« Un simple contact suffit »
S'il ne se passe rien la plupart du temps, certain.e.s patient.e.s développent parfois des condylomes. « Ils peuvent être totalement asymptomatiques et être découverts lors d’un examen proctologique de dépistage. Sinon ils peuvent être ressentis par le patient ou le partenaire comme une excroissance, causer des démangeaisons, ou des saignements », détaille la proctologue. Ils peuvent aussi bien se développer au niveau de l'anus, comme cela a été le cas pour Francis, qu'au niveau des parties génitales ou de la sphère oropharyngée. Les personnes les plus exposées au développement de condylomes sont celles qui vivent avec le VIH, celles qui ont des partenaires multiples et celles qui ont des rapports anaux. « Certains génotypes d’HPV dits à « haut risque » peuvent être responsables, à long terme, de l’apparition de lésions précancéreuses et de cancer de l’anus », prévient Dr Portal. Une « minorité » de cas, nuance la médecin, mais assez pour expliquer la colère de Francis envers l'État qui aurait, selon lui, manqué à son devoir de prévention. Le HPV, c'était pour lui comme pour beaucoup d'autres jeunes hommes, une infection contractée surtout par les femmes. « Beaucoup ne connaissent pas le virus HPV », confirme Dr Portal qui dit comprendre la colère de Francis. « Ils sont demandeurs d’informations sur son mode de transmission et sont surpris d’apprendre que même le préservatif ne les protège pas ».

Manque de prévention ?

« Il aurait fallu de la prévention au même titre que le VIH/sida à l’école. En parler tout simplement pour informer », insiste Francis. Peut-on vraiment parler d'un manque de prévention ? Impossible de trouver une campagne nationale d'incitation à la vaccination ciblée auprès des jeunes hommes, pourtant recommandée depuis deux ans aux HSH de moins de 26 ans par le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Dans un rapport de 2016, l'instance explique que « le bénéfice de cette vaccination sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible » et « que cette possibilité d’accès soit relayée par des campagnes d’information adaptées ». La proctologue souligne toutefois que « cette vaccination protège des HPV responsables le plus souvent du cancer de l'anus », mais « pas du risque d'attraper des condylomes ». En guise d'information et de prévention auprès des jeunes gays et bis, le ministère de la Santé, contacté par Komitid, rétorque que « différents médias ont relayé cette information ». Certes, mais l'institution entend-elle lancer une campagne de prévention ? « La ministre a rappelé à plusieurs reprises l’importance de la vaccination contre les HPV et la trop faible couverture vaccinale actuelle », répond Virginie Saint-Marc, de la Mission information et communication à la Direction générale de la Santé. On apprend que la ministre souhaite « étudier son extension chez tous les garçons, plusieurs pays ayant fait ce choix. » Seule échéance à l'horizon ? Les conclusions la Haute Autorité de Santé (HAS), saisie sur la question de la vaccination de l’ensemble des garçons en février 2018, attendues pour 2019.
« En se protégeant soi, on protège l'autre »
Du côté de l'association Aides, on appelait dès 2014 à une meilleure couverture vaccinale, aussi bien auprès des jeunes filles que de tous les jeunes garçons. « Le dévoilement de son orientation sexuelle chez les jeunes auprès des soignants en capacité de vacciner ou de proposer la vaccination n'est pas évidente », souligne Franck Barbier, responsable Nouvelles stratégies de santé chez Aides, indiquant que la moitié des HSH, peu importe l'âge, ne le dit pas à son médecin « du fait de crainte de jugement et de discriminations dans la société notamment ». Pour l'associatif, l'incitation à la vaccination pour toutes et tous, hétéros et homos, contre le HPV « fait sens » également en raison du « côté couvrant de la vaccination » :  « En se protégeant soi, on protège l'autre, car la vaccination chez les jeunes filles reste très basse en France comparé à d'autres pays comme l'Australie, ou d'autres, et a peu progressé depuis 2014 », souligne-t-il. « Pour les parents, vacciner certaines catégories de jeunes pour une IST, donc liée à une sexualité future, peut être aussi inhibant. Vacciner toute une classe d'âge peut être plus acceptable. »

