avec mon corps de naissance ». J'ai commencé à me réaffirmer dans ma présentation aux autres, et quand j'ai joué mes premiers Chatons violents j'ai attaché mes cheveux, car j'ai compris l'importance du cheveu dans la séduction, puis je les ai coupés. Je me suis rendu compte combien c’était un geste symbolique car du coup je devenais « une lesbienne caricaturale », comme on me l’a reproché y compris chez les lesbiennes lipstick (lesbiennes féminines, ndlr).

Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises.

Je me suis mêlé au groupe des butch politiques, puis je me suis rendu compte que je ne m’y sentais pas moi-même. Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises. Quand j'ai commencé à comprendre que ma masculinité était là depuis toujours, c’était un point de non-retour. C’est pour cela que je fais mon coming out à un âge si tardif.

Et ma mère m’a aidé malgré elle. Il y a quelques années, elle m'a conseillé de prendre de la progestérone, parce que j’avais des règles très douloureuses. Je n'ai plus eu de règles et j'ai commencé à me dire « à quel moment je reste une femme ? ». J’avais 38, 39 ans et je savais que je ne porterai pas d'enfant. Cette question de la maternité, et donc du féminin puissance mille, était donc totalement réglée. Ça a commencé à me troubler qu'on me dise madame, j'ai rencontré des hommes trans, j’ai commencé à avoir des modèles, ce qui est hyper important pour se dire que c'est possible. J’ai intégré une nouvelle communauté, bien plus diverse que je l’imaginais. Que l’on soit d'extrême droite ou d'extrême gauche, quel que soit ton milieu social, que tu sois fidèle ou que tu aies un million d'amants ou de maîtresses, être lesbienne c’est partager le point commun de désirer les personnes du même genre que soi.

Pour l'instant, ce que je perçois de la « communauté » trans, c’est qu’il y a autant de personnes que de définitions de ne pas être cisgenres. Il y a plein de façons de transitionner, plein de façons d'être trans suivant la relation que l'on peut avoir à la binarité, au masculin dans mon cas. C’est pour ça que je ne prétends pas fédérer tout le monde avec mon discours. Mon expérience est unique et je pense que c’est ça se définir, affirmer sa singularité. Transitionner, c’est aussi se détacher du groupe tout en se rassemblant dans une identité très singulière.

J'ai commencé à prendre de la testostérone le 5 janvier, ça fait cinq mois, et le fait de pouvoir affirmer ma masculinité m’a permis d'être très en paix avec ma part féminine. Plus rien n'est contrarié : il n’y a plus de surplus de féminin, qui vient s'imposer malgré moi.

Comment as-tu préparé ton coming out ?

Pour ma famille, j'ai fait les choses progressivement, j'ai d'abord parlé de personnes trans, j’ai placé dans les conversations qu'il n’y avait pas deux identités de genre, même biologiques. J'ai commencé à aborder des thèmes déconnectés de moi, puis j'en ai parlé à ma mère. C’est une femme très intelligente et très ouverte, je sais qu'elle va évoluer, mais c’était très compliqué pour elle de supporter l'idée que son enfant touche à son corps. L'idée des opérations et des hormones est extrêmement violente. Je lui ai dit combien c’était étrange : si j'avais voulu me faire augmenter la poitrine, elle m'aurait sans doute accompagné et aurait peut-être même proposé de payer l'opération, parce que j'aurais performé mon genre de naissance. Dans son critère normatif, ça aurait été une confirmation de ce qu’elle a fait… et là, je lui annonçais que je les retirerai.

Les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants.

Après je me suis renseigné j'ai vu qu’en suivant le parcours officiel il fallait attendre deux ans. Je trouve d’ailleurs déplorable que ce soit si long, si violent et psychiatrisant. J'avais 39 ans et j'ai décidé de prendre ce temps là pour voir comment ça allait évoluer, j'en ai moins parlé à ma famille mais j'avais semé la petite graine. Au bout d'un an, un an et demi, ce n’était plus une évidence, c’était une nécessité. Là je l'ai annoncé à ma mère tout autrement : « je t'informe que j'ai décidé de faire cette transition, je ne te demande plus ton avis, c’est à toi maintenant de faire l'effort ». Je me suis rendu compte que si j’avais mis tant de temps à m’écouter, c’était pour protéger ma mère. Mais en fait les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants. Aujourd’hui si ma mère tient un discours ouvert sur l’homosexualité, et bientôt sur la transidentité, c’est parce qu’elle a déconstruit quelque chose par la force des choses, et grâce à moi surtout. Dans mon film, je pense qu’elle va permettre à beaucoup de gens de s'identifier à elle et à réfléchir à leur propre discours phobique irrationnel.

