La Hongrie de Viktor Orbán s'enfonce dans la LGBTphobie, que fait l'Europe ?

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La Hongrie foule aux pieds les principes constitutionnels de l'Europe à laquelle elle appartient. Rien que ces deux dernières années, le gouvernement a mis en place des mesures de plus en plus strictes.

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Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán - photocosmos1 / Shutterstock

Pas à pas, la Hongrie de Viktor Orbán s’enfonce dans la LGBTphobie. Depuis sa réélection pour un troisième mandat en 2014, Viktor Orbán affirme les racines chrétiennes de l’Europe, s’oppose à l’immigration et s’attaque aux droits des personnes LGBTI+.

Rien que ces deux dernières années, le gouvernement a mis en place des mesures de plus en plus strictes. En mai 2020, le parlement hongrois a voté la loi transphobe du Premier ministre Viktor Orbán. Celle-ci interdit la reconnaissance du genre des personnes trans, les empêchant de changer légalement leur genre.

En décembre 2020, un ensemble de mesures vise à restreindre encore plus les droits des personnes LGBTI+. Un premier amendement inscrit la notion traditionnelle de « genre » dans la Constitution et un autre interdit de facto l’adoption aux couples de même sexe.

Censure de l’homosexualité

Cette semaine, mardi 15 juin, le parlement hongrois a adopté un texte interdisant la « promotion » de l’homosexualité auprès des mineur·es. Les programmes éducatifs ou les publicités, des films, des livres ne seraient plus autorisés. En octobre 2020, Viktor Orbán s’était déjà attaqué à un – bien inoffensif– conte pour enfants inclusif présentant une Cendrillon lesbienne ou une tueuse de dragons trans.

Viktor Orbán mène aussi le combat au nom de ce concept fumeux de « cancel culture » (un peu comme en son temps la « théorie du genre »), une accusation, et cela mérite d’être souligné, brandie par l’ultra droite américaine et les mouvements conservateurs.

LGBTphobie décomplexée

Face à cette LGBTphobie totalement décomplexée, que fait l’Europe ? Pour le moment, elle parle. Jeudi, la présidente de la Commission, Ursula von der Leden, s’est dite « très préoccupée ». Mais est-ce suffisant ? La Hongrie foule aux pieds les principes constitutionnels de l’Europe à laquelle elle appartient et notamment l’article 2 Traité sur l’Union européenne*. Et les sanctions ne viennent toujours pas.

La Hongrie n’est pas un cas isolé en Europe. La Pologne aussi s’attaque aux droits des minorités et en particulier ceux des personnes LGBTI+. Cela fait plusieurs années que ça dure et ces gouvernements illibéraux fragilisent aussi la justice et intimide les médias. Leur modèle ? La Russie de Vladimir Poutine.

La société civile n’est cependant pas muette et à l’instar du gardien de but hongrois de Leipzig, Peter Gulacsi, qui a apporté son soutien aux couples de même sexe en février dernier, les associations se battent et manifestent. Mais jusqu’à quand pourront-elles le faire ?

Impunité quasi totale

Cette politique anti-LGBT s’accompagne aussi d’une impunité quasi totale envers les militants d’extrême droite qui multiplient les attaques contre des événements LGBTI+. Dans un reportage pour Komitid, le journaliste Joël Pavous évoquait huit évènements LGBTI+ perturbés par des groupuscules d’extrême droite rien qu’en juin 2019. Mais ça, ce n’est malheureusement pas que l’apanage de la Hongrie. En France aussi, les actions de l’extrême droite se mutiplient et l’agression le 16 juin à Rouen d’Alice Coffin par un groupe de masculinistes identitaires, doit nous rappeler qu’en France aussi, et toutes proportions gardées, la vigilance est plus que jamais de mise.

 

*« L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes »