Vous parlez d'un acte politique, pourquoi ?

Politique, car en tant que travailleur du sexe, je me positionne déjà politiquement. C'est pas juste un taf que je fais occasionnellement sans me poser trop de question, je m'intéresse à ce qu'il y a derrière, que ce soit en société, sur le plan juridique... Ce n'est pas anodin, c'est une véritable lutte pour obtenir une légitimité. Et c'est normal quand on voit à quel point le travail du sexe est mis de coté sous une bâche de honte. C'est pareil pour la transidentité selon moi : c'est une lutte quotidienne pour obtenir le droit de se sentir légitime de vivre comme on le ressent. À mes yeux, on ne peut pas juste être une personne trans et vivre "normalement", je n'ai jamais vu ça, hélas. En tant que personne trans ET travailleur du sexe, je trouve que j'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule sur des choses que je vais subir, trouver violente, injuste, car il y en a beaucoup trop, et quotidiennement. Je ne peux pas juste fermer les yeux dessus.
« J'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule »

Quand vous dites que votre ex l'a très mal vécu, cela veut dire que vous lui en avez parlé avant de vous exprimer sur Twitter ?

J'en ai parlé la veille et le lendemain, j'ai pris un rendez-vous au Planning Familial et ça c'est passé très vite. J'avais envie d'exprimer ça sur Twitter et de briser un peu cette image ultra féminine de Olly Plum qui commençait à me peser. Je voudrai juste rajouter que je sais que beaucoup pense que Usul (son ex, ndlr) m'a quitté à cause de ma transition. Je sais qu'il en prend plein la gueule en se faisant traiter de transphobe. La vérité c'est que je l'ai quitté car il avait du mal avec mon travail ET ma transition. Voilà, c'était l'instant gossip mais j'en ai marre du schéma de merde « Il a quitté sa meuf », comme si je n'étais rien.

Maintenant que vous avez fait votre coming out, dans quel état d'esprit êtes-vous pour les temps à venir ?

J'aimerai proposer du porn assez queer et me servir de ce merveilleux tag : #pussyboy. Mais ouais, proposer du porn FtoM, queer, non binaire. Je fais ma mammectomie dans quelques mois, je n'aurai plus de seins, je sais que c'était un élément qui me valait pas mal de reconnaissance (rires), mais je ne compte pas m'arrêter pour autant, au contraire." ["post_title"]=> string(96) "Le travailleur du sexe Olly Plum fait son coming out trans : « Je me sens tellement apaisé »" ["post_excerpt"]=> string(144) "C'est sur Twitter que Olly Plum a fait son coming out. Il a expliqué sa démarche à Komitid et raconte « devoir ne pas fermer [sa] gueule »." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(26) "olly-plum-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-01-30 11:59:53" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-01-30 10:59:53" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=5933" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15270 (24) { ["ID"]=> int(5928) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-14 11:14:36" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-14 09:14:36" ["post_content"]=> string(6050) "Lina, étudiante en Master 2 de sciences politiques à Paris 8 est militante dans deux collectifs de son université (NRJKIR, groupe féministe et queer non-mixte et NMXR, groupe racisé non-mixte), ainsi que chez Lallab, association féministe musulmane. Pour Komitid, elle revient sur son expérience des milieux LGBT+, et l’islamophobie qui y demeure encore très présente.

Les gens semblent avoir du mal à imaginer que des gens puissent cumuler une identité queer et musulmane. Pourquoi ?

Comment c'est possible d'allier ces deux identités ? Ben déjà : j'existe. Par exemple. Il n'y a pas de théories à élaborer sur ce sujet, ces vécus sont bien réels. Les gens ont du mal à se l'imaginer aussi bien du côté des blancs que du côté des musulman.e.s. Moi, mon explication est la suivante : on a trop longtemps entretenu, et on continue encore d'entretenir, un discours islamophobe et homo-nationaliste qui voudrait que les musulmans soient tous des homophobes, des sexistes, des brutes... Et ce, avec tous les fantasmes coloniaux qu'il y a derrière les garçons arabes violents et les femmes arabes soumises. Je recommande de consulter les travaux de Nacira Guénif à ce sujet. Donc ces idées sont bien ancrées dans la culture dominante et dans les médias français. On retrouve ça à la fois dans les politiques de l'État, les discours véhiculés par les institutions culturelles et éducatives… tout l'appareil étatique avance sur cette même lignée. Du côté musulman, selon moi, c'est aussi l'homo-nationalisme blanc qui entretient chez les personnes musulmanes l’idée que ces deux identités ne sont pas compatibles, car on nous a trop souvent fait croire qu'être queer est « un truc de blanc ». Ce que nous on pourrait voir comme quelque chose de progressiste est du coup perçu comme une occidentalisation forcée des populations ex-colonisées.

Comment s'exprime l'islamophobie dans les milieux LGBT+ ?

