Je ne partage pas cette crainte, mais je ne dis pas que cette peur n’est pas fondée, loin de là : on l’a bien vu avec le mouvement #metoo et #balancetonporc : être une femme actrice, c’est déjà subir de la violence.

Mais j'ai l'impression que les choses changent. Je trouve que s’empêcher d’être out, c'est dommage pour tous les gens qui pourraient s'identifier. On le voit avec des personnalités comme Kristen Stewart ou Ellen Page, être out ne brise pas des carrières, au contraire même.

C’était ma fierté gay à moi de dire "ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros".

Pour La lesbienne invisible, c’était un choix d'assumer qu'on me voit sous ce prisme. C’était une démarche militante de dire oui, je suis lesbienne et je construis ma carrière là-dessus. C’était ma fierté gay à moi de dire « ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros » parce que ce n’est pas moins bien d'être lesbienne. En vérité, j'ai surtout travaillé sur mes projets perso et je ne suis pas sûr que j'aurais eu cette carrière, si j'avais caché mon homosexualité.

Peut-être que j'aurais eu des petits rôles, mais en me vivant lesbienne au travail, j'ai tourné un spectacle pendant 4 ans qui m'a permis de me faire connaitre (La lesbienne invisible, ndlr). J'ai pu faire un autre spectacle (Chatons violents, ndlr), et puis j'ai réussi à faire un film (Embrasse-moi, ndlr) dont je suis trop content. C’était mon rêve de faire une comédie romantique lesbienne. Très personnellement ça n’a fait que m'ouvrir des portes.

Si aujourd'hui je suis identifié comme homme trans et qu'on ne me donne que des rôles d'hommes trans, et bien ça ne me pose pas de problème. Je trouve ça hyper important que tout le monde soit représenté sur nos écrans, toutes les expressions de genres, les orientations sexuelles, les couleurs de peau, les corps différents. Je pense qu'en France on a encore des progrès à faire, mais la visibilité est déjà une étape.

Il va y avoir de plus en plus de personnages trans. Que Plus belle la vie ait fait cette démarche, c’est fort : les parents d'une super pote vivent à la campagne et quand elle leur a dit pour moi, ils ont répondu "oui on connait, on a vu dans Plus belle la vie". Ils avaient appris tout à coup notre existence, dans le feuilleton.

J'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses.

Pour l'instant, ce sont des rôles où les personnages ne sont vraiment ramenés qu’à leur identité, mais récemment, des responsables de casting se sont dit « tiens, ce serait bien de prendre des mecs trans pour jouer des mecs trans ». Cette année, j'ai passé trois castings pour des rôles de mecs trans dans des séries françaises.

Après, clairement, j'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses. J'espère que je pourrai prétendre à des rôles d'hommes tout court. Je me pose juste la question si dans deux ans, trois ans, les réalisateurs et réalisatrices, les directeurs et directrices de castings, ou même les chaînes seront prêtes à dire « tiens, je prends cette personne pour jouer un flic hyper viril ». Est-ce que je serai potentiellement un acteur pour jouer ces rôles-là ? Je ne sais pas. Ça m'amusera sans doute de le faire, comme ça m'aurait amusé de jouer le rôle d'une mère de famille Manif pour tous avec 8 enfants, parce que j'aime composer des personnages, et que je n'ai aucun problème à jouer des personnages très différents de moi.

[caption id="attachment_6702" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

Tu as choisi de te présenter à la ville comme à la scène sous un seul prénom, Océan. Comment s’est construite cette décision ?

Depuis toujours, dans ma carrière, je jouais sur ce qui s'appelle des persona. Ce n’est pas un personnage très éloigné de soi, c’est plutôt un soi bigger than life, un personnage de comédie. Ça a été Oshen quand je chantais, puis Océanerosemarie quand j'ai écrit la Lesbienne invisible. Chaque fois, je jouais avec mon prénom et mon identité, mais en me décalant un petit peu, parce que je considérais que j'avais besoin de protéger ma vie intime, d'avoir moi-même psychiquement un endroit qui ne soit pas public, qui soit séparé du monde.

