Dans le monde mercantile, année après année, la politique Journée internationale des droits des femmes est devenue la festive Journée de la femme. Une deuxième Saint-Valentin, en somme, avec réductions, compliments de bon aloi et jeûne, pendant 24 heures, des mauvaises pratiques patriarcales. Aujourd'hui chérie, c'est moi qui fait la vaisselle. En simplifiant « Journée internationale des droits des femmes » par « Journée de la femme », les entreprises, les personnalités, les gardiens du système ont retiré le politique à une journée qui n'était censée être que ça. En offrant des fleurs, on rend les femmes moins dangereuses, on les remet à leur place. Pour les revendications, les sonnettes d'alarme et le décompte des mortes, c'est le 25 novembre que ça se passe, le jour des violences faites aux femmes. Bref à l'ère de #metoo, on ne vous apprendra rien, ça devrait être tous les jours la journée internationale des droits des femmes. Ça devrait être la fête de toutes les femmes, des nourrissonnes aux vieillardes. Komitid a décidé de donner la parole aux principales concernées, celles qui se battent toute l'année contre l'idée que protéger les droits des femmes ne doit jamais se limiter à distribuer les bons points et universaliser l'image d'une « Femme » archétypale.

Imen, de l'association FièrEs :

https://twitter.com/assoFierEs/status/971706606588186624 Cela fait des années que la journée du 8 mars est accaparée par les entreprises. En s'appropriant le mouvement, on le rend moins revendicatif, beaucoup de femmes aujourd'hui ne voient pas le 8 mars comme une journée féministe. Pour nous c'est d'autant plus important de repolitiser cette journée à laquelle on tient. De l'appeler « journée de lutte pour les droits de femmes ». Pour les femmes lesbiennes, bi, trans, c'est une journée où on va particulièrement entendre les problèmes des femmes hétéro, cis et principalement blanches.
« Pour les femmes lesbiennes, bi, trans, c'est une journée où on va particulièrement entendre les problèmes des femmes hétéros »
On va parler partage des tâches et violences domestiques, mais aussi inégalité salariale. C'est pourquoi nous sommes d'abord une association féministe, car nous luttons contre cela. Il se trouve que les femmes LBT+ subissent aussi la violence sexiste, et on le voit peu. Le paysage féministe en France reste hétéronormé. C'est compliqué pour nous de rallier les associations à la cause de la PMA pour toutes, elles qui se sont battues pour l'IVG et contre l'injonction à la maternité. Nous, on veut les convaincre que c'est le même combat : la libre disposition du corps des femmes.

Crystal, collectif Gras Politique

https://twitter.com/GrasPolitique_/status/970787322542415874 Mon père est né le 8 mars et c'était une vanne, à la maison, qu'il soit né le jour de « la journée de la femme », c'était rigolo comme un carnaval. L'idée, c'est que c'est quelques heures où on donne le droit aux femmes de ne pas faire la vaisselle. En travaillant dans la com' du prêt-à-porter, j'ai compris combien le wording [le vocabulaire marketing, ndlr] autour de cette journée voulait dire des choses. On disait « journée de la femme » car le politique c'est pas bankable, la « Femme » si. Quand t'es militant.e, tu reçois toujours le mot « féministe » comme une insulte, pourtant une certaine idée du féminisme est aussi devenue bankable dernièrement.
« Le corps gras a été effacé, il faut le revisibiliser »
Mais le féminisme de celles qui ne sont ni mal baisées, ni laides, ni énervées, ni enragées. Celui des désinvoltes et des gentilles, qui passent au dessus de tous les outrages et de toutes les disgrâces pour dire tout doucement à ceux qui les oppressent ce qui ne va pas. Elles ont intégré la misogynie et ont lu Beauvoir. C'est ce qu'on remarque avec le mouvement body positive, qui a été traité et retraité, mais toujours sur le même angle. Au Gras politique, on a eu  l'impression d'être un peu la caution, l'alibi, qu'on allait gras-washer les conférences et les articles en nous posant là. On montre des mannequins grande taille, mais au physique lissé, sans double-menton, on aborde pas les sujets systémiques. Dans la parole féministe, on veut parler de la grossophobie à la fois subjectivement et objectivement, en abordant à la fois les préjugés quotidiens et la non adaptation des matériels médicaux, des transports en communs... On veut entamer le dialogue sur le body neutral : tous les corps se valent. Le corps gras a été effacé, il faut le revisibiliser.