Déjà, par le fait que cette communauté ne s'oppose pas au discours dominant islamophobe et homo-nationaliste. On n'y trouve pas vraiment de discours discordant, de contestation vis-à-vis du discours blanc dominant. De manière plus concrète, ça s'exprime par l'exclusion des queers musulman.e.s, ou des pratiques qui poussent à l'exclusion des cercles militants et récréatifs des milieux LGBT+ blancs. On le retrouve dans des discours exagérés de compassion vis-à-vis de nos familles et la pression que l'on nous met au coming out, comme une injonction. On nous donne l’impression qu’il faut qu’on choisisse entre notre islam et notre identité sexuelle, notre queerness. On nous pousse à croire que c’est incompatible, par le discours entretenu à notre égard et dans les interactions avec le milieu. Je conseille à tout le monde la lecture de l'article de Najwa Ouguerram-Magot sur GLAD quant à l'invisibilisation des personnes queer non-blanches.

Quel message donneriez-vous à vos camarades queers et musulman.e.s ?

Vous n'êtes pas seul.e.s. Notre communauté existe et on est beaucoup plus nombreux.ses que l'on croit. Il est urgent que l'on s'organise et que l'on se regroupe en non-mixité pour savoir quelle place on doit s'approprier, se réapproprier, dans la société. Il faut aussi que l’on se tourne vers les organisations qui existent déjà, que l’on se soutienne entre nous. Typiquement, les queers palestinien.ne.s sont à mes yeux les plus badass de tous.tes. Ces personnes se trouvent à l’intersection de plus d’oppressions qu’on ne peut l’imaginer. Leur identité est instrumentalisée par l’État colonial d’Israël à travers sa politique de pinkwashing, ce qui rend encore plus difficile leur existence au sein de leur propre communauté. Exister en tant que queer est déjà suffisamment compliqué sans qu’on ait besoin de lutter contre le colonisateur. Il ne faut pas oublier que tous les queers musulman.e.s ne sont pas nécessairement arabes, attention à ne pas tomber dans l’essentialisation des queers musulman.e.s comme arabes et donc reproduire des schémas d’invisibilisation des communautés musulmanes non-arabes. Il existe déjà des groupes en non-mixité, ou mixtes, comme les Queers & Trans Révolutionnaires contre le racisme et le néo-colonialismeQitoko, Queerasse, LOCs, Massimadi en Belgique, le Collectif Aswat, Al-Qaws… Mais il faut que l’on continue de produire, par et pour nous-mêmes, de la matière, du savoir, des films, des podcasts, des livres, des ressources ! Cela fera notre richesse et notre force et aussi celle des générations à venir." ["post_title"]=> string(49) "3 questions à Lina, militante queer et musulmane" ["post_excerpt"]=> string(201) "Pourquoi les gens ont-ils et elles tant de mal à imaginer des identités LGBT+ et musulmanes cumulées ? Lina, militante féministe, queer, anti-raciste et décoloniale répond à cette interrogation." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(30) "lina-militante-queer-musulmane" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-14 16:06:25" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-14 14:06:25" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=5928" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15273 (24) { ["ID"]=> int(1393) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-27 10:12:16" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-27 08:12:16" ["post_content"]=> string(4810) "Artiste belge d'origine haïtienne et congolaise, Kis Keya s'attaque au format websérie, après avoir réalisé trois moyens-métrages. Avec Extranostro, une série en cinq épisodes, elle veut donner aux jeunes Noir.e.s LGBT+ une occasion (rare) de se voir à l'écran.

Comment est né Extranostro ?

Kis Keya : À la base, je suis militante. Dans mon art, j'essaie d'aborder les discriminations, le sexisme, le racisme, l'homophobie. Je voulais travailler sur le problème de l'homophobie au sein des familles africaines ou noires plus généralement. J'ai donc écrit une base de long-métrage mais je me suis dit que le média de la web-série était intéressant, parce que il est plus facile de le rendre international, de le diffuser plus largement, de le faire voir à beaucoup de gens. Toutes les façons de traiter la question des discriminations sont importantes et se complètent. Avant de faire Extranostro, j'utilisais la fiction, car je pense que le documentaire ou le reportage de fond aident à connaître des sujets auprès d'un public déjà averti. Avec la fiction, on peut toucher un public plus large, parce que l'idée n'est pas de dénoncer des faits de société. Je trouve que la fiction permet de faire passer des messages, sans spécialement que ce soit évident au premier abord, par des sentiments, par des personnages. J'espère que la série sera regardée par le plus grand nombre. Je vise les jeunes et même les moins jeunes, qui ont besoin de visibilité. On a tous besoin de se voir à l'écran, de s'identifier. De l'autre côté, je vise aussi les familles et les proches qui pourraient avoir du mal à les comprendre. https://youtu.be/Jbn5ss_7oRk

Cette première web-série vient pallier le manque de représentation des personnes noires LGBT+. Pourquoi les voit-on si peu dans la fiction ?

K.K. : Dans le cinéma, dans les médias, les personnages sont blancs. Vu que le sujet de l'homosexualité est délicat en Afrique, ce n'est pas là-bas qu'on va créer une série afroqueer. Quand on voit des séries LGBT européennes ou américaines, on a un rôle de Noir, qui va être une sorte de caricature, marrante, fofolle. L'idée en faisant une série afroqueer, c'est de ne pas avoir que des Noir.e.s à l'image, mais au moins de diversifier les personnages et de rendre cela plus en phase avec la vie réelle. Il y aura toutes sortes de personnages avec toutes sortes de tempéraments, des caractères différents, complexes, et aussi de l'humour.

