Une version confirmée par Catherine Michaud, présidente de Gaylib qui avait quitté l’UMP en janvier 2013 : « Derrière la défaite de 2012, l'UMP n'a pas fait son autocritique, loin de là. Ça a même été la surenchère de qui serait le plus à droite. Il n'y a eu aucune notion de pourquoi il y a eu défaite. On a entretenu les militants avec l'idée que Sarkozy était une grande personne de la droite, presqu'un sauveur. On s'est bien rendu compte que ce n'était pas le cas. »
« Derrière la défaite de 2012, l'UMP n'a pas fait son autocritique, loin de là »
Ce qui caractérise ce prisme idéologique est connu : la défense d’un modèle familial (un papa, une maman) décrit comme traditionnel, voire symbole d'un ordre naturel, et un conservatisme total en matière d’avancée des droits des minorités et de ce qui est tout simplement autre. Toutefois, si la ligne de pensée est claire, l’identité des partisans de la Manif pour tous l’est moins. Longtemps présentée comme la marche de tous les catholiques, elle était en fait celle d’une partie des catholiques français, explique Josselin Tricou, sociologue à l'université Paris-8, spécialiste des questions de genre dans la religion catholique : « Attention, le catholicisme contemporain est fragmenté. Là, on a eu un effet de trompe-l'œil, notamment avec des journalistes qui ont parfois cru et fait croire que tous les catholiques étaient dans la rue. Et même ceux qui étaient dans la rue, les moins motivés, une fois que les évêques ont dit "on rentre à la maison", ils l'ont fait. » Mais le cadre idéologique, lui, est resté. Et la Manif pour tous est aussi venue apporter ses troupes les plus motivées, notamment via son émanation politique, le micro parti Sens Commun, créé en novembre 2013. Car si les cadres de la droite ont fini par se rallier aux nombreuses marches des anti, c’est réellement cette organisation qui a fait infuser les idées chez Les Républicains.

Émanation politique

Il est vrai que Sens commun, qui se décrit comme « défenseur des familles », a su s’immiscer dans l’appareil du parti, notamment au niveau local. De « l’entrisme » pour Josselin Tricou : « Au niveau local, on le voit très bien, notamment à la région Île de France, Valérie Pécresse a des membres issus du collectif Manif pour tous dans son cabinet. Un effet très immédiat, c'est qu'elle a arrêté de financer la recherche sur le genre. » « La stratégie de Sens commun était justement de ne pas rester dans l'association, mais de la quitter pour pénétrer LR, sachant que le parti LR avait besoin d'adhérents et que Sens Commun avait besoin d'une organisation partisane puissante », poursuit le chercheur. « Néanmoins, ils ont diffusé leurs idées et il y a maintenant une crainte chez les politiques de rouvrir les questions liées à la démocratie sexuelle. » Valérie Pécresse, la présidente francilienne n’est d’ailleurs pas la seule à avoir installé des partisans de Sens commun dans l'organigramme de sa région. Même histoire chez le patron des Républicains Laurent Wauquiez, à la tête de la région Rhône-Alpes, qui a intégré Anne Lorne ancien pilier de la Manif pour tous à Lyon et déléguée régionale de Sens commun dans son équipe. 

Fillon, meilleur candidat de la Manif pour tous

Rétrospectivement, il est même logique que François Fillon, lui aussi proche des idées des partisans de la Manif pour tous, ait fini par gagner la primaire de la droite en 2016. Dans un article de 2017, Challenges racontait d’ailleurs comment la campagne de l’ancien Premier ministre avait été gangrenée par des cadres de Sens commun. « Finalement, cette frange conservatrice, a trouvé des relais, comme Fillon », raconte Catherine Michaud. « Et Sens Commun a fait un travail de fond dans les territoires. Ce sont des choses que personne n'a anticipé, et que l'on a vu monter trois semaines avant le premier tour de la primaire. »
« Les dirigeants des Républicains se sont recroquevillés sur une ligne identitaire »
Mais la ligne politique adoptée par Fillon, puis Wauquiez, est loin d'avoir plu à tout le monde. Si la famille des Républicains affiche, avec plus ou moins de succès, son soutien à François Fillon pendant la campagne présidentielle, une partie le lâche complètement après la victoire d’Emmanuel Macron lors des législatives. D’un coup, le parti est déserté par certain.e.s de ces représentant.e.s centristes, comme Alain Juppé, tandis que d’autres se mettent en retrait, comme Xavier Bertrand. Ils sont nombreux à quitter le parti, comme Franck Riester, qui a créé son propre parti de centre droit, Agir. Il expliquait son départ dans les colonnes du Figaro en septembre 2017 : « Les dirigeants des Républicains se sont recroquevillés sur une ligne identitaire, autoritaire, eurosceptique et ultra-conservatrice. Une ligne qui les condamne à l'échec. Ils piétinent les valeurs fondatrices de l'UMP. Ainsi, certains d'entre eux ont été incapables d'appeler à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Laurent Wauquiez nous dit qu'il ne fera pas d'alliance avec le Front national mais il tient le même discours. » « La présence de Sens commun, dans la campagne de Fillon, a plus été un prétexte qu’une raison pour les membres de LR de quitter le parti dans un contexte de crise » nuance Josselin Tricou. Reste que ce positionnement, combiné à l’arrivée de Macron sur la scène politique avec une offre pouvant satisfaire les personnes de centre droit, a fait exploser la droite.

