Une version confirmée par Catherine Michaud, présidente de Gaylib qui avait quitté l’UMP en janvier 2013 : « Derrière la défaite de 2012, l'UMP n'a pas fait son autocritique, loin de là. Ça a même été la surenchère de qui serait le plus à droite. Il n'y a eu aucune notion de pourquoi il y a eu défaite. On a entretenu les militants avec l'idée que Sarkozy était une grande personne de la droite, presqu'un sauveur. On s'est bien rendu compte que ce n'était pas le cas. »
« Derrière la défaite de 2012, l'UMP n'a pas fait son autocritique, loin de là »
Ce qui caractérise ce prisme idéologique est connu : la défense d’un modèle familial (un papa, une maman) décrit comme traditionnel, voire symbole d'un ordre naturel, et un conservatisme total en matière d’avancée des droits des minorités et de ce qui est tout simplement autre. Toutefois, si la ligne de pensée est claire, l’identité des partisans de la Manif pour tous l’est moins. Longtemps présentée comme la marche de tous les catholiques, elle était en fait celle d’une partie des catholiques français, explique Josselin Tricou, sociologue à l'université Paris-8, spécialiste des questions de genre dans la religion catholique : « Attention, le catholicisme contemporain est fragmenté. Là, on a eu un effet de trompe-l'œil, notamment avec des journalistes qui ont parfois cru et fait croire que tous les catholiques étaient dans la rue. Et même ceux qui étaient dans la rue, les moins motivés, une fois que les évêques ont dit "on rentre à la maison", ils l'ont fait. » Mais le cadre idéologique, lui, est resté. Et la Manif pour tous est aussi venue apporter ses troupes les plus motivées, notamment via son émanation politique, le micro parti Sens Commun, créé en novembre 2013. Car si les cadres de la droite ont fini par se rallier aux nombreuses marches des anti, c’est réellement cette organisation qui a fait infuser les idées chez Les Républicains.

Émanation politique

Il est vrai que Sens commun, qui se décrit comme « défenseur des familles », a su s’immiscer dans l’appareil du parti, notamment au niveau local. De « l’entrisme » pour Josselin Tricou : « Au niveau local, on le voit très bien, notamment à la région Île de France, Valérie Pécresse a des membres issus du collectif Manif pour tous dans son cabinet. Un effet très immédiat, c'est qu'elle a arrêté de financer la recherche sur le genre. » « La stratégie de Sens commun était justement de ne pas rester dans l'association, mais de la quitter pour pénétrer LR, sachant que le parti LR avait besoin d'adhérents et que Sens Commun avait besoin d'une organisation partisane puissante », poursuit le chercheur. « Néanmoins, ils ont diffusé leurs idées et il y a maintenant une crainte chez les politiques de rouvrir les questions liées à la démocratie sexuelle. » Valérie Pécresse, la présidente francilienne n’est d’ailleurs pas la seule à avoir installé des partisans de Sens commun dans l'organigramme de sa région. Même histoire chez le patron des Républicains Laurent Wauquiez, à la tête de la région Rhône-Alpes, qui a intégré Anne Lorne ancien pilier de la Manif pour tous à Lyon et déléguée régionale de Sens commun dans son équipe. 

Fillon, meilleur candidat de la Manif pour tous

Rétrospectivement, il est même logique que François Fillon, lui aussi proche des idées des partisans de la Manif pour tous, ait fini par gagner la primaire de la droite en 2016. Dans un article de 2017, Challenges racontait d’ailleurs comment la campagne de l’ancien Premier ministre avait été gangrenée par des cadres de Sens commun. « Finalement, cette frange conservatrice, a trouvé des relais, comme Fillon », raconte Catherine Michaud. « Et Sens Commun a fait un travail de fond dans les territoires. Ce sont des choses que personne n'a anticipé, et que l'on a vu monter trois semaines avant le premier tour de la primaire. »
« Les dirigeants des Républicains se sont recroquevillés sur une ligne identitaire »
Mais la ligne politique adoptée par Fillon, puis Wauquiez, est loin d'avoir plu à tout le monde. Si la famille des Républicains affiche, avec plus ou moins de succès, son soutien à François Fillon pendant la campagne présidentielle, une partie le lâche complètement après la victoire d’Emmanuel Macron lors des législatives. D’un coup, le parti est déserté par certain.e.s de ces représentant.e.s centristes, comme Alain Juppé, tandis que d’autres se mettent en retrait, comme Xavier Bertrand. Ils sont nombreux à quitter le parti, comme Franck Riester, qui a créé son propre parti de centre droit, Agir. Il expliquait son départ dans les colonnes du Figaro en septembre 2017 : « Les dirigeants des Républicains se sont recroquevillés sur une ligne identitaire, autoritaire, eurosceptique et ultra-conservatrice. Une ligne qui les condamne à l'échec. Ils piétinent les valeurs fondatrices de l'UMP. Ainsi, certains d'entre eux ont été incapables d'appeler à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Laurent Wauquiez nous dit qu'il ne fera pas d'alliance avec le Front national mais il tient le même discours. » « La présence de Sens commun, dans la campagne de Fillon, a plus été un prétexte qu’une raison pour les membres de LR de quitter le parti dans un contexte de crise » nuance Josselin Tricou. Reste que ce positionnement, combiné à l’arrivée de Macron sur la scène politique avec une offre pouvant satisfaire les personnes de centre droit, a fait exploser la droite.

