La communauté Lesbians Who Tech arrive à Paris
Mardi 13 octobre aura lieu à Paris le tout premier rendez-vous en France de la communauté Lesbians Who Tech. Yagg a rencontré Marine Rome, qui a participé à la création de cet événement.
Né à San Francisco en 2012, Lesbians Who Tech est un important réseau destiné aux professionnelles des technologies issues de la communauté LGBT, qui n’a cessé de se développer et touche désormais une trentaine de villes à travers le monde. Après Berlin en août dernier, c’est au tour de Paris d’organiser son Lesbians Who Tech français mardi 13 octobre. Pour présenter ce tout premier rendez-vous des «French techies», Marine Rome (à gauche) a répondu aux questions de Yagg.
Qui est à l’origine du Lesbian Who Tech de Paris? Deux membres de l’équipe des Dégommeuses, Cristina Arranz (à droite) et moi-même. Cristina est bien sûr la tour de contrôle de la défense centrale des Dégos mais aussi manager B2B et B2C chez Hi-Pay Mobile. Pour ma part, je suis la communications manager de Squid Solutions, une entreprise franco-américaine technologique qui fournit des solutions data et analytique. Nous travaillons donc toutes les deux dans la tech mais nous sommes aussi des militantes, chez les Dégommeuses, et à Marea Granate (un groupe de jeunes Espagnol.e.s immigré.e.s) pour Cristina et Oui Oui Oui pour moi.
Comment s’est lancé ce projet et comment avez-vous préparé ce premier rendez-vous? Lors d’un déplacement professionnel à San Francisco, j’ai rencontré une fille qui m’a parlé du réseau Lesbians Who Tech. J’ai été fascinée par l’existence d’un tel réseau!
Les événements tech en France sont loin d’être inclusifs et les profils représentés sont extrêmement uniformes à savoir des hommes blancs hétéros et cisgenres. En tant que femme lesbienne, j’ai toujours eu du mal à me sentir tout à fait à l’aise, étant ultra minoritaire de manière systématique.
De retour à Paris, j’ai commencé à suivre les activités de LWT, et j’ai eu envie de lancer le réseau à Paris, j’en ai donc parlé à Cristina. On aime beaucoup lancer des projets ensemble. Puis nous avons pris contact avec Leanne Pittsford, la fondatrice américaine, qui était ravie de voir une antenne parisienne se lancer!
Quelle forme va prendre la toute première rencontre qui aura lieu mardi? Comment va-t-elle évoluer? La première n’aura pas de thématique particulière. Nous allons présenter les enjeux de LWT et les raisons de notre démarche. Ensuite le but est de créer le dialogue entre les participantes, comprendre les besoins de chacune pour que nous déterminions ensemble quelle forme donner à ces rencontres qui ont bien sûr vocation à devenir récurrentes. J’imagine que nous aurons aussi des thématiques, des invité.e.s et que nous participerons aux différents sommets internationaux de LWT. Elles étaient par exemple 1200 réunies dans le Castro Theatre de San Francisco en février dernier!
Pour le moment, as-tu une estimation du nombre de personnes qui seront présentes? Si j’en crois l’événement Facebook, nous serons 45 participant.es, ce qui est une très bonne nouvelle! Notre objectif était de réunir 10 à 15 personnes pour un premier afterwork. C’est sûrement la preuve que la création de ce réseau répond à un vrai besoin ici!
Quelles sont d’après toi, les spécificités du public queer/lesbien à Paris? Comment adapter le concept LWT à la France? LWT remplit plusieurs enjeux. Le premier est de créer un «safe space», un espace serein pour que les femmes queer puissent se sentir à l’aise et échanger sur leur quotidien, les nouveaux outils tech, les tendances ou même les salaires et les offres d’emplois. La mise en réseau est importante mais elle ne se fait pas puisque les lesbiennes sont rarement out dans l’entreprise.
À la différence des États-Unis, où chacune des entreprises de la Silicon Valley aligne un char à la Pride de San Francisco, le secteur privé français est très frileux sur cette question.
Je me suis notamment rendu compte de cette différence criante lors du coming-out de Tim Cook, le patron d’Apple. Avec mon boss, nous en avons discuté et il a décidé de signer une tribune dans le Huffington Post «Oui, la diversité est un atout pour les entreprises». À ma connaissance, il reste le seul patron du secteur privé en France à avoir pris position dans ce sens. Dans ce contexte, il est très difficile de s’affirmer en tant que lesbienne out dans l’entreprise. Le deuxième enjeu de LWT est la visibilité. Avec le grand succès des sommets à travers le monde, Leanne Pittsford parvient à visibiliser et valoriser notre communauté. Elles ont par exemple été reçues à la Maison Blanche par Barack Obama et Joe Biden. Une preuve que la visibilité mène à l’acceptation et à l’influence. Pour le cas français, j’ai le pressentiment que nous serons dans un premier temps beaucoup plus tournées vers le premier enjeu, même si on espère pouvoir motiver les filles pour créer nos propres événements à Paris et rejoindre les grands événements LWT aux États-Unis!
Que répondrais-tu à une personne qui ne saisit pas l’intérêt de cet espace qu’offre Lesbians Who Tech? Lorsque je parle de LWT autour de moi, j’ai une interrogation récurrente: n’est-ce pas trop communautariste comme approche?
L’universalisme à la française est tellement intériorisé que l’organisation, «l’empowerment» des minorités est de facto suspect.
Pourtant personne n’est choqué par la puissance des réseaux de grandes écoles ou des multiples réseaux de pouvoirs. Pourquoi nous le reprocher? Je suis convaincue que la structuration et la visibilité de nos communautés sont fondamentales et j’ai espoir que LWT à Paris soit une nouvelle pierre à cet édifice.
Lire aussi notre interview de Leanne Pittsford
Le Lesbians Who Tech de Paris aura lieu mardi 13 octobre au Allen’s Market (33 rue du Château d’Eau, dans le 10e arrondissement) à partir de 19h30.
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