Quelques tables plus loin, Estéban, 5 ans, joue lui aussi avec un brumisateur. Contrairement à Calixte, Estéban n'est pas né d'une PMA et ses parents, Audrey et Arthur Kermalvezen, sont hétérosexuels. C'est parce que ces derniers font partie de l'association Origines qu'ils ont décidé de venir aujourd'hui. L'une des revendication de l'organisation est la possibilité pour les enfants nés d'une PMA de contacter leurs donneurs pour que ces derniers puissent décider ou non de lever leur anonymat.  C'est la première fois que le couple est présent à une Marche des fiertés et la militante a décidé de braver la chaleur pour faire passer son message.
« Le mariage est un droit, pas un devoir ! »
La chaleur est étouffante quand Laurène Chesnel, Audrey Kermalvezen et d'autres porte-paroles d'associations prennent la parole boulevard du Montparnasse avant le début de la procession à 14h. La grande banderole « Filiation, PMA : marre des lois à minima » fait face à Célia Cotinaud, représentante de l'association des enfants d'arc-en-ciel, dont la voix déterminée porte vers la foule impatiente. « Le mariage est un droit, pas un devoir ! », crie-telle. [caption id="attachment_26593" align="alignnone" width="3456"]PMA et filiation: marre des lois à minima, mots d'ordre de la marche des fiertés parisienne de 2019 PMA et filiation: marre des lois à minima, mots d'ordre de la marche des fiertés parisienne de 2019 - Antonio Pais[/caption] Afin d'adopter un enfant né par PMA et porté par son ou sa partenaire, le parent social doit en effet être marié au parent biologique. « Qu'on soit un couple, marié ou non, il ne devrait pas y avoir de spécification », expliquait Célia Cotinaud à Komitid quelques minutes avant sa prise de parole, le regard posé sur Joachim, 2 mois. « Nous sommes là malgré la chaleur, avec nos enfants, pour visibiliser et banaliser notre famille. »
« Nous sommes là malgré la chaleur, avec nos enfants, pour visibiliser et banaliser notre famille. »
Célia Cotinaud n'est pas restée bien longtemps après sa prise de parole, inquiète que Yael et Joachim ne souffrent du bruit et de la chaleur. Il faut dire que les chars sont désormais lancés et les enceintes envoient des décibels. Une atmosphère pas forcément favorable aux enfants en bas-âge. C'est sans doute pour cela que l'Association des Parents et Futurs Parents Gay et Lesbiens (APGL) a troqué le char contre un petit train blanc et les baffles contre une fanfare. « On trouvait ça plus festif » explique Samuel, qui a rejoint l'association il y a sept ans. Il est papa d'un petit garçon, Valentin, né par Gestation pour autrui (GPA) au Canada il y a 2 ans, qu'il a préféré ne pas emmener à cause de la chaleur. Les yeux cachés derrière ses lunettes de soleil et une corde à la main pour éloigner les marcheurs du petit train, il raconte qu'au Canada, où la GPA est légale, « tout s'est très bien passé » tandis qu'en France c'est « tout une histoire pour rien ». Samuel a le sourire aux lèvres et de l'amertume dans la voix. Le certificat de naissance canadien de Valentin enregistre ses deux papas, mais ils n'ont pas entamé de procédure en France. « Nous n'allons pas adopter notre propre enfant, c'est absurde », réplique-t-il en tirant sur la corde qu'il a dans la main.