Océan, comédien, humoriste

[caption id="attachment_1957" align="aligncenter" width="389"] © Magali Bragard[/caption] Cela fait longtemps que le 8 mars a été dévoyé, je crois que je ne me souviens pas d'une époque où il ait été uniquement évoqué politiquement. Déjà, ils disent « journée de la femme »... bien sûr, je parle d'un endroit militant et me doute que certains y voient une Saint Valentin bis et s'en réjouissent.  Depuis le film « Sous la jupe des filles » j'ai l'impression que beaucoup de choses ont changé, c'est devenu cool d'être féministe. Après, c'est à double tranchant, car il peut y avoir récupération et terminer avec un tee-shirt Chanel à 500 euros. C'est le monde néo-libéral dans lequel on vit. Mais je trouve qu'une nouvelle génération de féministes 3.0 qui sont en passe de repolitiser tout cela, en articulant des enjeux féministes et sociétaux, tout en restant dans un contexte joyeux. Si t'étais pas militant, dans ma génération t'étais à la ramasse. Je me réjouis de cette génération qui manie les outils, qui a intégré le féminisme même dans la pop culture en ayant conscience des inégalités entre les personnes comme des violences sexistes. En France, à la base, nous avons un problème à penser de façon intersectionnelle, même les mouvements féministes dominants ne sont pas inclusifs. Le féminisme prôné par le gouvernement et les médias tend à l'universalisme dévoyé, blanc, valide, qui travaille. Alors que ce n'est pas possible de déconnecter les enjeux féministes des autres formes de domination. On ne peut pas saluer le mouvement #metoo et faire passer la loi asile et immigration, ça ne peut pas marcher.
« En vrai, le côté "journée de" me pose problème (...) : isoler c'est une façon de ne pas penser, et ça se termine avec le coup de la rose offerte »
La journée du 8 mars, ça devrait être l'occasion de parler des personnes malades du sida, des LGBTQ+. De donner à tous et toutes l'occasion de prendre la parole et l'espace. En vrai, le côté « journée de » me pose problème, car je considère que c'est quasiment du business : isoler c'est une façon de ne pas penser, et ça se termine avec le coup de la rose offerte. Je suis plutôt de la team Pride de nuit et 8 mars pour toutes, des occasions de rassembler les migrantes, les pauvres, les travailleuses du sexe... Je me souviens avec émotion de la manif de Belleville, où il y avait le collectif femmes en lutte 93, des étudiantes, des militantes, une vraie mixité ! Faut vraiment faire ça, de plus en plus.

Gloria Pourpre, membre de l'association Lesbiennes of colour et vice-présidente de la Black Pride*