« Peu de vaccinations ont lieu »

Si le vaccin est accessible gratuitement pour les HSH de moins de 26 ans qui se rendent dans des CeGIDD (Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic), « peu de vaccinations ont lieu », explique Franck Barbier. « Son coût d'achat, très au dessus de celui pour l'hépatite A ou B par exemple, et l'ensemble des missions à réaliser par les centres amènent à des arbitrages moins en faveur de cette proposition de vaccin HPV partout. Il faudrait en effet que les jeunes HSH soient davantage informés, et se voient proposer le vaccin mais plus généralement l'ensemble des jeunes, compte tenu de l'efficacité, tolérance et intérêt de ce vaccin. Nous intégrons l'information dans nos publications ou dans l'accompagnement à la santé sexuelle des personnes, mais ce n'est pas suffisant ».
« Les populations les plus précaires peuvent reporter voire renoncer à la vaccination contre le HPV pour des raisons financières »
Pas suffisant en terme d'information mais aussi d'accès : hors CeGIDD et centres de vaccination, le prix du Gardasil 9 est à 135,68 euros, remboursé à 65% par la Sécu. « Ce reste à charge conséquent peut avoir un effet dissuasif : les populations les plus précaires peuvent reporter voire renoncer à la vaccination contre le HPV pour des raisons financières. C'est pourquoi Aides plaide en faveur d'une prise en charge à 100% du vaccin », fait savoir le responsable associatif. « Nous allons d'ailleurs proposer aux députés de soutenir un amendement en ce sens dans le cadre du projet de Loi de Financement de la Sécurité sociale pour l'année 2019 ».  " ["post_title"]=> string(145) "« Je n’avais aucune idée que ça existait chez les mecs » : mal informés et invisibles dans la prévention, les gays face au papillomavirus" ["post_excerpt"]=> string(184) "Très exposés aux HPV, les hommes gays et bis sont pourtant loin d'être les mieux informés. La faute à qui ? 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À 21 ans, Joshua* défend un discours peu commun lorsqu’on entend parler de chemsex. Exit les discours alarmistes et anxiogènes qui ne font selon lui, qu'accroître deux choses : la culpabilité et le silence. Il faut dire que ce jeune gay francilien revient de loin : entré dans la pratique du chemsex à 17 ans, il lui a fallu une volonté de fer et une bonne dose de réflexion face à lui-même pour sortir du schéma d’addiction dans lequel il s’était enfermé. « C’était pendant une partouze,  j’étais chez des mecs qui s’injectaient, ils m’ont proposé », se souvient-il pour Komitid. Très vite, coucher avec des mecs sans drogue ne l’a plus attiré. « Je cherchais toujours la drogue, je suis tombé pas mal dedans pendant un an, je consommais tous les week-ends, je baisais avec n’importe qui tant qu’il y avait du produit avec ». Joshua pratiquait le slam, à savoir le fait de se droguer par injection. « Tu éprouves une telle sensation de bien être que tu recherches le même flash, c’est là où tu t’enfonces, lorsque tu ritualises l'usage de produits. » Absences au boulot, perte de sa vie sociale, dépression… le rituel s'est payé au prix fort pour Joshua. « Je me renfermais sur moi même, j’en parlais vite fait à mes potes mais je ne m’éternisais pas là dessus, c’est quelque chose qui est encore très difficile à partager. Je n’avais pas envie de passer pour un drogué », analyse-t-il. Pourtant sa pratique était devenue vraiment dangereuse pour sa santé, il additionnait des plans chemsex pendant 48 heures sans boire ni manger ni dormir. « Une fois j’ai fais ça pendant cinq jours sans dormir, je me suis tapé plus de mecs qu’un arrondissement ». Arrêt de travail de six mois jumelé à une grosse dépression, Joshua s'est tourné vers des professionnel.le.s de santé communautaire de l'association Aides. Assez pour le « remettre sur le droit chemin », pour reprendre les mots de celui qui affirme aujourd’hui pouvoir « coucher sans drogues » mais qui s'autorise quand même de consommer « une fois par mois, à la limite ».