Néanmoins, j'ai toujours utilisé mes émotions ou mes expériences intimes pour mes chansons, pour la Lesbienne invisible. Avec Chatons violents, c’était pareil. Contrairement à ce que les gens pensent, ce spectacle est encore plus intime que le premier, parce que parler de mon origine sociale, des gens de ma famille au sens large, c’était une révélation de moi pas forcément facile à faire.

Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

Plus j'avance dans ma carrière, plus j'accepte que ce qu'il y a de plus intime est le plus politique, et donc paradoxalement plus collectif. Je me suis dit que je n’avais plus besoin de me protéger avec un persona. Quand j'ai décidé de faire ma transition, j'ai eu ce désir d’enlever le E de Océane, ce qui est finalement un geste très naturel, c’est-à-dire d'enlever ce qui féminise, tout en gardant une connexion avec mon prénom de naissance. Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

C’est d’autant plus cohérent de ne plus séparer le personnage public de la personne que je suis, que je fais la démarche de ce documentaire sur ma transition (dix épisodes seront diffusés en 2019 sur la plateforme web de France Télévisions, ndlr). À partir du moment où je deviens sujet d'une œuvre, il n’y a plus de raison pour moi de faire barrière : je peux être au monde en tant qu'artiste et en tant que moi. C’est extrêmement libérateur de me rassembler dans une identité d’homme trans, que je vis comme un peu plus complexe que femme homosexuelle.

Comment dans ton enfance, dans ta vie d'adolescent as-tu anticipé, pensé intimement, ton identité d’homme trans ?

Je pense que j'ai été élevé dans un souci absolu de la norme. Bien que ma mère nous ait totalement poussé.e.s à être nous-mêmes, à être authentiques, elle a une relation à la binarité et à la cisnormativité qui est hallucinante. Elle a été super ouverte quand j'ai fait mon coming out lesbien, mais je sentais malgré tout la nécessité de rester dans les clous. J'avais intégré cette injonction là : le fait d'être attirée par les filles, c'était déjà une angoisse. Je pense que j'étais totalement transphobe malgré moi, une transphobie intériorisée qui m'a été transmise sans jamais que ce soit nommé, parce que je ne savais même pas qu'on avait la possibilité d’écouter cette vérité là.

Clairement, il y a tout le temps eu du masculin en moi, l'envie d'aller vers des choses reliées au masculin, mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille. C’était impensé pour moi la possibilité d'être un garçon et ça a été le cas pendant très longtemps. J’avais un caractère dit de « garçon manqué » et comme je suis dans une famille ouverte, on m'a laissé préférer les pantalons, faire du skate, j'étais la seule meuf dans une bande de garçons et j'aimais ça. À l'adolescence, je n’ai pas particulièrement souffert que mon corps se forme. J'avais de tous petits seins, j'étais un peu baraque parce que j'ai toujours fait du sport, j'ai toujours eu un corps que je percevais comme masculin.

Il y a tout le temps eu du masculin en moi mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille.

Qu’est-ce qui a déclenché ta prise de conscience ?

A l'époque de la Lesbienne invisible, j'étais très sincère dans ma position de lesbienne féminine. Au fur et à mesure que le temps a passé, je me suis rendu compte que dans mon cas, être très féminine c’était jouer les codes hétéronormatifs. C’était une façon de me protéger et d'être accepté, parce que j’avais joué à fond ces codes là pour être audible dans un mode cisnormatif et homophobe. Dans mes interactions avec les journalistes et le public non lesbien, il y avait une phrase terrible qui revenait : "toi, ça va". Et je me suis dit, je ne défends pas que les lesbiennes qui ont un passing hétéro.

