« Ça évoque un futur sombre : on ne sait pas ce qu'il va se produire, on se demande jusqu'où ils seront capables d'aller », souffle Sarah, avec de l'appréhension dans la voix. « Ils essaient de nous faire passer pour des minorités alors qu'on est des alternatifs… C'est très inquiétant ». L'activiste fait référence aux déclarations de Lorenzo Fontana, le ministre de la Famille et du Handicap, entendues le soir-même de l'investiture du gouvernement. « Les familles arc-en-ciel n'existent pas dans la loi italienne », avait-il assuré. « Les familles sont celles qui sont naturelles, où un enfant doit avoir un père et une mère ». [caption id="attachment_18669" align="aligncenter" width="1024"] Sarah, de la librairie féministe Tuba, à Rome - Floriane Valdayron[/caption]
« Ils essaient de nous faire passer pour des minorités »
Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur et vice-président du Conseil, avait réaffirmé la position de la Ligue quelques jours plus tard : « Je ferai tout ce qui est légalement, humainement et civilement possible pour que la maman continue à s’appeler "maman" et que le papa continue à s’appeler "papa" ». Toujours en juin, Vincenzo Spadafora, le sous-secrétaire d'État à l'Égalité des chances (M5S) s'était voulu rassurant, en affirmant que l'Italie ne reviendrait pas sur les droits acquis. « Mais cela ne veut pas dire que l'on pourra faire des avancées », soupire Fabrizio Marrazzo, le porte-parole du Gay Center, un des principaux centres dédiés aux personnes LGBT+ en Italie. Situé à Rome via Nicola Zabaglia, dans le populaire quartier Testaccio, il est présidé par Angela Infante, qui travaille par ailleurs dans le domaine médical. [caption id="attachment_18673" align="aligncenter" width="1024"] Fabrizio Marrazzo, porte-parole du Gay Center - Photo DR[/caption]    

Mener la lutte au sein des institutions

Si l'union civile a été légalisée en 2016, elle ne garantit pas les mêmes droits que le mariage, réservé aux hétérosexuels. « L'adoption est encore interdite aux couples LGBT+, sauf cas exceptionnels », assure Fabrizio Marrazzo, qui a été président de Arcigay Roma de 2003 à 2011. « Désormais, affirme-t-il, ce sera encore plus difficile d'obtenir ce droit… Sans compter que les propos de la Ligue ont créé davantage de haine à l'égard des LGBT+ ». En effet, le 24 octobre, le mouvement d'extrême-droite Azione Frontale a placardé des affiches (voir ci-dessous) sur le local du Gay Center. Le message inscrit ? « Un enfant n'est pas un caprice pour des hommes gâtés ! ».   [caption id="attachment_18666" align="aligncenter" width="1024"] L'affiche homophobe placardée fin octobre sur le Gay Center, à Rome - Facebook[/caption] Plus tôt dans le mois, l'association catholique ProVita et Generazione Famiglia (l'équivalent de la Manif pour tous) avaient lancé une campagne sous le hashtag #stoputeroinaffitto (traduction: « stop utérus à louer ») à Rome, Turin, Milan et Naples. Des affiches avaient été collées dans les rues, montrant un bébé dans un caddie en train de pleurer, un code barre sur le torse. Au fond de l'image, deux hommes, identifiés comme "géniteur 1" et "géniteur 2", posent à côté du message : « Deux hommes ne font pas une mère ».
« Nous sommes bien conscients de la position LGBTphobe d'une partie du gouvernement mais la meilleure façon de commencer cette lutte, c'est de la mener au sein des institutions »
Devant ces attaques répétées, tout le monde ne partage pas la même réaction. Fabrizio Marrazzo « espère ouvrir le dialogue avec le gouvernement » afin que des lois soient mises en place pour lutter contre l'homophobie. Même son de cloche chez Lucia Urciuoli, la présidente de l'Italian GLBT Business Chamber, une association créée en avril 2017 à destination des professionnel.le.s appartenant à la communauté LGBT+. « Nous sommes bien conscients de la position LGBTphobe d'une partie du gouvernement mais la meilleure façon de commencer cette lutte, c'est de la mener au sein des institutions », estime Lucia Urciuoli. « Nous nous sentons oubliés et il faut que ça change », ajoute-t-elle.   [caption id="attachment_18670" align="aligncenter" width="960"] Lucia Urciuoli, présidente de l'Italian GLBT Business Chamber - DR[/caption]