« Wauquiez se plantera »

Qui aurait pu imaginer, il y a deux ans, que le candidat de la droite et du centre droit finirait par être éliminé dès le premier tour, en récoltant seulement 20,01 % des suffrages ? Certes, l’affaire du Penelopegate, qui a vu l’ancien Premier ministre être accusé de détournement de fonds, ainsi que la montée d’Emmanuel Macron, ont participé à cette déroute. Mais les idées portées par François Fillon n’ont pas fait recette dans l’opinion. Les électeurs et électrices préférant, au choix, la copie à l’original avec Marine Le Pen, ou un point de vue plus modéré sur les questions sociétales avec En Marche. Les indicateurs ne sont pas non plus très bons pour Laurent Wauquiez. Un récent sondage, réalisé par l’Ifop pour Paris Match, indique même que si la présidentielle se déroulait aujourd’hui, le patron des Républicains ne récolterait que 8 % des suffrages. Un camouflet. Auprès de Komitid, Catherine Michaud confie d’ailleurs que, selon elle, « Wauquiez se plantera ». Tout se passe comme si, avec son positionnement dur sur les questions de société, sur la nationalité et sur les réfugié.e.s, LR s’était enfermé dans un espace politique de plus en plus restreint. L’essayiste Gaël Brustier souligne la naissance d’un nouveau pôle : « La ligne politique défendue actuellement, conservatrice-sécuritaire, se rapproche de celle du Front National. On va avoir un pôle conservateur, nationaliste, souverainiste. Là-dedans, un papa-une maman, ça compte. »

Infusions sociétales

Complètement défaites, alors, les idées de la Manif pour tous ? Non pas vraiment, au vu des bons scores du FN. Mais la grande victoire de l’organisation anti mariage pour tous, c’est qu’elle a réussi à installer ses idées et ses codes dans l’opinion française. Certes, les Français.e.s sont désormais majoritairement pour le mariage pour tous, et il n’y avait d’ailleurs plus que Marine Le Pen pour encore réclamer son abrogation dans son programme de 2017.  Dès 2012, le sujet du « genre » est devenu tabou, même à gauche. « À l'époque de Vincent Peillon, il avait dit "on enseigne pas la théorie du genre à l'école", ce qu'il a fait, c'est qu'il a repris sans le savoir le vocabulaire [de la Manif pour tous, ndlr]» explique Josselin Tricou. « C'est ça la grande victoire de la Manif pour tous : ils ont fait en sorte que tout le monde en parle et, surtout, avec leurs mots. » Un constat partagé par Gaël Brustier « la conversation conservatrice de la droite en 2012 a inhibé la gauche. On le voit bien avec Macron. Il ne va rien faire bouger sur les questions LGBT+, à part la PMA ». La récente sortie du président de la République, promettant de réparer les liens « entre l’Église et l’État » abonde dans ce sens. Hormis la PMA, Macron ne promet rien sur la fin de vie et d’autres avancées sociétales.
« La Manif pour tous a ébranlé le monde catholique de droite »
Reste que les opinions ont évolué, y compris dans la population catholique. « La Manif pour tous a ébranlé le monde catholique de droite », souligne Gaël Brustier. « Si vous prenez les familles qui ont défilé, avec sept ou huit gosses, il y en a souvent un ou deux qui sont LGBT+. Ça a fait exploser les familles et ça leur a fait prendre conscience que tout d'un coup, elles n'avaient pas juste une position "pour" la famille ou la filiation, mais homophobe. » À cela s’ajoute l’effet Pape François, qui, sans être particulièrement progressiste, a laissé la porte ouverte sur les questions liées à l’homosexualité. Les prochaines échéances électorales (les élections européennes en 2019), ainsi que les débats parlementaires entourant l’ouverture de la PMA à tout.e.s permettront de juger de la force de frappe de la Manif pour tous, d’abord dans l’opinion, et ensuite dans le monde politique. Si la tenue des États généraux de la bioéthique est un indice, les anti-égalité ont encore de beaux jours devant eux. " ["post_title"]=> string(63) "Comment la Manif pour tous a fait exploser la droite française" ["post_excerpt"]=> string(308) "En drainant des milliers de personnes dans la rue, la Manif pour tous puis Sens commun, ont donné à la droite un champ idéologique clef en main. Mais ce conservatisme débridé risque de réduire encore plus la place des Républicains, pris en tenaille entre le Front National et la République En Marche." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(32) "manif-pour-tous-droite-explosion" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-27 10:19:40" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-27 09:19:40" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4613" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15275 (24) { ["ID"]=> int(2019) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-28 16:22:50" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-28 14:22:50" ["post_content"]=> string(21977) "Quelle place pour la lutte contre les discriminations dans la région présidée par l'actuel président du parti Les Républicains Laurent Wauquiez ? Peu de temps après son élection à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, début 2016, de nombreuses associations et festivals LGBT+ ont alerté sur une situation de plus en plus intenable. Coupes de subvention, absence d'interlocuteurs au conseil régional... : l'année s'est ouverte sur de très mauvaises perspectives. Les informations à ce sujet ont connu un fort écho dans la presse tant elles concernaient des structures emblématiques de la vie associative et culturelle de la région Auvergne-Rhône-Alpes : on parlait aussi bien de festivals de cinéma LGBT+ tels qu'Écrans Mixtes à Lyon, Vues d'en face à Grenoble ou encore Face à Face à Saint-Étienne, que du Planning familial régional, de la Lesbian and Gay Pride de Lyon (LGP) ou encore des interventions en milieu scolaire du Défenseur des droits pour lutter contre les discriminations. De même, cette attitude hostile de Laurent Wauquiez, opposant au mariage pour tous les couples et à l'extension de la PMA pour toutes les femmes, à l'égard du tissu associatif LGBT+ local a très vite été interprétée comme symptôme révélateur de son opposition à l'égalité des droits pour les personnes LGBT+.  Mais depuis plus d'un an, les articles concernant la situation de ces associations se font rares. Un signe que la situation a évolué positivement ? Komitid a enquêté.