Roulez roulez petit train

À l'intérieur du train sont assises quelques familles, qui profitent de l'ombre que leur offre ce moyen de locomotion. Une petite fille, entourée de ses deux mères, semble plus passionnée par sa glace au chocolat que par les centaines de personnes qui marchent autour d'elle dans des tenues colorées. [caption id="attachment_26591" align="alignnone" width="1300"]Le petit train de l'APGL à la marche des fiertés 2019 de Paris Le petit train de l'APGL à la marche des fiertés 2019 de Paris - Antonio Pais[/caption] Il est 15h quand après une lente progression le train atteint enfin l'un des jets d'eau des pompiers, mis en place pour refroidir les manifestant.e.s. Sarah et Mariantonia partagent une banquette avec leur fille Edna, qui n'a pas l'air de remarquer la chaleur et profite du voyage, tout en observant les bulles qui s'envolent autour du train. Sarah n'a jamais hésité à parler avec Edna de sa conception : « Elle a très vite compris quand on lui a expliqué ce qu'était la PMA et qu'elle avait un donneur. Elle nous a dit "C'est un père Noël pour les bébés". » Avec la chaleur, les familles défilent dans le train et ne restent jamais bien longtemps. Mais les bouilles des petit.e.s sont toujours aussi mignonnes et les expériences de PMA ou de GPA des parents se font échos. Certain.e.s sont allé.e.s en Belgique, d'autres au Pays-Bas ou encore au Danemark. Peut-être que lors de la marche des fiertés de 2020, des parents seront assis dans le petit train de l'APGL avec une procédure de PMA en court en France. Les débats sur la loi bioéthique qui doivent avoir lieu en septembre en décideront." ["post_title"]=> string(109) "« Le projet de loi filiation ne nous satisfait pas » : on a marché avec des parents LGBT+ à la Pride 2019" ["post_excerpt"]=> string(151) "Armés de brumisateurs et de crème solaire, les parents LGBT+ ont défendu l'ouverture de la PMA pour toutes à la Marche des Fiertés samedi 29 juin." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(98) "le-projet-de-loi-filiation-ne-nous-satisfait-pas-on-a-marche-avec-des-parents-lgbt-a-la-pride-2019" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-07-01 12:41:41" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-07-01 10:41:41" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=26569" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15148 (24) { ["ID"]=> int(26486) ["post_author"]=> string(2) "75" ["post_date"]=> string(19) "2019-06-28 14:38:35" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2019-06-28 12:38:35" ["post_content"]=> string(17393) "Tout le mouvement associatif ou presque célèbre le 50ème anniversaire des émeutes de Stonewall comme point de départ du mouvement LGBT moderne. Même si l’influence de cet événement reste indirecte en France, la mobilisation associative commence à émerger à partir des années 70.

Années 70 : Le point de bascule

Au début des années 70, c’est l’association Arcadie qui incarne à elle seule le paysage homosexuel français. Fondée en 1954 par l’austère André Baudry, ancien séminariste, Arcadie est à la fois une revue et un espace de rencontres, situé rue du Château d’Eau à Paris.
« Arcadie avait pour ambition de rassembler ce qu'André Baudry appelait le “ peuple homophile ” en une sorte de communauté »
Comme le rappelle Mathias Quéré, auteur de Qui sème le vent récolte la tapette (Tahin Party), l’association vaut mieux que la réputation de ringardise qui lui collera longtemps à la peau : « Loin de ce que la mémoire militante a pu en retenir, il est aujourd'hui important de souligner que la situation qu'ont affrontée les fondateurs d'Arcadie était particulièrement complexe et que loin de “ raser les murs ”, ils ont pris des risques conséquents pour  exister. Arcadie proposait un espace de sociabilité distinct et avait pour ambition de rassembler ce qu'André Baudry appelait le “ peuple homophile ” en une sorte de communauté. » Le point de bascule intervient le 10 mars 1971 : l’interruption de l’émission de RTL, Allô Ménie, consacrée à l’homosexualité, par un groupe de militantes féministes et lesbiennes et qui donnera naissance au Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR).  

