qui nous [avec Jérôme Larcher, coscénariste de la série, ndlr] a beaucoup occupés, à l'écriture, c'était important.

Qu'est-ce que ça apporte que Hector soit bisexuel alors que c'est surtout sa découverte du polyamour que vous avez voulu explorer ?

Je trouvais l'idée plus forte. Un homme hétérosexuel entre deux femmes, c'est quelque chose que l'on a vu déjà 300 000 fois. On a vu quelques personnages féminins entre deux hommes. Mais c'est quand même important de réfléchir à qui on représente et comment on représente. Je ne dirais pas que c'est pour la cause de la bisexualité que j'ai écris cette série, c'est juste installé comme ça. C'est un agent secret de l'amour, l'idée de départ c'est celle de la double vie. Le polyamour, on y vient pendant la série, c'est ça qui m'intéresse beaucoup en écrivant un personnage comme ça. Ce n'est pas quelqu'un qui a eu l'habitude de faire ça. Il s'assume à peine comme bisexuel, il découvre en direct ce qui lui arrive. Sur la question du polyamour, c'est là que la série arrive et non là où elle commence. J'ai eu envie qu'on éprouve tout ça en même temps que lui, qu'il y ait à la fois le désir pour un homme et une femme et la découverte d'un amour qu'il n'arrive pas à rendre exclusif.

Dans quelle mesure peut-on définir Hector comme un polyamoureux alors qu'il passe son temps à mentir à ses partenaires ?

On n'est pas du tout dans une situation de polyamour installée, on est dans la période la plus douloureuse. La question du polyamour est très complexe. On en revient de toute façon à un manque très important qu'est le consentement : le polyamour est possible à partir du moment où il y a une forme de consentement partagé, à partir du moment où le mensonge s'arrête. L'idée du polyamour c'est de sortir de la culpabilité et là on voit bien qu'il est encore dans cette lutte. Il est débordé par son désir, d'une façon très égoïste. Il est prêt à faire du mal aux gens et se retrouve dans une situation qui n'est pas tenable. La personne qui rend possible le polyamour, on ne peut pas dire que ça soit lui. Il cherche à faire en sorte que ce débordement devienne une façon de vivre sur la durée. [caption id="attachment_2471" align="alignnone" width="1300"] Benoit Linder/Arte France/Ita[/caption]

Vous abordez beaucoup de sujets dans cette série, du polyamour aux sexualités en passant par le désir, l'infidélité... Une façon d'interroger notre société monogame très hétéronormée ?

Oui, elle m'énerve de plus en plus cette société là. On a commencé à écrire au moment du mariage pour tous. Au départ, il y avait un personnage antagoniste qui n'acceptait pas l'homosexualité de Jérémie [le compagnon d'Hector joué par Oliver Barthelemy, ndlr]. Je me suis dit que j'allais effacer tout ça. Je ne voulais pas être dans ce monde où un personnage est homophobe. Ça existe, les gens en souffrent, mais j'ai eu envie de représenter une forme d'utopie. La diffusion de cette série intervient au moment du mouvement #MeToo et #TimesUp, et j'ai l'impression que cette série est féministe. Elle passe le test de Bechdel [test qui permet de mesurer la manière dont sont construit les personnages féminins dans les fictions, ndlr]. Ça n'a rien d'un exploit, c'est normal, mais les personnages féminins ont une vie. C'est dans ce monde là que j'ai envie de vivre. Le monde qui prend la parole sur les questions de discrimination et le monde qui essaye de construire quelque chose qui ne soit pas dans la terreur de sortir de la norme. La question de la masculinité m'intéresse beaucoup. Montrer un personnage principal masculin qui est pénétré et pas uniquement homosexuel, ça dit quelque chose. C'est pour ça aussi que les scènes de sexe sont nombreuses, en tout cas il y en a pas mal pour du prime time à la télé française. C'était intéressant pour moi aussi de montrer que sa sexualité avec son mec changeait à cause de sa sexualité avec la fille, et d'une manière un peu inattendue. Ce sont ces circulations là qui m'intéressent. Me dire qu'à peu près tout est possible à partir du moment où il y a du consentement et du désir.

Il est aussi beaucoup question d'homoparentalité et de coparentalité, notamment avec le projet d'enfant qu'ont en commun Anna (Camille Chamoux), Jérémie et Hector. Seulement, on ne rentre pas forcément dans le détail sur la façon tout cela va se dérouler en pratique. Est-ce une volonté de votre part ? Une façon d'éviter un « Coparentalité, mode d'emploi » ?