Retour de subvention pour Écrans mixtes

Fin 2016, coup de massue pour Écrans mixtes, le festival de cinéma LGBT+ à Lyon : 3 000 euros sucrés par la Région, soit un quart du budget annuel de la structure. Une « décision idéologique » et un « retour de l'obscurantisme », avait à l'époque dénoncé Ivan Mitifiot, le directeur artistique du festival, auprès de LCI. Mais le vent a manifestement tourné : Écrans mixtes a depuis renoué les liens avec la Région et retrouvé sa subvention. Pourquoi ? « Ce qui a rassuré la Région, c’est qu’on ne soit pas un festival communautaire. Notre volonté de nous étendre dans la métropole et la région les a convaincus », a confié Ivan Mitifiot à Komitid. Pas « communautaire » le festival ? De notre conversation avec le directeur artistique d'Écrans mixtes, on retient que l'événement a pu bénéficier des deniers de Laurent Wauquiez en insistant sur le fait que ce festival s'adresse à toutes et à tous : « Il faut être un peu pédagogique et expliquer nos intentions. Nous sommes un festival très grand public ». Ce dernier argument a-t-il pesé dans la balance et conduit la Région à revoir sa décision ? Sollicitée à plusieurs reprises, Marie-Camille Rey, vice-présidente de la Région en charge notamment de la vie associative, ne nous a pas répondu. 

Le Planning familial,  « seul réseau à n'avoir rien perdu »

« Dans la Région de Laurent Wauquiez, vers une baisse de 30% des subventions au Planning Familial », titrait LCI en novembre 2016. Contactée par Komitid, Véronique Dallemans, coordinatrice régionale de l'association, a infirmé l'information : « L'histoire des 30% était sortie dans la presse, mais on était encore en attente. Au final, on est le seul réseau à n'avoir rien perdu. Tous nos financements régionaux ont été maintenus ainsi que leurs contenus, à savoir l'éducation à la sexualité, la prévention des violences, le travail itinérant dans la région et aussi le Pass contraception ». Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Pas si vite. La baisse de subvention qui planait au-dessus du Planning visait le Pass contraception, un dispositif mis en place en 2011 et qui permet aux 14-25 ans d'avoir accès gratuitement à des consultations médicales et aux moyens de contraception. Maintenu certes, il ne fait l'objet d'aucune communication de la part de la Région.
« Quand je vois la proximité avec Sens commun, on n'est clairement pas dans les mêmes cases en terme d'idéologie. »
On note aussi la disparition totale des réunions de co-pilotage annuelles, où tous les acteurs et actrices qui gravitent autour du dispositif se réunissaient pour étudier son efficacité.  « Elles n'existent plus. C'est très embêtant parce que ça ne nous permet pas d'orienter nos actions en fonction des besoins et de l'efficacité », regrette Véronique Dallemans. Une façon pour la Région de programmer la disparition du dispositif ? Difficile de l'affirmer ainsi, mais aucune mention de ce Pass n'apparaît sur le site de la Région et les positions de certain.e.s membres de la majorité au conseil régional sur la contraception ou encore l'éducation à la sexualité donnent quelques indices. « Quand je vois la proximité avec Sens commun, on n'est clairement pas dans les mêmes cases en terme d'idéologie », lâche Véronique Dallemans. Sens commun ? Émanation politique de la Manif pour tous qui a infiltré Les Républicains, et qui prône, entre autres, un discours anti mariage pour tous, anti avortement, anti PMA pour toutes les femmes et anti GPA. Cette proximité avec ce mouvement ultra-conservateur s'est par exemple traduite, au sein de la Région, par la présence d'Anne Lorne sur la liste formée par Laurent Wauquiez. Ancien pilier de la Manif pour tous à Lyon, déléguée régionale de Sens commun, elle avait manifestement une dent contre « LGBT » (sic) et « SOS racisme » avant même d'être élue : Dans un billet publié sur son blog en juillet 2016, et supprimé depuis, la conseillère régionale n'avait pas non plus caché sa vive opposition à l'existence du Pass contraception : « En tant que conseillère régionale, je me battrai pour que dans nos lycées les jeunes apprennent à aimer et à gérer leurs émotions avant qu’ils apprennent à jouir ». Komitid a pu remettre la main sur cette publication : [caption id="attachment_7756" align="alignnone" width="742"]Post de blog publié le 8 juillet 2016 par Anne Lorne au sujet du Pass contraception Post de blog publié le 8 juillet 2016 par Anne Lorne au sujet du Pass contraception[/caption]