Bien sûr, à l'occasion du 8 mars, il y a récupération du débat par certaines femmes blanches qui acceptent, de fait, une certaine grille de lecture patriarcale. C'est l'une des raisons pour laquelle nous, féministes et radicales, nous restons plus actives sur le 25 novembre, c'est ce jour-là qu'on se mobilise. Mais il y a de la place pour tout le monde : nous sommes contentes qu'il y ait des femmes dans la rue le 8 mars, nous ne pensons pas qu'elles nous fassent de l'ombre. J'ai toujours peur qu'on en oublie certaines. Moi qui ai fait un stage en prison, qui ai travaillé avec des femmes qui ont fini par tuer leurs maris violents, je ne veux pas qu'on les oublie. Et puis en France en particulier, on a un gros retard : les luttes sont sporadiques parce que le patriarcat est totalement ancré dans le système et dans les esprits. Si toutes les femmes pouvaient s'éduquer et saluer les combats des autres, ce serait parfait. Sauf qu'en France les petites filles sont élevées à faire autre chose. Je remercie ma mère tous les jours d'être née en Afrique et de ne pas avoir connu les contes de fées, où les petites filles doivent se faire belles pour séduire le prince... moi je n'ai pas eu les poupées et la dinette rose, merci bien. En tant qu'éducatrice de jeunes enfants, je vois comme les jeunes enfants, garçons et filles, sont éduqué.e.s et c'est dramatique. Pourquoi fait-on cela aux gens qu'on aime ?
« Souvent, les féministes hétéros nous disent "heureusement que vous êtes là" parce que nous, on a pas à négocier le contrat social avec les hommes »
Il ne faut pas oublier les petites filles, donc. Car plus tard elles seront des femmes qui auront le privilège, comme Jacqueline Sauvage, d'avoir le statut concomitant d'auteure et de victime de violences. C'est quelque chose de particulier d'ailleurs avec les féministes hétéros, cette question du rapport aux hommes. Souvent elles nous disent « heureusement que vous êtes là » parce que nous on a pas à négocier le contrat social avec les hommes, on ne couche pas avec eux.

Marion, chanteuse, membre du groupe Emasculation

Nos plans pour le 8 mars : tout brûler. Nan, on déconne. Le 8 mars, c'est toute l'année, mais aujourd'hui c'est l'occasion de se retrouver autour d'événements festifs qui mettent à l'honneur nos communautés, autour de formations, d'interventions autour des problématiques féministes. Pour le dévoiement, il y aura toujours des réponses du genre not all men (« on n'est pas tous comme ça », ndlr), des journaux pour sortir des articles sur les hommes battus, les hommes qui font des métiers exercés majoritairement par des femmes, ou des communes pour mettre à l'honneur les meufs ce jour-là et fuck le reste du temps.
« Nos plans pour le 8 mars : tout brûler. Nan, on déconne »
Par contre, je ne sais pas comment faire pour que cette journée ne sois pas dédiée au féminisme hétéro blanc bourgeois. Je ne sais pas si nous sommes légitimes pour le dire. En tout cas, il y a de belles choses qui se font pour cette occasion, genre samedi 10 il y a la conférence Féminisme et anti-racisme à l'université Paris 8, le lendemain à la Bellevilloise, ça va parler dépossession du corps des femmes racisées dans la société occidentale et Transnationalités translocalités décolonialités féministes queer... il faut que ça tourne, il faut y aller, sortir du centre ! Notre prochain tube : une ode au mansplaining (le fait que les hommes expliquent la vie aux femmes, ndlr) ! Le titre ? Mansplainer ! * Éducatrice de Jeunes Enfants, Masterante en Psychologie Clinique et Psychothérapies, Membre des LOCs (Lesbiennes of Color) et Secrétaire Générale et Vice-Présidente de l'association Paris Black Pride" ["post_title"]=> string(86) "Dépolitisé, le 8 mars loue (et vend) une femme hétéro, blanche, valide et cisgenre" ["post_excerpt"]=> string(347) "Officialisée en 1977 par l'ONU, la « journée internationale des droits des femmes » est devenue une deuxième Saint Valentin trop souvent dédiée à l'idée de la femme, blanche, mince, hétéro, riche, valide. Komitid a décidé de donner la parole aux principales et principaux concerné.e.s, qui ont un avis bien tranché sur la question. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(29) "huit-8-mars-depolitise-femmes" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-03-07 17:06:24" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-03-07 16:06:24" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1789" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15257 (24) { ["ID"]=> int(1291) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-03-01 15:08:14" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-03-01 14:08:14" ["post_content"]=> string(1864) "À quelques jours des Oscars 2018, le film italien en lice pour récolter plusieurs statuettes dorées, a été interdit en Tunisie. Le ministère de la Culture tunisien a en effet refusé le visa d'exploitation de Call Me By Your Name. Sa projection dans une grande salle de Tunis mercredi soir a également été annulée. La cause de cette décision des autorités culturelles tunisiennes ? L'histoire d'amour des deux personnages principaux, deux hommes, a déclaré le distributeur Lassaad Goubantini à l'AFP. Il a dénoncé « une atteinte aux libertés ».