Le format a fait qu'on a manqué de place pour traiter les choses, mais je pense qu'on est quand même dans le mode d'emploi. La décision a été prise avant, j'avais envie de montrer que c'était un désir d'enfant comme un autre. Simplement, sa réalisation est complexe, difficile, émotionnellement peut-être encore plus engageante que dans le cadre d'un couple hétérosexuel. On est obligé d'y réfléchir, on voit bien qu'ils y ont réfléchi, qu'ils sont investis émotionnellement par quelque chose. On voit qu'ils sont suivis par un médecin, mais tout ça me paraissait plus intéressant à mettre en scène comme étant juste leur réalité et leur quotidien, leur vie, plutôt que de le questionner. C'est tout le point de vue de cette série en fait, il y a des choses qui s'imposent à nous dans la vie. Ils ont un désir d'enfant, ils le mettent en pratique, ils y arrivent, ils trouvent des formulations. Tout ça est assez réjouissant, je n'avais pas envie de tirer au tragique sur ces questions là, comme l'ont été les débats sur le mariage pour tous. Comme ce n'est pas le monde dans lequel j'ai envie de vivre, je n'ai pas envie que ce monde existe dans ma série. Pour ça, il faut aller voir plutôt Fiertés de Philippe Faucon. [caption id="attachment_2472" align="alignnone" width="1300"] Benoit Linder/Arte France/Ita[/caption]

Un personnage principal bisexuel et polyamoureux dans une série française, c'est une chose que l'on voit très rarement. Pourquoi a-t-on encore tant de mal à représenter des personnes LGBT+ dans les fictions françaises ?

Je trouve que dans la fiction française, d'une manière générale, on se dit « Je vais représenter une minorité donc ça va piloter un peu », c'est à dire prendre ça très au sérieux, devoir dire que les homos sont des gens comme les autres. On part de là, comme si on faisait un effort de représentation. Je pense que je n'ai aucun effort à faire. La question de la bisexualité d'Hector pour moi, elle est simple. Je ressens une énorme responsabilité de représentation mais je n'ai pas voulu en faire un personnage militant. En même temps, je vous dis ça mais mon auteure préférée aujourd'hui, c'est Jill Soloway, la créatrice de I Love Dick et de Transparent, la personne la plus importante dans l'univers des séries pour moi. On est dans un monde post-binarité, c'est à ça que j'aspire même si J'ai 2 Amours est beaucoup plus classique dans sa trame et dans sa façon de représenter. J'ai ce désir qu'on arrive à inventer des utopies à la télé. Inventer des utopies, c'est réfléchir à qui on représente et le faire d'une manière qui soit un peu moins scolaire. Il y a un fond d'homophobie dans plein de façons de représenter les personnages masculins par exemple, dans les séries et la fiction en général. Je pense qu'il faut qu'il y ait une génération d'auteurs qui prennent ces choses là en main, qu'ils se posent la question de qui ils représentent et qu'ils essayent de le faire moins à la manière scolaire. Il y a encore de la pédagogie à faire. Dans le cadre de la fiction française en général j'ai l'impression que ça bouge beaucoup. On sent que la télé française est en train de bosser.

Peut-on parler de retard français ? Pourquoi ?

