Aude et Mélanie : « fières »

[caption id="attachment_4899" align="alignnone" width="2120"]Aude, 37 ans, Mélanie, 32 ans, ensemble depuis 2013, mariées en 2014, région lyonnaise Aude, 37 ans, Mélanie, 32 ans, ensemble depuis 2013, mariées en 2014, région lyonnaise[/caption] « Le mariage s'est posé à nous davantage pour que Mélanie puisse adopter la petite fille que nous avons eue à la suite d'une PMA à l'étranger. Pendant un road trip à l'été 2013 nous étions à San Francisco, nous sommes allées admirer le coucher du soleil sur Chinabeach la veille de la Pride. C'est à ce moment là que Mélanie a fait sa demande. Mariage prévu à Frontignan, dans la ville de mes parents, au bord de la mer. Depuis, nous sommes mariées et très fières de ce que nous avons construit, de notre parcours. C'est hyper important pour nous d'être visibles, de montrer que l'on existe, que nous sommes une famille, pour que les choses avancent dans la société. Plus on en parlera et plus les gens ne resteront pas dans l'ignorance. »

Jean-Simon et Raynald : « de “restons discrets” à une envie d'assumer totalement »

[caption id="attachment_4905" align="alignnone" width="1003"]Jean-Simon, 55 ans, Raynald, 49 ans, ensemble depuis 2001, pacsés en 2003, mariés en 2016 Jean-Simon, 55 ans, Raynald, 49 ans, ensemble depuis 2001, pacsés en 2003, mariés en 2016[/caption] « Les manifestations qui ont eu lieu en France nous ont passé l'envie de nous marier. Mais quand on a appris que le pacs ne nous protégeaient pas en cas de décès du conjoint, on a commencé à en parler plus sérieusement. C'était pendant l'Eurovision 2016 à Stockholm, l'ambiance était festive, presque comme une Pride, il faisait beau… Le genre de moment où l'on souhaite faire des projets. Ce mariage, c'est une certaine fierté et une reconnaissance, que notre couple soit reconnu à sa juste valeur.
« On est passés de "restons discrets" à une envie d'assumer totalement notre couple »
Maintenant, quand on passe les douanes, on les passe ensemble, c'est con mais pour nous qui voyageons beaucoup, ça a une importance. On est passés de "restons discrets" à une envie d'assumer totalement notre couple et d'être reconnus en tant que tel. Les minorités qui s'écrasent et qui s'adaptent aux diktats de la société, ça va quoi. On s'est retrouvés à près d'une centaine dans la mairie de Rueil avec ABBA à fond, alors même que le maire avait refusé de nous marier. Un a fait un vrai mariage festif. »

Laurence¹ et Audrey : « ne faire qu'une »

[caption id="attachment_4907" align="alignnone" width="3174"]Laurence, 47 ans, Audrey, 41 ans, ensemble depuis 2007, pacsées en 2009, mariées en 2014 Laurence, 47 ans, Audrey, 41 ans, ensemble depuis 2007, pacsées en 2009, mariées en 2014.[/caption] « On attendait beaucoup cette loi. Depuis que nous sommes mariées, ça a changé beaucoup de choses d'un point de vue administratif, mais c'est aussi le plaisir et le bonheur de ne faire qu'une aux yeux de la société. Quand le vote a enfin eu lieu, nous avons pris le calendrier pour déterminer la date. Nous avons choisi celle du 14 juin, date de notre rencontre et de notre pacs. On a voulu organiser quelque chose de festif qui puisse faire plaisir à tout le monde : une fête familiale et amicale en journée dans notre jardin vivre les grands moments de notre vie chez nous et que les enfants puissent en profiter. Il y avait nos voisins, nos amis, nos familles... C'était comme une fête de village. Le maire était franchement touché, ça nous a beaucoup étonné, il nous a fait un discours de trois pages. Un vrai mariage républicain. »

François et Vincent : « si c'est Marine qui passe... »