Rupture générationnelle, politique et au delà

Avec Arcadie, la rupture est générationnelle, politique et au delà. À l’image du Gay Liberation Front aux aux Etats-Unis, qui donne un coup de vieux à la vieille Mattachine Society, « le FHAR célèbre à l'instar du mouvement homosexuel étasunien l'idéologie du “ come out ”, loin du paradigme de respectabilité que cherchait à professer Arcadie », note Mathias Quéré. Les lesbiennes s’éloignent rapidement du Fhar et créent les Gouines Rouges, deux mois plus tard. Explications de Mathias Quéré dans son livre : « Si le FHAR a d'abord été créé par une majorité de lesbiennes féministes, les assemblées générales des Beaux­ Arts se convertissent rapidement en un lieu de drague masculin. Comme le souligne Michael Sibalis, il y a une “ déconnexion  évidente entre les visées politiques du Fhar et les attentes plus prosaïques de la plupart des jeunes hommes présents à ces runions ”. Chassé de l’amphithéâtre des Beaux Arts, où se réunissait, le Fhar disparaît en 1974. Les Gouines Rouges avaient cessé leurs activités l’année précédente. [caption id="attachment_26502" align="aligncenter" width="768"] La couverture du numéro 2 de L'antirnorm de février-mars 1973, du Fhar - DR[/caption] En 1974, André Baudry exclut d’Arcadie un groupe de jeunes qu’il trouve trop gauchistes à son goût. Cela donne naissance au Groupe de libération homosexuelle, le GLH, qui — c’est une première — va bientôt essaimer partout en France. Deux scissions successives donnent naissance à trois entités distinctes : le GLH – Politique et quotidien, le GLH – Groupe de base et le GLH 14 décembre. Le GLH - PQ est notamment emmené par Jean Le Bitoux. Plusieurs de ses membres fonderont ensemble le Gai Pied. Ce qui reste des GLH se transforme en 1979 lors des premières Universités Euroméditterranées de l’Homoseuxelaité (UEH) pour donner naissance à une nouvelle entité, ainsi que l’explique Mathias Quéré : « Avec le CUAHR c'est la perspective politique de ces groupes qui évolue, à l'instar des tous les mouvements d'extrême gauche en cette fin des « années 1968». La tendance gauchiste et révolutionnaire d'une partie des GLH s'oriente vers des positions plus réformistes et revendicatrices de droits. »  Les années 70 voient également la naissance de deux associations religieuses, David & Jonathan en 1972 et le Beit Haverim en 1977 et d’une association trans, l’Association Beaumont Continental, en 1975. Ces trois là sont toujours en activité.

Années 80 : le mouvement homosexuel face au sida

Le CUAHR commence les années 80 avec un beau succès : le 4 avril 1981, il organise la Marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes qui réunit 10 000 personnes dans les rues de Paris.   [caption id="attachment_26504" align="aligncenter" width="1000"]La première « Marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes », organisée par le CUARH le 4 avril 1981 à Paris - Claude Truong Ngoc La première « Marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes », organisée par le CUARH le 4 avril 1981 à Paris - Claude Truong Ngoc[/caption]   En 1982, un an après l’élection de François Mitterrand, le Parlement vote la suppression de l’article 331, alinéa 2, du Code pénal qui discriminait les homosexuels. Finis aussi les contrôles spécifiques des établissements gays et oublié le fichier des homosexuels à la Préfecture de police de Paris. La France annonce aussi « ne plus reconnaître la classification de l’OMS de l’homosexualité comme maladie mentale », rappelait Antoine Idier, auteur du livre Les Alinéas du placard. C’est une victoire incontestable pour le mouvement homosexuel. Le CUARH voit cependant ses militant.e.s se démobiliser. « Même si les droits des homosexuels sont encore loin d'être tous acquis, les mesures législatives de 1981 et 1982 vont être considérées comme majeures et beaucoup considèreront le combat définitivement gagné, explique le site Hexagone gay. Des luttes de pouvoir internes, des affrontements entre Paris et la province, entre les gays et les lesbiennes vont avoir raison des GLH et du CUARH. L'apparition du sida, avec ses nombreux décès dans la communauté homosexuelle va y mettre fin définitivement. »
« Les premières associations de lutte contre le sida échouent à s’ancrer explicitement dans le mouvement homosexuel »
L’épidémie, qui touche particulièrement les gays, vient effectivement bouleverser la donne. En 1984, au lendemain de la mort de son compagnon Michel Foucault, Daniel Defert créée Aides, qui deviendra et reste encore aujourd’hui la plus grande association de lutte contre le VIH en France. Ce n’est pas officiellement une association gay, mais de nombreux homosexuels s’y engagent. Dans leur livre Sociologie de l’homosexualité (La Découverte), les sociologues Sébastien Chauvin et Arnaud Lerch notent : « La crainte de la stigmatisation explique en partie les hésitations initiales des associations gaies à s’emparer de la question, tandis que les premières associations de lutte contre le sida échouent à s’ancrer explicitement dans le mouvement homosexuel (par exemple Vaincre le Sida créée en 1983) ou détachent d’emblée leurs discours et revendications de toute référence explicite à l’homosexualité, à l’instar des principales associations comme Aides ou Arcat-Sida. »