Censure homophobe

Bien que le réalisateur du long métrage, Luca Guadagnino, ne voie pas son oeuvre comme un « film gay »... Il va sans doute devoir nommer les relents d'homophobie qui ont motivé le refus du visa d'exploitation en Tunisie. Espérons que la 90e cérémonie des Oscars change la donne ! Rendez-vous le 4 mars 2018, avec quelques heures de décalage depuis Los Angeles, pour voir si Call Me By Your Name sera sacré meilleur film. " ["post_title"]=> string(59) "« Call Me By Your Name » interdit de diffusion en Tunisie" ["post_excerpt"]=> string(92) "La thème du film, une histoire d'amour entre deux hommes, serait la cause de cette censure." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(50) "call-me-by-your-name-interdit-de-diffusion-tunisie" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-13 10:58:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 08:58:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1291" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15258 (24) { ["ID"]=> int(477) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-02-19 18:04:45" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-02-19 17:04:45" ["post_content"]=> string(1987) "C'est le site du magazine gay Têtu qui a révélé l'affaire : deux couples binationaux installés depuis 2013 en Tunisie ont du fuir le pays pour échapper à leur arrestation visiblement imminente. Les quatre hommes, deux ressortissants français et leurs compagnons respectifs, l'un Tunisien, l'autre originaire de l'île Maurice, étaient installés dans le nord de Tunis où ils avaient ouvert un hôtel-restaurant. C'est grâce au consulat de France qu'ils ont appris à l'automne dernier que la police tunisienne avait prévu une descente à leur domicile dans l'espoir de les prendre en flagrant délit.

Le « test anal », une pratique violente toujours utilisée

L'article 230 du code pénal prévoit encore aujourd'hui jusqu'à trois ans de prison pour les personnes qui auraient des relations sexuelles avec des individus de même sexe. Afin de prouver l'homosexualité d'un homme, la justice tunisienne demande un test anal, une pratique allant à l'encontre du respect et de la dignité humaine. Selon Têtu, si les quatre hommes ont échappé à la police et sont désormais installés en France, ils estiment que l'État français n'a pas su assurer leur sécurité.

Plus de 60 arrestations l'an dernier

L'association Shams défend les droits des personnes LGBT+ en Tunisie. Elle affirme qu'en 2017, une soixantaine d'arrestations ont eu lieu pour délit d'homosexualité, arrestations qui ont conduit, pour plusieurs dizaines d'entre elles, à des condamnations." ["post_title"]=> string(87) "Pour échapper à la justice, deux couples gays ont fui la Tunisie du jour au lendemain" ["post_excerpt"]=> string(62) "Les quatre hommes ont raconté leur histoire auprès de Têtu." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(33) "couple-gay-fui-tunisie-teste-anal" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-13 11:53:24" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 09:53:24" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(34) "http://92.243.1.111/infogay/?p=477" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15254 (24) { ["ID"]=> int(4037) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-17 15:40:25" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-17 13:40:25" ["post_content"]=> string(4344) "Publié par Human Rights Watch le 16 avril, le rapport de 75 pages, intitulé « L'audace face à l'adversité » rappelle la difficile situation des personnes LGBT+ dans de nombreux pays du Maghreb et du Moyen Orient. Il se concentre sur l’activisme et les droits LGBT+ en Algérie, au Bahreïn, en Égypte, en Irak, en Jordanie, au Koweït, au Liban, en Libye, en Mauritanie, au Maroc, à Oman, en Palestine, au Qatar, en Arabie Saoudite, au Soudan, en Syrie, en Tunisie, aux Émirats Arabes Unis et au Yémen. Le rapport s’appuie essentiellement sur des entretiens entre l'ONG et 34 activistes travaillant sur les droits des personnes LGBT+ dans ces pays. Il se concentre sur les communautés de la région où l’arabe est principalement parlé (ce qui explique pourquoi, malheureusement, l'organisation ne se soit pas rendue en Iran ou en Israël).
« Je suis un être humain comme les autres et j’ai des droits. Je vais défendre ces droits » - Ahmed, homme gay, Libye
Human Rights Watch et la Fondation arabe pour les libertés et l'égalité (AFE) ont également produit une série de vidéos où neuf militant.e.s prennent la parole. L'Egyptienne Dalia, les Libanais.e.s Hamed et Norma, les Marocain.e.s Hajar, Abdellah et Elie, les Jordaniens Khalid et Rashed, tous et toutes veulent faire entendre leurs voix. Ils et elles veulent surtout envoyer un message de soutien et d'encouragement, en arabe, a ceux qui ne peuvent pas s'exprimer de la même façon. Le rapport commence par un état des lieux très complet sur la situation des minorités sexuelles et de genre dans ces pays. Criminalisation, discriminations, restriction au droit d'association ou à la liberté d'expression, influence de la religion, absence de reconnaissance juridique... rien n'est oublié.