[caption id="attachment_4909" align="alignnone" width="1633"]François, 43 ans, Vincent 41 ans, région parisienne, ensemble depuis 19 ans, pacsés en 2000, mariés en août 2016. François, 43 ans, Vincent 41 ans, région parisienne, ensemble depuis 19 ans, pacsés en 2000, mariés en août 2016.[/caption] « Le mariage on en parlait depuis très longtemps, on a beaucoup soutenu le projet de loi. On a attendu parce qu'on a vécu des hauts et des bas, tout ce qui peut toucher un couple. On a eu besoin l'un et l'autre d'être prêts, ne pas le faire dans la précipitation. Au final on l'a organisé en un mois parce qu'on s'est dit, si c'est Marine qui passe... on prenait le risque de ne plus pouvoir se marier. Vu le délai court, on a décidé d'organiser une grande fête un an après. Il y a encore des personnes qui dans mon entourage ne vivent pas pleinement leur couple, leur homosexualité à cause du regard des autres. On veut faire comprendre que c'est un droit acquis et si on en a envie, c'est le plus important. Aujourd'hui c'est possible alors pourquoi se mettre des barrières qui ne sont que des barrières mentales »

Billy et Maëlle² : « pas un mariage hétérosexuel “ajusté” pour un couple homo »

[caption id="attachment_4911" align="alignnone" width="4000"]Billy, 40 ans, Maëlle, 30 ans, banlieue parisienne, ensemble depuis 2013, mariées en 2016. Billy, 40 ans, Maëlle, 30 ans, banlieue parisienne, ensemble depuis 2013, mariées en 2016.[/caption] « Nous nous sommes rencontrées lors de la période des manifestations pro mariage, la loi a bercé nos premiers rendez-vous. Nous nous sommes demandées en mariage en même temps à Bruxelles devant la Maison Arc-en-ciel lors d'une soirée lesbienne. La triple carmélite nous a aidé à sauter le pas. Nous avons voulu un mariage avec nos amis et notre famille proches, surtout pas la grand tante ou la cousine éloignée que tu n'as pas vu depuis X temps… Nous sommes passées par les amis pour certaines activités pour que cela nous ressemble vraiment et pas que cela soit un mariage hétérosexuel "ajusté" pour un couple homo. Le discours de l'adjoint au maire était très chaleureux, très humain, ça nous ressemblait vraiment, il y avait plein d'anecdotes sur nous, nos vies, notre rencontre, nos projets, notre chat, notre amour commun de la bonne bouffe. Mariées ou pas mariées, on accorde beaucoup d'importance au fait d'être visibles, notamment dans la rue quand on est ensemble. Et ça, parfois, ça peut déclencher des regards de travers. »

Alexandre et Mi : « Nous nous sommes fait le serment de s'aimer »

[caption id="attachment_4934" align="aligncenter" width="2592"] Alexandre, 26 ans et Mi, 30 ans, Vendée marié le 12 octobre 2013 après leur rencontre en 2010[/caption]

« Nous arrivons à la Mairie de Challans, sur le parvis et à l'abri des gouttes, nos amis et proches sont bien présent. Peu de famille de mon coté et aucune famille pour Mi, ses parents, son frère ne savent qu'il va se marier. Six amis ou connaissances ont fait le déplacement. Arrive le moment de la superbe pièce montée, surplombée de cette statuette du blond portant le ptit brun. (...) Je confie à Mi le couteau le temps des photos. Avec la cinquantaine de personnes présentes, nous oublions les déconvenues de la journée. Nous sommes heureux, amoureux, mariés.

« Nous sommes heureux, amoureux, mariés »
Ce que nous pouvons retenir, c'est qu'en 2013, alors que la Manif pour tous battait son plein, nous étions deux garçons qui nous aimions. Que de militants que nous n'avons jamais été, nous nous sommes fait le serment de nous aimer, quels que soit les obstacles ou la réalité. On s'est mariés le 12 octobre (persuadés d'être le 1er couple franco-chinois) et depuis 5 ans on s'aime. On a depuis traversé des crises, des galères. Mais, tellement fort de notre amour, nous sommes fiers, heureux et amoureux jusqu'à la fin de nos jours. » Les témoignages ont été condensés et synthétisés par souci de clarté.  ¹ Laurence est bien évidemment la député LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon qui s'est exprimée dans nos colonnes à l'occasion d'un grand entretien. ² Maëlle Le Corre est rédactrice en chef adjointe de Komitid." ["post_title"]=> string(97) "« Ne plus être un couple au rabais » : six couples nous racontent pourquoi ils se sont mariés" ["post_excerpt"]=> string(224) "Cinq ans après le mariage pour tous, Komitid a donné la parole à des couples de gays et de lesbiennes pour qu'ils nous livrent un bout de leur mariage. Au programme, donc, des larmes, de la joie... et quelques confettis. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(43) "temoignages-5-ans-mariage-pour-tous-couples" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(89) " https://www.komitid.fr/2018/04/26/laurence-vanceunebrock-mialon-pma-assemblee-nationale/" ["post_modified"]=> string(19) "2019-04-23 10:46:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-04-23 08:46:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4755" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15267 (24) { ["ID"]=> int(4432) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-23 11:43:51" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-23 09:43:51" ["post_content"]=> string(2908) "Les journalistes de BuzzFeed News France se sont longuement entretenu.e.s avec François Hollande concernant la loi sur le mariage et l'adoption pour tous les couples votée le 23 avril 2013 à l'Assemblée nationale. Après ses larmes de crocodiles dans son livre Les leçons du pouvoir (Stock), voilà une nouvelle occasion de revenir sur la façon dont s'était déroulés à l'époque les débats.