Lutte contre les discriminations : « On se retrouve face à un mur »

À défaut de réactions de la Région, pourtant sollicitée à de très nombreuses reprises, c'est avec Anna Aubois, conseillère régionale d'opposition (Groupe Socialiste et Démocrate), que Komitid s'est entretenu. L'élue ne manque pas d'exemples pour attester d'une situation au point mort en ce qui concerne la lutte contre les discriminations, les stéréotypes de genre ou encore pour l'égalité entre les hommes et les femmes, et l'éducation à la sexualité. « Ce sont des choses que l'on accompagnait et qui aujourd'hui n'existent plus. », regrette-t-elle. Elle souligne aussi la disparition du Centre d'information des femmes et des familles d'Isère (CIDFF 38) à la suite d'une baisse de 90% de la subvention accordée par le conseil régional. « On se retrouve face à un mur », peste Anna Aubois. « Il y a une absence totale de dialogue, ou un silence coupable... ». La lutte contre les discriminations n'apparaît en effet pas comme une priorité pour Laurent Wauquiez et son équipe. Depuis son arrivée à la tête de l'exécutif, les interventions en milieu scolaire du délégué régional du Défenseur des droits, dont le but était de sensibiliser les jeunes à la question des discriminations, ne bénéficient plus de financement par la région.
« Il y a une absence totale de dialogue, ou un silence coupable... »
Ce dispositif expérimental intitulé JADE-Égalité (Jeunes Ambassadeurs de l'Accès aux Droits) n'a en effet pas été renouvelé par le nouvel exécutif :  « Ce projet-là a obtenu un petit soutien du conseil régional au titre d'une mission qui existait à l'époque (la mission de lutte contre les discriminations du conseil régional, ndlr) mais avec le changement d'exécutif, cette mission n'existe plus. Il n'y avait plus de ligne de financement pour porter un certain nombre de projets qui étaient soutenus au titre de la lutte contre les discriminations », explique Marisa Lai-Puiatti, conseillère du Défenseur des droits pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, interrogée par Komitid. Impossible pour elle de commenter les orientations politiques de Monsieur Wauquiez, elle souligne simplement ne plus avoir d'interlocuteurs sur ces questions. « Avec ou sans le soutien d'une collectivité, nous continuons de mettre en œuvre les orientations qui sont les nôtres ».

« Rien n'a bougé »

Autorité indépendante, le Défenseur des droits a d'autres sources de financement. Ce qui est loin d'être le cas de toutes les associations. Pour la Lesbian and Gay Pride Lyon (LGP Lyon), la situation est de plus en plus difficile. Privée de 4 000 euros de subvention de la Région dès la première année où Laurent Wauquiez a pris le pouvoir, l'association qui organise notamment la Pride de Lyon n'a rien récupéré depuis. « La subvention servait pour la Quinzaine des Cultures LGBT. Ça impacte directement le projet. L’année dernière, on a lancé un appel aux dons pour aider à compenser le manque à gagner de la région », déplore Olivier Borel, porte-parole de la LGP Lyon. « Nous n'avons plus aucun soutien de la région, aucune réponse aux courriers qu'on envoie, pas d'interlocuteurs. Rien n'a bougé... ». Et la situation ne risque pas d'évoluer pour la LGP, si l'on en croit les dires d'un fonctionnaire haut placé dans l'organigramme de la Région contacté par Komitid. En cause ? La campagne « contre l'institution et son représentant » qu'aurait menée la LGP pendant les élections. « Quand vous faites du militantisme, vous ne pouvez pas mordre la main et réclamer du pognon en même temps », nous dit-il. Ambiance.
« Quand vous faites du militantisme, vous ne pouvez pas mordre la main et réclamer du pognon en même temps »
Si la LGP ne peut espérer le moindre euro de la part du conseil régional, du côté d'Agile, l'association de défense des droits des personnes LGBT+ en Auvergne, on ne cherche même plus à en demander. Beryl Esbrayat, la présidente, a dépeint à Komitid une situation « mortifère » pour les associations LGBT+ locales. « On est encore au stade de la délibération pour voir si on demande quelque chose cette année », précise-t-elle. « Avant la fusion, on passait directement par la Région, on avait une interlocutrice dédiée (Anna Aubois, ndlr). Mais là, il y a un tel climat de peur qui règne en Auvergne-Rhône-Alpes qu'on préfère directement se tourner vers la ville de Clermont-Ferrand ». Ce climat de peur décrit par Beryl Esbrayat a été pris très au sérieux par les bénévoles. Agile bénéficiait d'une subvention triennale accordée sous l'ancien exécutif avec droit de reprise. « On s'est fait discret, on avait peur qu'ils viennent nous la reprendre. On a tout fait pour ne pas se faire remarquer... ». Aujourd'hui, l'association enregistre pour la deuxième année consécutive un déficit de 3 000 euros dans les caisses, situation à laquelle la structure n'avait jamais été confrontée.