« Une pratique sexuelle extrêmement ritualisée »

Parmi les produits les plus utilisés dans le chemsex, on retrouve le GHB, le GBL, les cathinones, la kétamine ou encore la MDMA et la cocaïne, pour ne citer qu'eux. Des substances qui peuvent aussi bien être consommées en snif (par le nez), en parachute à gober (la poudre est mise dans une feuille de papier à rouler puis avalée), en fumant, en plug (directement par le rectum) ou encore en injection (le slam). « C’est une pratique sexuelle extrêmement ritualisée et qui répond à des schémas très structurés : on achète un certain type de drogue qu’on consomme dans certains contextes », explique Fred Bladou, addictologue communautaire, en charge des Nouvelles stratégies de santé au sein de l’association de lutte contre le sida Aides. Pour cet acteur connu et reconnu dans le champ de la prévention en santé communautaire, le fait que l’on parle du chemsex comme un phénomène nouveau provient surtout des produits qui sont aujourd’hui sur le marché : « On est sur des nouvelles classes de drogue : l’apparition des cathinones, les nouvelles drogues de synthèse… Des produits hyperstimulants, empathogènes (envie d’être proche des gens, ndlr) et entactogènes (envie et besoin de toucher les gens, ndlr) qui entraînent une désinhibition ».
« La presse généraliste s’est jetée sur le sujet pour faire des articles racoleurs et sensationnalistes »
En partouze, en duo avec un simple plan cul, le chemsex se pratique occasionnellement pour certains, quand cela peut durer des jours et nuits entières pour d’autres. Très difficile d’avoir des données sur la proportion d'hommes gays et bisexuels qui pratiquent le chemsex, seul un sondage réalisée par l’application de rencontres Hornet et publié l’année dernière nous offre un petit aperçu. À prendre avec des pincettes car l’enquête ne s’appuyait pas sur un échantillon représentatif, mais tout de même, près de 4 000 hommes gays et bis ont répondu. Sur 3 736 réponses, 25 % (965) ont affirmé avoir pratiqué des plans chemsex au cours des douze derniers mois. Dans le détail, 30 % d’entre eux ont entre 36 et 45 ans, 20 % ont entre 18 et 24 ans. Dans une enquête de Libération publiée en juin 2017, le directeur du 190 (Centre de santé sexuelle à Paris), le docteur Michel Ohayon, indiquait que 300 hommes gays et bisexuels étaient suivis en addictologie, « dont 6 à 7 % de slameurs ». Les articles de presse relayant les mecs morts d'une overdose pendant un plan se sont multipliés ces derniers temps. De quoi lancer un vent de panique au sein de la communauté. « La presse généraliste s’est jetée sur le sujet pour faire des articles racoleurs et sensationnalistes en s’appuyant sur des chiffres qui sont ridicules au regard de la consommation générale dans le pays. Il y a des morts, mais il y a aussi beaucoup de mecs dans nos groupes qui sont en grande souffrance, exprimée, qui perdent leur boulot, leur mec, qui ne baisent plus, qui tombent dans le produit, qui n’ont plus de fric, tout ça c’est très nouveau. Et là on peut parler de ravages, qui concernent surtout la santé psychique », alerte Fred Bladou.

