« Je vous demande de m'appeler Océan »

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Océan a choisi le 17 mai, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, pour faire son coming out trans. Dans un long entretien, il revient sur son parcours personnel, artistique et politique et nous envoie un message fort.

ocean smith
Océan - SMITH pour Komitid
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La première fois que j’ai vu Océan, c’était sur les planches du Petit Gymnase pour découvrir la Lesbienne invisible. Des lesbiennes d’un peu partout faisaient la queue sur le trottoir, avides d’entendre les blagues d’Océanerosemarie sur leurs vies quotidiennes. Quelques années après, on m’a offert des billets pour Chatons Violents à Montparnasse. J’y suis allée avec deux amies lesbiennes, et j’ai vu des bobos faire la queue sur le trottoir pour entendre de sacrées vannes sur leurs privilèges.

Océan nous a invité dans son nid d’aigle du 19ème arrondissement, pour discuter autour d’un thé fumant de son coming out d’homme trans, mais aussi des changements imminents dans sa carrière artistique. Il s’installe dans un canapé constellé de poils de chats, le travail de ses matous, Froustinette et Craquinette. Sur la table basse, le dernier livre de Maggie Nelson, Les Argonautes, raconte l’histoire d’amour entre l’écrivaine et Harry qu’elle accompagne dans sa transition. On est dans le bain, on prend un grand souffle et on se lance.

Pourquoi est-ce important de faire ton coming out trans ici et maintenant ?

Océan : Je pense que c’est important parce que la transidentité est encore un sujet très mal connu, qui suscite beaucoup d'incompréhensions. Les gens comprennent à peu près qui sont les gays et les lesbiennes, même s'ils ont encore beaucoup de préjugés. Pour les personnes trans, cela dépasse les préjugés : ils n’ont en tête que des fantasmes, un grand vide ou des interrogations. Celles et ceux qui peuvent être out sans se mettre en danger doivent le faire pour eux et pour toutes les personnes concernées, parce que ça participe à dédramatiser, à faire de la pédagogie sur ce sujet. Nous sommes des personnes comme les autres, avec des vécus particuliers, des discriminations particulières… mais en tant qu'individus, dans notre façon de vivre notre vie, de mener nos vies amoureuses, on n’est pas différent.e.s.

Parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne.

Et puis ce n’est pas vraiment un choix, mais une nécessité. En entrant dans le cadre de la transition, nous n’avons pas trop le choix que d’être out, au moins avec notre entourage. Lesbienne, j’aurais pu passer toute ma vie dans le placard : en tant qu’homme trans, si tu prends des hormones et que tu te fais opérer, tu n’échappes pas au coming out.

Malgré tout, je me suis rendu compte que parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, depuis ma position privilégiée de personne blanche et aisée, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne. Ça porte un message collectif et donc produit du politique, au sens très large, c’est à dire la possibilité de questionner les normes de société, la possibilité de faire bouger des lignes dans l'esprit des gens. C’est ce qui s’est passé avec la Lesbienne invisible.

Tu travailles dans le monde du spectacle, relativement conservateur, comment anticipes-tu cette nouvelle visibilité dans ta carrière ?

Beaucoup d’acteurs et d’actrices gays que je connais ne veulent pas faire leur coming out, parce qu'ils et elles pensent avoir moins de rôles.

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  • elise

    Merci pour ce très beau témoignage qui m’a profondément touché.
    Merci pour votre engagement artistique et politique, qui je l’espère va contribuer à visibiliser un peu plus la transidentité
    Merci d’être tout simplement vous
    Elise B.

  • friendlyfire

    La série de photos est superbe, et une très belle introduction à une nouvelle forme d’être lumineuse.
    Très excité à l’idée de voir le prochain spectacle.
    Que ce voyage qui commence devienne une belle odyssée.