Avec l'engouement autour d'Ouvrir la voix, le documentaire d'Amandine Gay, ou encore le succès de Moonlight, pensez-vous qu'il y a une lente prise de conscience du besoin de représenter les personnes LGBT+ racisées ?

K.K. : Le cinéma, c'est un business. Les investisseurs pensent par rapport aux rentrées d'argent. On part du principe que tout ce qui est non-blanc n'est pas bankable. Des films comme Black Panther, ou Les Figures de l'ombre ont prouvé le contraire. Alors peut-être que les investisseurs vont commencer à se dérider et qu'on ne va pas rentrer dans ce processus de producteur blanc qui produit des films blancs, de producteur noir qui produit des films noirs, ce qui est absurde. Aujourd'hui, les moyens se trouvent petit-à-petit. Moi par exemple, en tant que femme noire réalisatrice, je le vois bien, c'est très compliqué de trouver des boîtes de productions, des financements. Et quand on arrive avec un sujet aussi outsider que Extranostro, c'est encore plus difficile. Maintenant, on peut essayer de se débrouiller. Pour mon long métrage, ça prendra quelques années, mais pour la web série, avec internet, le crowdfunding, je peux me lancer. Je ne peux pas attendre qu'on vienne m'aider à le faire, les mentalités ne sont pas prêtes au niveau des gens qui ont du pouvoir. Mais au niveau des artistes, c'est là depuis un moment, et on a la possibilité de se débrouiller seul.e. Et effectivement, il y a aussi un public qui est là, qui est prêt pour ça… et qui attend. Pour se tenir informé.e sur la websérie Extranostro, rendez-vous sur la page Facebook ." ["post_title"]=> string(86) "3 questions à Kis Keya, réalisatrice de la première websérie afroqueer francophone" ["post_excerpt"]=> string(169) "« On part du principe que tout ce qui est non-blanc n'est pas bankable. Des films comme “Black Panther”, ou “Les Figures de l'ombre” ont prouvé le contraire.»" ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(52) "3-questions-kis-keya-realisatrice-webserie-afroqueer" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-28 17:04:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-28 15:04:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1393" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15272 (24) { ["ID"]=> int(2845) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-02 14:15:25" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-02 12:15:25" ["post_content"]=> string(29661) "Depuis les années 90, en France, des centaines de personnes trans sont passées entre les mains d’équipes médicales pluridisciplinaires. Car entre 1992 et 2016, le changement d'état-civil ne pouvait être effectué sans chirurgie génitale. La Société Française d’Études et de prise en Charge de la Transidentité (Sofect) s’est arrangée pour devenir incontournable au sein de l'hôpital public. Problème, certains de ses membres ont tendance à soigner celles et ceux qui ne devraient pas l’être. Car la transidentité n’est pas une maladie. Démarches pathologisantes, protocoles fermés et binaires, questionnaires intrusifs… la Sofect traîne une terrible réputation chez les premier.e.s concerné.e.s. Mais la clique des blouses blanches l'affirme : elle aurait évolué avec la société et se serait rachetée une vertu. Alors, vrai ou faux ?

Une « spécialité » créée ex-nihilo

Un après-midi d'hiver, les couloirs du Pôle Villemin de l’Université Paris Diderot grouillent d'étudiant.e.s en médecine. Dans une salle à l’étage, c'est une autre ambiance. Des dizaines de jeunes et moins jeunes professionnel.le.s de la santé, des psychiatres, endocrinologues, chirurgien.ne.s ou infirmie.re.s sont venu.e.s de la France entière pour participer à la cinquième édition du diplôme inter-universitaire (DIU) de «prise en charge de la transidentité ». Il est dispensé chaque année depuis 2013 par  la Sofect dans le cadre de la formation médicale continue et en collaboration avec quatre pôles universitaires : Paris-Diderot Paris 7, Claude Bernard Lyon 1, Bordeaux 2 Segalen et Aix-Marseille 2. Pendant quatre semaines, différents protocoles psychiatriques, hormonaux et opératoires chez l'adulte ou l'enfant, sont décrits à un auditoire avide de connaissances. Des cours magistraux sur « l'histoire de la prise en charge du transsexualisme en France » (sic), sur « le droit et l'état civil en France et en Europe » ou « la préservation de la fertilité » leur sont aussi présentés (voir ici). 37 séances pour que ce public, en grande majorité novice, devienne « spécialiste ». « Depuis un an et demi, dans l’hôpital dans lequel j’exerce, on a une très forte demande surtout des publics adolescents », explique une endocrinologue de l’Ouest de la France. « Je me sens un peu perdue et je me suis inscrite pour obtenir des réponses ».
« Vous voyez que nous sommes confrontés à une extrême misère humaine »
Nous assistons à l'une des toutes dernières séances du diplôme, celle consacrée aux « relations avec les associations de patients ». C'est la première fois dans le cadre du diplôme, que les participant.e.s rencontrent des premières concernées, quatre femmes membres ou fondatrices d'associations : Trans-Europe, Arc-en-ciel Toulouse et Prévention action santé travail transgenre (Pastt). « C'est important de garder un lien avec les équipes médicales et c'est une chance de pouvoir donner notre point de vue », explique Léa Dumont (anciennement membre de l'association Mutatis Mutandis) à son auditoire. Au premier rang, Marc Revol acquiesce, il est chirurgien plasticien à l’Hôpital Saint Louis, secrétaire général de la Sofect, qu’il a cofondé, et directeur du diplôme. Pendant une heure et demi, tour à tour, elles évoquent leur point de vue sur la réalité des parcours trans en France et ailleurs : le fait d'être acceptée ou non dans un protocole peut être vécu comme une sanction, « c'est comme passer sous les fourches caudines »,  les délais sont trop longs. Elles racontent aussi le trop grand nombre de personnes qui se donnent la mort, les difficultés liées à la transphobie dans l'accès au travail, ou pour les travailleurs et travailleuses du sexe, par exemple. Lorsque leur temps est écoulé, Marc Revol reprend la parole : « Vous voyez que nous sommes confrontés à une extrême misère humaine ». Notre malaise est profond. Une voix s'élève dans l'audience: « Pourquoi les militants et les assos trans détestent toujours la Sofect ? ». [caption id="attachment_3070" align="aligncenter" width="643"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption]