« Je n’avais aucune connaissance des produits »

Christophe*, un autre témoin rencontré par Komitid, a vécu cette descente aux enfers. Gay, proche de la quarantaine, il avait trouvé dans le chemsex un espace à lui, où il pouvait « enfin [se] sentir bien », loin du rejet de lui même orchestré par une éducation catholique intégriste. « C’était des sensations tellement agréables, tout était augmenté… Cette impression que tout le monde t’aime, d’être accepté… Ça m’a donné l’illusion de m’apporter ce qu’il me manquait depuis le début ». À l’époque, Christophe consommait à raison d’une fois tous les trois mois et n’avait pas envie d’avoir des relations sexuelles en dehors de ce cadre. Puis les consommations se sont rapprochées, à raison d’une fois par mois. « Là je suis devenu très irritable, je ne pouvais plus rien supporter, j’avais beaucoup de problèmes de concentration, je me considérais comme une sous merde, je commençais même à être déprimé pendant que je consommais et donc j’en prenais de plus en plus ».
« Je n’avais aucune connaissance des produits, de leurs interactions, j’occultais tout ça »
Ce qui frappe aussi bien dans le témoignage de Christophe que dans celui de Joshua, c’est le cercle vicieux décrit et la méconnaissance des risques auxquels ils s’exposaient. « Je n’avais aucune connaissance des produits, de leurs interactions, j’occultais tout ça. J’ai fini par trouver un autre addictologue qui, lui, a réussi à moitié à m’ouvrir les yeux. J’ai pris conscience que j’étais toxicomane, que je pouvais faire quelque chose, que je pouvais arrêter de subir », explique Christophe. Cette prise de conscience s’inscrit comme l’étape la plus importante pour entamer un processus de sortie du schéma d’addiction. « La conscientisation, le fait de se dire "je suis un usager de drogue", est très importante », témoigne Sœur Rose, militante au sein des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (Couvent de Paname), une association LGBT+ qui intervient sur les questions de santé sexuelle et de réduction des risques. Sauf que beaucoup rejettent cette idée et ne parlent pas de leur pratique, de peur d’être jugés. « C’est l’image sociale autour de la drogue qui entre en jeu », constate la militante qui échange beaucoup avec des concernés à ce sujet. « Pour moi, l’usager de drogue c’était le mec qui traîne dans le métro et qui se shoote derrière un arbre, je ne me reconnaissais pas là dedans, l’image sociale avait beaucoup d’importance à mes yeux », confirme Joshua. « Cette distance se traduit par une distance de l’information sur les produits », analyse Sœur Rose qui pointe la responsabilité des pouvoirs publics et des médias dans la construction d’une image sociale très négative autour de l’usager de drogue. « C’est comme le GHB ! Beaucoup de monde en consomme, il y a une addiction très forte, des risques de G-hole (blackout qui peut être fatal, ndlr), mais les pouvoirs publics n’en parlent que comme la drogue du violeur », explique Fred Bladou.