Oui, on n'a pas encore eu le When We Rise français. On n'a pas encore eu de Jill Soloway en France. On a encore peur de dire qu'une série est féministe ou gay. Il y a eu Les Engagés, une web série de Sullivan Le Postec, un scénariste assez prometteur. Je pense que les choses vont bouger. Le retard français est dû au retard français sur les séries. C'est à la fois celui d'une société où on n'a pas réglé toutes les questions, mais aussi le fait qu'on ait pris au sérieux les séries comme un mode d'expression politique, sociétal et esthétique depuis assez peu de temps. J'ai vraiment l'espoir qu'on va arrêter un jour de dire que représenter des minorités ce n'est pas représenter des personnages normaux. Représenter des minorités, si les personnages sont bien construits, c'est dans la poche. Il faut que tout le monde se calme, et il faut qu'on soit hyper vigilant. On part de zéro quasiment. Moi-même j'ai évolué beaucoup pendant l'écriture de cette série. On m'a totalement laissé faire aussi et ça me donne bon espoir pour la suite. Propos recueillis par Philippe Peyre" ["post_title"]=> string(137) "« On a encore peur de dire qu'une série est féministe ou gay » : entretien avec Olivier Joyard, scénariste de « J'ai 2 Amours »" ["post_excerpt"]=> string(408) "Dans « J'ai 2 Amours », mini-série diffusée sur Arte fin mars, le scénariste a exploré le polyamour en dessinant un personnage bisexuel et engagé dans un projet de coparentalité avec son mec et leur meilleure amie lesbienne. Un festival de bras d'honneur à notre société monogame hétéronormée. L'occasion de parler représentation des personnes LGBT+ dans les séries françaises. Interview. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(41) "olivier-joyard-series-lgbt-representation" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-01-10 11:32:47" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-01-10 10:32:47" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2425" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15255 (24) { ["ID"]=> int(24104) ["post_author"]=> string(3) "335" ["post_date"]=> string(19) "2019-04-08 11:19:04" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2019-04-08 09:19:04" ["post_content"]=> string(8757) "Samedi, 11 heures. Le deuxième jour du festival Séries Mania vient de commencer à Lille. Autour de la rencontre entre une partie de l’équipe de Skam France, l’adaptation de la série norvégienne Skam sur des lycéens et lycéen.ne.s, le public est survolté. Maxence Danet-Fauvel (Eliott), Coline Preher (Alexia), ainsi que le réalisateur David Hourrègue, le scénariste et directeur de collection Niels Rahou et Sened Dhab, le Directeur de la Fiction numérique de France Télévisions, sont venu.e.s répondre aux questions des fans de la série, après une saison 3 plus que réussie autour de la relation naissante entre Eliott et Lucas (Axel Auriant), en pleine découverte de son homosexualité.

Parler d’amour

À l’arrière du public, un drapeau pansexuel s’agite en référence à Eliott, dont la pansexualité n’est pas explicitement nommée dans la série. Maxence Dane-Fauvel n’a rejoint le casting que depuis le début de la saison 3, mais la relation de son personnage avec Lucas crève l’écran depuis fin janvier: « On ne s’est pas préparés à devenir un couple iconique, mais à tomber amoureux », nuance cependant le jeune acteur devant ses fans.
« On ne parle pas de sexualité mais d’amour, de personnages qui cherchent à être aimés. »
Coline Preher prend aussi la parole pour détailler l’importance de la banalisation des différentes attirances, dont celle d’Alexia, ouvertement bie: « Pour moi, Alexia a dépassé les problématiques soulevées par les personnages, c’est-à-dire la honte [Skam signifie honte en norvégien, ndlr], le fait d’avoir du mal à assumer qui ils sont. Je suis très contente d’interpréter une ado solaire, qui n’hésite pas à dire qu’il n’y a pas de problème à être ce que l’on est. » Les deux interprètes enchaînent les interviews durant toute l’après-midi, sans se lasser de répéter encore et encore la philosophie de la série: « On ne parle pas de sexualité mais d’amour, de personnages qui cherchent à être aimés » mais qui se donnent aussi le droit de faire des erreurs.

Constructions intimes

Face au succès de la saison 3, le casting et la construction du personnage d’Eliott ont déjà fait couler beaucoup d’encre: c’est « le magnétisme » de Maxence, également mannequin pour Elite, qui plaît immédiatement au réalisateur. Cette attraction s’exerce aussi sur Axel Auriant et par ricochet sur Lucas à l’écran. Soit exactement ce que souhaitait David Hourrègue. Cette connexion a permis de tourner en une seule prise la scène finale de l’épisode 7, extrêmement intime et saluée par le public. Dans celle-ci, Lucas et Eliott, mandatés par leurs camarades pour repeindre une fresque au foyer du lycée, finissent enlacés, le corps recouvert de peinture. « On ne s’était pas vus pendant deux semaines avant cette scène », dévoile Maxence. « On s’est manqués en tant que personnages, mais aussi en tant qu’acteurs. » Encore une fois, suite à une stratégie du réalisateur pour entretenir l’alchimie entre Maxence et Axel.
« Tu choisis de qui tu tombes amoureux toi ? Bah voilà. »
Moins sous les feux des projecteurs que Maxence, alors que ce dernier fait ses premiers pas devant une caméra, Coline a pour sa part été repérée par la directrice de casting après son passage dans The Voice Kids, en 2015. Elle décroche un premier entretien pour le rôle d’Emma puis endosse celui d’Alexia, présente dès la saison 1, qu’elle co-construit avec le réalisateur: « Je me suis beaucoup reconnue en Alexia et j’ai proposé des choses à David: par exemple, il m’a indiqué qu’elle parle d’avoir pécho un mec et je lui ai répondu: et pourquoi ça ne serait pas une fille ? » C’est également Coline qui attribue à son personnage ses cheveux roses et bleus. Une de ses répliques, adressée à Lucas encore dans le placard, vient résumer l’ado bien dans ses baskets: « Tu choisis de qui tu tombes amoureux toi ? Bah voilà. » Mis à part sa grande bienveillance avec elle-même et ses camarades, on en sait encore peu sur Alexia. Son amitié avec Imane, incarnée par Assa Sylla et au cœur de la saison 4, va permettre aux fans de mieux la connaître. Cependant, impossible d’en savoir plus avant d’avoir vu les prochains épisodes: « Alexia va expérimenter de nouvelles émotions. Vous allez pleurer...» mentionne Coline, embarrassée de ne pouvoir en dire plus.

Rester en lien avec les fans queers

Incarner de jeunes personnages LGBT+ n’est pas de tout repos, surtout pour une série jouant sur la diffusion en temps réel de séquences datées avec précision sur France TV Slash. Maxence comme Coline mais aussi David reçoivent beaucoup de messages de fans, leurs propres questionnements sur leur sexualité et leur histoire. Pour le réalisateur, le lien avec les spectateurs est une évidence:« si tu ne veux pas répondre à ce type de messages, tu ne fais pas Skam. » La gestion des messages est plus compliquée pour les deux interprètes : « les jeunes s’identifient beaucoup à nos personnages », explique Coline. « On essaye de répondre à un maximum de courriers et de messages, d’être là pour eux, ça fait partie de notre engagement. Mais il y a des limites, on reste des humains et surtout, nous ne sommes pas nos personnages. Certains ne font pas la différence entre eux et notre vraie vie d’acteur. » Cette confusion des genres est entretenue par l’existence des comptes Instagram de chacun des personnages principaux.
« Rien ne nous obligeait à n’avoir qu’un seul personnage LGBT+ dans la série et il n’était pas question non plus qu’ils et elles servent de tokens. »
Si les messages adressés à Coline « restent très bienveillants », ce n’est pas toujours le cas pour Maxence: « Je me suis fait démolir parce que je suis hétéro, explique celui-ci, ma copine a aussi reçu des messages haineux. » Pas question ici d’hétérophobie, mais d’une très forte attente des fans sur les questions de représentations des LGBT+ à l’écran, analyse Niels: « Rien ne nous obligeait à n’avoir qu’un seul personnage LGBT+ dans la série et il n’était pas question non plus qu’ils et elles servent de tokens. S’il n’y a qu’un seul personnage gay, cela veut dire qu’il va devoir porter toutes les espérances de personnes très différentes, et donc va forcément décevoir. Il faut une pluralité de personnages, pour montrer que tout le monde n’est pas cis-het ni ne souhaite forcément se définir de façon tranchée sur sa sexualité ». En exemple le personnage d’Emma (Philippine Stindel), dont la relation avec Yann (Léo Daudin) est au coeur de la saison 1 mais qui embrasse régulièrement Daphné (Lula Cotton-Frappier).