« Nous voulons parler de réalité »

Ensuite, Human Rights Watch explique comment l’activisme LGBT survit dans les plus sévères conditions, dans des États répressifs et des zones de conflit. Il révèle aussi, ce qui est particulièrement intéressant, les approches créatives utilisées dans des contextes moins répressifs, pour obtenir le soutien du public et intégrer les droits des personnes LGBT+ dans un dialogue élargi sur les droits humains et le genre.
« Votre corps, vos désirs, vos idées sont à vous, et à vous seuls. Si des personnalités religieuses, le gouvernement ou vos parents n’aiment pas ce que vous êtes, ils ont tort » - Rima, femme bisexuelle, Liban
Car les différentes personnes qui ont rencontré l'organisation pendant son enquête sont unanimes : ras-le-bol d'être toujours victimisé.e.s par les médias du monde entier. Selon eux, cette couverture ne tient pas compte des moyens mis en œuvre par les activistes de la région et les rend parfois totalement invisibles. « Nous ne voulons plus de cette image qui nous pose en simples victimes », a ainsi expliqué Zoheir Djazeiri, un activiste algérien, à Human Rights Watch. « Nous voulons parler de réalité, de violence, mais aussi [montrer ce qui est] positif. » " ["post_title"]=> string(104) "Human Rights Watch lance une campagne pour visibiliser les personnes LGBT+ au Maghreb et au Moyen-Orient" ["post_excerpt"]=> string(161) "L'organisation humanitaire a sorti le 16 avril dernier un rapport sur la situation des activistes LGBT+ dans les pays arabophones du Moyen-Orient et du Maghreb. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(27) "human-rights-watch-campagne" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-17 15:55:03" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-17 13:55:03" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4037" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [4]=> object(WP_Post)#15255 (24) { ["ID"]=> int(1835) ["post_author"]=> string(1) "4" ["post_date"]=> string(19) "2018-03-09 17:34:44" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-03-09 16:34:44" ["post_content"]=> string(12821) "Au Royaume-Uni, le rendez-vous est pris chaque premier février avec le mois de l’histoire LGBT. Comment ça, le concept ne vous dit rien ? C’est normal, il existe outre-Manche, aux États-Unis, mais pas en France. Chaque année pendant 30 jours, les écoles et musées se parent de drapeaux arc-en-ciel, on célèbre la culture et l'histoire queer et on éduque la jeune génération aux problématiques LGBT+. Tout cela au travers de cours, d'expositions et d'activités. Ce fameux LGBT History Month, est totalement installé mais aussi institutionnalisé. Il ne dépend pas directement du gouvernement. 

