« Ici la garde à vue, c’est quand on a de la chance » Moi, depuis la publication de ma photo « Femen », je bénéficie d’une protection médiatique. Finalement, cette photo m’a protégée : je ne me fais plus brutaliser par la police ! Mais je continue de participer aux luttes féministes et LGBT+. Pour moi, elles vont de pair, car elles ont le même ennemi : le patriarcat. On ne peut pas se dire féministe si on ne lutte pas pour l'égalité.

Dans ton autobiographie, on voit combien internet a eu une place importante dans ta prise de conscience…

A.S. : Oui sans internet il n'y aurait tout simplement pas eu de révolution en Tunisie. Car sous Ben Ali nous n'avions pas de presse libre, donc pas moyen de s'informer. Avec Facebook, et les vidéos, on a pu enfin savoir ce qu'il se passait dans notre pays, et s'organiser. Quand j'avais posté ma photo, ça a été très important pour moi de recevoir des messages de soutien, d'encouragement... parmi les messages d'intimidation. Aujourd'hui, je connais plein de personnes qui ne peuvent pas faire leur coming out en personne à leurs amis ou leurs familles, c'est trop risqué. Via Facebook, ils peuvent parler à des activistes, se sortir de l'isolement, obtenir des informations... Il existe quatre associations officielles en Tunisie pour défendre les droits des LGBT+. La plus connue, c'est Shams. Toutes les associations ont des cellules d'écoute et proposent l'assistance de psychologues, ou des aides juridiques. Et puis internet, ça permet non seulement aux gens de lutter contre la répression de l'intérieur, mais aussi de l'extérieur. En quittant le pays, beaucoup se battent pour la communauté tunisienne.

À quel moment t’es tu décidée à ouvrir ta maison aux réfugié.e.s de ton propre pays ?

A.S. : Et bien, accueillir, ça s'est fait tout naturellement. Déjà en Tunisie, les maisons sont grandes, il y a toujours un canapé ou un lit quelque part. Je vivais avec mon pote dans la maison, et puis on a accueilli une personne qui se faisait tabasser par sa famille, puis une autre et une autre. Au début, ce n'était pas une décision réfléchie. Après, pour ne pas avoir de problèmes, on a décidé de créer le foyer à Sidi Bou Said. Nous, on vient de commencer, ça fait 3-4 ans. On apprend jour après jour à savoir de quoi les personnes ont besoin. Par exemple, beaucoup veulent apprendre des langues étrangères. Maintenant, on a créé un partenariat avec l'Institut Français qui leur donne des cours gratis...
« Je me suis dit, que je n'avais pas à me cacher »

En 2015, tu as fait ton coming out bi. Un an avant, dans ton autobiographie, tu te gardais de te définir. Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

A.S. : Dans le livre, je raconte que j'avais embrassé une fille, mais que je n'étais pas gay. À l'époque, je ne vivais aucune sexualité. J'ai cru que j'étais hétéro. Ça se découvre avec le temps ces choses-là. Un jour, j'ai été invitée à la télévision, chez Attessia TV, et le présentateur m'a posé la question, un peu par provocation. J'ai fait mon coming out bi, alors qu'il croyait que je n'oserais pas. Ça n'avait jamais été fait. Je me suis dit, que je n'avais pas à me cacher et que ça allait servir la cause, aussi. 

Dans ton livre, tu parles beaucoup de ta mère et de son obsession de la « bonne éducation ». Tu viens d'avoir une petite fille, est-ce que tu y penses encore ?

A.S. : Ma fille, elle vit avec nous, elle chahute avec nous, elle grandit entourée de gays. Je crois qu'à 9 mois elle n'a pas encore vu un hétéro, ça va la choquer quand ça arrivera (rires) ! Elle est toute petite, donc je ne pense pas encore vraiment à son éducation, mais je crois que je vais partir sur le principe de ne pas punir, et de ne pas récompenser. Mais j'avoue que je suis parfois un peu jalouse, elle est entourée d'amour et elle doit penser que tout est possible.

À lire, à voir :

Mon corps m'appartient, de Amina Sboui avec Caroline Glorion, Plon, Paris 2014 Upon the shadow, documentaire de Nada Mezni Hafaiedh, 2017 [embed]https://www.youtube.com/watch?v=Jd1UyC3bgpI[/embed]" ["post_title"]=> string(81) "Amina Sboui : « Arrivée à un certain âge, on en a assez des gardes à vues »" ["post_excerpt"]=> string(144) "À 23 ans, Amina Sboui a laissé les Femen derrière elle et donne son énergie et sa voix aux droits des personnes LGBT+ en Tunisie. Entretien." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(27) "amina-sboui-grand-entretien" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-15 14:25:08" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-15 12:25:08" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1334" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15276 (24) { ["ID"]=> int(4037) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-17 15:40:25" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-17 13:40:25" ["post_content"]=> string(4344) "Publié par Human Rights Watch le 16 avril, le rapport de 75 pages, intitulé « L'audace face à l'adversité » rappelle la difficile situation des personnes LGBT+ dans de nombreux pays du Maghreb et du Moyen Orient. Il se concentre sur l’activisme et les droits LGBT+ en Algérie, au Bahreïn, en Égypte, en Irak, en Jordanie, au Koweït, au Liban, en Libye, en Mauritanie, au Maroc, à Oman, en Palestine, au Qatar, en Arabie Saoudite, au Soudan, en Syrie, en Tunisie, aux Émirats Arabes Unis et au Yémen. Le rapport s’appuie essentiellement sur des entretiens entre l'ONG et 34 activistes travaillant sur les droits des personnes LGBT+ dans ces pays. Il se concentre sur les communautés de la région où l’arabe est principalement parlé (ce qui explique pourquoi, malheureusement, l'organisation ne se soit pas rendue en Iran ou en Israël).
« Je suis un être humain comme les autres et j’ai des droits. Je vais défendre ces droits » - Ahmed, homme gay, Libye
Human Rights Watch et la Fondation arabe pour les libertés et l'égalité (AFE) ont également produit une série de vidéos où neuf militant.e.s prennent la parole. L'Egyptienne Dalia, les Libanais.e.s Hamed et Norma, les Marocain.e.s Hajar, Abdellah et Elie, les Jordaniens Khalid et Rashed, tous et toutes veulent faire entendre leurs voix. Ils et elles veulent surtout envoyer un message de soutien et d'encouragement, en arabe, a ceux qui ne peuvent pas s'exprimer de la même façon. Le rapport commence par un état des lieux très complet sur la situation des minorités sexuelles et de genre dans ces pays. Criminalisation, discriminations, restriction au droit d'association ou à la liberté d'expression, influence de la religion, absence de reconnaissance juridique... rien n'est oublié.

« Nous voulons parler de réalité »

Ensuite, Human Rights Watch explique comment l’activisme LGBT survit dans les plus sévères conditions, dans des États répressifs et des zones de conflit. Il révèle aussi, ce qui est particulièrement intéressant, les approches créatives utilisées dans des contextes moins répressifs, pour obtenir le soutien du public et intégrer les droits des personnes LGBT+ dans un dialogue élargi sur les droits humains et le genre.
« Votre corps, vos désirs, vos idées sont à vous, et à vous seuls. Si des personnalités religieuses, le gouvernement ou vos parents n’aiment pas ce que vous êtes, ils ont tort » - Rima, femme bisexuelle, Liban
Car les différentes personnes qui ont rencontré l'organisation pendant son enquête sont unanimes : ras-le-bol d'être toujours victimisé.e.s par les médias du monde entier. Selon eux, cette couverture ne tient pas compte des moyens mis en œuvre par les activistes de la région et les rend parfois totalement invisibles. « Nous ne voulons plus de cette image qui nous pose en simples victimes », a ainsi expliqué Zoheir Djazeiri, un activiste algérien, à Human Rights Watch. « Nous voulons parler de réalité, de violence, mais aussi [montrer ce qui est] positif. » " ["post_title"]=> string(104) "Human Rights Watch lance une campagne pour visibiliser les personnes LGBT+ au Maghreb et au Moyen-Orient" ["post_excerpt"]=> string(161) "L'organisation humanitaire a sorti le 16 avril dernier un rapport sur la situation des activistes LGBT+ dans les pays arabophones du Moyen-Orient et du Maghreb. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(27) "human-rights-watch-campagne" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-17 15:55:03" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-17 13:55:03" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4037" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15288 (24) { ["ID"]=> int(477) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-02-19 18:04:45" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-02-19 17:04:45" ["post_content"]=> string(1987) "C'est le site du magazine gay Têtu qui a révélé l'affaire : deux couples binationaux installés depuis 2013 en Tunisie ont du fuir le pays pour échapper à leur arrestation visiblement imminente. Les quatre hommes, deux ressortissants français et leurs compagnons respectifs, l'un Tunisien, l'autre originaire de l'île Maurice, étaient installés dans le nord de Tunis où ils avaient ouvert un hôtel-restaurant. C'est grâce au consulat de France qu'ils ont appris à l'automne dernier que la police tunisienne avait prévu une descente à leur domicile dans l'espoir de les prendre en flagrant délit.

Le « test anal », une pratique violente toujours utilisée

L'article 230 du code pénal prévoit encore aujourd'hui jusqu'à trois ans de prison pour les personnes qui auraient des relations sexuelles avec des individus de même sexe. Afin de prouver l'homosexualité d'un homme, la justice tunisienne demande un test anal, une pratique allant à l'encontre du respect et de la dignité humaine. Selon Têtu, si les quatre hommes ont échappé à la police et sont désormais installés en France, ils estiment que l'État français n'a pas su assurer leur sécurité.