« J'aurais dû… », « j'ai parfois eu un regret… »

Même si cela n'effacera en rien la déferlante homophobe subie par des milliers de personnes entre 2012 et 2013, l'ancien chef d'État a fait amende honorable : « Et si j’ai parfois eu un regret, c’est d’avoir laissé le débat durer trop longtemps, presque un an. Autant il était légitime dans la société d’entendre toutes les sensibilités, autant au Parlement il y a eu des manœuvres d’obstruction et de retardement qui ont tendu les relations dans le pays plutôt que de les apaiser » reconnaît-il aujourd'hui. Même état d'esprit quand interrogé sur l'ouverture de la PMA pour tout.e.s, François Hollande revient sur l'absence d'avancée sur cet enjeu en même temps que le mariage pour tous : « Il ne pouvait pas y avoir deux textes en discussion en même temps, l'un sur le droit, et un autre sur la procréation. J’ai préféré demander un avis au Comité national d’éthique qui, avec retard, l’a donné. Mais j’ai regretté qu’on ne puisse pas, à la fin du quinquennat, aller dans cette direction parce que ce qui se passe aujourd’hui est une hypocrisie. ». Conscient de la situation des couples lesbiens et des femmes célibataires, il ajoute un peu plus loin : « J’aurais dû aussi franchir cette étape ».

Des mots mal choisis

Vous reprendrez bien encore un peu de regrets pour la route ? Au sujet de la « liberté de conscience » qu'il avait proposé pour les maires qui refuseraient de célébrer des mariages entre personnes du même sexe, là encore François Hollande confie avoir utilisé une expression « pas heureuse » : « Nul n’obligeait un maire en tant que tel, en tant que personne, à le faire. Mais il était néanmoins obligé de prévoir l’organisation du mariage. La formule n’était pas la bonne, mais l’idée était bien celle-là. » " ["post_title"]=> string(101) "5 ans du mariage pour tous : François Hollande regrette d'avoir laissé traîner les débats en 2013" ["post_excerpt"]=> string(179) "À l'occasion des 5 ans du mariage pour tous, le site BuzzFeed News publie un entretien exclusif avec l'ancien chef de l'État François Hollande. Avec beaucoup de regrets dedans." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(41) "5-ans-mariage-pour-tous-francois-hollande" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-03 16:30:33" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-03 14:30:33" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4432" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [4]=> object(WP_Post)#15266 (24) { ["ID"]=> int(4276) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-23 12:40:57" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-23 10:40:57" ["post_content"]=> string(18892) "Ce mois d’avril 2018, qui marque les cinq premières années de l’ouverture du mariage aux couples gays et lesbiens, s’est installé sous un radieux soleil qui fleure déjà bon l’été. Les papillons papillonnent, les bourgeons bourgeonnent, et la presse spécialisée mariage applique avec zèle la recommandation de ne pas se découvrir d’un fil en faisant le choix de ne pas se mouiller du tout : pas de mention de cette date anniversaire dans les éditions printanières de ces publications. Encore moins de couverture. [caption id="attachment_4408" align="alignnone" width="668"]5 ans du mariage pour tou.te.s : couvertures de quatre magazines spécialisés dans le mariage 5 ans du mariage pour tou.te.s : photos de couvertures de quatre magazines spécialisés dans le mariage[/caption] « Se marier en Nouvelle Aquitaine », « D.I.Y. : toute la papeterie de votre mariage », « Fleurs, dragées, déco : les détails indispensables »… Le choix des sujets montre bien que les priorités sont ailleurs. Petit sursaut d’espoir à la lecture du titre de l’édito chez Oui Magazine… et déconfiture instantanée. Le mot « égalité » est ici employé pour dire que désormais, dans les couples hétéros, les hommes mettent eux aussi les mains dans le cambouis de l’organisation du mariage. [caption id="attachment_4412" align="alignnone" width="333"]« égalité » : édito du Oui Magazine du printemps 2018 « égalité » : édito, très hétéro, du Oui Magazine du printemps 2018[/caption]