[caption id="attachment_6701" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

La lesbienne invisible a eu une grande importance pour les lesbiennes de notre pays, où les représentations sont pauvres... comment s'est construite ta relation avec tes fans ?

J'ai une immense affection pour toutes les lesbiennes qui sont venues, qui m’ont suivi et qui me suivent encore quand je fais ma tournée Chatons violents. Les meufs qui me font signer un CD ou une BD ou qui me disent qu'elles regardent toujours le DVD en boucle parce qu'elles se sont vachement identifiées, je trouve ça super et j'espère qu'elles comprendront ma démarche, que même si elles sont déstabilisées, elles ne se sentiront pas abandonnées...

Je remonte très bientôt la Lesbienne invisible avec une autre comédienne, Marine Baousson

C’est la raison pour laquelle je remonte très bientôt le spectacle avec une autre comédienne, Marine Baousson. Elle est géniale, je la vois comme j'étais il y a dix ans, je pense que d'autres filles pourront s'identifier. Je veux que le spectacle continue à vivre et que beaucoup d’autres lesbiennes invisibles prennent la suite. Je vois des choses, comme les vidéos des Goudous et c’est génial !

Le message que j'ai toujours essayé de véhiculer, c’est « ne vous laissez pas enfermer dans des stéréotypes, dans une norme oppressante ». Que vous ayez envie de vous balader en mini-jupe ras la touffe, épilée au laser, voilée de la tête au pied parce que vous ne voulez pas montrer votre corps, que vous soyez grosse ou mince, soyez vous-mêmes. En faisant cette démarche aujourd’hui, j’affirme ma liberté et j'espère qu'elles comprendront que c'est un geste d'émancipation.

Tu revendiques depuis toujours ton militantisme féministe, anti-raciste, décolonial. Crains-tu la réaction de la fachosphère ?

S’ils m’attaquent là-dessus, ça ne sera qu’une preuve de plus de leur bêtise. C'est pénible et désagréable d'être harcelé sur Twitter par ces individus, mais quelque part je m'en nourris, ça confirme ma démarche. Le seul endroit où j'ai le plus d'inquiétudes, c’est que les attaques viennent de mon propre camp, car je sais qu'il existe beaucoup de féministes transphobes qui considèrent que quand on est un homme trans, on est passés du côté de l'ennemi. Je trouve cela absurde, parce que lutter contre le patriarcat n’a rien à voir avec la question de se représenter intimement homme ou femme, ou de se représenter comme homme trans.

Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre

Je resterai toujours féministe et je resterai toujours du côté des femmes au sens politique. J'ai 40 ans de vie de femme derrière moi, donc je ne vais pas oublier ce que c'est qu'être une femme lesbienne. Je me sens très proche du texte de Paul Preciado qui parlait de redéfinir la masculinité depuis son corps d’homme trans, pendant la période #metoo. Je ne m'identifie pas comme un homme cis, mais je sais que transitionner dans ce sens peut signifier gagner en privilèges. Peut-être que ce sera mon cas, mais j’en doute car j'ai déjà beaucoup de privilèges en tant que personne blanche, aisée, médiatisée, écoutée. Avec cette nouvelle voix, rien ne change. Je vais plus militer sur les questions trans par exemple, pour que ce soit plus facile de faire changer son état civil, même si personnellement je considère que les cases M et le F devraient être supprimées. Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre car je suis conscient que mon parcours de mec trans riche qui peut décider de se payer son opération n'a rien à voir avec ceux des mecs trans racisés, des personnes pauvres, des sans-papiers.

J’ai eu la chance de ne pas avoir été déclassé quand j'ai fait mon coming out lesbien, je peux me permettre d'offrir une image joyeuse et positive sur ma transition qui est merveilleuse pour moi. Mais ce privilège me pousse à parler de la violence énorme qui s'abat sur les autres.

Tu confies La Lesbienne invisible à une comédienne, tu documentes ta transition pour la télévision. As-tu pensé à l’étape d’après dans ta carrière de comédien ?

Je commence à réfléchir à mon troisième seul-en-scène. Ce sera quelque chose d'assez différent de ce que j'ai fait avant. Je veux être dans une forme plus théâtrale, et plus physique aussi. Je voudrais questionner le genre et la binarité par la poésie et des images fortes, me dégager de la pédagogie. Je pense que je vais me nourrir de ces prochains mois pour l'écrire. Et puis surtout, j'espère jouer pour les autres car je pense que j’aurai besoin de parler d’autre chose !