« Ne vous attendez à rien »

L'association ALHERT (Agir et lutter contre l'homophobie par une Éducation au Respect de Tous) a connu le même sort que la LGP Lyon. Financée par l'ancienne région Auvergne pour mener à bien des interventions contre le sexisme et l'homophobie dans les collèges et lycées, l'association a lancé une demande en mars 2016 et a dû faire preuve d'une extrême patience. Coups de téléphone, mails, courriers... « On a fini par avoir une réponse laconique, on sentait que ça jouait un peu la montre », analyse Mickael Gérard, président d'ALHERT, interrogé par Komitid. Énième relance mi-2017 : « On a été baladés de services en services pour au final entendre en off d'un contact à la région que je connaissais "ne vous attendez à rien". J'ai demandé d'avoir au moins un courrier de réponse, mais je ne l'ai jamais eu ». Finalement, par une habile pirouette, ALHERT a réussi à recevoir indirectement des sous de la Région, en allant toquer directement auprès de l'Agence régionale de santé, elle-même financée par les deniers régionaux.
« Laurent Wauquiez a un problème avec toutes les associations LGBT »
Ne pas demander pour laisser plus aux autres, pour éviter de se faire remarquer, trouver les mêmes financements mais ailleurs... les parades trouvées par les associations LGBT+ sont nombreuses. Et celles-ci ne sont pas les seules à souffrir des baisses de subvention : protection de l'environnement, culture, santé, solidarité, droits des femmes... autant de secteurs touchés, qui ont conduit à la création du collectif Vent d'Assos, à l'origine d'une manifestation devant le siège du conseil régional le 1er avril 2017 :

Le vent tourne

Le 22 mai, le tribunal administratif de Lyon a annulé le budget 2016 de la Région à la suite d'un recours pour « excès de pouvoir » déposé par le groupe RCSE (Rassemblement citoyen, solidaire et écologiste). « Un budget régional a été annulé et c’est une première. Le tribunal reconnaît que le droit des élus a été bafoué », a déclaré la conseillère régionale Myriam Laïdouni-Denis dans un communiqué. Jointe par Komitid pour commenter cette décision, l'élue n'a pas encore répondu à notre sollicitation. Pour bien comprendre les enjeux autour de ce jugement, Komitid vous conseille l'article très complet de Mediapart, ou, pour les non-abonné.e.s, celui du Monde.fr. Cette décision historique met en lumière la gestion plus que discutable opérée par Laurent Wauquiez dans la région qu'il dirige. Mais pendant ce temps, le tissu associatif de défense des personnes LGBT+ a déjà beaucoup souffert et les militant.e.s interrogé.e.s par Komitid dressent un constat unanime : « Il y a soit un désintérêt, soit une action intentionnelle pour que les thématiques qui concernent les personnes LGBT n'arrivent pas dans les établissements scolaires », aux yeux de Mickael Gérard président d'ALHERT. « Et on connaît les penchants de Laurent Wauquiez pour la Manif pour tous et Sens commun », poursuit-il. « Laurent Wauquiez a un problème avec toutes les associations LGBT », tranche Beryl Esbrayat d'Agile Auvergne. « Il nous reproche d'être des associations politisées et communautaires, mais en tant que concerné.e.s, on a évidemment besoin de sentir que la communauté est présente. (...) On en vient à cacher qui on est ». D'autant que Laurent Wauquiez n'a pas tant de mal que cela à subventionner des associations politisées quand elles défendent son camp. On pense par exemple à cette subvention de 50 000 euros accordée en 2016 à l'Union nationale inter-universitaire (UNI), association marquée à droite selon Lyon Capitale, ou encore aux 3 millions d'euros sur trois ans pour les associations de chasseurs. Stratégie électorale ou « bullshit médiatique », pour reprendre la formule chère au patron de la droite ? On attend (toujours) une réponse. " ["post_title"]=> string(124) "Entre « absence de dialogue » et « climat de peur » : la dure vie des associations LGBT+ au royaume de Laurent Wauquiez" ["post_excerpt"]=> string(286) "Élu à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2016, l'actuel président du parti Les Républicains a très rapidement coupé des subventions pour des festivals LGBT+ et des associations de lutte contre les discriminations. Deux ans après, qu'en est-il ? Komitid a enquêté. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(55) "laurent-wauquiez-associations-lgbt-auvergne-rhone-alpes" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-28 17:27:25" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-28 15:27:25" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=2019" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15276 (24) { ["ID"]=> int(2602) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-30 14:45:18" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-30 12:45:18" ["post_content"]=> string(15037) "Sur le plateau de L’Émission politique le 25 janvier 2018, Amélie Georgin est face à Laurent Wauquiez. Cette femme a, avec son épouse, eu recours à la procréation médicalement assistée (PMA) pour donner naissance à leur fille, Garance. La séquence est forte (à partir de 1'21) : Amélie Georgin tient tête au président de Les Républicains, parvient à ne pas le faire dévier sur le sujet de la gestation pour autrui (GPA), rappelle habilement que malgré la devise républicaine de la France, si Laurent Wauquiez revient sur l’adoption plénière en rétablissant l’adoption simple, l’égalité entre toutes les familles ne sera pas garantie. https://youtu.be/Z0aFemnhBG8 La séquence est forte, elle est aussi peu habituelle. En effet, la présence de personnes ayant eu recours à une PMA se fait rare dans les médias. Pour aborder le thème de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, on a vu s’exprimer beaucoup d’opposant.e.s : des représentant.e.s de La Manif pour tous, mais aussi des essayistes, des philosophes, des médecins… De Jacques Testart sur Europe 1 à Eric Naulleau sur Arte à l’automne dernier, en passant par Marianne Durano dans Salut les Terriens le 3 février, les anti-PMA pour toutes et tous se font entendre avec force, d’où qu’ils et elles viennent. Peut-on en dire autant des partisan.e.s de cette avancée sociale, et surtout des principales concernées, les couples de lesbiennes et les femmes célibataires ? Komitid s’est penché sur la question.