5 ans du « mariage homo » : un décalage entre les chiffres et les mots

Y a-t-il eu si peu de mariages chez les couples de femmes, et les couples d’hommes, ces cinq dernières années, pour que le sujet manque de passer inaperçu en cette date anniversaire ? Ce n’est pas tout à fait ce qu’indique l’Insee. [caption id="attachment_4413" align="alignnone" width="496"]Évolutions des mariages et Pacs, gays, lesbiens et hétéros selon l'INSEE Évolutions des mariages et Pacs, gays, lesbiens et hétéros - Insee[/caption] Certes, passé l’enthousiasme de cette avancée pour les couples lesbiens et gays (7 367 mariages de couples de même genre en 2013, puis 10 522 en 2014), les mariages arc-en-ciel sont légèrement redescendus vers une moyenne autour des 7 000 par an. Mais ce chiffre semble se stabiliser, alors que l’on constate une nette diminution des mariages hétéros depuis 2013, qui passent de 231 225 en 2013 à 221 000 en 2017, au profit du Pacte civil de solidarité (Pacs). Tandis que le Pacs reste stable chez les gays et les lesbiennes (malgré une légère baisse en 2013). Bien que la proportion de mariages homosexuels semble moindre dans l’équation finale, il est là. Et représente en conséquence un marché, nouveau et stable, à côté des unions hétérosexuelles qui semblent perdre en vitesse.

Expédition en terre hétéro : le Salon Paris Bridal

Les 14, 15 et 16 avril derniers, le salon international de la mode mariage, Paris Bridal, a recouvert le hall 2.1 du parc des expositions Porte de Versailles d’un immense voile de dentelle blanche et de strass étincelants. Mais malgré cette scintillante promesse de féérie, le truc le plus gay de ce salon se résume à une citation d’Oscar Wilde (« Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais », galvaudée, comme toujours), griffonnée sur la toile d’un stand de lingerie au fond du hall.
« On y croyait, mais rien n’a changé »
Sur l’emplacement B02, une commerciale multimarques confie à propos du mariage pour tous : « On y croyait, mais rien n’a changé ». Tout en admettant, le plus naturellement du monde, ne rien avoir changé à la communication de ses boutiques depuis la promulgation de « la loi Taubira ». « Le changement de clientèle se ressent plutôt dans la vente au détail qu’au global », analyse Robert Sanz, directeur commercial de la marque Barberini. « En cinq ans on a vu des couples d’hommes où l’un prenait une robe, et l’autre, un costume, par exemple. Parfois, deux costumes. », continue-t-il, avant de dire que chez lui non plus, la com n’a pas évolué. « On n’a pas adapté l’offre. Comme elle n’est pas axée que sur les couples normaux enfin euh…. Il hésite, je suggère : « hétéros ? », « oui, hétéros, pour autant ! La transition s’est faite toute seule, c’est logique ».
« (...) on a fait le choix de rester neutres pour ne pas choquer nos clients »
En matière de représentations, tout le salon flotte dans une imagerie hétéro hégémonique. Sur le stand de Guy Laurent, un responsable pose, enfin, les choses telles qu’elles sont « Nous n’avons pas adapté notre communication, on a fait le choix de rester neutres pour ne pas choquer nos clients ». En 2018, la neutralité est donc toujours hétérosexuelle. Parmi la grosse centaine de marques représentée sur l’évènement, répartie sur un peu plus de 60 stands et listée sur une brochure, une seule laisse apparaître une porte entrouverte aux couples de même sexe dans sa communication digitale.

Marché du mariage pour tou.te.s : une affaire de communication ?

