Selon les dernières estimations relayées par les assos abolitionistes, entre 80 et 90 % des TDS qui exerceraient dans la rue seraient des migrant.e.s et 62 % du travail sexuel se ferait via internet. « On se cache derrière la rhétorique de la protection mais en fait, cette loi de pénalisation des clients impacte surtout les TDS les plus précaires. À savoir les personnes migrantes et sans papiers », poursuit Robin. « Il y a encore beaucoup de harcèlement policier », constate Mimi, des Roses d'Acier, collectif de TDS chinoises de Belleville. « Avant, avec la loi sur le racolage, la police observait en permanence les filles. Aujourd'hui, elle suit les clients et contrôle les papiers des travailleuses du sexe, ce qui les oblige à travailler la nuit plutôt qu'en journée. Affirmer le contraire montre une incompétence du Nid sur le terrain. » « J'invite le Nid à se rendre sur ce que l'on appelle le Darknet et regarder ce qu'il s'y passe », dit fermement Axelle de Sade. « Quand je vois qu'on propose une mineure, de 14 à 15 ans, on l'amène chez vous, pendant 15 jours à un tarif de 1500 euros, qu'on vient la rechercher et que si vous la gardez le mois entier, on vous fait une faveur à 2700 euros... Je pense que le Nid devrait d'abord se pencher sur ces cas de traite, extrêmes ».

Prostitution, proxénétisme, traite : chiffres pas très clairs et flou juridique

Le Mouvement du Nid assure rencontrer 5 000 à 6 000 personnes prostituées chaque année et être en lien avec environ 1 000 de celles-ci, sur les 37 000 à 40 000 travailleurs et travailleuses du sexe qui seraient en activité en France. Dans un article de Paris Match daté de février 2018, l’association abolitionniste affirme que 95 % des personnes qui se prostituent le feraient sous la contrainte. Aucune étude officielle ne semble corroborer ce chiffre vertigineux et les seuls qui s’en approchent parlent en fait de la proportion de personnes migrantes à se prostituer dans l’espace public. « Les chiffres sur la traite sont faux », martèle Thierry Schaffauser. « On a quand même des chiffres sur les condamnations sur la traite d'êtres humains en France, qui varient entre 0 et 33 par an. Officiellement, il y a environ 800 condamnations pour proxénétisme par an. Les communications contre la traite d'êtres humains ou l'exploitation sexuelle mélangent les deux ». Face à ces estimations qui suscitent le doute, Sandrine Goldschmidt donne une explication très claire sur la position du Mouvement du Nid, association très impliquée dans la promulgation et l’application de la loi de pénalisation des clients : « On considère que même lorsque la prostitution est choisie, il y a un certain nombre de facteurs déterminants dans le parcours de la personne qui peuvent expliquer ce choix… qui est un choix contraint, en général ». Un positionnement qu’elle continue d’expliciter ainsi : « Pour nous, il n'y a pas de sens à distinguer proxénétisme et traite. Il y a des traites à des fins d'exploitation sexuelle, ça revient à du proxénétisme. Pour nous, la prostitution sans proxénétisme est rarissime ».
« Tout le monde est votre proxénète. Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger »
Il faut dire que la définition du proxénétisme est extrêmement large, en France. « Tout le monde est votre proxénète », ironise Axelle de Sade. « Vos chats, vos enfants, votre compagnon, votre propriétaire, votre boulanger... tous ceux qui ont conscience de votre activité. La définition du proxénétisme se limite à « bénéficier de l'argent du travail du sexe ». Il y a aussi l'interdiction de s'associer, de prodiguer des conseils, alors que c'est vital dans ce métier ». Le problème que posent ces définitions juridiques très ouvertes et l’utilisation de chiffres inexacts, c’est que c’est précisément là dessus que la loi de pénalisation des clients est basée. Et ce, avec une emphase particulière sur le statut de victime des TDS et l’impact de leur métier sur leur santé mentale. La méthodologie des études officielles est remise en cause depuis des années par de nombreuses associations de TDS et de santé communautaire, sans que les pourcentages sensationnalistes ne soient remis en question par l’opinion publique. On peut toutefois noter que l’étude Prost Cost de mai 2015 sur « Le coût économique et social de la prostitution », commandée par le Nid en amont des discussions préparatoires à la loi de pénalisation, a été critiquée par une autre association abolitionniste, pourtant membre elle aussi du collectif Abolition 2012. L’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) a en effet émis des réserves sur la « lecture superficielle » des faits par l’étude, dans une lettre ouverte datée du 28 septembre 2015. Il existe des études indépendantes qui pourraient changer la donne. Notamment celle réalisée par Nicola Mai auprès de 500 personnes prostituées entre mars 2014 et mars 2015. Ses conclusions sont à des années lumières de celles qui sont habituellement relayées : 93 % des interrogé.e.s ont déclaré exercer ce métier de leur plein gré. Parmi les migrant.e.s qui ont répondu, 11 % ont effectivement dit avoir été contraint.e.s au travail du sexe. Quant aux données sur la santé mentale des TDS, il existe aussi une étude qui détaille la manière dont elles sont instrumentalisées dans le débat public. On la doit à la sociologue, diplômée de sciences politiques et sociales Marion David, qui en a fait sa thèse de doctorat en 2008. Alors, pourquoi si peu de visibilité médiatique pour ces études ? Plusieurs des travailleurs et travailleuses du sexe interrogé.e.s par Komitid dans le cadre de cette enquête sont formel.le.s : tout ce qui va à l’encontre du positionnement abolitionniste de l’État français n’est « pas entendable », faisant immédiatement d’elles et d’eux de « méchants proxénètes » et des « négationnistes ». [caption id="attachment_4681" align="alignnone" width="653"]Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid Rapport de l'Amicale du Nid de 2016 sur l'activité 2015 - L'Amicale du Nid[/caption] Dans le rapport d'activité de l'Amicale du Nid de 2016, l'association évoque en fait 17% de victimes de traite, sur les 5147 personnes rencontrées en 2015 par l'asso. Mais ce chiffre, lui, n'apparait jamais dans les rapports et articles de l'époque consultés par Komitid. Quant à l'étude inter-associative révélée par Médecins du Monde le 12 avril 2018, aux chiffres catastrophiques semblant confirmer toutes les craintes des associations de soutien aux TDS, le Mouvement du Nid se contente d'un thread Twitter pour en balayer les conclusions d'un revers de la main... en critiquant la méthodologie employée, car biaisée. « Toute forme d'auto-organisation est violemment attaquée de toutes parts », précise Maîtresse Gilda, co-fondatrice (et ancienne membre) du Strass, travailleuse du sexe depuis plus de 25 ans qui se définit comme « travpédépute ». Contacté par Komitid pour parler de ce bilan alarmant porté par Médecins du Monde, le cabinet de Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, n'a pas donné suite.