J’ai commencé à affirmer mon admiration pour les femmes qui s'affirmaient viriles, à me reconnaître beaucoup dans la culture des butch politiques. Je trouve ça fort de dire « je suis une femme et je créé mes propres codes de séduction, ma manière à moi de m’affirmer et de me relationner aux autres et je prends toute la masculinité que je veux, avec mon corps de naissance ». J'ai commencé à me réaffirmer dans ma présentation aux autres, et quand j'ai joué mes premiers Chatons violents j'ai attaché mes cheveux, car j'ai compris l'importance du cheveu dans la séduction, puis je les ai coupés. Je me suis rendu compte combien c’était un geste symbolique car du coup je devenais « une lesbienne caricaturale », comme on me l’a reproché y compris chez les lesbiennes lipstick (lesbiennes féminines, ndlr).

Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises.

Je me suis mêlé au groupe des butch politiques, puis je me suis rendu compte que je ne m’y sentais pas moi-même. Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises. Quand j'ai commencé à comprendre que ma masculinité était là depuis toujours, c’était un point de non-retour. C’est pour cela que je fais mon coming out à un âge si tardif.

Et ma mère m’a aidé malgré elle. Il y a quelques années, elle m'a conseillé de prendre de la progestérone, parce que j’avais des règles très douloureuses. Je n'ai plus eu de règles et j'ai commencé à me dire « à quel moment je reste une femme ? ». J’avais 38, 39 ans et je savais que je ne porterai pas d'enfant. Cette question de la maternité, et donc du féminin puissance mille, était donc totalement réglée. Ça a commencé à me troubler qu'on me dise madame, j'ai rencontré des hommes trans, j’ai commencé à avoir des modèles, ce qui est hyper important pour se dire que c'est possible. J’ai intégré une nouvelle communauté, bien plus diverse que je l’imaginais. Que l’on soit d'extrême droite ou d'extrême gauche, quel que soit ton milieu social, que tu sois fidèle ou que tu aies un million d'amants ou de maîtresses, être lesbienne c’est partager le point commun de désirer les personnes du même genre que soi.

Pour l'instant, ce que je perçois de la « communauté » trans, c’est qu’il y a autant de personnes que de définitions de ne pas être cisgenres. Il y a plein de façons de transitionner, plein de façons d'être trans suivant la relation que l'on peut avoir à la binarité, au masculin dans mon cas. C’est pour ça que je ne prétends pas fédérer tout le monde avec mon discours. Mon expérience est unique et je pense que c’est ça se définir, affirmer sa singularité. Transitionner, c’est aussi se détacher du groupe tout en se rassemblant dans une identité très singulière.

J'ai commencé à prendre de la testostérone le 5 janvier, ça fait cinq mois, et le fait de pouvoir affirmer ma masculinité m’a permis d'être très en paix avec ma part féminine. Plus rien n'est contrarié : il n’y a plus de surplus de féminin, qui vient s'imposer malgré moi.

Comment as-tu préparé ton coming out ?

Pour ma famille, j'ai fait les choses progressivement, j'ai d'abord parlé de personnes trans, j’ai placé dans les conversations qu'il n’y avait pas deux identités de genre, même biologiques. J'ai commencé à aborder des thèmes déconnectés de moi, puis j'en ai parlé à ma mère. C’est une femme très intelligente et très ouverte, je sais qu'elle va évoluer, mais c’était très compliqué pour elle de supporter l'idée que son enfant touche à son corps. L'idée des opérations et des hormones est extrêmement violente. Je lui ai dit combien c’était étrange : si j'avais voulu me faire augmenter la poitrine, elle m'aurait sans doute accompagné et aurait peut-être même proposé de payer l'opération, parce que j'aurais performé mon genre de naissance. Dans son critère normatif, ça aurait été une confirmation de ce qu’elle a fait… et là, je lui annonçais que je les retirerai.

Les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants.