Identité et militantisme

Identité et militantisme vont de nouveaux de pair dans la lutte contre le VIH avec la création en 1989 d’Act Up-Paris, qui là aussi s’inspire d’un modèle américain Act Up-New York, créée deux ans plus tôt, et revendique son origine dans la communauté homosexuelle. La lutte contre l’épidémie n’empêche pas la création d’associations gays et lesbiennes importantes comme Homosexualité et socialisme en 1983, qui marque le début du militantisme LGBT au sein des partis. On notera aussi le lancement du Mag (Mouvement d'affirmation des jeunes lesbiennes, gais, bi & trans) en 1985. En 1986, alors que la Gay Pride, qui n’est plus organisée par des associations, ne réunit que 1000 personnes, deux organisations emblématiques sont créées, qui témoignent de la diversification du mouvement : l’association des Parents gays et lesbiens (APGL), qui va traiter des questions liées à la parentalité et à la filiation, et l’association sportive CGPIF (Comité gay de Paris Ile de France, qui deviendra la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne en 2000), créée au retour des deuxièmes Gay Games, qui se sont tenus à San Francisco, qui marque le début d’un mouvement qui trouvera son point d’orgue 22 ans plus tard avec les Gay Games de Paris 2018.

Années 90 : le mouvement se diversifie

Le mouvement LGBT associatif continue à se développer au cours des années 90.  En 1993, des militants s’inspire de l’association américaine PFLAG, créée en 1973 aux Etats-Unis pour créer Contact. En 1994, c’est un ancien militant d’Act Up-Paris — compagnon de l’emblématique Cleews Vellay, Philippe Labbey, qui est à l’origine du Centre gay et lesbien de Paris. Cela commence à vraiment bouger aussi du côté des associations trans. Tom Reucher fonde l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB) en 1996, qui organise la première marche Existrans, l’année suivante. En 1993, la docteure Camille Cabral avait fondé le PASTT, qui venait en aide aux travailleuses du sexe trans. Les deux organisations vont bientôt être rejointes par beaucoup d’autres. On assiste également à l’émergence d’une nouvelle revendication, celle des droits pour les couples de même sexe, dont le manque a été particulièrement mis en évidence par l’épidémie de VIH/sida. Ce sera le projet du CUC, puis du CUS Mais le nom choisi sera pacte civil de solidarité (pacs), adopté définitivement en 1999. Face au foisonnement associatif, l’heure est à la tentative d’organisation. En 1995, l’Interpride veut fédérer les marches des fiertés (qu’on n’appelle pas encore ainsi).  La Coordination Lesbienne Nationale, future Coordination Lesbienne en France (CLF) naît en 1997. L’Inter-LGBT est créée fin 1999 pour organiser la marche des fiertés LGBT (le nom Lesbian & Gay Pride avait été déposé en 1991). L’Inter Centres LGBT, qui se nomme aujourd’hui la Fédération LGBTI+, suit quelques années plus tard en 2003.
« De nombreux centres gays et lesbiens finissent par devenir des centres LGBT (Lesbiens Gays Bi Trans) au contact de ces nouvelles associations qui imposent progressivement leurs thématiques »