Une histoire qui ne date pas d'hier

Le désamour entre les équipes pluridisciplinaires de la Sofect et les militant.e.s, les associations ou les personnes trans, ne remonte pas à hier. Dès le début, la prétendue spécialité médicale créée autour de la transition s’est construite in-vitro, sans collaboration avec les principaux et principales concerné.e.s. « Depuis le début, la Sofect ne s’est jamais posée comme un interlocuteur respectueux des associations sauf si elles leur étaient acquises » explique la sociologue et co-fondatrice de l’Observatoire des transidentités Karine Espineira, qui avait consacré un long article à la Sofect. « Elle oppose les usagers aux militants qui ne seraient pas de vrais trans car ils ne souffrent pas ». La militante trans-féministe Maud-Yeuse Thomas le dit, « la SOFECT a privatisé les questions trans et se place comme un service public au service de la vérité médicale. J'ai rencontré des membres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2010, qui ont l'habitude de traiter avec des associations de patients, ils étaient effarés de la situation d'OPA de la Sofect sur la prise en charge ».
« On a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité »
En 1992, la France autorise le changement d’état-civil pour les personnes ayant eu recours à la réassignation génitale avec stérilisation forcée. En 2000, le ministère de la santé souhaite une meilleure organisation de l’accompagnement médical des personnes trans au sein de l’hôpital public : c’est là que le rendez-vous entre praticien.ne.s et concerné.e.s est manqué. « A l'époque, le ministère de la Santé n'avait invité que les associations militantes, mais les médecins pas question », se souvient Marc Revol. « On les a juste conviés en disant “ tiens je vais prendre tel gynéco et lui dire comment faire" donc en réaction on a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité ». Ces équipes spécialisées deviennent « Société Française d’Études et de prise en Charge de la transsexualité », en 2010, et au fur-et-à-mesure, se crée un véritable monopole au sein de l'hôpital public, devenant le seul interlocuteur, ou presque, face à la CPAM, face aux institutions, face aux médias. Conséquences : pour que sa transition soit prise en charge et remboursée par l'Etat, une personne finit presque toujours par passer entre les bras des équipes de la Sofect. Sinon, il ou elle doit se tourner vers le privé, acheter des hormones sur internet, ou se faire opérer à l'étranger. Car peu de personnes connaissent les nouvelles structures associatives, encore trop peu visibles. Parmi les fondateurs et fondatrices de la société savante, des personnalités controversées voire perçues comme transphobes dans leurs prises de paroles médiatiques ou leurs parutions médicales. L’exemple le plus criant : la psychiatre Colette Chiland, décédée en  2016. La présidente d’honneur de la Sofect, était par exemple très attachée à une vision binaire du monde, utilisant l’expression de « la boussole du sexe » pour la qualifier. Une vision qui lui avait valu, en 2006, d’écrire une diatribe contre ce qu’elle appelle le « mouvement transgenre » (dans l’article « D’un sexe à l’autre », paru dans la revue Pour la science n°350) :  « Depuis quelques années s’est développé un mouvement transgenre ou trans qui se définit comme n’ayant plus rien à voir avec le transsexualisme calme, bien élevé et caché, attendant poliment que les juges et les professionnels médicaux leur donnent le traitement bienfaisant dont ils avaient besoin pour poursuivre leur vie dans l’ombre de la société normale ». [caption id="attachment_5199" align="aligncenter" width="561"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption] Cette vision archaïque du monde est retranscrite noir sur blanc dans la Charte de la Sofect, que doit signer tout.e membre à son entrée. Dans la version de 2010, les psychiatres et les psychologues  doivent confirmer un diagnostic de « trouble de l’identité de genre » des personnes et peuvent par exemple mettre en évidence des « diagnostics différentiels ». Parmi ces « troubles » empêchant la « réassignation sexuelle hormono-chirurgicale du transsexualisme » : le « transvestisme fétichiste », « l’ambiguïtié sexuelle » ou… « l’homosexualité » (pour rappel l’OMS a retiré le dit diagnostic d’homosexualité en 1992). Les méthodes et parcours issus de cette chartes sont clairs, nets, précis : les personnes qui souhaitent recourir à un traitement hormonal ou celles et ceux qui veulent être physiquement conformes à leur identité de genre, doivent accumuler les examens psychiatriques. Avant toute prise d'hormones, ils et elles doivent alors vivre deux ans de vie réelle dans leur « genre de destination ». Après le traitement hormonal, ils et elles doivent attendre de longs mois avant d'entrer au bloc. Beaucoup rapportent les souffrances éprouvées pendant cet intervalle, vécu comme une épreuve, voire comme une humiliation médicalisée : « imaginez ce que c'est d'être une femme trans non hormonée qui doive s'habiller "en femme" dans la rue afin que le médecin approuve votre dossier, tout en vous appelant "monsieur" dans la salle d'attente », nous raconte Andrea*, une ex-patiente de la Sofect Bordeaux de 52 ans.
« Tout le monde évolue (...) Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... »
Cette vérité là, Marc Revol en est tout a fait conscient et il l'affirme : La Sofect a changé avec la société. A la machine à café de l'Université, il rappelle que le T de « transsexualisme » a été changé par « transidentité » en 2017 : « Tout le monde évolue, je ne suis plus du tout le même qu'il y a 20 ans. Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... j'opérais comme on m'avait montré et c'était très mauvais. J'ai lu des études,  je suis allé voir ce qui se faisait en Belgique, au Canada, et ce que j'enseigne c'est un mix de tout cela et que je transmets à la troisième génération... ». [caption id="attachment_2853" align="aligncenter" width="1300"] Manifestations sur les maltraitances médicales contre les personnes trans et intersexes, 2009, Barcelone - Christian Bertrand / Shutterstock[/caption]

Nouvelle génération

Agnès Condat fait partie de cette génération. La pédopsychiatre de l'hôpital de la Pitié Salpétrière a même refusé de signer la Charte, quand elle a contacté la Sofect Paris il y a quatre ans. « Si elle n'était pas modifiée, je n'entrais pas, il était hors de question que je l'applique. Je me suis approchée d'eux parce que je tiens au service public, je souhaite que toutes les personnes soient accompagnées au sein de l'hôpital», nous a-t-elle confié. La praticienne est très ouverte, en particulier sur la non-binarité, admet Karine Espineira. « Agnès Condat, c'est la nouvelle génération, une progressiste. Mais l'ancienne garde est toujours là, ceux qui utilisaient l'expression "corps chimère" dans les années 90 pour parler de nous comme des monstres. La Sofect veut faire évoluer son image et, comme pour une entreprise, elle vend son image avec une exaltation managériale. Dans le fond, on a changé la devanture, mais pas ce qu'il y a dedans »
Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres)
Pourtant, dans le cursus de son diplôme inter-universitaire, beaucoup de cours reprennent encore les thèses de Colette Chiland, ponctués de mégenrages ou d'illustrations suspectes. Tous les supports de cours - certains datés, d'autre erronés, d'autres scandaleux - sont téléchargeables sur le site. Nous avons pu assister à un cours sur un cours sur la « phallopoïese » (la création d’un pénis). La leçon est dispensée par l'un des spécialistes de la très délicate opération en France, le bien nommé docteur Jean-Philippe Binder (l'ironie veut qu'un binder soit le nom donné au bandeau utilisé par certains hommes trans pour masquer leur poitrine). Dans une odeur de café, le professeur explique avec diapos, photos et vidéos les différents protocoles chirurgicaux dont il dispose pour réaliser ce qu’il nomme des « moments magiques ». Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres), « patient coloré » (pour un patient racisé) et est vite repris par l'omniprésent professeur Revol, quand il indique que le changement d'état civil intervient chronologiquement après l'hystérectomie (la stérilisation obligatoire étant terminée depuis 2016). L'histoire ne dit pas si notre seule présence a motivé la correction. [caption id="attachment_5200" align="aligncenter" width="582"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption]

