Emil, de la chaîne YouTube « Chez Papa Papou », nous raconte les coulisses du Tour de France des Familles

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Le youtubeur ouvertement gay et papa, explique les origines du Tour de France des Familles et ses partis pris de tournage pour Komitid.

Emil, créateur de la série vidéo le « Tour de France des familles » - Photo DR

La série Le Tour de France des Familles est désormais achevée. Les huit vidéos, à la rencontre de familles homoparentales et transparentales, qui restent encore trop souvent invisibilisées dans les médias sont entièrement disponibles ici. Le créateur de cette série Emil — lui-même gay et papa — gère la chaîne YouTube sur l’homoparentalité Chez Papa Papou. Cet été, il a sillonné la France à la rencontre de huit familles qui vivent des situations variées : un papa, deux papas, deux mamans, deux papas et deux mamans… Nous avons voulu en savoir un peu plus sur les origines de cette série qu’il a réalisée pour Komitid et les parti pris de son créateur.

Emil, vous êtes venus proposer à Komitid de réaliser cette série de vidéos le « Tour de France des familles »… Pourquoi ?

Pendant longtemps, la société française a nié les familles homoparentales et transparentales, même si elles existaient. L’idée, c’était de redonner la parole à ces familles, de montrer que oui, elles sont là, qu’elles ont un quotidien tout ce qu’il y a de plus commun et que les enfants y grandissent normalement… Ça devenait tellement insupportable pour moi d’entendre dans les médias en permanence des gens venir propager de la haine contre nos familles, de façon totalement gratuite et bien souvent sans contradiction en face. Je voulais vraiment donner à voir et écouter tous ces parents et tous ces enfants, dans l’espoir de contribuer peut-être un petit peu à faire évoluer les mentalités !

C’est une série de vidéos qui met en avant une grande diversité de situations familiales… Avez-vous rencontré des difficultés particulières pour obtenir une représentation la plus variée possible ?

Dès le départ du projet, j’ai souhaité aller chercher de la diversité dans la diversité. Car aussi vrai que toutes les familles ne sont pas pareilles, toutes les parentalités LGBT ne se ressemblent pas non plus et c’est tant mieux ! Par chance, la diffusion de l’appel à témoins nous a permis d’aboutir rapidement à un casting plutôt riche, aussi bien dans les profils représentés que dans les différents modes d’accès à la parentalité (PMA, GPA, adoption, etc.). En toute honnêteté, le vrai défi a été de trouver une famille en coparentalité, c’était très important de parler aussi de ce schéma familial, mais il fallait pour cela réussir à mobiliser les quatre parents en même temps et qu’ils soient toutes et tous partants pour témoigner… mais on a finalement réussi !

L’autre contrainte que je me suis imposée personnellement, c’était de sortir des villes et d’aller en régions, un peu partout dans l’Hexagone. J’avais la hantise que ce Tour de France ne se transforme à l’arrivée en Tour de l’Île de France, et c’était impensable à mes yeux…

« Je voulais vraiment qu’on se laisse guider par ce que ces familles souhaitaient nous livrer de leurs anecdotes, de leurs projets, de leurs loisirs, de leurs engagements »

On sent un parti pris feel good dans ces vidéos. Vous n’abordez pas tellement les difficultés que peuvent rencontrer ces familles. Pourquoi ? Que voulez-vous transmettre au travers de cette série ?

Le but, ce n’était pas de refaire encore et encore ce qu’on voit déjà absolument partout, de cocher toutes les cases du reportage type sur l’homoparentalité : le regard des autres, le côté « bêtes curieuses », le soi-disant rôle maternel et le soi-disant rôle paternel, qui a mis sa petite graine, les difficultés administratives de filiation, avec toujours ces questions sous-jacentes : « Seront-ils être de bons parents ? Vont-ils être à la hauteur ? »… Au secours ! Là, je voulais vraiment qu’on se laisse guider par ce que ces familles souhaitaient nous livrer de leurs anecdotes, de leurs projets, de leurs loisirs, de leurs engagements… La vie tout simplement, avec beaucoup d’humanité et de fraîcheur ! Si ça transparaît comme feel good, alors tant mieux, c’est que ces familles vont vraiment hyper bien ! Et je crois que c’est le cas.

