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Gênant et inquiétant : panique sérophobe au sujet de l'Aquarius en Italie

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Les autorités régionales italiennes voudraient se prémunir des passagèr.e.s de l'Aquarius, dont les vêtements seraient, entre autres, « porteurs du VIH ». Désolation et désintox.

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Gênant et inquiétant : panique sérophobe au sujet de l'Aquarius en Italie - Gerard Bottino / Shutterstock

Alors que l’Aquarius, navire affrété par SOS Méditerranée et appuyé par Médecins sans frontières pour venir en aide aux personnes migrantes mises en danger en pleine mer, est encore bloqué à Marseille, la justice italienne demande son placement sous séquestre. Une enquête a également été ouverte sur les membres de l’équipage du bateau, qui a permis de sauver plus de 30 000 vies depuis l’année 2016.

D’après Le Monde, le vaisseau humanitaire serait « soupçonné d’avoir fait passer vingt-quatre tonnes de déchets potentiellement toxiques pour des déchets classiques ». La majorité des médias français n’étaye pas davantage la question de la toxicité des dits déchets, mais la presse britannique explique que le cœur de la discorde se fait sur l’étiquetage de vêtements à jeter en catégorie « déchets spéciaux » plutôt que « déchets toxiques ». Pourquoi ? Parce que ce mardi 20 novembre, les procureurs de Catane en Sicile auraient affirmé que ces pièces d’habillement pourraient apporter des maladies infectieuses dans le pays, notamment la méningite, la tuberculose, et… le VIH, rapporte le Guardian. Un Kamoulox qui serait drôle s’il n’était pas aussi tragiquement significatif d’une politique xénophobe teintée de sérophobie.

« Cela aurait paru ridicule même parmi les fausses informations des années 1980 » : l’intox sérophobe au service d’une politique xénophobe

Piqûre de rappel pour les personnes qui n’auraient pas suivi ce que les militant.e.s de la lutte contre le sida et la sérophobie martèlent à longueur d’année : le VIH n’est transmissible que par le sang, le sperme, le liquide pré-séminal, les sécrétions vaginales et le lait maternel. Et certainement pas par le biais de vêtements. Interrogée par The Independant, la directrice du National Aids Trust, Deborah Gold, a commenté : « Cela aurait paru ridicule même parmi les fausses informations des années 1980, alors en 2018… Les migrants et les demandeurs d’asile ont toujours été attaqués par des mythes sur le VIH et les maladies infectieuses : nous condamnons cette stigmatisation des personnes vivant avec le virus VIH et des migrants fuyant les épreuves ».

« Il est ironique de constater que nous continuons à entendre ce type de propos alors que nous approchons de la trentième Journée mondiale de lutte contre le sida  », a-t-elle poursuivi, appelant à des excuses pour « la diffusion de cette absurdité dangereuse qui nuit aux efforts internationaux de sensibilisation » et exhortant les autorités de revenir sur leur décision. Décision du parquet de Catane que, par ailleurs, le ministre de l’Intérieur italien issu de la Ligue du Nord — parti d’extrême droite italien — connu pour sa position anti-immigration a salué de la déclaration suivante : « Il me semble que j’ai bien fait de fermer les ports italiens aux organisations non gouvernementales ».

Pour l’association Médecins sans frontières, interrogée par Le Monde, cette procédure judiciaire est «  mise en œuvre dans l’unique but d’empêcher les actions médicales et humanitaires pour sauver des vies en mer en les criminalisant encore davantage ». Dans un communiqué, le directeur général de MSF Italie Gabriele Iminente a dénoncé une véritable campagne de diffamation : « Le seul crime que nous voyons aujourd’hui en Méditerranée est le démantèlement total du système de recherches et de secours ».

  • phil86

    Quelle misère de diffuser ce genre d’intox sciemment juste pour nuire aux migrants et par ricochets… aux séropos ! Italie, politique de fachos !