« C’est la loi qui doit s’adapter aux réalités de la vie des trans » : au Japon, la communauté trans se mobilise

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Malgré le maintien d'une loi transphobe largement contestée, la communauté trans nippone devient de plus en plus visible. Komitid a recueilli les témoignages de ceux et celles qui veulent amorcer le changement.

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Le duo Ganko-chan (Kone et Kaoru) qui anime une chaîne Youtube sur les questions trans - Ganko-chan
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Dénoncée comme inhumaine, discriminante et anachronique depuis des années par Human Rights Watch et remise de plus en plus en question par les concerné.e.s, la législation japonaise sur la transidentité en vigueur depuis quinze ans fait couler beaucoup d’encre au Japon en ce début d’année.

Fin janvier à Tokyo, la cour suprême japonaise a enfin tranché dans une affaire qui s’éternisait : les demandes de l’administration faites aux personnes trans qui désirent changer officiellement de genre sur leur état-civil ne sont pas anti-constitutionnelles. Takakito Usui, l’homme trans d’une quarantaine d’années qui poursuivait l’État au nom de sa liberté à disposer de son corps, devra donc s’y plier s’il veut que son « nouveau » genre soit reconnu officiellement par les institutions. Un échec juridique tempéré par un premier pas timide de la cour vers l’ouverture de débats à un niveau législatif, les juges déclarant que la loi « devrait sans doute être mise en conformité avec les réalités de la société actuelle ».

La loi en question, c’est la loi 111, votée en 2003 et mise en application l’année suivante. Vue comme une avancée à l’époque, puisqu’elle permettait enfin à toute une population de modifier son genre officiellement au-delà d’un simple changement de prénom, cette première réglementation sur le sujet semble toujours plus injuste, discriminante et dépassée à mesure que les consciences s’éveillent et que les années passent. Considérant la transidentité sous le prisme de la pathologie (la fameuse « dysphorie de genre »), elle permet une prise en charge toute théorique des soins nécessaires à la transition par la sécurité sociale, mais ce sous réserve de n’avoir jamais pris aucun traitement hormonal. Première aberration d’une longue liste.
 Être diagnostiqué peut prendre plusieurs mois, voire des années, puis vient alors le reste des contraintes drastiques, invasives et lourdes de conséquences à suivre à la lettre pour pouvoir faire modifier la mention du genre sur ses papiers d’identité : être majeur, être célibataire et sans enfant mineur, se faire stériliser et se faire réassigner chirurgicalement pour « ressembler » au genre souhaité. Déconnectée de la réalité de la transition autant d’un point de vue physiologique que psychologique, ce sont pourtant ces demandes invasives qui ont été jugées constitutionnelles en janvier dernier.

Une législation en décalage avec la réalité

Certaines personnes en transition abandonnent donc en cours de route l’idée de faire reconnaître officiellement leur genre pour se contenter d’une transition sociale. « Il faut faire le choix entre être reconnu.e.s officiellement pour ce que nous sommes et la possibilité d’avoir des enfants un jour », nous confie Akiko. « C’est un vrai dilemme, quelque soit notre genre ».

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