Après je me suis renseigné j'ai vu qu’en suivant le parcours officiel il fallait attendre deux ans. Je trouve d’ailleurs déplorable que ce soit si long, si violent et psychiatrisant. J'avais 39 ans et j'ai décidé de prendre ce temps là pour voir comment ça allait évoluer, j'en ai moins parlé à ma famille mais j'avais semé la petite graine. Au bout d'un an, un an et demi, ce n’était plus une évidence, c’était une nécessité. Là je l'ai annoncé à ma mère tout autrement : « je t'informe que j'ai décidé de faire cette transition, je ne te demande plus ton avis, c’est à toi maintenant de faire l'effort ». Je me suis rendu compte que si j’avais mis tant de temps à m’écouter, c’était pour protéger ma mère. Mais en fait les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants. Aujourd’hui si ma mère tient un discours ouvert sur l’homosexualité, et bientôt sur la transidentité, c’est parce qu’elle a déconstruit quelque chose par la force des choses, et grâce à moi surtout. Dans mon film, je pense qu’elle va permettre à beaucoup de gens de s'identifier à elle et à réfléchir à leur propre discours phobique irrationnel.

[caption id="attachment_6701" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

La lesbienne invisible a eu une grande importance pour les lesbiennes de notre pays, où les représentations sont pauvres... comment s'est construite ta relation avec tes fans ?

J'ai une immense affection pour toutes les lesbiennes qui sont venues, qui m’ont suivi et qui me suivent encore quand je fais ma tournée Chatons violents. Les meufs qui me font signer un CD ou une BD ou qui me disent qu'elles regardent toujours le DVD en boucle parce qu'elles se sont vachement identifiées, je trouve ça super et j'espère qu'elles comprendront ma démarche, que même si elles sont déstabilisées, elles ne se sentiront pas abandonnées...

Je remonte très bientôt la Lesbienne invisible avec une autre comédienne, Marine Baousson

C’est la raison pour laquelle je remonte très bientôt le spectacle avec une autre comédienne, Marine Baousson. Elle est géniale, je la vois comme j'étais il y a dix ans, je pense que d'autres filles pourront s'identifier. Je veux que le spectacle continue à vivre et que beaucoup d’autres lesbiennes invisibles prennent la suite. Je vois des choses, comme les vidéos des Goudous et c’est génial !

Le message que j'ai toujours essayé de véhiculer, c’est « ne vous laissez pas enfermer dans des stéréotypes, dans une norme oppressante ». Que vous ayez envie de vous balader en mini-jupe ras la touffe, épilée au laser, voilée de la tête au pied parce que vous ne voulez pas montrer votre corps, que vous soyez grosse ou mince, soyez vous-mêmes. En faisant cette démarche aujourd’hui, j’affirme ma liberté et j'espère qu'elles comprendront que c'est un geste d'émancipation.

Tu revendiques depuis toujours ton militantisme féministe, anti-raciste, décolonial. Crains-tu la réaction de la fachosphère ?

S’ils m’attaquent là-dessus, ça ne sera qu’une preuve de plus de leur bêtise. C'est pénible et désagréable d'être harcelé sur Twitter par ces individus, mais quelque part je m'en nourris, ça confirme ma démarche. Le seul endroit où j'ai le plus d'inquiétudes, c’est que les attaques viennent de mon propre camp, car je sais qu'il existe beaucoup de féministes transphobes qui considèrent que quand on est un homme trans, on est passés du côté de l'ennemi. Je trouve cela absurde, parce que lutter contre le patriarcat n’a rien à voir avec la question de se représenter intimement homme ou femme, ou de se représenter comme homme trans.

Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre

Je resterai toujours féministe et je resterai toujours du côté des femmes au sens politique. J'ai 40 ans de vie de femme derrière moi, donc je ne vais pas oublier ce que c'est qu'être une femme lesbienne. Je me sens très proche du texte de Paul Preciado qui parlait de redéfinir la masculinité depuis son corps d’homme trans, pendant la période #metoo. Je ne m'identifie pas comme un homme cis, mais je sais que transitionner dans ce sens peut signifier gagner en privilèges. Peut-être que ce sera mon cas, mais j’en doute car j'ai déjà beaucoup de privilèges en tant que personne blanche, aisée, médiatisée, écoutée. Avec cette nouvelle voix, rien ne change. Je vais plus militer sur les questions trans par exemple, pour que ce soit plus facile de faire changer son état civil, même si personnellement je considère que les cases M et le F devraient être supprimées. Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre car je suis conscient que mon parcours de mec trans riche qui peut décider de se payer son opération n'a rien à voir avec ceux des mecs trans racisés, des personnes pauvres, des sans-papiers.

J’ai eu la chance de ne pas avoir été déclassé quand j'ai fait mon coming out lesbien, je peux me permettre d'offrir une image joyeuse et positive sur ma transition qui est merveilleuse pour moi. Mais ce privilège me pousse à parler de la violence énorme qui s'abat sur les autres.

Tu confies La Lesbienne invisible à une comédienne, tu documentes ta transition pour la télévision. As-tu pensé à l’étape d’après dans ta carrière de comédien ?

Je commence à réfléchir à mon troisième seul-en-scène. Ce sera quelque chose d'assez différent de ce que j'ai fait avant. Je veux être dans une forme plus théâtrale, et plus physique aussi. Je voudrais questionner le genre et la binarité par la poésie et des images fortes, me dégager de la pédagogie. Je pense que je vais me nourrir de ces prochains mois pour l'écrire. Et puis surtout, j'espère jouer pour les autres car je pense que j’aurai besoin de parler d’autre chose !

[caption id="attachment_6699" align="aligncenter" width="2362"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption] Les photos de cet entretien ont été réalisées par l'artiste Bogdan SMITH qui questionne depuis longtemps la question du genre dans des œuvres toujours plus lumineuses, exemple ici >>> bodies that matter." ["post_title"]=> string(42) "« Je vous demande de m'appeler Océan »" ["post_excerpt"]=> string(241) "Océan a choisi le 17 mai, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, pour faire son coming out trans. Dans un long entretien, il revient sur son parcours personnel, artistique et politique et nous envoie un message fort." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(32) "entretien-ocean-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-22 16:59:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-22 14:59:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6665" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15271 (24) { ["ID"]=> int(14334) ["post_author"]=> string(4) "1839" ["post_date"]=> string(19) "2018-08-17 16:20:43" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-08-17 14:20:43" ["post_content"]=> string(13043) "

Au Japon, les « dérapages » homophobes des politiques conservateurs et conservatrices se suivent et se ressemblent - ou pas. Cette LGBTphobie latente est du même acabit que les remarques sexistes aussi rétrogrades que continuelles, qui ramènent systématiquement la femme à son statut de « machines à faire des enfants », selon les termes de l’actuel ministre de la Santé, Katsunobu Kato. Dernier rappel à cette réalité : les déclarations incendiaires de la députée de la majorité Mio Sugita, déjà connue pour ses provocations anti-coréennes et nationalistes.

Après avoir exprimé ses théories fumeuses sur une chaîne YouTube d’extrême droite il y a plusieurs années, la députée a complété son discours haineux à la fin du mois de juin en qualifiant de « non productifs » les couples de même sexe, se demandant même s'« il serait approprié de dépenser l’argent du contribuable pour eux ». Mais cette fois-ci, elle a déclenché bien malgré elle une vague de protestations et de manifestations - chose rarissime au Japon.