Pas prises au sérieux

Les associations homoparentales seraient-elles ignorées par les médias ? Pour Céline Cester, présidente des Enfants d’Arc-en-Ciel, c’est un oui net et franc : « Il faut le dire : on n'est pas sollicités du tout, résume-t-elle auprès de Komitid. Par contre, il y a une facilité à se tourner vers la personne qui crie le plus fort, ce qui ne signifie pas forcément qu'elle dit les choses les plus intéressantes. C'est ceux qui font le plus de bruit qu'on va re-solliciter plus facilement. » Derrière ces bruyantes personnalités, la militante vise des représentant.e.s d’organisations conservatrices comme Ludovine de la Rochère (La Manif pour tous), ou Tugdual Derville (Alliance Vita). Sollicité.e.s parfois sans contradicteur, ces personnalités ont tout le loisir de dérouler un argumentaire bien rodé basé sur des éléments de langage abusifs comme les termes de « PMA sans père ».
« Pour parler d'homoparentalité, on entend souvent des intellectuels, des médecins qui parlent au nom des familles homoparentales »
Même constat du côté de Marie-Claude Picardat, co-présidente de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL) : « Effectivement, on a l'impression que c'est toujours les mêmes que l'on voit. » La représentante associative va plus loin en reconnaissant une « faiblesse » dans son propre camp : « On n’est pas suffisamment entendu.e.s. Pour parler d'homoparentalité, on entend souvent des intellectuels, des médecins qui parlent au nom des familles homoparentales, et dont la connaissance est justement issue de nos associations et de nos familles. On ne nous donne pas la parole, on préfère la donner à des gens qui ont construit un savoir sur notre dos. On ne nous prend pas toujours au sérieux, sauf quand on veut une petite vignette, quand on veut illustrer un discours savant. C'est un peu agaçant. »

Concernées… mais pas objectives

Ce manque de visibilité des associations homoparentales dans un débat public et médiatique qui les touche en premier lieu est symptomatique d’une tendance très française à ne pas tendre les micros vers les personnes concernées : « On considère que les premiers concernés ne sont pas objectifs et qu'il faut donc donner la parole à des sachants qui seront soi-disant plus objectifs, démontre Marie-Claude Picardat. Par ailleurs, dans la tête des journalistes, les détracteurs n'ont pas besoin d'être des gens savants puisque c'est juste une question d'opinion. Ils peuvent se permettre d'être de simples avis. On fait donc appel à des gens qui sont juste “pas d'accord” et pas forcément à des gens qui auraient construit un discours compétent dans le domaine. »
« Dans les médias, on parle de migrations sans migrants, on discute de racisme entre blancs, etc. Pourtant, les premiers concernés sont les plus à même d’en parler ».
Dans une tribune publiée sur Streetvox fin septembre 2017, la journaliste et militante lesbienne et féministe Alice Coffin appelait les médias à améliorer leur traitement de la question de la PMA notamment en « donnant la parole aux concernées » : « Dans les médias, on parle de migrations sans migrants, on discute de racisme entre blancs, etc. Pourtant, les premiers concernés sont les plus à même d’en parler. Ils, elles, ne livrent pas seulement un vécu ou un témoignage, mais une expertise. Pour la PMA, nous lesbiennes connaissons les enjeux du débat et avons expérimenté les limites de la loi actuelle. Nous avons donc légitimité à en parler. » Plusieurs mois après cet appel, les médias ne semblent pas avoir pris la mesure de cette recommandation et continuent à mettre de côté les paroles des couples de lesbiennes et des femmes célibataires. Depuis l’annonce de Marlène Schiappa en septembre 2017, Céline Cester affirme ne pas avoir été invitée une seule fois pour s’exprimer face à des opposant.e.s à l’ouverture de la PMA, à la télévision. « C’est arrivé par le passé, pendant les débats sur le mariage pour tous », souligne-t-elle avant de constater : « Ça fait plus d’un an que je suis présidente des Enfants d'Arc-en-Ciel : je n’ai jamais eu ce type de sollicitation. » Il suffit d’une simple recherche sur Google pour trouver les noms et les coordonnées des porte-parole des associations homoparentales en France. « Je pense qu'on n’a pas forcément très envie de nous donner la parole, analyse Céline Cester. Il y a des débats sur lesquels on préfère peut-être entendre des personnalités politiques. » En témoigne cette séquence de C L’Hebdo où dans un débat face à Ludovine de la Rochère, l’émission a placé… Christophe Castaner, à l'époque porte-parole du gouvernement : https://www.youtube.com/watch?v=oa2szOf9iBs « Ce qui va nous mettre en colère, c'est que notre association a pu être reconnue à un certain moment pour la qualité de ces témoignages, reprend Céline Cester. Une majorité de personnes sait que Les Enfants d'Arc-en-Ciel, c'est essentiellement des couples de femmes qui sont dans des démarches de projets de parentalité. Ça veut dire que quand on veut donner la parole aux personnes concernées et en l'occurrence sur la PMA, nous sommes les mieux placées, ce serait logique de nous donner la parole. » Elle déplore aussi une monopolisation quasi totale de la parole par les hommes : « Quand on entend parler des hommes, tout de suite ressort l'amalgame PMA-GPA, c'est systématique. Il est déjà bien entretenu dans le traitement médiatique, mais si en plus on entend des hommes, ça renforce ce côté-là. Je ne dis pas que certains hommes ne sont pas compétents pour en parler, mais je pense que dans l'image de l'opinion publique, entendre une femme, ça fait la différence. »
« Des familles nous disent aujourd’hui qu'elles en ont marre de devoir prouver qu'elles sont comme les autres »
Au-delà du discours militant et du débat en plateau, l’association des Enfants d’Arc-en-Ciel n’hésite pas à mettre en contact journalistes et familles homoparentales pour montrer leur réalité. Une visibilité qui entraîne parfois une certaine lassitude : « Des familles nous disent aujourd’hui qu'elles en ont marre de devoir prouver qu'elles sont comme les autres, elles n'ont plus envie de se justifier. » Céline Cester souhaiterait que les médias mettent l’accent sur ce qui va bien : « Il y a plein de choses positives dont on ne parle jamais, des expériences qui peuvent se passer dans les écoles, avec le personnel soignant, dans l'entourage. On ne le relaie jamais et on préfère se concentrer sur les difficultés. Je trouve ça dommage. » Si elle reconnait que montrer les problèmes rencontrés par les familles homoparentales permet de porter des revendications, un discours plus positif permettrait de « montrer que la société est prête, que nos familles ont leur place à part entière. »