Une approche encore et toujours pathologisante et misérabiliste

« Quand on arrive devant les psys de la Sofect, il faut avoir envie de mourir, mais pas trop ». Noah est un jeune étudiant lillois de 19 ans qui a vécu ce qu'il décrit comme un enfer, auprès de praticien.ne.s attaché.e.s à la Sofect de Bordeaux. Il a 18 ans quand il annonce à sa mère qu'il ne supporte pas l'idée d'avoir ses règles à nouveau. « A Niort (sa ville de naissance, ndlr), la gynéco a dit qu'elle ne pouvait pas prescrire d'hormones sans passer par la Sofect et elle a dit à ma mère que sans leur aide, je mourrais ». Les entretiens psychiatriques sont vécus comme une humiliation par celui qui est encore un adolescent : « j'étais hyper timide à l'époque et on me demandait comment je me douchais, comment je me masturbais... ».
« Il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie »
Le cas de Noah n'est pas rare. Lors de notre enquête, les associations que nous avons contactées, Outrans, C pas mon genre, SOS transphobie, Acthe, rapportent des situations similaires, où la psychiatrie misérabiliste est de mise. « Ils mettent "transidentité" sur leurs matériels, mais rien n'a changé : la psychiatrie reste la pièce maîtresse de leur approche », analyse Karine Espineira. Marie de la Chenelière, femme trans de 66 ans, abonde aussi dans ce sens : « ils n'ont pas changé pour un sou : les médecins décident toujours de notre sort en Réunions de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), ce qui se fait d'habitude pour les cancers et les maladies rares : cela veut dire que la personne n'est pas apte à prendre des décisions. C'est dans cette foi là qu'on entre à la Sofect ». Aujourd'hui, Noah est suivi à la Maison dispersée de Santé de Lille. Le Docteur Bertrand Riff a créé la structure en 1986. Dans une politique de «co-construction avec l'usager et l'usagère», il s'est approché du centre LGBT et de l'association C pas mon genre pour créer le Collectif santé trans. « Contrairement à la Sofect notre objectif, c'est vraiment de dépsychiatriser, nos psychologues accompagnent, mais ne traitent pas, ne diagnostiquent pas : il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie » nous rappelle le médecin, qui dénonce le fait que la psychiatrie soit centrale dans les protocoles de la Sofect. https://www.youtube.com/watch?v=MUCYQ-kqYLs

(Thierry Gallarda est membre de la Sofect Paris, et évoque des comorbidités à la dysphorie de genre)

En effet, le 6 mai 2009, le Ministère de la santé fait une annonce : « la transsexualité ne sera plus considérée comme une affection psychiatrique en France ». En février 2010, par décret, la sortie de la catégorie psychiatrique est actée au niveau des ALD (affection longue durée) : les remboursements médicaux passent de la catégorie relative à une « affection psychiatrique », à une ALD classifiée «hors liste ». Levée de bouclier du monde psychiatrique et de la Sofect en particulier. Lors d'une journée d'étude à Bordeaux, sa fondatrice Mireille Bonierbale se pose une question fermée et oratoire, quant à cette évolution : « est-ce que c'est une mesure prématurée ou (...) une mesure démagogique vis-à-vis d’une présupposée stigmatisation du mot "trouble" ?».
« C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »
Cette pathologisation ne touche pas que la psychiatrie. Nous l'avons constaté lors de nos entretiens avec les principaux et principales concernées. Noah se souvient encore des traitements qu'il a du suivre après avoir rencontré un endocrinologue de la Sofect Bordeaux. « On m'a prescrit des bloqueurs mais c'était horrible, parce qu'on ne me donnait pas de testo. Donc je n'avais aucune hormone, en fait. Pendant 15 jours, j'étais incapable d'aligner trois phrases cohérentes, j'étais déprimé et je dormais tout le temps, j'ai fait 4 TS (tentatives de suicides, ndlr). Pour les MtF (femmes trans, ndlr), ils leur prescrivent des castrations chimiques, comme pour les violeurs ou les pédophiles ». Un cas qui n'est pas rare pour le docteur Bertrand Riff, qui attache une importance particulière aux traitements hormonaux choisis par certains de ses collègues de la Sofect : « pour les MtF, ils utilisent l'androcure, qui est castratrice quand nous utilisons la progestérone. C'est une écriture violente : pour eux il est évident qu'une femme trans demandera une castration pleine et entière, avant de subir une réassignation complète. C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »

« Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, il y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie »

La binarité, voilà le noeud du problème. La Sofect a du mal à sortir des cases « femmes » et « hommes », dans un monde où les identités et les expressions de genre se détachent de plus en plus des corps, grâce aux luttes des concerné.e.s. Patricia, de SOS transphobie, parle de « sexisme binaire » : « pour eux, il faut que les gens changent de sexe, il faut le corps adéquat et l'attitude qui va avec, il faut que le passing passe bien. Si une personne non binaire annonce la couleur, pas de prise en charge ». Le sociologue Sam Bourcier, lors d'une émission sur la chaîne LCP explique que « la non binarité, c'est ce que n'ont pas su voir les psychiatres, qui ont eu la main mise sur les corps trans depuis les années 50 et qui ont été tellement cons qu'ils pensaient qu'il fallait passer de l'un à l'autre , qu'il y avait deux sexes, qu'il y avait deux genres... ». S'il salue le progrès sociétal de la déclassification de 2013 et de l'état-civil de 2016, le docteur Marc Revol assume tout à fait son positionnement, et celui de son protocole, vis à vis de la binarité. Il nous l'a longuement expliqué après une séance de son DIU : « Moi je suis médecin chirurgien et les trans, depuis 30 ans, je suis convaincu que je leur rends service : ils sont sur une berge et je les aide à passer de l'autre côté », explique-t-il. « Après, il y en a d'autres, ils sont au milieu de la rivière ou genderfluide machin ou ils disent "je suis trans et c'est mon métier, mon état". Non, ce n'est pas un état par définition, c'est une transition. Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie ».
« Le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin" »
Dans la réalité, cette vision rétrograde a des conséquences, en particulier dans le processus diagnostic. Même Léa Dumont d'Arc-en-ciel Toulouse et qui participe au diplôme, le dit : « la Sofect gagnerait à être ouverte aux personnes non-binaires. » Noah a beaucoup d'ami.e.s qui ont dû surjouer une féminité ou une masculinité pour entrer dans la prise en charge. « Pendant deux ans, tu dois te conduire comme un homme ou comme une femme, ça veut dire qu'en tant qu'homme trans, le simple fait d'avoir des cheveux colorés est un problème. Il faut que tu sois hétéro, que tu veuilles pas d'enfant : tu fais tes démarches pour les hormones et on te parle d’hystérectomie », souligne Noah. Oscar est président de l'association C pas mon genre, et des exemples comme celui-ci, il en a à la pelle : « Malgré ce qu'ils racontent, il y a un profil idéal : il faut avoir un travail fixe, pas de relations, pas d'enfant, être binaire et hétéro si on veut entrer dans leurs cases. À l'asso, on a un homme trans qui souhaitait une hystérectomie et le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin". Lui, il a claqué la porte mais d'autres auraient peut être cédés ! ».
« La Sofect Bordeaux, le seul moment ou ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants »
Même son de cloche chez Jules, co-président de Outrans : « Il y a quelques mois un garçon a été exclu du protocole Sofect parce qu'il a tout de suite dit qu'il souhaitait un parcours hormonal et une mastéctomie mais pas de réassignation génitale ». L'association a reçu un grand nombre de plaintes et a créé un réseau informel parisien hors Sofect, pour ses membres. Les maltraitances iraient du mauvais accueil (avec utilisation de l'ancien prénom, ou des mauvais pronoms), au refus de soin, aux discriminations, sans compter les opérations ratées. Le docteur Bertrand Riff lui même connait nombre de ces histoires et confirme la vision ultra binaire de la société savante : « une des personnes que j'accompagne avait consulté un chirurgien de la Sofect, on lui a répondu qu'elle avait plus de 50 ans, que c'était pas urgent d'avoir un vagin et que comme elle était lesbienne encore moins... La Sofect Bordeaux, le seul moment où ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants ». [embed]https://twitter.com/AcceptessT/status/978789901998153728[/embed] (Face au sociologue Sam Bourcier, le pédopsychiatre de la Sofect Jean Chambry, qui aborde la non-binarité de patient.e.s)

L'espoir avec ou sans Sofect

« J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde »
A l’Université Paris Diderot, les participant.e.s du DIU de la Sofect font une pause entre deux sessions. Parmi eux, deux jeunes médecins nous servent le même discours : oui, la Sofect mérite sa mauvaise réputation, mais elle va changer car la nouvelle garde est plus ouverte que ses aînés. De l'autre côté du téléphone, Agnès Condat est consciente de représenter cette nouvelle garde. Elle souligne l'accompagnement qu'elle a mis en place dans son service, un service ouvert sur toutes les identités de genre : « c'est évident que les gens que l'on reçoit ne sont pas dans la binarité. On ne veut pas faire entrer les personnes dans des cases, mais de construire avec elles les accompagnements adéquats, et surtout avec les adolescents ». La jeune praticienne a beaucoup de confiance en sa génération, « un autre point qui fait que les choses vont changer, en dehors des autorités médicales internationales, c'est le fait que ma génération lit l'anglais, donc la littérature médicale anglo-saxonne. J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde ». La pédopsychiatre, spécialisée dans les relations parents-enfants, en profite pour redonner à l'engagement associatif ses lettres de noblesse : « le changement principal arrive toujours par le biais des assos de concerné.e.s, il faut rendre à César ce qui est à César. Ce qui fait évoluer la société et nos pratiques, c'est le mouvement LGBT ».
« Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France : c'est la grande tradition du médecin qui sait »
La Sofect devrait-elle alors changer de nom, pour laisser son lourd passé derrière elle ? « Nous on est pour la dissolution des équipes hospitalières en général», ajoute Jules, de l'association Outrans. Maud-Yeuse Thomas abonde dans son sens : « Nous n'avons pas besoin d'équipes médicales qui se posent en entrepreneurs de morale ». De son côté, le docteur Revol ne comprend pas ce qu'il nomme le « soviétisme des militants » : « il n'y a pas d'ancienne et de nouvelle Sofect, on est toujours les mêmes, ce qu'ils disent [les militants, ndlr] c'est "je suis en train de me noyer et le mec qui me tire de l'eau parce que c'est le seul, je lui crache à la gueule et j'en veux pas"». Regrettant que les associations ne remarquent pas combien la Sofect a changé  et maintiennent leurs positions vis-à-vis d'elle, Marc Revol nous indique qu'il a invité les associations opposantes à participer au DIU, de la même manière qu'il avait invité Trans-Europe. Pourtant, aucune des personnes que nous avons interrogées n'a été contactée en ce sens En attendant que la Sofect ait vraiment changé, des réseaux informels se sont créés dans les grandes villes. Un site internet permet à chacun et chacune d'accéder à une base de données trans-friendly. « Nous conseillons aux gens de se renseigner sur la base de données trans, qui est collaborative », nous explique la Présidente d'Acthe Sun Hee Yoon. À Lille, la maison de Santé et le parcours trans reçoivent de plus en plus de personnes arrivant grâce au bouche-à-oreilles. « Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France, soutient Bertrand Riff, c'est la grande tradition du médecin qui sait qu'il est le seul à détenir la vérité sur ce que vit une personne en son for intérieur. » En attendant que la Sofect se réinvente vraiment ou que les praticien.ne.s arrivent à penser la médecine sans spécialités, certain.e.s ont décidé d'aller voir ailleurs, comme Patricia, de la page SOS Transphobie : « à Boston, on a créé un centre de soin et de formation médicale par et pour les personnes trans. Ils acceptent tout le monde. J'irai. »" ["post_title"]=> string(145) "« Quand on arrive devant les psys de la Sofect, il faut avoir envie de mourir » : enquête sur les équipes « officielles » du parcours trans" ["post_excerpt"]=> string(370) "Depuis sa création, la Société Française d’Études et de prise en Charge de la Transidentité (Sofect) s’est arrangée pour devenir incontournable pour la prise en charge des personnes trans. Après des années à traîner une réputation déplorable auprès des concerné.e.s, elle tente aujourd'hui de redorer son image… en vain ? Komitid a mené l'enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(21) "parcours-trans-sofect" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-13 12:33:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-13 11:33:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2845" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