Méconnaissance totale de la réduction des risques

Cette « image sociale » autour de la drogue et le manque d’identification qui en découle conduirait bon nombre de consommateurs à ne pas en parler et encore moins à s’informer. D'autant que les produits s'achètent aujourd'hui très facilement sur Internet et arrivent direct dans la boîte aux lettres. « Le fait de payer avec sa CB et de recevoir le produit chez soi accentue cette absence de prise de conscience que l'on est un usager de drogue », analyse Sœur Rose. Face à des chemsexeurs difficilement atteignables, qui consomment dans un cadre privé, faire passer des messages de prévention représente un véritable défi. « On a un grand problème avec la prise en charge aujourd’hui », reconnaît Fred Bladou. « Dire aux gens "n’y allez surtout pas ça va être l’horreur" est idiot, parce que pour certains c’est peut être la vie d’avant qui était l’horreur, parce qu’il souffrait de plein de trucs différents. Les quelques décès c’est catastrophique, mais ça traduit surtout une méconnaissance totale de la réduction des risques. On a des personnes qui rentrent dans le chemsex et qui n’ont pas la culture d’usages de drogue. Cette absence de culture de la consommation est due à une absence de culture de la prévention des risques liés aux drogues », poursuit-il. Pour palier à cette méconnaissance totale qui peut s’avérer fatale, des actions se mettent en place. L’association Aides a par exemple mis en place une ligne d’écoute, une ligne WhatsApp, un groupe d'information sur Facebook (Info Chemsex) et a développé dans la plupart de ses antennes en France des « apéros chemsex », comprenez des lieux pour parler de la consommation de produits. Komitid s’est rendu dans l’un d’entre eux, au SPOT Beaumarchais, installé dans le 3ème arrondissement de Paris, à quelques pas de la place de la Bastille. Ambiance chic décontractée, bouteilles d’eau, bonbons et sodas sur la table. [caption id="attachment_17726" align="alignnone" width="1024"]Le SPOT Beaumarchais (vue d'intérieur) - Philippe Peyre / Komitid Le SPOT Beaumarchais (vue d'intérieur) - Philippe Peyre / Komitid[/caption] Un mardi par semaine, c’est le Chillout chemsex. « Un groupe de parole entre mecs qui veulent consommer à moindre risque, connaître les bonnes pratiques, les bonnes conduites à avoir en cas de problème, tous les risques liés à la consommation de drogue », détaille Romy, la trentaine, qui était encore animateur de ces soirées lorsque nous l'avons rencontré mais qui a depuis changé de poste. L’idée de ces apéros est de remettre du lien dans la communauté et de proposer un cadre bienveillant aux concernés. « Le cadre, c’est non jugement, bienveillance et confidentialité. Ce sont des choses primordiales et qui font que les gars reviennent parce qu’on respecte ce cadre et qu'il est respecté aussi entre eux. Le Chillout chemsex, c’est vraiment pour que les gars voient qu’ils ne sont pas seuls dans cette problématique là. Ils ont tous des vécus différents et chacun peut témoigner de ce qu'il met en place pour pouvoir s'en sortir ou pour aller mieux. » Pour Romy, cela ne fait aucun doute, les 200 à 250 mecs qui gravitent autour du SPOT cherchent de l'information et ont besoin d'un espace d'écoute et de parole. « Ils sont dans une recherche de prendre soin d'eux et de savoir comment ralentir, décrocher, voire arrêter les chems. », assure-t-il.

« C'est à nous de nous adapter »