Années 2000-2010 : l’émergence des associations trans et les nouveaux défis

Les années 2000 sont incontestablement celles de l’éclosion de nombreuses associations trans, comme le note le sociologue Arnaud Alessandrin dans Sociologie des transidentités (Le Cavalier Bleu) :  « Les années 2010 voient une explosion des associations. OUTrans, association trans parisienne, donne la voix à de nombreux jeunes garçons trans et à des figures non binaires, Trans3.0 sur Bordeaux initie de nombreux débats locaux, ACCEPTESS-T (Actions concrètes conciliant éducation prévention, travail, équité, santé, sport pour les transgenres) met l’accent sur les personnes en situation de prostitution, C’est pas mon genre à Lille, l’ORTrans à Paris, Ouest trans à Nantes ou En tous genre à Poitiers finissent par mailler des territoires jusque-là dépourvus d’associations trans. Notons à cet égard que de nombreux centres gays et les- biens finissent par devenir des centres LGBT (Lesbiens Gays Bi Trans) au contact de ces nouvelles associations qui imposent progressivement leurs thématiques. » Le succès grandissant de la marche Existrans prouve la vitalité du mouvement qui est aussi l'occasion de visibiliser les problématiques des personnes intersexes. [caption id="attachment_26500" align="aligncenter" width="1024"]L'Existrans 2013, à Paris - Xavier Héraud L'Existrans 2013, à Paris - Xavier Héraud[/caption] Si l’ensemble des associations LGBT+ (l'acronyme qui s'impose désormais) font peu à peu corps autour de la revendication du mariage pour tous, se pose une question une fois celui-ci adopté — dans la douleur — en 2013. La PMA reste une revendication forte, en revanche les associations restent divisées sur la Gestation pour autrui. L’inter-LGBT n’a pas pu prendre position sur le sujet faute de consensus interne.

Crise de l'accueil des migrant.e.s

La crise de l’accueil des migrant.e.s et l’afflux toujours plus nombreux des demandeur.euses d’asile LGBT+ poussent aussi les associations à s’organiser. C’est l’une des principales missions de l’Ardhis, créée en 1998, mais Le Refuge et les Centre LGBT dans toute la France sont de plus en plus sollicités et doivent se spécialiser sur les questions souvent techniques de la demande d’asile. Au delà des ré-orientations politiques et militantes, le mouvement est aussi traversé de question identitaire, avec l’émergence de l’identité queer. Pour Sébastien Chauvin et Arnaud Lerch, « Une nouvelle génération militante redynamise en effet les questions LGBT aussi bien sur le plan théorique qu’organisationnel en revendiquant une filiation critique avec les mouvements des années 1970. Ce regain militant est partiellement encouragé par la réémergence d’une gauche radicale et altermondialiste qui , sans toujours se situer à l’avant-garde des revendications, offre à nouveau un espace à l’épanouissement de discours politiques plus combatifs. »

Un mouvement jugé trop « mainstream »

Les sociologues citent la création de groupes comme les Panthères Roses à Paris ou TapaGes à Strasbourg, mais aussi des groupes lesbiens comme la Barbare ou les Furieuses Fallopes. Ces derniers n’existent plus mais ont été remplacés par différents collectifs, qui n’hésitent pas à remettre en cause le mouvement jugé trop « mainstream », dépolitisé et consensuel, soit en organisant des marches concurrentes aux marches des fiertés (à l’image des différentes Prides de nuit), soit en prenant unilatéralement la tête des cortèges, avec le lot de frictions que cela entraîne parfois. Ainsi, en 2019, les organisateurs de la pride lyonnaise ont refusé de suivre le groupe radical qui entendait ouvrir la marche. À Paris, le Collectif Intersexes et Allié.e.s souhaite à son tour prendre la tête de la marche parisienne. Alors le torchon brûle-t-il à l’intérieur du milieu associatif LGBT ? Sans doute, mais cette opposition radicaux/mainstream traverse toute l’histoire du mouvement associatif LGBT français : Arcadie contre le Fhar, les trois groupes du GLH, Act Up contre Aides… Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes." ["post_title"]=> string(112) "Du Fhar aux collectifs trans, intersexes, queers et racisés, 50 ans de mobilisation associative LGBT+ en France" ["post_excerpt"]=> string(171) "Le paysage associatif français s’est énormément transformé en 50 ans. Komitid vous raconte l’histoire des associations LGBT+ de l’hexagone depuis les années 70." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(107) "du-fhar-aux-collectifs-trans-intersexes-queers-et-racises-50-ans-de-mobilisation-associative-lgbt-en-france" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-06-28 16:02:05" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-06-28 14:02:05" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=26486" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "7" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