La diversité, une force oubliée par la loi italienne

Le sentiment d'être « oubliée » du système italien n'est pas qu'une sensation pour la communauté LGBT+. Ludmila Acone, docteure en Histoire et spécialiste de l'Italie contemporaine, décrit une situation « très particulière ». « A partir du XIXe siècle, il n'y a pas eu de politique répressive à l'anglaise par exemple, mais plutôt l'idée de dire que l'homosexualité n'existait pas en Italie », explique-t-elle. Mais il faut rappeler que durant la période fasciste, Mussolini a fait sévèrement réprimé l'homosexualité. En ce sens, la juridiction du pays n'a reconnu l'existence des personnes LGBT+ qu'en 2003, avec une loi faisant suite à une résolution du Parlement européen, interdisant les discriminations basées sur l'orientation sexuelle dans le monde du travail. Il s'agit de la seule loi protectrice des droits LGBT+ en Italie. « Et elle n'est même pas efficace », dénonce Fabrizio Marrazzo. « On a souvent des cas où les employeurs trouvent des faux motifs pour licencier des salariés, après avoir réalisé qu'ils étaient LGBT+ : la loi ne les protège pas ». Licenciements abusifs, possibilités limitées d'embauche et d'évolution dans sa profession, difficulté de faire son coming out dans son environnement professionnel… L'amélioration des conditions de travail des personnes LGBT+ est un enjeu de taille en Italie. « Nous devons nous servir des entreprises pour assurer une meilleure représentation de la communauté LGBT+ dans la société », assure Lucia Urciuoli. « Notre but, c'est d'aider les professionnels à revendiquer la diversité comme une force en l'utilisant dans leur stratégie commerciale ; comme ce qui est fait à la Libreria Tuba ». On retrouve la dimension inclusive du lieu à travers l'organisation de festivals d'écrivaines et d'autrices de BD. « On veut impliquer le plus de personnes possibles et dépasser les préjugés que les gens pourraient avoir vis-à-vis de nous avec une proposition culturelle riche, dans laquelle chacun peut trouver son compte », explique Sarah. « C'est une question qui nous concerne tous : avoir un monde varié est une richesse », insiste la trentenaire.
« En Italie, dire que les hétérosexuels sont supérieurs aux LGBT+ n'est pas illégal »
C'est pour préserver cette richesse que le Gay Center travaille sur un projet de sensibilisation dans les écoles avec l'association Arcigay, fondée en 1985. « Le suicide des jeunes LGBT+, victimes de harcèlement à l'école et du rejet de leurs parents, est un véritable fléau », explique Fabrizio Marrazzo. « En Italie, dire que les hétérosexuels sont supérieurs aux LGBT+ n'est pas illégal : comment s'étonner que des adolescents soient harcelés par leurs camarades et que leurs professeurs cautionnent ? ». En effet, le regain d'agressions LGBTphobes n'a pas attendu l'arrivée de la Ligue au pouvoir. La loi italienne ne reconnaissant pas le délit d'agression liée à l'orientation sexuelle, il n'existe pas de statistiques sur le sujet, mais Ludmila Acone a constaté une recrudescence de ces actes ces dernières années. Ils seraient le fait de la montée de certaines idées d'extrême-droite, à l'instar de celle des groupes néo-fascistes qui se revendiquent de Mussolini et se manifestent à l'échelle locale. « Avec la tradition d'un certain virilisme, ils considèrent, entre autres, que l'homosexualité amoindrit l'image du mâle italien », soupire Ludmila Acone. C'est pour offrir un soutien aux personnes LGBT+ victimes de ces violences que Fabrizio Marrazzo a participé à la création de la Gay Help Line en 2005. Pus de 20 000 personnes contactent le service chaque année, que ce soit par téléphone, email ou par chat, via l'application Speakly. « On nous demande de l'aide pour faire son coming-out, on nous rapporte des actes de violence, de harcèlement à l'école, de discrimination au travail… », énumère Fabrizio Marrazzo. L'activiste est inquiet : la Gay Help Line a peu de moyens financiers et est maintenue grâce au volontariat. « Je ne peux pas affirmer avec certitude qu'elle sera encore active dans deux ans », souffle-t-il. Maintenant plus que jamais, celles et ceux que nous avons rencontrées, ont conscience que ce n'est pas le moment de baisser les bras." ["post_title"]=> string(100) "À Rome, une librairie féministe et LGBT+ au cœur de la résistance face au gouvernement populiste" ["post_excerpt"]=> string(443) "Depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition populiste, la communauté LGBT+ italienne fait face aux déclarations LGBTphobes du gouvernement. Retour en force de l'image du « mâle viril italien », manque de reconnaissance devant la loi, harcèlement à l'école et discriminations dans le monde professionnel… Dans un contexte très "particulier", les activistes que nous avons rencontré.e.s à Rome sont bien décidé.e.s à résister." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(95) "a-rome-une-librairie-feministe-et-lgbt-au-coeur-de-la-resistance-face-au-gouvernement-populiste" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-01-10 14:59:26" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-01-10 13:59:26" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=18665" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15264 (24) { ["ID"]=> int(16647) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-10-03 16:21:57" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-10-03 14:21:57" ["post_content"]=> string(5780) "Alors que les discours des anti-vaccins se répandent comme la vérole sur le bas clergé via les réseaux sociaux, quelques voix contestataires s'élèvent pour rappeler que ces choix de vie n'engagent pas que celles et ceux qui les décident pour leur personne. En effet, les immunodéprimé.e.s (vivant avec le VIH, se battant contre une leucémie, greffé.e.s, en traitement intensif de corticoïdes...) risquent de subir les conséquences des anti-vaccination, voire même, de payer le prix fort. La professeure Dominique Salmon, infectiologue à l'hôpital parisien de l'Hôtel-Dieu, nous explique cette dangereuse incidence.