Ferveur militante

Retour en 2003. Hourra, le Royaume-Uni vient d’abolir la Section 28, une loi qui bannit « le prosélytisme » homosexuel dans les écoles du pays. C’est une victoire pour les associations LGBT+, comme Schools OUT UK, qui militait pour plus de visibilité des minorités sexuelles auprès des élèves. Deux ans plus tard, en 2005, naît l’idée d’un mois de l’histoire LGBT+, qui se déroulera chaque année en février. Tony Fenwick, le président du LGBT History Month UK, revient sur la démarche pour Komitid : « Après l’annulation de la loi, il n’y a pas eu de changement significatif dans les écoles, les personnes gays et lesbiennes étaient uniquement mentionnées lorsque l’on parlait de harcèlement scolaire et de maladies. Donc nous avons donc voulu créer un environnement dans lequel nous pourrions dire : "écoutez, les personnes LGBT existent depuis la nuit des temps, et certaines d’entre elles ont fait des choses incroyables". » Le but principal de l’organisation est d’éduquer la jeunesse. Sans être affiliée à l’État, elle doit d'elle-même démarcher les écoles et leurs professeur.e.s. « Il a aussi fallu passer par les musées, les bibliothèques, les syndicats d’enseignant.e.s, les autres institutions, les parents, le système scolaire… », explique Tony Fenwick. Treize ans plus tard, l'initiative est devenu un rendez-vous incontournable, soutenu par toute la classe politique britannique. Dès le 1er février, ici c’est un professeur qui parle d’une figure historique lesbienne, une classe qui monte une pièce centrée sur les questions LGBT+, ici un musée qui organise une exposition sur l’histoire des habitants LGBT+ de Liverpool. Bref, pendant un mois l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord se parent et s’emparent des thématiques et couleurs LGBT+.
« Nous avons donc voulu créer un environnement dans lequel nous pourrions dire : "écoutez, les personnes LGBT existent depuis la nuit des temps, et certaines d’entre elles ont fait des choses incroyables".»

Rapport de force

De notre côté de la Manche, il n’existe pour le moment aucun équivalent à cette initiative. On notera, bien sûr, des interventions d’associations en milieu scolaire, comme SOS homophobie, et des campagnes de prévention à plus ou moins grande échelle. Mais celles-ci restent sporadiques. Comment l’expliquer ? D’abord parce que les associations n'ont pas encore la force de frappe sur le contexte. Il faut dire que la France n’a jamais connu d’équivalent au Section 28 anglais, qui « a été tellement énorme que ça a catalysé un mouvement de réaction activiste et de visibilité ». Mais ce n'est pas la seule raison. « Je pense qu’en France, il manque ce vaste mouvement interne de mobilisation LGBTQI au sein des milieux éducatifs », explique Claire Mead du Centre des archives LGBTI de ParisUne analyse que partage Christine Bard, historienne du genre et membre du Centre de recherche historiques de l'Ouest : « Pour moi, cette absence [de LGBT history month, ndlr] est aussi un indice de la faiblesse du rapport de force entre les mouvements LGBT, les institutions et les pouvoirs publics. Les associations, au niveau local, font tout ce qu'elles peuvent. Elles ont parfois des difficultés et souffrent d'un certain manque de renouvellement générationnel. » Certes, de nombreuses et nombreux enseignant.e.s font preuve de volontarisme sur ces questions, mais leur enthousiasme est vite refréné. Globalement,  il n’existe pas vraiment de structure pour rassembler les enseignant.e.s LGBT+ au sein même du système éducatif. L’Association Professionnelle des Personnels Éducatifs LGBT, qui s’est pourtant créée en 2012, n'a jamais eu de poids sur la scène nationale et ne dispose d'aucun relais en ligne.