[caption id="attachment_6699" align="aligncenter" width="2362"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption] Les photos de cet entretien ont été réalisées par l'artiste Bogdan SMITH qui questionne depuis longtemps la question du genre dans des œuvres toujours plus lumineuses, exemple ici >>> bodies that matter." ["post_title"]=> string(42) "« Je vous demande de m'appeler Océan »" ["post_excerpt"]=> string(241) "Océan a choisi le 17 mai, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, pour faire son coming out trans. Dans un long entretien, il revient sur son parcours personnel, artistique et politique et nous envoie un message fort." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(32) "entretien-ocean-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-22 16:59:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-22 14:59:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6665" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

« Dans l'Éducation nationale, l’ignorance généralisée et l’absence de remise en question sur la transidentité font des dégâts »

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Agathe est une femme trans et professeure. Elle réagit aux propos du ministère de l’Éducation nationale suite à la récente affaire de l’enseignante trans dont l’identité a été révélée sur les réseaux sociaux.

L’affaire de l’enseignante trans dont l’identité a été révélée sur les réseaux sociaux fin mai a fait grand bruit dans les médias. Pour Agathe, 30 ans, professeure dans l’ouest de la France, ce cas qui fait écho au sien, est révélateur des graves manquements de l’Éducation nationale à l’égard des personnes trans, du côté du personnel enseignant comme de celui des élèves.

La vie a voulu que ce soit au moment de passer l’agrégation que j’ai découvert ma transidentité. J’ai donc débuté par hasard mon nouveau métier en même temps que ma transition. Celle-ci s’imposait comme pour toute personne trans comme un besoin urgent de vivre en étant enfin moi même. Je pensais que c’était possible, grave erreur, le cocktail était détonnant : j’ai rapidement fait un burn-out du fait de l’anxiété et de la charge mentale insupportable causées par la situation. Je ne m’attendais pas à ce que cela soit psychologiquement si violent. J’ai demandé au service social si mon poste pouvait être aménagé, on m’a rétorqué que c’était impossible du fait de mon statut de stagiaire et que de toute manière, il ne restait plus de place dans « le placard » de l’institution. Mes supérieurs ont demandé s’il était possible de monter une « cellule » de soutien avec mon psy et mon endocrinologue. Comme s’ils n’avaient que ça à faire. J’ai d’ailleurs compris rapidement que dans cette « cellule », je n’étais pas conviée… Comme si je ne pouvais pas moi aussi, première concernée, apporter du savoir et des propositions quant à la gestion de ma situation. Comme si les personnes trans étaient incapables de savoir ce qui était bien pour elles. Il m’a été ensuite conseillé de rester en arrêt maladie pour l’année scolaire. Mon médecin craignait que ce soit considéré par la sécu comme un arrêt de complaisance de sa part. Tout le monde se renvoyait la balle. J’ai tout de même fini par être prolongée. Aujourd’hui je suis en stand-by.

Les personnes trans peuvent souffrir, l’institution fait bloc avec suffisance.

Alors quand je lis les propos remplis de certitude et d’arrogance du ministère suite à ce qu’il s’est passé pour une collègue trans, je suis en colère. Déjà parce qu’on ne reconnait pas que la proviseure s’est complètement plantée et l’a mise en danger. Ensuite, car un minimum d’humilité et de remise en question aurait été appréciable. Mais non, il n’y aurait pas de problème, rien à voir, circulez. Les personnes trans peuvent souffrir, l’institution fait bloc avec suffisance. La vérité, c’est que c’est l’ignorance qui gouverne la gestion du personnel trans dans l’Éducation nationale. L’institution nous veut, je l’espère, du bien mais à ne rien y connaître, elle produit des catastrophes. Elle gère « au cas par cas », en faisant « confiance aux chefs d’établissements » sans qu’elles ou eux ne connaissent le fond de la question, ni comment la traiter.

L’administration croit qu’on fait sa transition en deux mois de vacances d’été.

La seule méthode que semble connaître l’administration est notre mise à l’écart ou le changement d’établissement. Autrement dit, l’invisibilisation de nos transidentités et le renvoi à des existences honteuses. Car ce qui est sous-entendu par cette pratique c’est « N’affichez surtout pas votre transidentité. Vous ne pouvez pas exister pour ce que vous êtes dans votre travail. Comme on ne sait pas gérer la transidentité et qu’on a peur des réactions, nous allons vous cacher et on vous demandera de le rester ensuite. » L’administration nous dira qu’elle est « garante de notre bien-être » en nous protégeant ainsi des réactions extérieures, alors qu’en réalité elle n’apporte ni réel soutien ni solution convenable, mais un nouveau poids sur les épaules de la personne trans. Elle croit encore qu’être trans c’est temporaire, transitoire. Que c’est aller de A à B et qu’on fait sa transition en deux mois de vacances d’été. Elle ne comprend pas qu’être trans c’est à vie, avant et après la transition, que c’est notre identité, mon identité. Que je n’ai pas envie de la cacher aux yeux de mes collègues, de devoir maquiller mon passé, de devoir l’enfouir, de devoir de nouveau me taire comme je me suis tue honteuse pendant vingt ans. Je ne quitte pas un monde de secret pour rentrer dans un autre. Demande-t-on aux personnes cis de se cacher ? Non. Alors pourquoi nous ? Pourquoi la seule forme de soutien proposée est notre invisibilisation ? Gêne-t-on ? Si oui alors qui ?