Komitid : Pourquoi une telle popularité pour le discours anti-vaccins actuellement ?

Dominique Salmon : La vaccination est un acte de prévention : les gens ne sont pas malades, ils se font vacciner pour prévenir quelque chose. Autant quand on est malade on veut bien d'un médicament, autant lorsque l'on est en bonne santé, on n'a pas cette réflexion là, on ne voit pas l'intérêt du vaccin. Du coup, les gens ne se font pas vacciner, la maladie revient puis on a des rougeoles, des pneumonies... et là, face à ces maladies graves, les gens ont de nouveau la démarche de se faire vacciner et la maladie disparaît encore une fois. Et là, la question des effets secondaires devient centrale. Quand la maladie est là et touche une personne sur 100, qu'il y ait un effet secondaire qui puisse toucher une personne sur 100 000 ou sur 1 000 000 ne pose pas de problème, on ne voit que le bénéfice du vaccin. Mais si la maladie a presque disparu, ne touchant par exemple qu'une personne sur 100 000, et que les effets secondaires se manifestent aussi chez une personne sur 100 000 ou sur 1 000 000, on voit plus les effets secondaires, voire même, on ne voit plus que ça, au détriment de la protection apportée par le vaccin.
« Il faut avoir une attitude responsable et se souvenir que la vaccination est un acte collectif »
Ce mouvement anti-vaccin n'est pas nouveau, ces discours ont toujours existé, depuis l'invention de la vaccination. À partir du moment où une vaccination est très efficace, la maladie disparaît. Donc les gens se disent qu'il ne sert à rien de se faire vacciner, de faire vacciner son enfant. Puisque la maladie est désormais rare et que les autres sont vacciné.e.s, les gens se pensent protégés. C'est quelque chose de cyclique. C'est lié au fait que la vaccination est un acte préventif, ce qui nécessite une attitude tournée vers la prévention et ce n'est pas le fort des français.es. Il faut avoir une attitude responsable et se souvenir que la vaccination est un acte collectif.