Une question d'universalisme

Mais la raison de cette frigidité se pose aussi de façon macro : en France, on a peur du grand méchant communautarisme et du prosélytisme. Certain.e.s, qu’ils et elles soient professeur.e.s, historien.ne.s ou parents d’élèves semblent circonspect.e.s à l’idée de mettre à part, et en avant, les personnes LGBT+ pendant un mois. « L’homosexualité est souvent mentionnée en filigrane, mais rarement explicitée », explique Claire Mead. « On a par exemple des figures culturelles LGBTQI comme Jean Cocteau ou Colette, mais des milieux éducatifs et culturels qui n’éprouveront pas le besoin de parler de leur sexualité ». Une attitude décevante, mais pas surprenante en France, dans une société qui veut éviter à tout prix « la ghettoïsation » des LGBT+, et des autres.
En France, il y a le grand roman national, le reste n’est que de l'ordre du personnel ou de l'intime.
 « La peur (très hypocrite) du différentialisme et du risque "communautariste" sont des explications » selon Christine Bard. Cette fameuse notion d’universalisme républicain pose problème et ce n’est d’ailleurs pas un hasard s'il n’existe pas non plus de Mois de l’histoire noire. En France, il y a le grand roman national, le reste n’est que de l'ordre du personnel ou de l'intime. Il faut dire que l'hexagone a traversé de nombreuses polémiques ces dernières année, que ce soit sur les études de genre ou sur les ABCD de l’égalité. En 2010, la diffusion programmée dans des classes de CM1 et CM2 du film Le Baiser de la lune, qui raconte une histoire d’amour entre deux poissons mâles, avait fait un tollé. Christine Bard est loin d’être surprise : « Les actions contre les discriminations à l'égard des personnes LGBT sont encore perçues par beaucoup comme du "prosélytisme" ».  
« Il faut donc déconstruire l’idée qu’être lesbienne, gay, bi.e ou trans est un thème "d'adulte". »
Même les campagnes gouvernementales anti-harcèlement scolaire ne mentionnent que rarement l’orientation sexuelle, comme source de persécutions. Tout se passe comme si, en France, il n’était pas bon de parler de ces questions à des enfants. Un constat que partage Claire Mead : « J’ai l’impression qu'il y a cet argument que tout ce qui porte aux questions LGBTQI est forcément sexuel et donc est inapproprié pour l'enfant par défaut. C’est un préjugé compliqué à démêler : il faut essayer d'expliquer aux gens que ce n’est pas de la propagande que d'en parler et de rendre ces thèmes visibles. Il faut donc déconstruire l’idée qu’être lesbienne, gay, bi.e ou trans est un thème "d'adulte" imposé aux enfants : les questions autour de l'identité, de la découverte de soi, et des sentiments amoureux platoniques sont liées à l'enfance, quel que soit le l'identité de genre ou l'orientation. »

Chiche, Emmanuel ?

Autre niveau de lecture, autre verrou : le manque cruel de spécialistes dans les universités françaises. S'il y a de plus en plus de chercheurs et chercheuses spécialisé.e.s dans l’histoire des gays, lesbiennes, bi.e.s et trans, la recherche sur ces questions reste encore trop marginale. « Les spécialistes ne sont pas très nombreuses et nombreux », confirme Christine Bard. « Il faut aussi une certaine masse critique pour s’imposer. » Or, cette masse critique est loin d’être atteinte, d’autant que la tradition universitaire « est très étatique, peu ouverte à la diversité des thématiques, à la diversité tout court et « est aussi réticente à beaucoup d’innovations » comme l’interdisciplinarité. Ce modèle de recherche croise les disciplines et a beaucoup fait avancer les études LGBT+ aux États-Unis. Et ce n'est pas comme si le pouvoir cherchait à favoriser le bourgeonnement des études de genre : souvenez-vous, en 2015, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, annonçait couper les subventions des-dites études. Tout un symbole. Cette question de centralisation, et d'indépendance de l’école et des universités, est une variable qui différencie le Royaume-Uni et les États-Unis de la France. Outre-Manche, les directeurs et directrices d’école ont plus d’autonomie que leurs pair.e.s français.e.s qui dépendent encore largement des décisions du ministère de l’Éducation à Paris. Un modèle français du LGBT History Month passerait-il nécessairement par l’État ? La proposition soulève bien des questions selon Claire Mead : « Quand il s'agit de travailler avec un gouvernement sur les questions LGBTQI, il faut agir avec un avis nuancé et critique, en prenant garde à ce qu'il ne soit pas détourné ou dépolitisé, puis en se souvenant que l'homophobie et la transphobie d'état sont des faits avérés. Ce serait positif de pouvoir collaborer avec le ministère de l'Éducation...tant que les personnes LGBTQI au cœur du projet n'en sont pas dépossédés. » Il n’est de toute façon pas certain que le gouvernement d’Emmanuel Macron ait très envie de se retrouver associé à un tel projet. Pourtant, le temps presse, le harcèlement scolaire en raison de l’orientation sexuelle sévit toujours dans les écoles française. Et les élèves LGBT+ souffrent toujours autant d’un manque d’information sur ce qu’ils sont. Et puis, comme l’explique Tom Fenwick, « si vous ne parlez pas aux enfants, si vous attendez qu’ils soient des adultes, il n’y aura pas de changement ». Alors, un mois de l’histoire LGBT+, chiche ?" ["post_title"]=> string(48) "À quand un Mois de l'histoire LGBT+ en France ?" ["post_excerpt"]=> string(226) "Le Mois de l'histoire LGBT existe depuis des années aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais ne rencontre aucun écho chez nous. Pourtant, elle permet de parler des personnes LGBT+ à l'école et de lutter contre l'homophobie." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(25) "mois-histoire-lgbt-france" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-26 11:29:43" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-26 10:29:43" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1835" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } ["carousel"]=> bool(false) } -->