L'égalité des droits est vue comme une requête fantaisiste

Rarissime, et pour cause : dans cette société collectiviste qui a pour piliers l'harmonie et l'uniformité, la poursuite de l’égalité des droits est souvent vue comme une requête fantaisiste. Et pour les personnes LGBT+ en particulier. Au Japon, la politique du « don’t ask, don’t tell » est la norme (« ne demandez pas, n'en parlez pas », une règle retirée depuis peu par l'armée américaine) et presque aucune personnalité publique n’a fait de coming out. Près de 40% des personnes affirment qu’ils et elles auraient un problème à découvrir l'homosexualité d'un.e de leur proche ou collègue (72% s'il s'agit de leur enfant, selon l'enquête de l’Institut national de recherches sur la population et la sécurité sociale japonais (NIPSSR) de 2015).

« Le clou qui dépasse appelle le marteau »

Les minorités, quelles qu'elles soient, sont discriminées au quotidien et régulièrement caricaturées dans les médias. Et leurs prises en compte ne sont pas la priorité d’une classe politique qui garde pour principale préoccupation la dénatalité aigüe que traverse l’archipel depuis des décennies. Brandir cet argument permet d’ailleurs à la frange la plus conservatrice du parti au pouvoir, le Parti Libéral Démocrate (PLD), de diaboliser l’ouverture du mariage aux LGBT+. Leurs arguments rappellent les plus grandes bouffées délirantes sur « la fin de la civilisation » de la Manif pour tous.

« J’ai réalisé que si je ne faisais pas entendre mon mécontentement, rien ne changerait. »

Bien que l’homosexualité ne soit pas illégale au Japon et que les LGBT+ ne subissent pas des déchaînements de persécutions, il faut bien noter que « le clou qui dépasse appelle le marteau », d'après une expression consacrée. Les premier.e.s concerné.e.s ont d'ailleurs longtemps intégré ce principe sans mot dire, comme Yuka, 36 ans, qui s’est pourtant décidée à manifester pour la première fois cet été pour demander la démission de Sugita : « J’ai réalisé que si je ne faisais pas entendre mon mécontentement, rien ne changerait. À vrai dire, je n’ai aucune envie d’exposer ma vie privée, mais c’est allé trop loin cette fois. Je suis vraiment choquée ». 

Les premières luttes LGBT+ fondatrices au Japon résultent de la ténacité d’une poignée d’activistes qui avaient moins peur des coups de marteau, que du placard. C'était au milieu des années 90. Dans une affaire d’interdiction d’utilisation de locaux publics par une association LGBT+, elles avaient obtenu un jugement de la Haute cour de justice signifiant au corps administratif  « de prendre en considération les intérêts et droits des homosexuels en tant que minorité ».

Une grande première après des années de procédures, suivie rapidement par la reconnaissance officielle de la « dysphorie de genre » mettant alors fin à l’obligation de chirurgie de réassignation sexuelle pour les personnes trans. Une avancée de taille, vitale, concrétisée par une loi, en 2003 qui reste incomplète : il s'agit de passer par la case diagnostic (une procédure très contraignante), et la stérilisation est toujours obligatoire à l’heure actuelle.

Problème : le tissu associatif LGBT+, au quotidien, s’occupe moins de lobbying que de soutien aux personnes en difficultés face aux harcèlements ou aux discriminations et la très grande majorité des personnes LGBT+ japonaises restent rétives à exposer ce qu'elles considèrent comme leur vie privée. C'est pourquoi les avancées ont ensuite longtemps stagné... jusqu’à la cérémonie de mariage très médiatisée - et donc très mal perçue - de deux femmes à Disneyland Tokyo… en 2013.

Seuls 17 couples ont officialisé leurs unions à Shibuya en 2017

Il faudra alors attendre février 2015 pour que les premiers jalons officiels de l'emblématique combat pour l’égalité des droits - le mariage - soient posés : l’instauration d’un « certificat de concubinage » dans les mairies de deux des 23 arrondissements de Tokyo. En réalité, cette révolution est à peine plus symbolique qu’une union célébrée par Mickey : le certificat en question permet juste de faciliter une ou deux procédures, dépendantes du bon vouloir des administrations impliquées.