3 questions à Mischa des Délaissé.e.s des Fiertés, qui ont pris la tête de la Marche des fiertés de Paris

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« Les associations et organismes ont longtemps pensé qu’on était une quantité négligeable de la communauté, je crois que samedi on leur a prouvé le contraire. »

3 questions à Mischa des Délaissé.e.s des Fiertés, qui ont pris la tête de la Marche des fiertés 2019 de Paris
Le cortège des Délaissé.e.s de la Fierté à la marche parisienne, le 29 juin 2019 -Tonio pour Komitid

Samedi 29 juin 2019, la marche de Paris, placée sous le signe des 50 ans des émeutes de Stonewall, a été menée par deux cortèges de tête fort flamboyants : les Goudou.e.s sur Roues, précédées des Délaissé.e.s des Fiertés. Mischa, membre du Collectif Intersexes et Allié.e.s et l’un des initiateurs de ce mouvement qui a réuni 200 à 250 personnes en ouverture de la marche des fiertés parisienne revient sur cette puissance action, aux couleurs jaune et violet du drapeau intersexe.

Komitid : Qu’est-ce qui a amené à la formation de Délaissé.e.s des Fiertés ?

Mischa : Le Mouvement est né d’une frustration, d’une urgence d’exister dans les luttes et les fiertés LGBTI, pour les personnes intersexes. Submergé de travail, le Collectif Intersexes et Allié.e.s, seule association par et pour les personnes intersexes en France, est à la fois très sollicité et ironiquement peu entendu dans les revendications générales de la communauté LGBTI. D’un côté on nous veut partout, et dans le même temps on ne nous donne pas du tout les moyens de l’être. C’est épuisant et frustrant pour nos militant.e.s.

Cette année, l’organisation avec l’Inter-LGBT ne s’est pas bien passée. On leur a fait une proposition de formation, essentielle dans le cadre de la Marche des Fiertés où nos revendications peinent à être portées correctement, dignement. Mais iels nous ont répondu trop tard — et s’en sont excusé.e.s — et nous n’avions plus du tout le temps de nous organiser. Ça ne s’était pas bien passé avec nos partenaires non plus, comme souvent. On était démoralisé.e.s.

« Ces militant.e.s, pour la plupart handis, racisées, queer, jeunes, ont remué ciel et terre pour nous donner un espace et une portée inespérée »

En parlant avec d’autres militant.e.s (dyadiques, non-intersexes), en particulier des militant.e.s queer et antiracistes, j’ai repris espoir et on a fini par vraiment créer quelque chose. Ces militant.e.s, pour la plupart handis, racisées, queer, jeunes, ont remué ciel et terre pour nous donner un espace et une portée inespérée. Le travail qui a été mis dans ce projet est inimaginable. Le tout, en trois semaines seulement.

« Toute l’attention a été portée sur les revendications intersexes, des couleurs aux slogans en passant par la banderole. Une telle action, c’est du jamais vu ! »

Le Mouvement ne réunissait pas que des inter. Il a une ligne politique claire : il dénonce les violences de l’institution médicale sur les personnes LGBTI, mais aussi le pinkwashing qui s’empare peu à peu de nos représentations et l’invisibilisation des groupes minoritaires. En revanche, toute l’attention a été portée sur les revendications intersexes, des couleurs aux slogans en passant par la banderole. Une telle action, c’est du jamais vu !