Hors des plus grandes instances commerciales du mariage, les retours sont assez tièdes aussi. « Depuis 2015, date de démarrage de mon activité de photographe, je n’ai eu que de rares demandes pour des mariages gays ou lesbiens, et n’ai couvert qu’un seul mariage gay. », confie Angelyn, photographe. « J’aimerais pouvoir en faire plus. Il est vrai que je n’ai pas encore communiqué sur le sujet. Les seuls clients que j’ai eu sont arrivés jusqu’à moi par un effet de bouche à oreille, ayant apprécié mes photos de couples hétéros. » Même son de cloche chez Elodie Pecquerie, wedding planneuse : « J’ai eu plusieurs demandes de couples de femmes, environ une dizaine. J’ai eu de plus en plus de demandes mais là, j’ai la sensation que ça se calme un peu, on atteint une sorte de vitesse de croisière. Il n’y a pas eu de « boom » du mariage pour les couples d’hommes et les couples de femmes. », déclare la responsable de La Fabrique à Mariage, précisant qu’elle non plus n’a pas changé sa manière de communiquer. Elle rajoute pourtant que lorsqu’on la contacte, couples d’hommes et de femmes lui demandent si leur orientation sexuelle est un problème. « C’est un marché porteur, ça va se normaliser chez les pros. Mais on est en France, et le mariage pour tous reste encore un tabou. », conclut-elle. Karine Puech, photographe toulousaine, elle-même en couple avec une femme depuis 10 ans, confie que sa clientèle queer lui a fait part de son « soulagement de pouvoir se tourner vers une personne concernée » pour leur mariage. [caption id="attachment_4417" align="alignnone" width="730"]Photo d'un mariage gay par Karine Puech Photo du mariage de Bruno et Nicolas, mariés le 03.06.2017- Karine Puech[/caption] C’est pour cette raison que de petits business communautaires se sont développés, depuis 5 ans, comme Mon Mariage Gay, réseau de wedding planneurs et wedding planneuses implanté dans le Gard et l’Hérault depuis 2014. Cédric Yépes-Sans, le fondateur, explique qu’il lui arrive de recevoir des demandes d’Île-de-France, mais aussi d’une clientèle gay et lesbienne expatriée, qui ne peut pas se marier dans son pays de résidence. « Lorsque la loi est passée en 2013, j'ai commencé à en parler à différents partenaires, notamment des responsables de salles : la plupart étaient très ouverts, intéressés face à cette nouvelle clientèle, souvent plus raffinée, avec un budget intéressant. Mais une minorité de contacts a catégoriquement refusé ce type de demandes, quitte à perdre en chiffre d'affaires. », raconte Cédric Yépes-Sans. « À la rigueur je préfère quand c'est énoncé clairement car on sait à quoi s'en tenir, alors que d'autres, pas très gay friendly, auraient eu tendance à accepter les demandes pour l'argent, mais leur accueil n'aurait pas été bon. C’est ce qui m’a motivé à monter mon propre réseau de partenaires, qui étaient sensibles à la cause, pour que les client.e.s soient toujours bien accueilli.e.s, à l'abri de toute réflexion homophobe ou lesbophobe. »

Les entreprises LGBT+ et « gay friendly » sont optimistes

Quelques entreprises de l’économie du mariage, bien que généralistes, ont toutefois fait le choix d’ouvrir la porte à une clientèle non-hétérosexuelle après l’entrée en vigueur de la loi de 2013. Alexandre Timon, de Dragées Anahita, prestataire spécialisé dans la confiserie nuptiale traditionnelle situé dans le Val-d’Oise, affirme qu’il n’y a pas eu de flagrant « avant/après » le mariage pour tous les couples. « Pour nous, ouvrir une page dédiée aux mariages gays et lesbiens en 2014 était logique », poursuit-il. « Il est difficile de quantifier les demandes, puisque certains clients gays et certaines clientes lesbiennes achètent nos produits hors de notre page « mariage gay ». Quoi qu’il en soit, notre démarche n’était pas mercantile, c’est simplement que cela nous semblait juste ». Il précise que cette décision n’a pas fait de débat en interne et que « si une frange de la clientèle ne veut plus commander chez nous à cause de cet onglet, tant pis pour elle. Tout comme on n’arrêterait pas nos produits dédiés aux mariages juifs ou musulmans s’il y avait une protestation à ce sujet. » Retour similaire à Saint-Barthélémy-d’Anjou, chez Faire Parts de France, qui a également une catégorie dédiée aux annonces de cérémonies gays et lesbiennes. Jérémie Chevalier, responsable communication de l’entreprise, confirme que ce choix n’a soulevé aucune opposition au sein des équipes, d’autant qu’elle compte des personnes concernées, et que la société est donatrice de l’association Aides. « Le démarrage a été tout doux mais là, de plus en plus, on sent que ce ne sont plus de petites cérémonies. Ça n’a pas été une explosion pour autant, c’est un petit plus. On ne peut pas dire que ça change le chiffre d’affaires, mais c’est une clientèle agréable et assez classique dans ses choix. On a pu voir que nos faire-parts sertis du drapeau rainbow n’étaient pas les plus populaires, par exemple. »