Les États généraux, une solution pour se faire entendre ?

Comment être visible quand les médias ne vous accordent pas de place ? Alors que les débats ont eu lieu en région, Céline Cester a exhorté les adhérentes des Enfants d’Arc-en-Ciel d’aller assister aux tables rondes : « On essaie d'encourager les familles à se mobiliser pour ne pas laisser toute la place à La Manif pour tous, parce que, on le sait, elle est là et elle ne va pas se taire. On essaie que les gens se rendent compte qu'il y a une carte à jouer, même pour les gens qui ne sont pas militants. On n'a pas besoin d'être militant pour être légitimes. » Pourtant plusieurs associations ont rapporté un climat d’agressivité et une impossibilité à débattre tant le fossé entre les participant.e.s est important. Le collectif BAMP, qui rassemble des patient.e.s de l’aide médicale à la procréation (AMP) et des personnes infertiles, évoque ainsi un débat à Angers qui s’est tenu en janvier : « C’est donc une salle comble, de 200 personnes dont les 3/4 venus non pas pour s’informer, débattre, mais bien pour déverser leurs approximations sur ce qu’est l’AMP, pour ne pas écouter ce qui était présenté par les intervenants, impatients qu’ils étaient de déverser leurs haines (car à ce niveau c’est de la haine), de répondre à côté des thèmes présentés. »
« Cette consultation citoyenne n'est pas assez médiatisée. Les anti, eux sont organisés. »
Même son de cloche à Lyon avec le compte-rendu d’une blogueuse qui conclut avec beaucoup d’amertume : « Cette consultation citoyenne n'est pas assez médiatisée. Les anti, eux sont organisés. C'est ce qui m'a frappée, mercredi. J'arrivais comme une fleur. Ils avaient des dossiers. Je venais pour écouter les autres mais derrière moi, un homme, dès qu'il n'aimait pas ce qui se disait, mimait un violon en imitant bruyamment une trompette. Sur les réseaux sociaux, […], ils sont partout. Ils composaient 90% de l'assistance. Et c'est tout cela qui va remonter comme représentatif de la population, à la fin des consultations. Si on abandonne, si on meurt - comme moi ce soir là - de trouille et qu'on ne veut plus y mettre les pieds, il n'y aura plus que leur parole. » Komitid s'était rendu le 11 avril dernier, à une « rencontre de « contre-expertises » » organisée dans le Marais, à Paris, par l'Espace éthique Île-de-France, dans le contexte des Etats Généraux. Le premier intervenant pour donner « son opinion sur la PMA » ? Baptiste Laroche, le responsable jeunes du PCD, Parti Chrétien Démocrate fondé par une certaine Christine Boutin. Ensuite, c'est Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, qui avait donné son avis sur « les différences éthiques entre PMA homologues et hétérologue ». De façon surprenante, elle avait proposé « une solution » aux couples de mêmes sexes pour faire des enfants : « l'amitié procréative ». Un hétérosplaining qui avait soulevé l'indignation de l'auditoire majoritairement composé de personnes pro Manif pour tous. Ce phagocytage du débat par les opposant.e.s n’inquiète pas Marie-Claude Picardat. Elle estime que le déroulement des débats est bien loin de celui de 2013 : « C'est quelque chose qui est beaucoup moins agressif pour nous dans les modalités, tempère-t-elle. Sur le fond du discours, il y a toujours des choses difficiles à entendre, mais il faut aller les chercher. Ce n'est pas comme il y a quelques années où les informations venaient par les médias et étaient répétées de manière insistante. »

Prochaine étape ?