Plus de 60 arrestations l'an dernier

L'association Shams défend les droits des personnes LGBT+ en Tunisie. Elle affirme qu'en 2017, une soixantaine d'arrestations ont eu lieu pour délit d'homosexualité, arrestations qui ont conduit, pour plusieurs dizaines d'entre elles, à des condamnations." ["post_title"]=> string(87) "Pour échapper à la justice, deux couples gays ont fui la Tunisie du jour au lendemain" ["post_excerpt"]=> string(62) "Les quatre hommes ont raconté leur histoire auprès de Têtu." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(33) "couple-gay-fui-tunisie-teste-anal" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-13 11:53:24" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 09:53:24" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(34) "http://92.243.1.111/infogay/?p=477" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15278 (24) { ["ID"]=> int(6176) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-11 07:55:57" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-11 05:55:57" ["post_content"]=> string(6824) "C'est en janvier 2018 que Queer Habibi, mot affectueux pouvant se traduire par « chéri.e » ou « mon amour », a fait son apparition sur Twitter, et sur Instagram. Le but de ce projet de dessin ? Illustrer, visibiliser, normaliser les personnes LGBT+ arabes. « Mon projet vise à représenter une cible de niche, la communauté LGBTQA+ de la péninsule arabique, qui est souvent sous-estimée, jugée comme un groupe social inexistant ». « Je veux montrer au monde que l'on peut vivre dans des pays arabes et être queer en même temps, et qu'il n'y a aucun mal à ça » : dans une interview accordée à Pink News sous couvert d'anonymat, l'artiste, que le site américain genre au masculin, explique sa démarche. « Ma propre volonté de sensibiliser m'a poussé à créer Art Queer Habibi pour éduquer et informer mes followers sur le fait qu'il y a des personnes LGBTQA+ dans les pays arabes autant que dans le reste du monde. » L'artiste confie recevoir de nombreux messages de soutien, et de soulagement, de la part de ces personnes que son imaginaire croque avec délicatesse et dévotion. « Je vois avouer que c'est ce sentiment d'honneur et de devoir qui me pousse à continuer, en dépit des critiques, et de quelques menaces mineures ». Queer Habibi se décline aussi sous la forme de cartes postales, qui sont un moyen de soutenir le projet, et de propager le message." ["post_title"]=> string(70) "Queer Habibi : les personnes LGBT+ de la péninsule arabique en dessin" ["post_excerpt"]=> string(156) "Ce projet d'illustration apparu début 2018 sur les réseaux sociaux croque avec tendresse et flamboyance les portraits des personnes LGBT+ des pays arabes." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(36) "queer-habibi-lgbt-peninsule-arabique" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(74) " https://www.komitid.fr/2018/05/04/pauline-goasmat-photographie-interview/" ["post_modified"]=> string(19) "2019-04-03 11:01:11" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-04-03 09:01:11" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6176" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

La Tunisie pourrait-elle bientôt abroger l'article 230 qui criminalise l'homosexualité ?

Publié le

Après examen de la Constitution adoptée en 2014, une commission s'est prononcée pour la dépénalisation de l'homosexualité en Tunisie.

La députée Bochra Belhadj Hmida remet le rapport au président Béji Caïd Essebsi le 8 juin - Capture / (Facebook)

Créée en août 2017 et présidée par la députée Bochra Belhaj Hmida, la commission des libertés individuelles et de l’égalité de Tunisie vient de publier son rapport. Elle avait en charge de vérifier si les lois du pays sont en conformité avec la Constitution adoptée en 2014. Le rapport a été remis au président Béji Caïd Essebsi vendredi 8 juin.

Les droits des femmes, la peine de mort et la dépénalisation de l’homosexualité font partie des thématiques abordées par les neuf membres de la commission. À l’heure actuelle, l’article 230 du code pénal tunisien condamne les relations entre personnes de même sexe. Selon le site Kapitalis, 71 individus ont d’ailleurs été condamnés en 2017 sur la base de ce motif. Arrestations, perquisitions, mais aussi traitements dégradants comme les tests anaux sont perpétrés afin de prouver l’homosexualité.

Si quelques associations, dont Shams, dénoncent depuis plusieurs années ces condamnations, les représentant.e.s politiques ne sont pas prompts à se mobiliser pour abroger l’article. Dans son rapport, la commission s’est prononcée en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité. Reste à voir ce que feront les député.e.s du pays méditérannéen avec ces recommandations. 

La semaine dernière, l’association LGBT+ tunisienne Shams a par ailleurs remis à la présidente de la commission Bochra Belhaj Hmida une pétition demandant l’abrogation de l’article 230, réalisée avec AllOut :

  • expat

    Si cette loi discriminatoire est abrogée, la Tunisie serait le premier pays musulman à franchir le pas…