Des avantages bien légers, voire inexistants, en contrepartie de ce qu’implique de « dépasser » de la norme pour un.e citoyen.ne Japonais.e. C'est la raison pour laquelle seuls 17 couples ont officialisé leurs unions à Shibuya en 2017 (30 couples dans l’arrondissement de Setagaya). Six autres municipalités ont depuis suivi le mouvement, dont Osaka, deuxième ville du Japon et pionnière dans la reconnaissance des minorités LGBT+ parmi ses habitant.e.s.

Désigné alors comme historique par les militant.e.s les plus optimistes et par le maire de Shibuya, le fameux certificat touche malheureusement les limites de ce qui est envisageable de concevoir sans toucher à la Constitution. Il n’est devenu qu’un simple instrument de communication pour le Japon. Un outil à double-tranchant : s'il médiatise la cause LGBT+ japonaise et peut aider au quotidien les personnes concernées, il sert aussi un tout nouveau pinkwashing des politiques aux affaires.

L'ombre rose du pinkwashing

Alors que Taïwan a voté en 2017 et sans tergiverser son mariage pour tous et toutes, le Japon reste bien à la traîne. Le parti de Shinzô Abe est bien plus enclin à modifier la Constitution pour pouvoir de nouveau pouvoir lancer des offensives militaires que pour unir des couples non hétérosexuels. Et ce ne sont pas les déclarations du Premier ministre conservateur qui risquent d’accélérer l’accession au mariage, lui qui a lancé en 2016 que la remise en cause « du cœur des valeurs familiales » requiert « un examen extrêmement attentif ».

Pourtant, les différents sondages sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe montrent des progrès encourageant et dépassent à présent les 50% d’opinion favorable (sondages 2017 de la NHK et de Bloomberg).

« Après tout ces débats, la législation ne pourra qu’avancer. »

« Le grand public s’y intéresse plus qu’avant, mais ce n’est pas un mouvement massif. Si l’opposition déclare se sentir concernée par ces débats, la majorité au pouvoir n’y accorde encore que très peu d’intérêt. La gestion de l’affaire qui vient d’éclater le prouve », se lamente Akira, qui milite activement sur Twitter et se rend dès qu’il le peut aux manifestations organisées depuis fin juillet. « Après tout ces débats, la législation ne pourra qu’avancer. Il faudrait des mesures contre l’incitation à la haine, ce qui concerne d’ailleurs aussi les autres minorités, et le mariage bien sûr… mais le chemin sera long…».

En effet, bien que les candidat.e.s de l'opposition soient de plus en plus nombreux.ses à afficher leur volonté d’améliorer les droits des minorités LGBT+, la frilosité des parlementaires à légiférer ne serait-ce que sur les discriminations demeure. Le PLD a beau avoir promis une loi aux dernières législatives en octobre 2017, rien n’arrive. À peine ont-ils inclus des concerné.e.s LGBT+ à plancher sur la politique de lutte contre le harcèlement scolaire au sein de l’éducation nationale, au printemps 2017.

Récupération du secteur privé, avant les JO

Si les hautes sphères politiques préfèrent stagner, d'autres sont moins frileuses. Les compagnies privées semblent, cyniquement ou pas, prêtes à offrir de plus en plus de services inclusifs à leur clientèle ou personnel LGBT+. Elles pallient à l’indifférence des pouvoirs publics avec de petites avancées qui même si elles sont symboliques gomment les inégalités du quotidien.

Les salarié.e.s de plusieurs grandes compagnies peuvent ainsi accéder aux mêmes avantages que les employé.e.s cisgenres et hétéros et leurs familles (de Goldman Sachs Japan à Deutsche Bank en passant par Panasonic, Kirin et bientôt Sony). Sumo, une grande chaîne d’agences immobilières, diffuse des annonces LGBT-friendly. De plus en plus de prestataires organisent des packs de cérémonies de mariage « arc-en-ciel », les toilettes non genrées se multiplient, plusieurs universités ont adopté l'utilisation facilitée du prénom d'usage, des mariages religieux shinto sont célébrés... la Tokyo Rainbow Pride est également toujours plus généreusement sponsorisée et s'agrandit d'années en années : 7 000 personnes ont marché dans les rues de la capitale en mai dernier, du jamais vu.