Depuis la fin de la période consultative des États généraux de la bioéthique, qui a permis la tenue de 280 débats, le Conseil d'État a remis un rapport au gouvernement, indiquant ne voir « aucun obstacle juridique » à l'extension de la PMA à toutes. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), à l'origine de ces États généraux, devait rendre un rapport aux parlementaire début juin mais il a été retardé pour être rendu à la rentrée de septembre. « Il faudra que nous présentions, et nous nous étions engagés, un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres avant la fin de l'année, pour un examen (au) début du premier trimestre de l'année prochaine », a indiqué Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement mercredi 18 juillet. Entre temps, le député de la majorité Guillaume Chiche a déposé jeudi 19 juillet une proposition de loi. La machine semble se mettre en route, mais sans que les associations de concernées soient invitées autour de la table. NB : L'article a été publié le 30 avril et mis à jour le 19 juillet 2018" ["post_title"]=> string(63) "PMA : les médias snobent-ils les associations homoparentales ?" ["post_excerpt"]=> string(395) "Rapport du Conseil d'État, proposition de loi d'un député de la majorité, annonce d'un calendrier par le gouvernement... La question de la PMA n'en finit pas de revenir sur le devant de la scène médiatique. Seulement, la parole n'est que rarement donnée aux associations de familles homoparentales concernées, faisant d'elles les grandes oubliées du débat médiatique autour de la PMA." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(52) "pma-medias-associations-homoparentales-eg-bioethique" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-19 16:11:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-19 14:11:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2602" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Valérie Pécresse et la PMA : changement d'avis ou petite manœuvre d'Henri de Beauregard ?

Publié le

Selon l'éditorialiste Christophe Jakubyszyn, la présidente de la région Île-de-France aurait évolué sur la PMA… Komitid a voulu s'en assurer.

Valérie Pécresse
Valérie Pécresse - UMP / Flickr

C’est au détour d’une petite phrase anodine que le journaliste Christophe Jakubyszyn, a semé le doute. Lors de sa chronique L’Œil de Jaku, l’éditorialiste de LCI a évoqué l’arrivée d’Henri de Beauregard à la Haute autorité du parti Les Républicains. Connu pour avoir défendu plusieurs militant.e.s de la Manif pour tous, il est aussi opposé à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA).

« Il [Henri de Beauregard] a aussi traité Valérie Pécresse, qui a changé d’avis sur la question de la PMA, de spécialiste du double-axel… », souligne Christophe Jakubyszyn. Un changement d’avis de la part de Valérie Pécresse ? Première nouvelle ! Si la présidente de la région Île-de-France a changé d’avis sur l’ouverture de la PMA, personne ne semble vraiment au courant…

Komitid a contacté le service presse de la région Île-de-France pour en avoir le cœur net. Nous avons été invité.e.s à nous référer à la dernière déclaration officielle de Valérie Pécresse à ce sujet, datée de décembre 2017 dans le JDD : « Concernant la PMA pour toutes les femmes, elle soulève de vrais problèmes éthiques qui ne peuvent pas être balayés d’un revers de main, mais doivent être débattus de manière sereine. Quand j’entends dire que les enfants de la PMA devraient ne pas exister, cette phrase me glace. »

Mais lorsque Christophe Jakubyszyn évoque un volte-face dénoncé par Henri de Beauregard, à quoi fait-il référence ? Komitid est remonté dans les archives pour dégotter cet extrait d’une interview de septembre dernier sur Europe 1 dans laquelle l’avocat fustige quelques figures de la droite – dont certaines ont rejoint les rangs du gouvernement Macron – pour leur retournement de veste :

Est-ce bien suffisant pour déterminer que Valérie Pécresse a réellement changé d’avis ? La présidente de région est encore loin de déclarer haut et fort qu’elle soutient l’extension de la PMA à toutes et tous. Serait-t-elle capable d’aller jusque-là dans l’objectif de se démarquer de son concurrent direct Laurent Wauquiez, actuel chef de file de Les Républicains et connu pour défendre une opposition ferme aux revendications du mariage pour tous et toutes et de l’ouverture de la PMA ?

Valérie Pécresse, en constante évolution

D’abord prompt à vouloir démarier les couples de même sexe (c’était en 2012), l’actuelle présidente de région s’est finalement éloignée des homophobes de la Manif pour tous, après avoir manifesté à plusieurs reprises avec elles et eux. Désormais, Valérie Pécresse se démène pour paraître plus gay-friendly, comme lorsqu’elle mettait en avant le soutien de la région au film 120 battements par minute, une bonne récupération à peu de frais qui avait fait grincer des dents du côté des militant.e.s de la lutte contre le VIH.

  • expat

    Pécresse gay-friendly c’est à se tordre de rire ??