Franchement, on le sait déjà qu’il faut soulever des montagnes pour fonder une famille quand on est un couple de même sexe en France ! Et que parfois, ça n’aboutit même pas. Cette série, c’est aussi un message d’espoir adressé aux jeunes LGBT+ qui s’apprêtaient peut-être à enterrer leurs rêves de parentalité. Voir des familles homoparentales ou transparentales heureuses, c’est quelque chose de précieux.

Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont particulièrement marqué et interpellé au cours des différents tournages ?

À titre personnel, j’ai été particulièrement sensible à la bouleversante histoire d’adoption de Matthieu, Ludovic et Pierre. En effet, nous sommes aujourd’hui mon mari et moi, en parcours d’adoption pour agrandir la fratrie, et même si nos espoirs sont quand même très très minces, on se rattache à notre agrément en pensant à cette phrase de Matthieu : « À partir du moment où il y a une chance, c’est déjà important ! »

Vous êtes gay et papa d’un petit garçon né d’une GPA… C’est une dimension qui apparaît dans cette série… Qu’est-ce que cela apporte selon vous, aussi bien sur la série en général, que dans les échanges avec les témoins ?

Ce qui est partagé avec toutes ces familles, et ce qui nous rapproche de fait, c’est à quel point nous avons toutes et tous patiemment mûri et construit notre projet de fonder une famille. Toutes les questions que nous avons dû nous poser, toutes les précautions que nous avons prises, tout le cheminement psychologique vers notre parentalité future. Aucun et aucune d’entre nous n’est devenu parent par accident, certaines et certains (comme nous) ont même dû s’exiler à l’étranger pour concrétiser ce rêve… et tout cela, ça marque les futurs parents, et ça contribue à décupler l’amour au moment où les enfants arrivent. C’est peut-être ce bagage commun qui donne une saveur complice et décomplexée à nos échanges.

La diffusion de la série est presque complète, quelles suites comptez-vous donner à cette série ? Avez-vous des projets particuliers autour des familles homoparentales et transparentales ?

J’aimerais beaucoup repartir en tournage ! Il faudrait que j’en parle à Komitid d’ailleurs… (rires). Mais, dans le prolongement de cette série, je me sens la responsabilité d’en faire beaucoup plus autour des parentalités LGBT, pour mieux visibiliser et expliquer toutes ces situations, surtout dans le contexte actuel. Il est impératif de faire reculer les idées reçues qui entraînent de l’homophobie ou de la transphobie contre les parents et contre les enfants encore aujourd’hui. C’est pourquoi je compte bien continuer à proposer des contenus optimistes et inspirants sur ma chaîne YouTube Chez Papa Papou, avec aussi l’espoir d’ouvrir ensuite une seconde chaîne, cette fois entièrement dédiée aux familles, et conçue avec elles, pour pouvoir y accueillir plus de portraits, d’interviews, de reportages, de formats ludiques et pédagogiques. D’ailleurs, j’ai récemment ouvert une page Tipeee afin d’essayer de réaliser avec toutes celles et tous ceux qui souhaiteraient m’y aider, ce nouveau grand projet de visibilité de nos familles.

  • epikouros

    BRAVO ET MARCI pour cette formidable saga de l’Amour ! J’ai aussitôt alerté mes ami(e)s et proches. Voici mon message accompagnant le LIEN :
    Ce dimanche soir, 18 novembre 2018

    Hello, j’ai été vivement concerné et touché par ces quelques histoires de paternité et d’adoption.
    Je me permets de les partager à mes meilleur.e.s ami.e.s.
    Comme j’ai milité pendant une dizaine d’années à l’APGL (Association des Parents et Futurs Parents Gays et Lesbiens)… que j’ai la chance et le bonheur d’avoir 4 merveilleux (grands) enfants… également la fierté de ne pas avoir honte « d’en être »… comme, par ailleurs, KOMITID fait du bon boulot et a particulièrement réussi cette coupe transversale de la société française… loin des idéologies castratrices et du moralisme rabat-joie, très loin des combats d’arrière-garde de certaines associations (cathos) plus rétrogrades et homophobes qu’elles veulent bien l’avouer !… bref, tout baigne et l’Avenir continue de s’ouvrir et de se diversifier…

    …puisque tout ce que nous donnons aux uns (même et surtout aux + petits), nous ne le reprenons pas aux autres !

    Vive la Vie, surtout lorsqu’elle est généreuse, multiforme voire socialement stupéfiante !

    Merci de ton attention.

    Bonne soirée dominicale.

    Très cordialement

    Michel à Boulogne-Billancourt