La transidentité n’est pas du « cas par cas » c’est un enjeu général de société, un enjeu social qui nous concerne tous.

L’école est un terrain de conflit où l’institution s’est couchée devant La Manif Pour Tous et Sens Commun, les bigots défenseurs de « l’ordre naturel » de la binarité. L’institution et ses responsables passés se revendiquant « progressistes » (coucou M. Hamon, coucou M. Peillon, coucou Mme Vallaud-Belkacem) se sont couché.e.s par facilité et méconnaissance des questions de genre et nous en subissons aujourd’hui les conséquences dans nos vies quotidiennes. Car si la transition est bien « une démarche personnelle », si « les modalités de transition appartiennent aux individus » (encore merci) on ne peut oublier qu’elle se fait dans un environnement social, d’autant plus sensible quant il s’agit d’un établissement scolaire : hiérarchie, collègues, élèves, parents d’élèves, attentes propres à chacun sur « l’École ». La transidentité n’est pas du « cas par cas » c’est un enjeu général de société, un enjeu social qui nous concerne tous. Alors tant que des méthodes d’invisibilisation seront pratiquées, tant que l’institution ne mènera pas une réelle politique de soutien élaborée avec les concerné.e.s, rien ne changera. Les mêmes drames qui laissent des enseignant.e.s et des élèves trans seul.e.s face à l’incompréhension d’eux-mêmes puis de la société et les poussent à souffrir en silence se reproduiront.

Tant que l’institution ne mènera pas une réelle politique de soutien élaborée avec les concerné.e.s, rien ne changera.

La transidentité est un enjeu qui touche l’éducation dans tous ses champs. Mais l’institution préfère mettre le problème sous le tapis plutôt que de s’en saisir autrement que sous l’angle nécéssaire mais restreint des discriminations. Si l’enfant que j’étais avait pu au moins mettre un jour des mots sur ce qu’il vivait grâce au minimum à une campagne de sensibilisation et quelques brochures, ma vie en aurait sans doute été changée et je ne serais pas dans cette situation détestable aujourd’hui. Situation qui pourrait être évitée à d’autres aujourd’hui avec une réelle volonté politique suivi de moyens à la hauteur de l’enjeu. Ailleurs, nombre de pays sensibilisent administrations et employeurs à l’accompagnement et l’inclusion des personnes trans dans leur milieu de travail, y compris dans l’éducation. Ce ne sont pas des « procédures standardisées » ou des « méthodologies gravées dans le marbre », simplement des conseils de bonnes pratiques. En France il n’existe rien de tel. Rien alors que les personnes trans sont des milliers. Est-ce l’effet du renoncement des « progressistes » face aux réacs sur la question du genre, sujet désormais tabou dans l’éducation ? Du manque de moyens généralisé ? Du conservatisme d’une institution sûre d’elle ? Sûrement un peu de tout ça.

J’attends le jour où en France un responsable politique fera amende honorable, comme récemment les ministres wallon.ne.s Isabelle Simonis et Jean-Claude Marcourt dans un de ces guides : « Pendant longtemps, nous avons structuré notre pensée sur un mode binaire. Les êtres humains étaient soit des femmes, soit des hommes et, à cette classification était accolée une définition assez précise des rôles respectifs que nous devions remplir dans notre société. Cette conception fait l’impasse sur les personnes qui ne se sentent pas à leur place dans le sexe qui leur a été assigné à la naissance. (…) Ce combat, car c’en est un, dépasse évidemment le cadre d’une adaptation des écrits ou des habitudes. C’est celui d’une évolution drastique des mentalités et il s’inscrit pleinement dans la déconstruction des rôles attribués aux hommes et aux femmes en tant que création culturelle. S’il est ici essentiellement question des notions de sexe, d’identité et d’expression de genre, ne nous y trompons pas, c’est aussi d’une indispensable évolution dans le regard que nous portons sur l’autre dont il est question. » Je doute fort qu’on entende un jour ces mots de la part d’un Jean-Michel Blanquer, d’une Frédérique Vidal, ou d’une Marlène Schiappa mais j’ose espérer pour l’avenir.

Propos recueillis par Maëlle Le Corre.