Qui dit mariage, divorce ?

De nombreux interlocuteurs et interlocutrices contacté.e.s par Komitid dans le cadre de cette enquête n’ont eu de cesse de répéter que la clientèle lesbienne et gay est « comme les autres » pour expliquer leur choix de ne pas adapter leur communication au mariage pour tou.te.s. Là où ils et elles ont entièrement raison, c’est en ce qui concerne le divorce. « Je n’ai pas noté de « vague » de divorce », rapporte Florent Berdeaux, avocat au barreau de Paris spécialisé dans le droit des familles et membre de la Commission Juridique de l'Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL). Voilà de quoi rassurer certain.e.s prédicateurs et prédicatrices de mauvaise augure qui promettaient que cette avancée sociale résulterait forcément en un déferlement de séparations légales, une fois la fête terminée et le « caprice » égalitaire passé.
« Je n’ai pas noté de « vague » de divorce »
« Cela ne change pas mon activité du tout », poursuit Me Berdeaux. « Les clients LGBT recherchent autant ma compétence en tant que spécialiste en droit de la famille que mes clients hétéros. En revanche, les clients LGBT viennent chercher et trouver à mon cabinet une écoute, une attention et une meilleure sensibilité. Ils ont beaucoup moins à expliquer leur vie qu’ils n’auraient peut-être à le faire avec un confrère ou une consoeur moins informé.e. » Un témoignage qui confirme la nécessité d’une plateforme comme Avocats Gay Friendly, qui recense les expert.e.s juridiques concerné.e.s par les questions LGBT+, ou allié.e.s. Pour autant, il ne s’agit plus d’une recherche d’expertise et de bienveillance de la part d’une clientèle homosexuelle que d’un business à part entière. « Dans tous les pays où le mariage gay a été ouvert, le divorce LGBT suit exactement les mêmes statistiques que les divorces hétéros », assure Florent Berdeaux. « Pour l’instant, ils sont proportionnellement aussi nombreux, aussi violents parfois, aussi amiables parfois, que les divorces hétéros, et portent autant sur les disputes d’argent, d’adultère, ou d’enfant les uns que les autres ! ».