L’approche des animateurs des soirées chemsex au SPOT Beaumarchais reflète une nouvelle façon de faire de la prévention auprès des chemsexeurs : aller vers un discours qui se veut adapté à la réalité de ce que vivent les mecs qui pratiquent. « On a complètement changé les paradigmes de prévention. Les mecs cherchent la modification comportementale et les gens disent que ce sont des inconscients. Non, c'est à nous de nous adapter », assure Fred Bladou. Il faut selon lui travailler en amont, avant l’entrée dans une consommation problématique : « Le tout c'est de dire "attention, vous prenez du plaisir, mais faites attention à vous, ce sont des produits très addictogènes et on a beaucoup de mal à les maîtriser », poursuit-il. Ces soirées sont aussi l'occasion de rappeler les choses les plus élémentaires comme boire de l'eau, espacer et alterner les prises ou encore faire des pauses, mais aussi prévenir les risques face à la transmission du VIH avec la PrEP. « En plus de protéger du VIH, la PrEP va permettre de pouvoir mieux détecter les gens qui vont mal avec les rendez-vous très fréquents chez le médecin ou en centre de santé communautaire. Il faut simplement donner aux usagers des outils qui sont appropriés, ils vont s'en saisir et ne vont pas en faire n'importe quoi », assure l'addictologue qui se félicite par exemple des dernières brochures produites par Aides, comme celle ci-dessous qui donne des conseils aux chemsexeurs pour s'assurer « un plan chemsex en toute sécurité ». [caption id="attachment_17729" align="alignnone" width="1190"]« Comment organiser un plan safe ? » : la dernière brochure de Aides pour réduire les risques liés au chemsex « Comment organiser un plan safe ? » : la dernière brochure de Aides pour réduire les risques liés au chemsex[/caption] Cette façon de faire de la prévention à la réduction des risques liés au chemsex s'appuie sur l'idée de faire prendre conscience aux consommateurs des dangers auxquels ils s'exposent et non tenter de les empêcher par tous les moyens d'entrer dedans. Un parti pris décrié par certains qui voient dans cette approche une promotion de la consommation de drogues. Approche qui, de toute évidence, ne peut être embrassée par les autorités sanitaires, coincées par la politique de répression des drogues établie par la loi de 1970.
« Aujourd'hui beaucoup de lesbiennes très jeunes prennent des cathinones »
« Le peu de fois où je me suis retrouvé sur Paris, le samedi soir on propose ça à tour de bras sur les applis. À côté de ça, les pouvoirs publics ne font que de la répression. J’ai même appris qu’il y avait des flics qui étaient sur Grindr et qui en profitent pour faire des descentes dans les soirées… Pendant ce temps là, les usagers continuent de s’éloigner des structures de prévention », déplore Christophe. « La guerre contre la drogue est perdue par les pouvoirs publics, ils le savent très bien eux mêmes, mais ils continuent à faire du super sécuritaire », tranche Fred Bladou qui insiste sur le fait que, si le chemsex touche particulièrement les gays, la question risque bientôt de dépasser cette communauté. « Aujourd'hui beaucoup de lesbiennes très jeunes prennent des cathinones. C'est une vraie question sur laquelle on travaille, même si on peut pas appeler ça chemsex pour les femmes, ça n'est pas aussi ritualisé. Mais les questions de sexe sous produits et de déshinibition sont exactement là aussi », explique-t-il. « On accueille des femmes et des hommes hétérosexuels pour faire du dépistage et on se rend compte que le chemsex touche n’importe quelle personne qui a une activité sexuelle. Le doigt est posé sur la communauté gay parce qu’on adore nous emmerder sur tout ce qu’on peut faire de travers, mais dans la communauté hétéro, la consommation de drogue existe vraiment », abonde Romy du SPOT. Des échanges avec nos interlocteurs, il en ressort une formule : prendre soin les uns des autres. « Tous dans notre communauté, on est vecteurs de la réduction des risques. On va tous apporter un semblant de bienveillance, de réconfort et c’est ce réconfort là qu’on va apporter qui peut faire réagir. Il faut veiller les uns sur les autres », avance Joshua. Un constat partagé par Soeur Rose : « Il y a un vrai pouvoir de la communauté. On a tous une responsabilité vis à vis des gens qui arrivent dans la communauté. Le message qu'on doit porter, c'est protège toi, toi et tes partenaires. » La réponse des pouvoirs publics pour prévenir les risques liés au chemsex se fait attendre, et nous ne manquerons de nous y pencher dans le cadre d'une prochaine enquête. Mais d'ici là, pour faire face à l'addiction, à l'isolement et à la solitude ressenties par les gays, il appartient à la communauté de se soutenir et d'affronter ces questions. *Les prénoms ont été changés" ["post_title"]=> string(140) "« On a complètement changé les paradigmes » : comment les acteurs de prévention s'organisent pour réduire les risques face au chemsex" ["post_excerpt"]=> string(299) "La consommation de drogues en contexte sexuel (chemsex) est une pratique qui touche particulièrement les hommes gays et bisexuels. Les données manquent, mais on compte les morts. Entre témoignages de concernés et d'intervenants sur le terrain, enquête sur les leviers pour réduire les risques." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(126) "on-a-completement-change-les-paradigmes-comment-les-acteurs-de-prevention-sorganisent-pour-reduire-les-risques-face-au-chemsex" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-10 14:04:36" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-10 13:04:36" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=17394" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15273 (24) { ["ID"]=> int(2915) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-03-29 15:14:34" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-03-29 13:14:34" ["post_content"]=> string(3218) "Des horaires non adaptés à la vie active, des personnes refusées en raison d'une trop forte affluence... Dans une vidéo publiée mercredi 28 mars, Act Up-Paris dénonce une situation problématique et intenable dans les Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD). « Le problème n'est pas la concentration des CeGIDD sur Paris et dans les grandes villes d'Île-de-France. Comme en province, les problèmes sont : horaires repoussants, rendez-vous à prendre, incapacité du système à répondre à l'affluence », explique un militant en voix-off. L'association rappelle que l'on dénombre encore 6 000 contaminations par an au virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Une terrible donnée qu'Act Up-Paris explique en partie par ce problème de saturation dans les CeGIDD. « Pas de raison que ça change puisque les autorités sanitaires ne changent rien. Le système de dépistage est saturé. Madame la ministre [de la Santé Agnès Buzyn, ndlr], directrices et directeurs des Agences régionales de santé, votre indifférence nous contamine », dénonce un militant.

