Amina Sboui : « Arrivée à un certain âge, on en a assez des gardes à vues »

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À 23 ans, Amina Sboui a laissé les Femen derrière elle et donne son énergie et sa voix aux droits des personnes LGBT+ en Tunisie. Entretien.

Portrait d'Amina Sboui
Portrait d'Amina Sboui - Emeric Fohlen (Hans Lucas)
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« Mon corps m'appartient et n'est source d'honneur pour personne ». En 2013, Amina Sboui prenait sa part dans l'après-révolution de la Tunisie, avec une photo historique. Visage et poitrine découverts, le regard défiant l'autorité des autres, elle faisait le tour du monde. Passée par une page Femen qu'elle a vite tournée, la féministe travaille aujourd'hui à rendre le quotidien des personnes LGBT+ plus paisible dans son pays. Après avoir ouvert sa porte aux exclu.e.s de Tunisie, elle a créé en 2015 un foyer, la maison arc-en-ciel, à 20 kilomètres de Tunis. À 23 ans, celle qu'on appelle Amina et qui a fait son coming out bi à la télévision, est déjà une vétérante des luttes féministes, agnostiques, anarchistes et LGBT. Pour Komitid elle revient sur son parcours et ses combats.

La Tunisie fait régulièrement la Une pour ce qui est de la répression contre les personnes LGBT+. Pourquoi ?

Amina Sboui : Je pense que la Tunisie a une position intéressante. Depuis la révolution, nous sommes l’un des pays arabes les plus ouverts, avec le Liban, sur les questions LGBT+. On a des leviers pour militer, on a des espaces pour se retrouver. Mais par rapport aux pays européens, on reste un exemple de répression. Et il y a de quoi : en 2017, 71 personnes ont été arrêtées pour « homosexualité » avec l’article 230. Même si en Egypte ce doit être 70 personnes par jour, il faut militer contre cela.

Adolescente tu étais allée demander la permission dans un commissariat pour soutenir Gaza… ta détermination a-t-elle changé ?

A.S. : J’ai commencé à me mobiliser en 2008 (deux ans avant la révolution, ndlr), j’avais 13 ans. Je pense que je suis restée la même, mais que mon mode d’activisme a changé. Avant, je pensais manif, manif, manif. J’allais demander les autorisations, et puis j’insultais les flics… je pense qu’avec l’âge on en a marre des gardes à vue. Et il faut savoir qu’ici la garde à vue, c’est quand on a de la chance. Beaucoup de gens sont morts sous les coups des policiers, beaucoup souffrent des conséquences de la torture.

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