Quelle est l'incidence des personnes anti-vaccination sur les personnes immunodéprimées ?

Le choix des anti-vaccins a un impact très important car les personnes immunodéprimées ont plus de risques de contracter une infection. Les immunodéprimé.e.s, que ce soient les patient.e.s VIH ou les greffé.e.s, vont faire beaucoup plus d'infections, par exemple à pneumocoque. Le risque peut être multiplié par dix, vingt, voire trente ! Les personnes qui ne se vaccinent pas ont une responsabilité.
« Une personne qui ne se fait pas vacciner représente un risque »
Une personne qui ne se fait pas vacciner représente un risque. Les immunodéprimé.e.s, on leur demande de se faire vacciner, mais aussi de faire vacciner aussi l'entourage. Dans une famille, on va essayer de le ou la protéger, mais la vaccination ne prend pas toujours. Donc on va demander aussi à ce que les parents, les enfants, tout l'entourage soit vacciné, par exemple pour la rougeole, ou la varicelle.

Que faire au quotidien pour préserver la santé les personnes immunodéprimées ?

Ce n'est pas facile, il faut avoir le sens des responsabilités et le réflexe de penser collectif... et c'est pour ça qu'on n'y arrive pas en France. Voilà pourquoi la ministre de la Santé Agnès Buzyn a fait en sorte que la vaccination soit obligatoire pour les enfants, autrement c'est difficile d'avancer sur le sujet. En ce moment, par exemple, il y a une nouvelle épidémie de rougeole : cette épidémie part d'écoles, mais à partir du moment où un enfant vient à l'hôpital, cela va se transmettre aux soignant.e.s et aux personnes hospitalisées... et ça touche des personnes immunodéprimées.
« Les mesures d'hygiène sont importante, pas que les vaccinations »
Les mesures d'hygiène sont importantes, pas que les vaccinations. C'est toujours important de bien se laver les mains, de porter un masque si on tousse, ou au moins de le faire dans son bras ou un mouchoir. Faire attention à ce qu'on mange, aussi, notamment des choses pas ou mal cuites, qui représentent le risque de contaminer par des bactéries. Et côté vaccination pour les personnes LGBT+, il faut rappeler qu'il y a des vaccins qui leur sont expressément recommandés, indépendamment du VIH . Il s'agit des vaccins contre l'hépatite B, efficace à 95 %, contre l'hépatite A, il y en a beaucoup en ce moment surtout à Paris et le vaccin dure 20 ans et, très important aussi, et contre le papillomavirus. Transmis par voie sexuelle, le HPV donne des condylomes mais aussi des cancers : cancer du pénis, cancer du col utérin, cancers ORL..." ["post_title"]=> string(116) "3 questions à Dominique Salmon, infectiologue, sur l'incidence des anti-vaccins sur les personnes immunodéprimées" ["post_excerpt"]=> string(90) "« Une personne qui ne se fait pas vacciner représente un risque pour les autres. » " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(110) "3-questions-a-dominique-salmon-infectiologue-sur-lincidence-des-anti-vaccins-sur-les-personnes-immunodeprimees" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-10-03 16:21:57" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-10-03 14:21:57" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=16647" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [4]=> object(WP_Post)#15292 (24) { ["ID"]=> int(459) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-02 09:15:26" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-02 07:15:26" ["post_content"]=> string(5248) "Militante LGBT+ en Russie, Sasha Dvanova, connaît bien la lesbophobie : elle a dû changer de profession à la suite de l’acharnement de ses collègues. Maintenant réfugiée en France, elle a été forcée de fuir sa terre natale à cause de son activisme au sujet des droits des personnes migrantes. Un combat qu'elle mène encore dans son pays d'accueil. Rencontrée dans une brasserie parisienne, elle raconte son histoire un verre de vin à la main entre deux cigarettes.