Comment s’est déroulée la prise de tête du cortège de la pride parisienne par les Délaissé.e.s des Fiertés ?

La prise de la tête de la pride s’est très bien passée, notamment grâce à l’aide et le soutien inconditionnel du collectif Goudou.e.s sur Roues. Nous étions extrêmement bien préparé.e.s, que ce soit au niveau logistique, technique, sécuritaire, humain, chaque équipe avait été formée, et chaque coordinateurice du Mouvement a été d’une efficacité magistrale !

« Les couleurs inter n’ont jamais été aussi visibles, les voix des inter n’ont jamais été aussi fortes »

Les couleurs inter n’ont jamais été aussi visibles, les voix des inter n’ont jamais été aussi fortes. On nous a laissé marcher, la rue était à nous pendant toute la marche. On nous a même laissé parler en carré de tête ! Les personnes ayant pris part à notre cortège, en particulier les personnes intersexes, se sont senties en sécurité, ce qui en soi est déjà une victoire. Il suffit de comparer avec les expériences des années précédentes.

« Nous avons marché sans aucune pause, plus de trois heures d’affilée. Les autres cortèges, à l’exception des trois premiers dont nous, n’ont pas reçu ces consignes »

Cela étant, nous pouvons déplorer une organisation incertaine de la part de l’Inter-LGBT, qui a encouragé ou en tous cas permis la formation des espaces de plusieurs centaines de mètres entre certains cortèges, ce qui nous a isolé du reste de la manifestation et qui aurait pu altérer la portée de notre action, et surtout nous mettre en danger. On nous avait fait comprendre très clairement qu’il n’y aurait pas de pause dans la marche, contrairement aux années précédentes, pour cause de canicule. Nous avons donc marché sans aucune pause, plus de trois heures d’affilée. Les autres cortèges, à l’exception des trois premiers dont nous, n’ont pas reçu ces consignes. Nous n’avons pas bien compris pourquoi c’est arrivé.

Quoi qu’il en soit, l’impact de cette action a été immense. C’est une chose de le vivre, mais quand on a compris à quel point ça avait été énorme, historique, ça nous a un peu bouleversé.e.s. Le hashtag #IntersexesEnTêtePride2019 a pris une ampleur phénoménale, nous avons été dans les cinq premières tendances nationales toute la journée du lundi qui a suivi. On a fini par parler de nous dans les médias, même si c’est encore bien timide. Beaucoup d’assos et de collectifs, ainsi que des personnalités, ont relayé le mouvement, avant et après son déroulement, et ont fait grimper notre visibilité.

Que devraient faire les associations pour mieux soutenir et porter les revendications des personnes intersexes ?

Les associations, collectifs et autres doivent toujours prendre en compte le fait que les luttes intersexes ont besoin de visibilité. Mais aussi que les militant.e.s inter sont, en France, encore très peu nombreux.ses et déjà surchargé.e.s de travail. À mon sens, le plus urgent est de nous entendre, nous écouter, nous permettre de les former, de s’assurer qu’on n’instrumentalise pas une parole ou une lutte, de nous faire une place digne, même si c’est difficile, même si ça demande plus d’efforts.

« Il n’y a qu’une seule association inter en France : les assos ont la responsabilité de tout faire pour la mettre en avant »

Il n’y a qu’une seule association inter en France : les associations ont la responsabilité de tout faire pour la mettre en avant, faciliter son inclusion. Nous produisons beaucoup de documentation, nous travaillons vraiment dur. Les associations et organismes ont longtemps pensé qu’on était une quantité négligeable de la communauté, je crois que samedi dernier on leur a prouvé le contraire.

  • phil86

    Il y en a marre de ce pugilat permanent au sein des association LGBT.