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« Que toutes les femmes n'aient pas les mêmes droits, ça devrait être choquant pour tout le monde !
 »

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Eloïne Thevenet Fouilloux, vice-présidente des Enfants d'Arc en Ciel, l'asso!, pousse un coup de gueule après plusieurs annonces entretenant le flou sur la présentation d'une loi sur l'extension de la PMA. Une fois encore, les droits des femmes semblent être une variable d'ajustement.

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Pancarte pendant la Marche des fiertés de Paris 2018 - Maëlle Le Corre

Un nouveau report pour la PMA ? Le doute est permis après des sorties dissonantes du gouvernement, du ministre chargé des Relations avec le Parlement Marc Fesneau à la Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa. Pour les Enfants d’Arc en Ciel, l’asso !, l’idée même de repousser une fois de plus le débat parlementaire est symptomatique d’une absence de considération des familles homoparentales. Le point avec Eloïne Thevenet Fouilloux.

Un coup de massue ? Même pas, même plus. Des reports, on en vit depuis des années, on n’en est même plus surprises, juste un peu plus désabusées. Il y a bien longtemps qu’on ne croit plus aux jolies promesses et aux volontés affichées d’œuvrer pour l’égalité : les paroles, c’est bien et c’est important, mais sans vrais actes pour les concrétiser, ça reste du vent. Un joli discours, quelques miettes pour nous faire patienter, qu’on se réjouisse d’obtenir un petit quelque chose, il ne faut pas être ingrates voyons, on fait tout ce qu’on peut…
 Mais nos réserves de patience sont épuisées depuis des années. 
Alors non, on n’est pas anéanties par la perspective d’un nouveau report, juste en colère.

« Encore une fois on a jeté nos familles en pâture dans un prétendu “grand débat”  »

En colère parce qu’encore une fois on a jeté nos familles en pâture dans un prétendu « grand débat », histoire de bien laisser encore le champ libre à La Manif Pour Tous et consorts pour exprimer ad nauseam leur vision archaïque de la famille et des droits des femmes. On les a bien laissés confisquer la parole aux principales concernées, histoire de pouvoir se trouver des excuses pour botter en touche, au prétexte de vouloir apaiser la société, au prétexte qu’il faudrait un consensus pour agir enfin.
 On les connaît ces excuses, ça fait des années qu’on les entend, qu’on voit les petites lâchetés et les grands renoncements, qu’on constate à quel point nos droits sont peu considérés, à quel point nos familles ne sont pas respectées.

Une loi… et après ?

Bien sûr qu’on l’attend cette loi, même si on sait bien que tout ne va pas être réglé d’un coup. Il faudra déjà du temps pour qu’elle soit votée, avec les allers-retours prévisibles entre l’Assemblée nationale et le Sénat, les décrets d’application à mettre en place, puis il faudra du temps pour que cela fonctionne vraiment dans les centres de PMA : on a bien vu ce qui s’est passé pour l’adoption, où les dossiers des familles homoparentales étaient bien souvent reléguées au bas de la pile, « atypiques  » donc considérés comme moins légitimes. On peut prévoir la même résistance avec le manque de donneurs de gamètes en France, c’est d’ailleurs un argument souvent évoqué par les opposants à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Mais ce problème est déjà existant, et ce n’est pas d’interdire la PMA à une partie de la population qui va le régler : la seule solution est de mener une vraie campagne d’incitation au don. Et ça, ce n’est pas fait. C’est pour ça qu’à l’heure actuelle, face à la pénurie de donneurs et aux délais que cela implique, de nombreux couples hétéros en parcours PMA se rendent à l’étranger. Tant que rien n’est fait pour augmenter le nombre de donneurs, on sait bien que si la loi passe, en l’état actuel des choses, la plupart des lesbiennes et des femmes célibataires continueront elles aussi à le faire.

Mais il serait faux de se dire que dans ce cas, l’ouverture de la PMA n’est pas très importante, que concrètement ça ne change rien : il y a au contraire une différence essentielle, c’est que les femmes célibataires et les lesbiennes en parcours PMA auront désormais droit à un vrai suivi médical. Elles n’auront plus besoin de mener leur parcours PMA dans un sentiment de clandestinité, sans véritable suivi dans leur pays, à devoir se débrouiller seules face aux dosages hormonaux, avec tous les risques d’hyper-stimulation que cela comporte, et dont les conséquences peuvent être gravissimes, parfois mortelles. Une fois la PMA ouverte à toutes les femmes en France, toutes auront accès à un suivi par des spécialistes de la fertilité. Et celles qui ne pourront ou ne voudront pas se rendre à l’étranger n’auront plus comme seule et unique solution de chercher par leurs propres moyens un donneur en France, hors de tout cadre médical, au risque de s’exposer parfois à des abus de certains hommes, et parfois au péril de leur santé. Désormais toutes ces femmes ne seront plus condamnées à la clandestinité, et cela change beaucoup de choses.