Un parcours de sortie qui ne s’en sort pas

La loi de pénalisation des clients de la prostitution dispose d’un volet répressif, à destination de la clientèle, mais également d’un volet social, à destination des TDS. Il s’agit du parcours de sortie de la prostitution. Au programme, une allocation de 330 euros par mois (légèrement augmentée s'il y a un ou des enfants à charge) versée aux personnes souhaitant sortir de la prostitution sur une durée de six mois, renouvelable trois fois. Et la promesse d’une autorisation de séjour de six mois, renouvelable jusqu’à deux ans, pour les personnes en situation de migration ou sans papiers. Mais si ce parcours est porté par les associations, abolitionnistes, agréées, y rentrer est déjà un parcours en soi.
« Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie »
La commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle est composée de travailleurs sociaux et travailleuses sociales, de représentant.e.s de Pôle Emploi et de l’Éducation Nationale. Mais aussi de fonctionnaires de police, de gendarmes et du préfet. C’est une « mise en commun de tous les acteurs qui peuvent aider et soutenir la personne dans l'insertion économique et sociale », affirme Sandrine Goldschmidt du Nid. Mais les critères de sélection pour entrer, et surtout rester, dans le parcours sont très stricts. La notice d’information sur le formulaire de demande pour l’Afis (Aide financière à l’insertion sociale et professionnelle) stipule, en guise de première condition, que l’on doit déjà « être engagé.e dans le parcours de sortie de la prostitution » pour y prétendre. Et s’il y a rechute du ou de la bénéficiaire dans la prostitution, cette aide est interrompue. « Je ne connais personne qui ait entamé ce parcours de sortie », lâche Axelle de Sade, qui fustige l’idée de cette « aumône de 330 euros ». Les associations agréées pour le parcours de sortie trouvent également que ce n’est pas assez. Pour Sandrine Goldschmidt « ce sont de petites sommes, on préfèrerait que ce soit plus ». La responsable de la communication du Mouvement du Nid poursuit « Pour l'instant, celles qui rentrent dans ce parcours, sont vraiment prêtes à sortir de la prostitution, ça ne veut pas dire qu'elles ont d'autres ressources, mais ça veut dire qu'à un moment donné, elles peuvent se débrouiller avec cette somme-là et l'aide des assos, avec l'État de leur côté ». La somme n’est pas cumulable avec les minima sociaux (RSA, ADA, ATA) et ne peut pas être attribuée si la personne justifie de ressources mensuelles supérieures au niveau du RSA. « Dans l'esprit des gens il vaut mieux se faire exploiter que d'être dans le travail du sexe : tout est mieux que de faire la pute », commente Thierry Schaffauser. Depuis la mise en place du parcours de sortie de la prostitution, les associations agréées dénombrent 55 personnes à s’y être engagées. Le gouvernement prévoit 600 personnes en tout d’ici la fin de l’année. Mais les budgets alloués à ce dispositif posent question. En 2017, 3,8 millions d’euros ont été dédiés à l’Afis (sur 6,6 millions au total pour la lutte contre la prostitution) et en 2018, 2,4 millions (sur 5 millions). Que se passe-t-il pour les sommes restantes ? « Ces sommes sont pour les 55 personnes dans le parcours de sortie mais aussi pour toutes les autres personnes que l'on suit, aussi, et qui sont beaucoup plus nombreuses », explique Sandrine Goldschmidt,« On est là dans l'intégralité du processus. Les moyens sont, seraient pour ça. Mais dans la réalité, les 80 % du budget sont pour l'Afis. Ce qui n'est pas utilisé, est en attente pour les prochaines personnes à entrer dans le parcours de sortie ». Les associations de TDS et de santé communautaire non-abolitionnistes dénoncent régulièrement un manque de transparence quant à l’utilisation de ce budget depuis deux ans, ainsi que « la mainmise du Nid » sur la question. Sandrine Goldschmidt répond « Ce parcours repose vraiment sur les épaules des associations : on accompagne des personnes vers la sortie de la prostitution de manière non-officielle depuis des années, en essayant de mobiliser tous les soutiens possibles autour. On aurait besoin de plus de moyens encore, c'est certain. » Mais le discours ne convainc pas. « J'aimerais qu'un jour Élise Lucet enquête sur le business abolitionniste », annonce Maîtresse Gilda, « parce qu'il s'agit de millions d'euros d'argent public chaque année ».

