Limoges : plus d'un mois après avoir été sauvagement agressée, une étudiante trans n'a aucune nouvelle de sa plainte

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Ajda, une étudiante trans réfugiée politique d'un pays du Caucase, a été violemment agressée dans un supermarché de Limoges le 6 août dernier. SOS homophobie, qui a signalé cette agression, demande l'ouverture d'une enquête, plus d'un mois après le dépôt de plainte.

Le parking du Carrefour Market où s'est produit l'agression - Capture d'écran Google Street View / Google Maps
Le parking du Carrefour Market où s'est produit l'agression - Capture d'écran Google Street View / Google Maps

« J’ai toujours cette peur au fond de moi. » Plus d’un mois après le dépôt de la plainte, c’est silence radio. Le 6 août dernier, Ajda*, une étudiante trans de 29 ans, a été sauvagement agressée par un homme près du Carrefour Market dans la zone d’activité du Roussillon, à Limoges (Haute-Vienne). Insultes, menaces de mort… la situation a rapidement dégénéré.

« Il était dans sa voiture accompagné d’une femme, j’ai voulu aller me réfugier dans le supermarché et j’ai vu qu’il s’approchait de moi avec sa voiture, il m’a frôlé, a touché mon bras gauche, mes jambes… », confie Ajda à Komitid. L’individu est ensuite descendu de sa voiture : « Je lui ai demandé pourquoi il avait voulu me percuter, il a commencé à m’insulter « dégage pédé, je te fais ce que je veux, tafiole » », raconte l’étudiante.

L’homme est ensuite rentré dans le supermarché avec la femme qui l’accompagnait. De son côté, Ajda a pensé à prendre en photo sa plaque d’immatriculation. « Il est sorti, je me suis dirigé vers chez moi, j’ai traversé la route, je l’ai entendu crier « chérie, chérie, je viens je t’encule, je te baise » ». L’homme a repris sa voiture et a commencé à prendre en chasse l’étudiante. « Il est arrivé vers moi, il a fait des allers et retours et m’a dit « je ne te lâcherai pas, Limoges est une petite ville je vais revenir je te ferai la peau ». Je me suis planqué derrière une voiture, j’avais peur qu’il me fonce dessus, il avait un bâton qu’il tapait sur sa portière  », se souvient Ajda, encore très choquée de cette agression.

« Je n’ai pas réussi à dormir de toute la nuit »

L’agresseur est finalement reparti et Ajda est retournée au supermarché pour rapporter ce qu’elle venait de vivre. « J’ai expliqué à une dame que je venais de me faire agresser. Elle n’a rien fait, elle est restée bouche bée », indique la jeune fille qui assure n’avoir reçu le soutien de personne malgré les nombreux.ses témoins.

Totalement sonnée par cette agression, Ajda a voulu se rendre au commissariat, mais une personne lui a répondu à l’interphone pour lui indiquer qu’elle devait se présenter au CHU pour attester de ses blessures, ce qu’elle a fait. L’agression lui aura finalement causé une interruption totale de travail (ITT) inférieure à huit jours. Elle est ensuite retournée chez elle : « Je tremblais, j’ai fermé les volets, je n’ai pas réussi à dormir de toute la nuit, j’étais interpellée par le moindre bruit », explique-t-elle.

La police ne retient qu’une simple infraction

Le lendemain de l’agression, Ajda est allée porter plainte auprès d’un officier de police judiciaire de Limoges qui, comme l’atteste le procès verbal consulté par Komitid, n’a retenu des faits q’une simple infraction « d’insultes non-publiques à raison de l’orientation sexuelle ». « Il n’a pas retenu le lieu public, pas retenu la tentative de meurtre alors qu’il a tenté de me foncer dessus. Pareil pour les coups et blessures qu’il n’a pas retenus non plus. J’ai l’impression que mon dossier a été traité d’une manière un peu incompétente, que ce dont j’ai été victime n’a pas été pris au sérieux », déplore Ajda qui assure n’avoir eu aucune nouvelle des forces de l’ordre depuis son dépôt de plainte.

Contactée par Komitid, la police de Limoges n’a souhaité livrer aucune information quant aux suites données à la plainte. Seule la personne en charge de l’accueil à l’hôtel de police a informé Komitid que l’ouverture d’une enquête peut intervenir « jusqu’à trois semaines minimum » après le dépôt d’une plainte. Un délai déjà largement dépassé.

De son côté, l’association SOS homophobie a dénoncé, vendredi 14 septembre dans un communiqué, « l’inaction des services de police » de Limoges. « Les films des caméras de surveillance du centre commercial n’ont pas été réquisitionnés et la photo de la plaque d’immatriculation du véhicule de l’agresseur ne semble pas avoir été exploitée », avance SOS homophobie. L’association exhorte les forces de police à conduire une enquête « dans les plus brefs délais pour que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette agression transphobe » et dit se réserver le droit de se porter partie civile.

*le prénom a été modifié à la demande de la victime qui souhaite conserver l’anonymat le plus total.

  • jaay

    On peut très bien être étudiant.e à 29 ans, que l’on soit en médecine ou non, il y a des gens qui reprennent des études après avoir travaillé, etc…
    Et franchement je ne pense pas que ce soit le plus choquant dans l’affaire. On parle d’une personne qui est victime d’une agression transphobe et pour laquelle la police ne fait rien. Vous avez le sens des priorités.

  • expat

    Étudiante a 29 ans ? Elle fait quoi comme études ? Médecine ? J’ai commencé à lire l’article et quand j’ai lu étudiante à 29 ans, j’ai arrêté net, ce n’est pas crédible.