Dans quel contexte êtes-vous arrivée en France ?

Sasha Dvanova : En Russie, je n’étais pas que militante queer, j’étais aussi très active sur les droits des personnes immigrées, qui, dans un contexte post-colonial raciste y sont traitées comme des esclaves. Fin août 2016, 17 travailleuses originaires du Kirghizistan (en écrasante majorité, ndlr), sont mortes dans l’incendie de l’entrepôt d’une imprimerie moscovite qui ne respectait pas les normes de sécurité. En colère et bien démunie, j’ai voulu faire un geste citoyen symbolique en déposant des fleurs devant l’ambassade du Kirghizistan. Là, j’ai vu que les flics profitaient du moment de recueillement pour faire des contrôles au faciès. Furieuse, j’ai pris des photos et je les ai postées sur Facebook pour dénoncer l’indécence de cette démarche. Mon post est devenu viral en quelques minutes. Dans les jours qui ont suivi, je me suis mise à recevoir des appels anonymes auxquels je n’ai pas répondu. Puis un numéro a fini par apparaître. À un chiffre près, il correspondait à celui d’une antenne locale du FSB (agence considérée comme principal successeur du KGB, ndlr). J’ai profité d’un visa touristique, obtenu afin de voyager en France et en Europe, pour quitter la Russie. Celui de mon amoureuse n’était plus valide. Elle n’a pu me rejoindre, à Marseille, qu’un mois plus tard.

Que pensez-vous de la politique d’accueil des réfugiés et réfugiées LGBT+ en France, et comment l’améliorer ?

S.D. : Alors… J’ai combien de jours pour répondre ? [rires] À l’instant T, il s’agit plus de ne pas empirer la situation plutôt que de l’améliorer. Si le projet de loi asile-immigration passe, il impactera à la fois les personnes qui demandent l’asile, réfugiés et réfugiées, et les membres des administrations à qui ils et elles auront affaire. Il est hypocrite de dire qu'on va faciliter la situation des personnes migrantes en raccourcissant les délais de traitement de leurs dossiers. Les officiers de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et les juges de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) n'auront pas d'autre choix que de prendre des décisions arbitraires ! De plus, il n’y a pas de dispositions spécifiques prévues pour les personnes migrantes LGBT+ en France. Les administrations concernées semblent voir les flux migratoires comme un éternel arrivage de familles hétérosexuelles… Le système d’accueil est pensé de manière très hétéronormée, il faut absolument faire quelque chose ! Difficulté supplémentaire : il y a trop peu d’intersections entre les associations LGBT+ et les associations d’aide aux personnes migrantes.

À la fois réfugiée queer et activiste dans l’accueil de réfugiés et réfugiées LGBT+, quel message aimeriez-vous adresser aux autorités françaises ?

S.D. : Mon expérience ne ressemble pas à celle de la plupart des personnes réfugiées, on a eu de la chance d’avoir un dénouement heureux. Je me sens donc plus à l’aise pour parler du sujet en tant que bénévole qu’en tant que réfugiée. J’ai très envie de démonter le cliché « les étrangers viennent percevoir des aides en France ». Toutes les personnes réfugiées que je croise ou que j’accompagne veulent se mettre à étudier ou à travailler au plus vite, faire partie de la société, devenir indépendantes et s’intégrer ! Je n’en connais pas une seule qui ait pour but de profiter des allocs. Ceci dit, vivre grâce aux aides de l’État n’est pas une mauvaise chose en soi. En ce qui me concerne, c’est ce qui me permet de consacrer toute mon énergie à des activités associatives, notamment auprès d’Urgence Homophobie (anciennement Urgence Tchétchénie, ndlr).  