Une urgence : la filiation

L’autre attente essentielle et urgente, c’est la question de la filiation. On a imposé à nos familles une filiation judiciarisée et conditionnée au mariage des parents en restreignant l’établissement de la filiation à l’adoption de l’enfant du conjoint. C’est une aberration ! On nous a accusé de vouloir dénaturer l’institution du mariage, et ensuite on nous oblige à nous marier pour pouvoir être reconnus comme parents de nos enfants ! Ça, oui, c’est dénaturer le mariage : le mariage est un droit, il ne doit pas être un devoir !

« On nous a accusé de vouloir dénaturer l’institution du mariage, et ensuite on nous oblige à nous marier pour pouvoir être reconnus comme parents de nos enfants ! »

Résultat, nos enfants ne sont pas protégés dès leur naissance, et tous les enfants dont les parents sont séparés n’ont aucune solution pour faire établir leur double filiation. 
C’est ce qui arrive quand on se contente de donner des miettes au lieu d’une vraie égalité : on condamne une partie de la population à ne pas avoir les mêmes droits. 
On ne devrait pas avoir à passer par l’adoption de l’enfant du conjoint, parce que ce ne sont pas juste «  les enfants de nos conjointes » ! Ce sont nos enfants à nous, parents sociaux, nés d’un projet parental que nous avons construit avec leur parent biologique ; nous ne sommes pas des beaux-parents ! Confondre les deux dans la loi, ça a aussi un impact sur la façon dont nos familles sont parfois perçues : des parents qui doivent quémander des droits, ce sont des parents considérés comme moins légitimes.

Des droits au rabais

Par ailleurs, beaucoup de gens, même des proches, même parfois nos propres familles, ne comprennent pas quand on parle d’adoption, et tombent des nues. Ils pensaient qu’avec la loi du mariage pour tous, ce sont les mêmes droits pour tous ! Forcément ! Quand on se marie, on nous lit les mêmes articles qu’aux couples hétérosexuels, on nous parle des enfants et de l’autorité parentale, comment pourrait-on supposer que les articles de loi qu’on nous lit concernent des droits qu’on n’a pas ? Beaucoup de gens n’avaient pas compris l’arnaque du dit « mariage pour tous » : qu’au lieu de l’égalité annoncée, on nous accordait des droits au rabais.

Pas les mêmes droits pour fonder nos familles, pas les mêmes droits pour protéger nos enfants, la logique est toujours la même : les droits de nos familles, les droits des lesbiennes, au fond, on s’en fout. Nous ne sommes pas un sujet qui mérite de s’investir, on ne change pas grand chose. 
Le gouvernement s’en fout, comme on le voit avec ce projet de loi sans cesse reporté depuis 2013. Et au final, il y a bien peu de mobilisation dans la population, ça semble un sujet presque secondaire. 
Mais enfin, on parle du droit des femmes à disposer de leur corps ! Que toutes les femmes n’aient pas les mêmes droits, ça devrait être choquant pour tout le monde !
 Le fait qu’on puisse considérer qu’il s’agit d’un sujet mineur, qui puisse être indéfiniment reporté, repoussé, instrumentalisé, ça montre bien à quel point on s’investit en réalité bien peu pour les droits des femmes.

« Assez des miettes, assez de lâcheté, assez de reports et de renoncements, on réclame des actes : on réclame l’égalité ! »

Il serait temps que le sujet mobilise au delà des associations de familles LGBTparentales. 
Il est temps que se mobilisent les lesbiennes, les femmes célibataires, mais bien plus largement toutes les femmes et toutes les personnes quel que soit leur genre qui croient à l’égalité des droits. 
Nous ne sommes pas des sous-citoyen.ne.s qui doivent quémander et attendre gentiment qu’on veuille bien nous accorder quelques droits. Ça suffit de patienter, de se résigner. Assez des miettes, assez de lâcheté, assez de reports et de renoncements, on réclame des actes : on réclame l’égalité !

Propos recueillis et édités par Maëlle Le Corre.

  • expat

    Oh comme je comprends votre colère, car elle est légitime. Macron ne légalisera pas la PMA pour toutes les femmes, et ça, j’en suis persuadé. J’ai voté pour lui au 1er tour et au 2ème tour de la présidentielle. Mais, en 2022, je ne voterai tout simplement pas.