Abolir l’abolitionnisme

« Avec la loi de pénalisation des clients, on a inversé le dispositif : on peut faire de la pub mais on ne peut plus venir nous voir. Il y a un paradoxe qui nous échappe ! », soulève Axelle de Sade. « Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche. Nettoyer la rue de cette tache prostitutionnelle : c'est l'intention politique que je vois derrière cette loi. On cherche à isoler au maximum le travail du sexe, alors que la loi ne l'interdit pas directement ».
« Maintenant, on devient victimes, alors qu'avant nous étions coupables d'inciter à la débauche »
Ce que de nombreux et nombreuses TDS reprochent aujourd’hui à la politique de l’État vis-à-vis de la prostitution va en fait bien au-delà de la loi de pénalisation des clients. « À vrai dire, pour moi comme pour mes camarades, la pente glissante de la dégradation des conditions de travail avait déjà été amorcée depuis longtemps », regrette Maîtresse Gilda. « La loi d'avril 2016 n'aura été qu'un accélérateur mortifère ». « Parmi les gens qui ont voté le texte, il y avait une minorité d'abolitionnistes sérieux, et d'autres, qui cherchaient une autre solution après la fin du délit de racolage, pour continuer à nettoyer les rues, ce qui n'a rien à voir avec le féminisme », analyse Thierry SchaffauserDepuis longtemps, les TDS qui s’organisent entre elles et eux dénoncent une instrumentalisation du féminisme et d’une certaine idéologie chrétienne, par un « clientélisme électoral » au service de la gentrification, comme le décrit Maîtresse Gilda. « Pour un.e élu.e, il faut rassurer les riverains qui se plaignent des nuisances ou s'inquiètent de la morale, mener une politique prohibitionniste, rebaptiser ça « abolitionnisme » et se draper dans sa vertu faussement humaniste, ça paie ». Face à un abolitionnisme d’État qui flirte avec le modèle Suédois, les travailleurs et travailleuses du sexe ont, depuis de nombreuses années, des revendications très simples : l’application du droit commun et la reconnaissance des métiers du travail du sexe. Des mesures qui, selon les associations, permettraient de fait de lutter contre la traite des êtres humains et la prostitution forcée et de garantir un vrai statut pour les TDS. « Il ne s'agit pas non plus de laisser ce statut complètement libre non plus », précise Axelle de Sade. « Il faut quand même mettre des garde-fous, car ce n'est pas tout à fait un métier comme les autres. Ce cadre pourrait s'exprimer par l'autorisation de s'associer, de créer des coopératives, ce qui permettrait de s'assurer que personne ne soit sous le joug de quelqu'un d'autre. En tant qu'individus responsables, on pourrait s'associer pour proposer une offre de service et des conditions d'exercice du métier qui soient bénéfiques à tou.te.s ».
« Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant »
Ce qui est reproché à l’approche abolitionniste du travail du sexe, c’est aussi une forme de paternalisme. Dans les comptes rendus d’activité du Mouvement du Nid, on trouve en effet 77 fois le mot « victime » sur 96 pages en 2015, en amont de la loi, et 44 fois sur 86 pages en 2016. Pour Axelle de Sade, « C'est ça le défi. Changer cette représentation misérabiliste qui fait de nous des victimes, des personnes simples d'esprit qui se retrouvent à faire ça car on n'a pas d'autre choix ». Un combat loin d’être gagné car, comme le souligne Thierry Schaffauser, « Le préjugé qui veut que les TDS mentent est encore très persistant. On ment quand on dit que tout va bien parce qu'on a des intérêts directs économique qu'on est amoureuses de notre proxénète, qu'on est manipulé.e.s... » Comme en 2017, le Strass, les Amis du Bus des Femmes, Les Roses d’Acier, Acceptess Transgenres, Act Up-Paris et de nombreuses associations ont manifesté dans les rues de Paris, pour le second anniversaire de la loi de pénalisation. L’intitulé de l’évènement du 14 avril dernier ? « Bilan Post-loi: les Travailleuses du sexe sacrifiées ». Malgré le soutien et la présence de nombreux collectifs, de nombreuses assos et de militant.e.s de divers horizons, les évènements en soutien aux TDS restent assez peu visibles. « Ce que je déplore, c'est qu'une partie de la communauté LGBT, trop soucieuse de vouloir plaire aux hétérocis et de "donner une bonne image de l'homosexualité" ne veut pas paraître à nos côtés, considère que la question des TDS n'est pas leur combat », pose Maîtresse Gilda. « À croire qu'iels n'aspirent à rien d'autre qu'à se marier, procréer, vivre bourgeoisement et devenir aussi chiantissimes que les hétéros. Alors même qu'au Stonewall Inn c'était une majorité de folles, de tapins, de trans et de travs noir.e.s et latinos qui vivaient dans la rue qui se sont révolté.e.s contre la police corrompue et la mafia qui les exploitaient et les réprimaient. Ce sont les mêmes consensuels mous qui encensent 120 BPM aujourd'hui alors qu'à l'époque ils détestaient Act Up et ne voulaient pas voir que le sida était une question politique. En tant que minorités, nous devrions tout.e.s être solidaires et combattre ensemble : Femmes, Putes, MigrantEs, Séropos, Séronegs, LGBTQIANBXXX ! »" ["post_title"]=> string(109) "Pénalisation des clients de la prostitution : deux ans ferme pour les travailleurs et travailleuses du sexe" ["post_excerpt"]=> string(304) "Le 13 avril 2016, la loi de pénalisation des clients de la prostitution était adoptée. Deux ans plus tard, travailleurs et travailleuses du sexe déplorent une précarisation et des violences, sur lesquelles elles et ils n’avaient pas manqué de prévenir en amont du vote de cette mesure. Enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(52) "penalisation-clients-prostitution-galere-tds-enquete" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-07 18:29:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-07 16:29:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=3491" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [6]=> object(WP_Post)#15271 (24) { ["ID"]=> int(15288) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-09-04 14:38:50" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-09-04 12:38:50" ["post_content"]=> string(5929) "Dans les colonnes de VICE Pays-Bas, Velvet, travailleuse du sexe lesbienne, a décidé de raconter son parcours et son quotidien à Amsterdam. Dans une tribune, celle qui se définit escort, explique que si c'est la nécessité qui l'a amenée au travail du sexe, elle aime son métier, bien qu'il n'ait pas été si simple pour elle de trouver une agence qui lui permette de n'avoir que des femmes comme clientes à ses débuts. Elle a fini par tomber sur The Naughty Woman, qui lui a permis d'exercer dans les conditions qu'elle souhaitait : « Quand je suis arrivée dans leurs bureaux, elles m’ont demandé ce que je pensais de l'industrie du sexe, quelles étaient mes limites et si je savais utiliser un gode ceinture. J’ai été prise ».