Propos recueillis et traduits du russe par Olga Volfson

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Gênant et inquiétant : panique sérophobe au sujet de l'Aquarius en Italie

Publié le

Les autorités régionales italiennes voudraient se prémunir des passagèr.e.s de l'Aquarius, dont les vêtements seraient, entre autres, « porteurs du VIH ». Désolation et désintox.

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Gênant et inquiétant : panique sérophobe au sujet de l'Aquarius en Italie - Gerard Bottino / Shutterstock

Alors que l’Aquarius, navire affrété par SOS Méditerranée et appuyé par Médecins sans frontières pour venir en aide aux personnes migrantes mises en danger en pleine mer, est encore bloqué à Marseille, la justice italienne demande son placement sous séquestre. Une enquête a également été ouverte sur les membres de l’équipage du bateau, qui a permis de sauver plus de 30 000 vies depuis l’année 2016.

D’après Le Monde, le vaisseau humanitaire serait « soupçonné d’avoir fait passer vingt-quatre tonnes de déchets potentiellement toxiques pour des déchets classiques ». La majorité des médias français n’étaye pas davantage la question de la toxicité des dits déchets, mais la presse britannique explique que le cœur de la discorde se fait sur l’étiquetage de vêtements à jeter en catégorie « déchets spéciaux » plutôt que « déchets toxiques ». Pourquoi ? Parce que ce mardi 20 novembre, les procureurs de Catane en Sicile auraient affirmé que ces pièces d’habillement pourraient apporter des maladies infectieuses dans le pays, notamment la méningite, la tuberculose, et… le VIH, rapporte le Guardian. Un Kamoulox qui serait drôle s’il n’était pas aussi tragiquement significatif d’une politique xénophobe teintée de sérophobie.

« Cela aurait paru ridicule même parmi les fausses informations des années 1980 » : l’intox sérophobe au service d’une politique xénophobe

Piqûre de rappel pour les personnes qui n’auraient pas suivi ce que les militant.e.s de la lutte contre le sida et la sérophobie martèlent à longueur d’année : le VIH n’est transmissible que par le sang, le sperme, le liquide pré-séminal, les sécrétions vaginales et le lait maternel. Et certainement pas par le biais de vêtements. Interrogée par The Independant, la directrice du National Aids Trust, Deborah Gold, a commenté : « Cela aurait paru ridicule même parmi les fausses informations des années 1980, alors en 2018… Les migrants et les demandeurs d’asile ont toujours été attaqués par des mythes sur le VIH et les maladies infectieuses : nous condamnons cette stigmatisation des personnes vivant avec le virus VIH et des migrants fuyant les épreuves ».

« Il est ironique de constater que nous continuons à entendre ce type de propos alors que nous approchons de la trentième Journée mondiale de lutte contre le sida  », a-t-elle poursuivi, appelant à des excuses pour « la diffusion de cette absurdité dangereuse qui nuit aux efforts internationaux de sensibilisation » et exhortant les autorités de revenir sur leur décision. Décision du parquet de Catane que, par ailleurs, le ministre de l’Intérieur italien issu de la Ligue du Nord — parti d’extrême droite italien — connu pour sa position anti-immigration a salué de la déclaration suivante : « Il me semble que j’ai bien fait de fermer les ports italiens aux organisations non gouvernementales ».

Pour l’association Médecins sans frontières, interrogée par Le Monde, cette procédure judiciaire est «  mise en œuvre dans l’unique but d’empêcher les actions médicales et humanitaires pour sauver des vies en mer en les criminalisant encore davantage ». Dans un communiqué, le directeur général de MSF Italie Gabriele Iminente a dénoncé une véritable campagne de diffamation : « Le seul crime que nous voyons aujourd’hui en Méditerranée est le démantèlement total du système de recherches et de secours ».

  • phil86

    Quelle misère de diffuser ce genre d’intox sciemment juste pour nuire aux migrants et par ricochets… aux séropos ! Italie, politique de fachos !