Des initiatives qui devraient se multiplier à mesure qu'approche le grand chambardement des Jeux Olympiques de 2020. Les militant.e.s et activistes espéraient jusqu'à présent que seule l'imminence des Jeux Olympiques permettraient d’aider à médiatiser la cause LGBT+, et forceraient les pouvoirs publics à sortir de leur immobilisme pour donner une bonne image du pays.

C’était sans compter sur l’intervention de Mio Sugita, dont les insultes homophobes n’ont pas seulement lancé une vague d’indignations et de réactions jusqu’ici inédite concernant ces sujets, mais poussent chaque semaine des milliers de manifestants dans les rues. Devant le siège du PLD ils et elles demandent, en sus de sa démission, la condamnation des discriminations envers les personnes LGBT+, la fin des discours de haine généralisés... et l’égalité des droits. Le chemin sera long, sans nul doute, mais cet engagement spontané et jamais vu des citoyen.ne.s pour les droits d'une minorité est le signe le plus encourageant que puisse donner le Japon." ["post_title"]=> string(89) "« Le clou qui dépasse appelle le marteau », la dure avancée des droits LGBT+ au Japon" ["post_excerpt"]=> string(136) "Le Japon est loin d’être des plus accueillants pour les personnes LGBT+, mais rien n'est simple à l'ombre du Mont Fuji. Décryptage." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(29) "le-japon-souvre-t-il-vraiment" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-08-20 10:53:25" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-08-20 08:53:25" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=14334" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Un lycéen fait son coming out devant 1 500 personnes... et reçoit une standing ovation

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Un lycéen australien a fait son coming out devant ses camarades dans un discours émouvant. Chez Komitid, la vidéo nous a fait chaud au cœur.

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Finn Stannard à Sydney en juin 2018 - SBS

« Que se passe-t-il si le monde ne vous aime pas ? » Il semble que pour Finn Stannard, un lycéen australien de 17 ans, la question ne se soit pas posée. Le jeune homme, qui étudie à St. Ignatius College, un lycée catholique de Sydney, a réalisé une belle performance : celle de faire son coming out devant 1 500 lycéens et lycéennes, avant d’être ovationné par l’assistance.

Ce beau moment a été enregistré par la chaîne publique australienne SBS en juin dernier, mais vient tout juste d’être publié sur internet.  Le St. Ignatius College est l’une des écoles les plus élitistes du pays. Nombreux et nombreuses sont ces anciens et anciennes étudiantes à s’être d’ailleurs prononcé.e.s contre le mariage pour tous, comme l’ancien Premier ministre du pays Tony Abbot.

« Se présenter au monde est terrifiant car que se passe-t-il si le monde ne vous aide pas ? », s’interroge l’étudiant, dans un discours émouvant. « Alors que ma famille a géré la nouvelle de mon identité sexuelle parfaitement, en dehors de la maison, être gay n’a pas toujours été facile. » Et d’expliquer devant ses camarades qu’après avoir passé « tant de temps derrière la façade d’un homme hétérosexuel sûr de lui » il n’était pas certain de savoir comment « être lui même » .


Le discours vibrant de Finn Stannard contre les LGBTphobies lui a valu d’être ovationné par ses camarades et le personnel de l’établissement. En couple, il a même pu emmener son petit ami au formal (sorte de bal de fin de promo australien) organisé par son lycée. La réaction positive du personnel éducatif est d’ailleurs un signe que les mentalités évolues en Australie, d’après le jeune homme. Le pays a ouvert le mariage aux couples de même sexe l’année dernière, après un référendum et un débat parfois violent.