Quelques manques

Parmi la foule de fans présent.es lors de la rencontre de la matinée avec l’équipe de Skam, une phrase saisie à la volée vient cependant souligner un déséquilibre dans les représentations: « rendez Daphné lesbienne ou je meurs. » Si la série a en effet le mérite de réserver une bonne place aux relations bies et pansexuelles, affirmées publiquement ou pas, les amours et les sexualités exclusivement lesbiennes manquent en fait totalement à l’appel. La thématique de la transidentité ne sera pas abordée non plus dans la prochaine saison, mais pourrait se faire une place par la suite, espère Niels: « je ne suis pas directement concerné mais j’aimerais en parler. Et si ce n’est pas dans Skam, ce sera ailleurs. L’adaptation allemande de Skam a d’ailleurs casté un homme trans (Lukas Alexander) pour jouer Eliott », a noté le scénariste français. En attendant, les premières images de la saison 4 diffusées sur France TV Slash promettent une nouvelle façon d’aborder l’amour, avec un garçon certes, mais sous le prisme de la foi d’Imane. Premier épisode disponible en intégralité sur le site le 5 avril." ["post_title"]=> string(127) "« Tu choisis de qui tu tombes amoureux toi? » : on a rencontré Eliott et Alexia, les deux icônes LGBT+ de « Skam France »" ["post_excerpt"]=> string(371) "À l’occasion du festival Séries Mania à Lille et de la fin de la saison 3 de « Skam France », Maxence Danet-Fauvel et Coline Preher ont rencontré leurs fans, très en demande de représentations queer. Tous deux ont aussi expliqué pour Komitid la construction de leurs personnages Eliott et Alexia et les conséquences de leur succès auprès des jeunes LGBT+. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(108) "tu-choisis-de-qui-tu-tombes-amoureux-toi-on-a-rencontre-eliott-et-alexia-les-deux-icones-lgbt-de-skam-france" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-04-08 13:38:46" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-04-08 11:38:46" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=24104" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15256 (24) { ["ID"]=> int(23943) ["post_author"]=> string(4) "1937" ["post_date"]=> string(19) "2019-04-03 18:01:17" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2019-04-03 16:01:17" ["post_content"]=> string(6555) "Le défi était de taille : adapter au format série télé Vernon Subutex, la fresque romanesque, punk, rock, queer et générationnelle de Virginie Despentes en trois tomes, énorme succès de librairie dont le premier tome est paru en 2015. Cathy Verney, scénariste et réalisatrice (Hard, Fais pas ci, fais pas ça) relève le défi de façon plus qu’honorable avec cette première saison qui sera diffusée dès le lundi 8 avril et qui met en scène un casting idéal : Romain Duris et Céline Sallette en tête. Et si, avec Vernon Subutex, « parti de rien, revenu de tout », Canal + renouait enfin avec un certain esprit ? Fiévreuse, drôle, picaresque, un peu politique et chorale, cette saison 1 de l’adaptation de la série de romans de Virginie Despentes a pris le parti de respecter l’esprit plus que la lettre. Adaptation maligne du premier tome (les épisodes 1 à 8) et du début du tome 2 (épisode 9), la série se concentre sur une galerie de personnages contraints de se rencontrer ou de se revoir puisqu’ils et elles ont un but commun : retrouver les cassettes de la confession filmée du chanteur Alex Bleach, qui s’est confié à son vieux pote Vernon avant de mourir.

Réelle grâce

Dès les premières scènes, le ton est donné et Vernon Subutex incarné. Romain Duris donne corps et esprit à ce personnage d’ancien disquaire avec une réelle grâce. Cet ancien tenancier vénéré de la boutique Revolver a « perdu le mojo » à l’heure des millenials et se retrouve expulsé de son appart. Il gardera sa dignité (« Je suis peut-être un loser, mais un loser libre ») et son entrée backstage pour la concert marquant le retour au premier plan de son vieux pote Alex Bleach (Athaya Mokonzi, spectral), chanteur noir puissant à la voix caverneuse et très porté sur la défonce. Parallèlement, on découvre La Hyène, motarde, « lesbienne à mèche », dont le boulot consiste à démolir les réputations sur internet, et, dans les faits, à jouer la détective privée IRL avec des méthodes plutôt expéditives. Céline Sallette incarne ce personnage iconique des livres de Despentes, autre héroïne de la série, avec un réel engagement. Elle est chargée par Dopalet (Laurent Lucas, le méchant un peu trop méchant de la série), un producteur louche qui a, lui aussi, gravité dans la bande de Vernon de mettre la main sur les cassettes de confession de Bleach. Elle sera épaulée dans cette mission par Anaïs (Flora Fishbach, piquante), nouvelle recrue de la boîte de prod, et que La Hyène imagine bien en « bébé gouine » à séduire ou à dévorer, voire les deux.
L’une des grandes forces de la série est d’avoir su composer un casting totalement raccord pour incarner ces visages du passé qui réapparaissent dans la vie de Vernon
Cette chasse aux cassettes-confessions de Bleach, censément sulfureuses et compromettantes, va servir d’arche narrative principale à la série mais surtout de prétexte à rencontrer une galerie de personnages hauts en couleurs suivant les fils croisés de l’enquête et des recherches de squats de Subutex dans son ex-bande de potes. L’une des grandes forces de la série est d’avoir su composer un casting totalement raccord pour incarner ces visages du passé qui réapparaissent, un à un, dans la vie de Vernon. Sylvie Langlois, veuve blindée, nympho-hystéro-toxico est interprétée par la toujours géniale et surprenante Florence Thomassin. Le scénariste Xavier Fardin, loser lunaire et opportuniste auquel Philippe Rebbot apporte sa folie décalée, est un personnage flottant et touchant, et la figure d’Émilie, l’ex-amante punk à crête, devenue employée modèle à la vie bien rangée qui se fait chier et économise toute l’année pour ses vacances révèle une actrice à suivre de près, Emilie Gavois-Kahn.