De la vision hétérocentrée du sexe lesbien dans les représentations collectives

Velvet raconte que sa clientèle est très diverse, entre vieilles lesbiennes qui font leur coming out sur le tard, femmes hésitant sur leur orientation sexuelle, femmes bisexuelles, gouines épanouies... mais qu'elle travaille également avec de nombreuses femmes hétéros qui cherchent à expérimenter le sexe avec une autre femme, pour pimenter leur vie sexuelle, ou simplement par curiosité. « Ce qui me frappe souvent chez mes clientes hétéros, c'est qu'elles s'inspirent du porno lesbien, et selon moi, ça n'a pas grand chose à voir avec la réalité », confie la travailleuse du sexe. « Elles sont tellement curieuses qu’elles veulent tout essayer en même temps. Elles vous lèchent une seconde et vous prennent avec un gode ceinture la seconde d'après. »
« Le mythe le plus persistant ? La sexualité lesbienne se résumerait à la position des ciseaux »
Un retour d'expérience qui en dit long sur les représentations biaisées du sexe lesbien dans le porno mainstream. « Le mythe le plus persistant ? La sexualité lesbienne se résumerait à la position des ciseaux. C'est faux. Le schéma est différent du modèle hétérosexuel », conclut-t-elle. Velvet explique également que cumuler l'identité lesbienne avec celle de travailleuse du sexe lui vaut bien des questions indiscrètes. « En tant que lesbienne, j’y suis habituée, mais le fait que je sois escort laisse penser aux gens qu’ils ont littéralement le droit de me demander tout ce qu'ils veulent : comment j’amène les femmes à l'orgasme, est-ce que j'utilise des sex toys ou quel est mon taux horaire. »

Prostitution et messages sex positive

« C'est un honneur incroyable de vivre ces moments uniques de la vie d'un être humain »
Tout au long de son récit de vie, l'escort néerlandaise explique à quel point la communication et la complicité sont des points essentiels du travail qu'elle mène avec ses clientes. Notamment auprès de personnes fragilisées par des violences. Elle raconte, entre autres, l'histoire d'une de ses clientes, victime de viol : « J'ai essayé de la mettre à l’aise et de lui expliquer qu'elle ne devrait pas faire quelque chose dont elle n’avait pas envie. Au début, elle avait du mal à se lâcher, mais après lui avoir parlé, elle a commencé à répondre à mes questions, ce qui nous a permis de découvrir ce qu'elle aimait ou non. Je l’ai vraiment vue s’ouvrir durant notre session. Ça a été une belle expérience pour nous deux. C'est, en tout cas, un honneur incroyable de vivre ces moments uniques de la vie d'un être humain. Ces quelques heures peuvent être très intenses, car les vraies émotions ont tendance à se manifester pendant les rapports sexuels. ». Velvet n'oublie pas d'aborder un autre point qui a son importance : la bienveillance de ses clientes à l'égard de son corps. « Contrairement à ce que j'entends au sujet des clients masculins, les femmes ne semblent pas avoir beaucoup d’exigences en ce qui concerne l’apparence physique. En général, elles jettent un coup d'œil à notre petite biographie sur le site et ça suffit. Mais elles peuvent aussi nous demander de leur envoyer une photo ou de porter quelque chose de spécifique, comme du rouge à lèvres ou de la lingerie en dentelle noire. »

Travail du sexe lesbien, la fin d'un tabou ?