« Je vous demande de m'appeler Océan »

Publié le

Océan a choisi le 17 mai, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, pour faire son coming out trans. Dans un long entretien, il revient sur son parcours personnel, artistique et politique et nous envoie un message fort.

ocean smith
Océan - SMITH pour Komitid
Article Prémium

La première fois que j’ai vu Océan, c’était sur les planches du Petit Gymnase pour découvrir la Lesbienne invisible. Des lesbiennes d’un peu partout faisaient la queue sur le trottoir, avides d’entendre les blagues d’Océanerosemarie sur leurs vies quotidiennes. Quelques années après, on m’a offert des billets pour Chatons Violents à Montparnasse. J’y suis allée avec deux amies lesbiennes, et j’ai vu des bobos faire la queue sur le trottoir pour entendre de sacrées vannes sur leurs privilèges.

Océan nous a invité dans son nid d’aigle du 19ème arrondissement, pour discuter autour d’un thé fumant de son coming out d’homme trans, mais aussi des changements imminents dans sa carrière artistique. Il s’installe dans un canapé constellé de poils de chats, le travail de ses matous, Froustinette et Craquinette. Sur la table basse, le dernier livre de Maggie Nelson, Les Argonautes, raconte l’histoire d’amour entre l’écrivaine et Harry qu’elle accompagne dans sa transition. On est dans le bain, on prend un grand souffle et on se lance.

Pourquoi est-ce important de faire ton coming out trans ici et maintenant ?

Océan : Je pense que c’est important parce que la transidentité est encore un sujet très mal connu, qui suscite beaucoup d'incompréhensions. Les gens comprennent à peu près qui sont les gays et les lesbiennes, même s'ils ont encore beaucoup de préjugés. Pour les personnes trans, cela dépasse les préjugés : ils n’ont en tête que des fantasmes, un grand vide ou des interrogations. Celles et ceux qui peuvent être out sans se mettre en danger doivent le faire pour eux et pour toutes les personnes concernées, parce que ça participe à dédramatiser, à faire de la pédagogie sur ce sujet. Nous sommes des personnes comme les autres, avec des vécus particuliers, des discriminations particulières… mais en tant qu'individus, dans notre façon de vivre notre vie, de mener nos vies amoureuses, on n’est pas différent.e.s.

Parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne.

Et puis ce n’est pas vraiment un choix, mais une nécessité. En entrant dans le cadre de la transition, nous n’avons pas trop le choix que d’être out, au moins avec notre entourage. Lesbienne, j’aurais pu passer toute ma vie dans le placard : en tant qu’homme trans, si tu prends des hormones et que tu te fais opérer, tu n’échappes pas au coming out.

Malgré tout, je me suis rendu compte que parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, depuis ma position privilégiée de personne blanche et aisée, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne. Ça porte un message collectif et donc produit du politique, au sens très large, c’est à dire la possibilité de questionner les normes de société, la possibilité de faire bouger des lignes dans l'esprit des gens. C’est ce qui s’est passé avec la Lesbienne invisible.

Tu travailles dans le monde du spectacle, relativement conservateur, comment anticipes-tu cette nouvelle visibilité dans ta carrière ?

Beaucoup d’acteurs et d’actrices gays que je connais ne veulent pas faire leur coming out, parce qu'ils et elles pensent avoir moins de rôles.

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  • elise

    Merci pour ce très beau témoignage qui m’a profondément touché.
    Merci pour votre engagement artistique et politique, qui je l’espère va contribuer à visibiliser un peu plus la transidentité
    Merci d’être tout simplement vous
    Elise B.

  • friendlyfire

    La série de photos est superbe, et une très belle introduction à une nouvelle forme d’être lumineuse.
    Très excité à l’idée de voir le prochain spectacle.
    Que ce voyage qui commence devienne une belle odyssée.