Le choix de la comédie

Si la poésie et l’affirmation politico-philosophique qui font le sel des romans de Despentes se retrouvent par bribes dans des scènes de flashbacks muettes et belles comme des souvenirs, des séquences d’abandon, de monologues en voix off plutôt très réussies, ou au détour de dialogues percutants, la série fait clairement le choix de la comédie. Entre errances parisiennes du côté des Buttes-Chaumont, escapade barcelonnaise et passage à la sulfateuse du Festival de Cannes et de son petit monde, Vernon Subutex trouve son ton, sa force, sur une alternance de scènes avant tout construites sur du comique de situation ou de dialogue, qui, si elles étaient présentes dans les romans, prennent ici un peu le pas sur le reste dans un souci d’efficacité absolument légitime. Heureusement, et à l’image des romans, la série fait la part belle aux personnages – et aux comédien.ne.s – queer et hors-normes et casse un peu les codes habituels : de Marcia (Inès Rau), femme trans affirmée, à Aïcha (Iman Amara-Korba), jeune femme voilée par choix et qui n’a pas sa langue dans sa poche, de Daniel (Eloy Ferri), mec trans aux allures de marlou de Belleville devenu dealer en Espagne à Pamela Kant (Juana Acosta), actrice porno décomplexée profitant de sa célébrité chez les mâles hétéros et notamment dans les milieux policiers, ainsi qu’à des personnages de « sans domicile fixe » qui ne sont pas que des clochard.e.s célestes ou des gouailleur.euse.s old school, cette diversité fait plaisir à voir et on sent l’envie (peut-être pas toujours parfaitement aboutie) de sortir ces figures des clichés afférents au détour d’une réplique ou d’une situation.
Partant d’un roman punk-rock, la série serait plutôt rock-pop
Partant d’un roman punk-rock, la série serait plutôt rock-pop. Et même si la bande son est un des atouts majeurs et irréprochables de la série, la nuance a son importance. Loin des codes convenus, des clichés sociologiques rebattus par la plupart de la production sérielle française, Vernon Subutex parvient à affirmer une différence. Reste à savoir si les puristes, les fans des romans, et Virginie Despentes elle-même, s’y retrouveront …   " ["post_title"]=> string(63) "« Vernon Subutex », la série : l’esprit plus que la lettre" ["post_excerpt"]=> string(235) "Canal + diffuse à partir du lundi 8 avril la série en neuf épisodes « Vernon Subutex », l'adaptation télé des trois romans de Virginie Despentes, immenses succès en librairie, avec entre autres Romain Duris et Céline Sallette." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(50) "vernon-subutex-la-serie-lesprit-plus-que-la-lettre" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-04-04 14:45:37" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-04-04 12:45:37" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=23943" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } ["partenaire_name"]=> string(0) "" ["partenaire_logo"]=> bool(false) ["partenaire_url_article"]=> string(0) "" } -->

« Ce film est pensé, écrit pour Adèle Haenel », confie Céline Sciamma, réalisatrice du « Portrait de la jeune fille en feu »

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La réalisatrice de « Portrait de la jeune fille en feu » est repartie du 72e Festival de Cannes avec deux prix, dont celui du meilleur scénario. Komitid l'a rencontrée.

Adèle Haenel, Céline Sciamma et Noémie Merlant au 72e Festival de Cannes - Featureflash Photo Agency / Shutterstock
Adèle Haenel, Céline Sciamma et Noémie Merlant au 72e Festival de Cannes - Featureflash Photo Agency / Shutterstock

Elle a frappé fort pour sa première fois en compétition officielle à Cannes. Avec Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma a été récompensée du prix du meilleur scénario et couronnée de la Queer Palm, faisant d’elle la première femme à recevoir cette distinction pour un long métrage depuis la création du prix en 2010.

Dans son film, la réalisatrice de 40 ans ouvertement lesbienne parvient à raconter une histoire d’amour bouleversante dans le cadre contraint du XVIIIe siècle tout en adressant un message fort à ses contemporain.e.s. Pari réussi sur toute la ligne. « Ce film est pensé, écrit pour Adèle Haenel », a confié Céline Sciamma à Komitid à Cannes. Interview.