Si la question du travail du sexe en général souffre déjà de représentations excessivement misérabilistes ou, à l'inverse, romancées à l'extrême, la prostitution lesbienne semble, elle, presque souffrir d'une invisibilité totale. Les lesbiennes n'existent pas, et les femmes n'ont pas de désir, c'est bien connu...
« Je n’en suis pas fière, mais je n’ai pas honte »
Si le témoignage de Velvet, rare et puissant, est précieux, il est encore plus fort dans l'actualité de cette rentrée, car le hasard a fait qu'il est sorti quelques jours seulement avant une interview de Lily Allen, qui confie avoir fait appel à des escort girls en 2014. En pleine promo de son livre My Thoughts Exactly, la chanteuse bisexuelle a raconté ce passage de sa vie, détaillé dans l'ouvrage, pour « prévenir » son lectorat. « Je n’en suis pas fière, mais je n’ai pas honte », dit-elle de cette expérience. Si la fin du tabou semble encore loin, on peut espérer que l'écho médiatique de la pop star permettra de visibiliser le travail du sexe lesbien auprès du grand public." ["post_title"]=> string(101) "« Mes clientes hétéros singent le porno lesbien » : une travailleuse du sexe lesbienne témoigne" ["post_excerpt"]=> string(133) "Un témoignage rare et précieux sur le travail du sexe lesbien, ainsi que sur les représentations collectives du sexe entre femmes." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(89) "mes-clientes-heteros-singent-le-porno-lesbien-une-travailleuse-du-sexe-lesbienne-temoigne" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-09-04 15:19:02" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-09-04 13:19:02" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=15288" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Un mois après le meurtre de Vanesa Campos, la mobilisation se poursuit

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Un mois après le meurtre de Vanesa Campos, travailleuse du sexe trans, et après une nouvelle agression au Bois de Boulogne, les manifestations et soirées de soutien continuent.

Un mois après le meurtre de Vanesa Campos, femme trans migrante et travailleuse du sexe, au bois de Boulogne, et l'agression d'une autre TDS trans dans ce même bois, la mobilisation ne faiblit pas contre la pénalisation et des violences
Un mois après le meurtre de Vanesa Campos, la mobilisation perdure contre la putophobie et la transphobie - Maëlle Le Corre

Plusieurs semaines après que Vanesa Campos, migrante péruvienne trans et travailleuse du sexe, ait été tuée par un groupe d’hommes au bois de Boulogne, les activistes du travail du sexe et militant.e.s trans continuent de donner de la voix en sa mémoire et pour leurs revendications.

Dans la nuit du 17 au 18 septembre, soit un mois après le meurtre de Vanesa Campos, une autre travailleuse du sexe trans a été agressée dans le bois. Une nouvelle attaque qui n’a fait qu’alimenter l’argumentaire des travailleurs et travailleuses du sexe, qui pointent du doigt la responsabilité de la loi de pénalisation des client.e.s de la prostitution dans l’augmentation de la précarité et des violences subies, et leur colère.

«  Nous ne pouvons pas en rester là » : mobilisation contre la putophobie et la transphobie

Dans son appel à la marche blanche parisienne organisée ce samedi 22 septembre à Paris en mémoire de Vanesa Campos, contre les violences putophobes et la loi de pénalisation des client.e.s de la prostitution d’avril 2016, Acceptess Transgenres reconnaît qu’il y a eu une avancée dans le traitement médiatique (malgré la persistance de certains médias à mégenrer les personnes trans) et judiciaire des agressions de travailleurs et travailleuses du sexe. Mais l’association martèle « nous ne pouvons pas en rester là », dénonçant le harcèlement continu des forces de l’ordre et la menace constante d’agresseurs et voleurs qui s’en prennent aux travailleuses et travailleurs du sexe au bois de Boulogne.

Des travailleuses du sexe absentes de l’université d’été du féminisme

Les militant.e.s du Strass mettent en cause la posture de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes (dont le cabinet n’a pas souhaité répondre à notre enquête sur les deux ans de la loi de pénalisation des client.e. de la prostitution en avril dernier). Si la membre du gouvernement a exprimé son émotion suite à la mort de Vanesa Campos, les questions liées à la sécurité des femmes trans et des travailleurs et travailleuses du sexe ne semblent pas être au cœur de ses préoccupations. Lors de l’université d’été du féminisme les 13 et 14 septembre, aucune organisation les représentant n’a été conviée. Pour dénoncer cette absence, des activistes ont tenté de s’entretenir avec Marlène Schiappa, tentative qui s’est soldée par une évacuation manu militari par la police.

Après la marche blanche parisienne de ce samedi 22 septembre, deux soirées de soutien auront lieu. La première, organisée par le syndicat du travail sexuel, le Strass, aura lieu aux Souffleurs, « en l’honneur des Putes ». La seconde, à l’initiative d’Acceptess Transgenres, du Strass et de la Fédération Trans et Intersexes se tiendra à La Mutinerie, en soutien à la famille de Vanesa Campos.