« Silence = Mort »

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VIH : Vers Paris sans sida lance un « plan d'urgence » pour le dépistage

Publié le

Chaque jour, deux à trois nouvelles infections par le VIH ont lieu dans la capitale. Pour que la fin de l'épidémie ne soit pas un slogan, Vers Paris sans sida met l'accent sur l'accès au test de dépistage.

Armando Santos, alias Dr Naked, fait la promotion de l'autotest pour Vers Paris sans sida / Capture vidéo YouTube

À la veille de la 30e Journée mondiale de lutte contre le sida, les pouvoirs publics multiplient les annonces sur le front du combat contre le VIH. L’État facilite l’accès aux préservatifs en les remboursant sur prescription, Paris choisit de mettre l’accent sur le dépistage. Pourquoi ? Parce que la ville de Paris concentre un grand nombre de personnes qui ignorent leur séropositivité. Selon le chiffre annoncé ce matin par France Lert, présidente de Vers Paris sans sida, 3 600 personnes séropositives sont non diagnostiquées dans la capitale. Et l’Île-de-France regroupe 50 % des nouveaux cas de séropositivité.

Le test de dépistage gratuit en laboratoire

Concrètement, le dispositif annoncé par Anne Souyris, adjointe à la Maire de Paris en charge de la santé est inédit. Il va permettre à quiconque de se rendre, sans prescription médicale, dans un laboratoire d’analyses pour demander un test VIH. Celui-ci sera entièrement gratuit. L’avantage des laboratoires d’analyse est qu’ils sont ouverts beaucoup plus largement que les centres de dépistage gratuits. Et qu’il y en a partout dans Paris.

L’objectif est de lever les obstacles pour les populations les plus vulnérables. « Il faudrait arriver à 300 000 nouveaux tests réalisés en deux ans afin d’atteindre le fameux 90 % de personnes séropositives dépistées », explique Eve Plenel, directrice de Vers Paris sans sida. « C’est ainsi que l’on peut espérer mettre fin au sida, en ajoutant à cette mesure la prise en charge et le traitement ».

Pour la mise en place de ce dispositif, Paris a dû obtenir l’accord de la Sécurité sociale. Ce matin durant la conférence de presse, son représentant Pierre Albertini a précisé que le dispositif nécessite encore des ajustements et qu’il devrait être opérationnel au second semestre 2019. L’opération, a-t-il souligné, sera évaluée pour être la plus efficace possible.

Renforcer la communication

Cette mesure passe aussi par le renforcement de la communication sur le VIH dans Paris. Eve Plenel explique qu’il faut maintenir un « bruit de fond » sur le dépistage à Paris. Les panneaux municipaux diffuseront donc des messages destinés à promouvoir localement des actions de dépistage. Des affiches spécifiques seront également diffusées dans les associations et lors d’événements communautaires, comme celle ci-dessous, qui s’adresse en particulier aux personnes afro-descendantes.

Vers Paris sans sida affirme aussi poursuivre ses efforts pour la distribution des autotests. L’association en a distribué 20 000 sur une année.

Parallèlement à l’accent mis sur le dépistage, Vers Paris sans sida continue de promouvoir le préservatif. Une nouvelle vidéo de Dr Naked, réalisé en partenariat avec Hornet, a d’ailleurs été présentée ce matin.