Dépolitisé, le 8 mars loue (et vend) une femme hétéro, blanche, valide et cisgenre

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Officialisée en 1977 par l'ONU, la « journée internationale des droits des femmes » est devenue une deuxième Saint Valentin trop souvent dédiée à l'idée de la femme, blanche, mince, hétéro, riche, valide. Komitid a décidé de donner la parole aux principales et principaux concerné.e.s, qui ont un avis bien tranché sur la question.

Une explosion de couleurs
Une explosion de couleurs - Jakob Puff, Unsplash
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Au début du XXe siècle, des féministes luttaient pour que le droit de vote soit ouvert à la moitié femme de l'humanité. Elles s'enchaînaient aux bâtiments publics, occupaient la rue, se faisaient écraser par les chevaux. On (les hommes) attribua à ses guerrières anti-système le nom de suffragette, avec le suffixe -ette, pour rappeler qu'elles seront toujours plus petites que les puissants.

De nombreuses autres femmes non-blanches dans le monde se sont battues, mais c'est de la lutte de femmes européennes et blanches dont se sont inspiré les Nations Unies pour instituer la Journée internationale des droits des femmes. La première fois, c'était le 8 mars 1977. Le but de cette journée était de faire le bilan annuel des conditions de vie des femmes dans le monde : montrer les discriminations, mais surtout, surtout, saluer les victoires.

Une croix sur le calendrier du male-guilt

Depuis, le 8 mars est devenu l'occasion de se souvenir des femmes d'ici, qui représentent 52 % de la population et qui restent considérées comme une minorité. On met en Une les (rares) patronnes du CAC 40, on fait des portfolios sur « ces femmes qui font des métiers d'hommes », on raconte celles qui ont pris le droit de courir un marathon. En gros, on rappelle que l'égalité est doucement en marche, chez nous. Une pièce dans la tirelire du male-guilt (la culpabilité des hommes).

Le 8 mars, c'est aussi l'occasion pour certain.e.s de signer une pétition pour ces femmes d'ailleurs (sous-entendu les pays présentés comme moins développés que les nôtres), qui restent excisées, violées, mariées de force, mises en esclavage par les hommes d'ailleurs. On achète des roses rouges pour soutenir ces autres, pour qui rien n'est gagné ou si peu. Une pièce dans la tirelire du néocolonialisme teinté de white-guilt (la culpabilité des blanc.he.s).

« Lors du 8 mars, labellisé comme  "Journée de la Femme", on célèbre une femme immuable et rêvée. L'inconscient sociétal est blanc, hétéro, aisé, valide, etc... », explique Aude Lorriaux à Komitid. La journaliste est co-auteure avec Mathilde Larrère de l'enquête Des intrus en politique, parue dernièrement aux éditions du Détour. Elle a, entre autres, exposé le quotidien des femmes politiques lesbiennes. « Les femmes sont souvent taxées d'autoritarisme et les femmes lesbiennes subissent d'autant plus de discriminations en politique. Il suffit souvent juste du mot "lesbienne" pour discréditer une personne voire la virer de la réunion ». Selon elle, ce 8 mars aura un parfum particulier : « cette année, le 8 mars arrive après de longs mois où les droits des femmes ont fait l'actualité. Beaucoup de personnes que je connais n'envisagent pas cette journée 2018 comme une journée particulièrement féministe. »

Pour les revendications, merci d'attendre le 25 novembre

Le mot d'ordre, en cette année post #metoo, c'est #MaintenantOnAgit pour rappeler la tribune lancée par la Fondation des femmes avant les César. La grande cause, l'inégalité salariale. Des manifestations auront beau être organisées aux quatre coins de la France, cette journée sera de toute façon désespérante, comme toutes les autres années.

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