Le mariage reste, pour l'instant, une institution profondément hétérosexuelle

« On a de nouveaux clients et de nouvelles clientes, forcément, il y en a de plus en plus », affirme Nathalie Bonnassie, fondatrice de Nat Agency. Celle qui organise chaque année le Salon des Futurs Mariés du Val d’Europe rapporte elle aussi ne pas avoir changé sa com’ : « Je pense que la communauté ne veut pas être sectarisée, elle vient à nous naturellement ». Elle précise néanmoins que les clients gays et les clientes lesbiennes qui l’avaient contactée avaient pris le soin de la prévenir de leur particularité, laissant clairement sous-entendre une appréhension dans la démarche vers une entreprise qui n’affirme pas son soutien aux mariages pour tous et toutes. « Ça n'a pas changé complètement mon travail, poursuit-t-elle, j'ai un peu plus de clientes femmes. J'en ai fait cinq depuis cinq ans, trois couples de femmes, deux couples d'hommes, et encore un bientôt. Ça ne s'est pas vraiment ressenti sur le chiffre d'affaires, depuis le temps. D’ailleurs, le Salon du Mariage pour Tous a été un fiasco total en 2013. » Une conclusion qui a de quoi laisser perplexe. La faible proportion de mariages serait-elle due au manque de communication, et de représentations, de la part des nombreux acteurs et actrices de l’économie nuptiale ? Ou bien au fait qu’au-delà de son image hétérocentrée, le mariage reste une institution très hétérosexuelle ?
« L’effervescence escomptée n’a pas été au rendez-vous. »
La photographe Karine Puech regrette le faible engouement de sa communauté pour le mariage depuis le vote de la loi « Honnêtement, l’ouverture du mariage à tous les couples n’a pas vraiment changé mon activité. Au début je me disais « ça va décoller », mais l’effervescence escomptée n’a pas été au rendez-vous. Depuis cinq ans, j’ai couvert cinq mariages, sur 15 à 20 mariages que je photographie en tout chaque année. Dans mon propre entourage, je constate que les couples d’hommes et de femmes ont plutôt choisi de se pacser. » « Tous les couples n'ont pas forcément eu envie de se marier du jour au lendemain avec le passage de cette loi », confirme Cédric Yépes-Sans de Mon Mariage Gay. Mais pour celles et ceux qui prennent la voie du contrat de mariage, il note que « La plupart des demandes restent très classiques, même si j'essaie parfois de pousser un peu pour que ma clientèle se démarque d'un mariage hétéro. Mais celles et ceux qui se marient ont plutôt tendance à rester très classiques, et s'ils et elles pouvaient, iraient à l'église. » « Il y en a aussi beaucoup qui continuent de se pacser, car le mariage reste compliqué, notamment sur le plan administratif, poursuit l’organisateur de cérémonies de noces, ce qui ne les empêche pas de faire appel à un wedding planner pour organiser une grosse soirée pour célébrer ça pour autant. On a des demandes pour des cérémonies laïques, type mariage, même pour des Pacs ». Le wedding planner précise néanmoins avoir eu des retours de personnes qui auraient « lâché l’affaire », face à un accueil trop hétéronormé et « pas toujours bienveillant ». Acteurs et actrices de l'économie du mariage savent désormais à quoi s'en tenir s'ils et elles tiennent à transformer l'essai d'ici le 10ème anniversaire du mariage pour tous. " ["post_title"]=> string(77) "Mariage pour tous : 5 ans plus tard, il marche... mais n’est pas un marché" ["post_excerpt"]=> string(197) "Cinq ans après l’ouverture du mariage à tous les couples, le paysage de l’économie nuptiale ne semble pas vraiment changé. Komitid a mené l’enquête pour comprendre ce faible engouement." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(30) "mariage-pour-tous-5-ans-marche" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-23 17:03:18" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-23 15:03:18" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4276" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Australie : faillite d'un magazine de mariage qui refusait de montrer des couples homosexuels

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Les annonceurs ont lâché le magazine spécialisé. Dans un communiqué diffusé sur le site du magazine, le couple fondateur a justifié ne pas avoir voulu « créer une guerre sociale, politique ou juridique ».

Capture d'écran de la page d'accueil du site du magazine White - Whitemag.com
Capture d'écran de la page d'accueil du site du magazine White - Whitemag.com

Leur homophobie les aura conduit à mettre la clé sous la porte. Le magazine australien bi-mensuel White, spécialisé dans le mariage, a fait faillite après avoir été lâché par ses annonceurs, rapporte l’AFP. En cause ? Le refus des propriétaires de publier dans les pages du magazine des photos de couples homosexuels et ce près d’un an après que le pays a ouvert le mariage à tous les couples.

Luke et Carla Burrell, fondateur et fondatrice de White Magazine, ont justifié leur boycott des couples homosexuels par un refus de « créer une guerre sociale, politique ou juridique ». Dans un billet publié sur la partie blog de leur site samedi 17 novembre, le couple dit avoir été contraint de « choisir [son] camp » : « Au lieu de nous laisser l’espace nécessaire pour travailler sur nos pensées et nos sentiments, ou d’être prêts à engager des conversations courageuses pour vraiment entendre les histoires de chacun, certains nous ont juste demandé aveuglément que nous choisissions un camp. (…) Une campagne ciblant le magazine, notre équipe et nos annonceurs a été lancée. (…) Le résultat a été qu’un certain nombre d’annonceurs se sont retirés par peur d’être jugés ou en signe de protestation. », peut-on lire. Le tandem n’a pu que reconnaître le fait que leur magazine « n’est plus économiquement viable. »

Dans notre enquête publiée fin avril à l’occasion des cinq ans du mariage pour toutes et tous en France, le constat était sans appel : la presse spécialisée dans le mariage s’est dispensée de la moindre mention de cette date anniversaire dans les éditions printanières des publications, et encore moins de couverture.

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