Amina Sboui : « Arrivée à un certain âge, on en a assez des gardes à vues »

Publié le

À 23 ans, Amina Sboui a laissé les Femen derrière elle et donne son énergie et sa voix aux droits des personnes LGBT+ en Tunisie. Entretien.

Portrait d'Amina Sboui
Portrait d'Amina Sboui - Emeric Fohlen (Hans Lucas)
Article Prémium

« Mon corps m'appartient et n'est source d'honneur pour personne ». En 2013, Amina Sboui prenait sa part dans l'après-révolution de la Tunisie, avec une photo historique. Visage et poitrine découverts, le regard défiant l'autorité des autres, elle faisait le tour du monde. Passée par une page Femen qu'elle a vite tournée, la féministe travaille aujourd'hui à rendre le quotidien des personnes LGBT+ plus paisible dans son pays. Après avoir ouvert sa porte aux exclu.e.s de Tunisie, elle a créé en 2015 un foyer, la maison arc-en-ciel, à 20 kilomètres de Tunis. À 23 ans, celle qu'on appelle Amina et qui a fait son coming out bi à la télévision, est déjà une vétérante des luttes féministes, agnostiques, anarchistes et LGBT. Pour Komitid elle revient sur son parcours et ses combats.

La Tunisie fait régulièrement la Une pour ce qui est de la répression contre les personnes LGBT+. Pourquoi ?

Amina Sboui : Je pense que la Tunisie a une position intéressante. Depuis la révolution, nous sommes l’un des pays arabes les plus ouverts, avec le Liban, sur les questions LGBT+. On a des leviers pour militer, on a des espaces pour se retrouver. Mais par rapport aux pays européens, on reste un exemple de répression. Et il y a de quoi : en 2017, 71 personnes ont été arrêtées pour « homosexualité » avec l’article 230. Même si en Egypte ce doit être 70 personnes par jour, il faut militer contre cela.

Adolescente tu étais allée demander la permission dans un commissariat pour soutenir Gaza… ta détermination a-t-elle changé ?

A.S. : J’ai commencé à me mobiliser en 2008 (deux ans avant la révolution, ndlr), j’avais 13 ans. Je pense que je suis restée la même, mais que mon mode d’activisme a changé. Avant, je pensais manif, manif, manif. J’allais demander les autorisations, et puis j’insultais les flics… je pense qu’avec l’âge on en a marre des gardes à vue. Et il faut savoir qu’ici la garde à vue, c’est quand on a de la chance. Beaucoup de gens sont morts sous les coups des policiers, beaucoup souffrent des conséquences de la torture.

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