« Wauquiez se plantera »

Qui aurait pu imaginer, il y a deux ans, que le candidat de la droite et du centre droit finirait par être éliminé dès le premier tour, en récoltant seulement 20,01 % des suffrages ? Certes, l’affaire du Penelopegate, qui a vu l’ancien Premier ministre être accusé de détournement de fonds, ainsi que la montée d’Emmanuel Macron, ont participé à cette déroute. Mais les idées portées par François Fillon n’ont pas fait recette dans l’opinion. Les électeurs et électrices préférant, au choix, la copie à l’original avec Marine Le Pen, ou un point de vue plus modéré sur les questions sociétales avec En Marche. Les indicateurs ne sont pas non plus très bons pour Laurent Wauquiez. Un récent sondage, réalisé par l’Ifop pour Paris Match, indique même que si la présidentielle se déroulait aujourd’hui, le patron des Républicains ne récolterait que 8 % des suffrages. Un camouflet. Auprès de Komitid, Catherine Michaud confie d’ailleurs que, selon elle, « Wauquiez se plantera ». Tout se passe comme si, avec son positionnement dur sur les questions de société, sur la nationalité et sur les réfugié.e.s, LR s’était enfermé dans un espace politique de plus en plus restreint. L’essayiste Gaël Brustier souligne la naissance d’un nouveau pôle : « La ligne politique défendue actuellement, conservatrice-sécuritaire, se rapproche de celle du Front National. On va avoir un pôle conservateur, nationaliste, souverainiste. Là-dedans, un papa-une maman, ça compte. »

Infusions sociétales

Complètement défaites, alors, les idées de la Manif pour tous ? Non pas vraiment, au vu des bons scores du FN. Mais la grande victoire de l’organisation anti mariage pour tous, c’est qu’elle a réussi à installer ses idées et ses codes dans l’opinion française. Certes, les Français.e.s sont désormais majoritairement pour le mariage pour tous, et il n’y avait d’ailleurs plus que Marine Le Pen pour encore réclamer son abrogation dans son programme de 2017.  Dès 2012, le sujet du « genre » est devenu tabou, même à gauche. « À l'époque de Vincent Peillon, il avait dit "on enseigne pas la théorie du genre à l'école", ce qu'il a fait, c'est qu'il a repris sans le savoir le vocabulaire [de la Manif pour tous, ndlr]» explique Josselin Tricou. « C'est ça la grande victoire de la Manif pour tous : ils ont fait en sorte que tout le monde en parle et, surtout, avec leurs mots. » Un constat partagé par Gaël Brustier « la conversation conservatrice de la droite en 2012 a inhibé la gauche. On le voit bien avec Macron. Il ne va rien faire bouger sur les questions LGBT+, à part la PMA ». La récente sortie du président de la République, promettant de réparer les liens « entre l’Église et l’État » abonde dans ce sens. Hormis la PMA, Macron ne promet rien sur la fin de vie et d’autres avancées sociétales.
« La Manif pour tous a ébranlé le monde catholique de droite »
Reste que les opinions ont évolué, y compris dans la population catholique. « La Manif pour tous a ébranlé le monde catholique de droite », souligne Gaël Brustier. « Si vous prenez les familles qui ont défilé, avec sept ou huit gosses, il y en a souvent un ou deux qui sont LGBT+. Ça a fait exploser les familles et ça leur a fait prendre conscience que tout d'un coup, elles n'avaient pas juste une position "pour" la famille ou la filiation, mais homophobe. » À cela s’ajoute l’effet Pape François, qui, sans être particulièrement progressiste, a laissé la porte ouverte sur les questions liées à l’homosexualité. Les prochaines échéances électorales (les élections européennes en 2019), ainsi que les débats parlementaires entourant l’ouverture de la PMA à tout.e.s permettront de juger de la force de frappe de la Manif pour tous, d’abord dans l’opinion, et ensuite dans le monde politique. 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Valérie Pécresse va porter plainte après avoir été traitée d'homophobe par l'adjoint à la mairie de Paris Ian Brossat

Publié le

L'élue Les Républicains à la Région Île-de-France n'a pas du tout aimé les propos de l'élu communiste sur Twitter. Celui-ci considérait que Valérie Pécresse était « homophobe un jour sur deux ».

Valérie Pécresse à Bastiat en septembre 2014 - Fondapol / Flickr
Valérie Pécresse à Bastiat en septembre 2014 - Fondapol / Flickr

« Miracle. Désormais Valérie Pécresse n’est homophobe qu’un jour sur deux ». C’est la petite phrase de la discorde entre Ian Brossat, adjoint de la Maire de Paris en charge du logement et la présidente de la Région Île-de-France.


Tout a commencé par un tweet de l’élue Républicaine, rappelant « son combat » contre l’homophobie. Sauf que les internautes ne semblent pas avoir oublié le moment où Valérie Pécresse a défilé en compagnie de la Manif pour tous. Ni celui où elle s’est décidée à nommer des militant.e.s de Sens Commun dans l’organigramme de la Région.

Il n’en a pas fallu plus pour Ian Brossat, élu PCF ouvertement gay en charge du logement à Paris, pour réagir sur Twitter avec un bon mot. « Miracle. Valérie Pécresse n’est homophobe qu’un jour sur deux », écrit-il.

L’affaire aurait pu en rester là, mais la femme politique s’est offusquée sur Twitter, annonçant avoir l’inteb de porter plainte. Contacté par Komitid, le service de presse de la Région Île-de-France confirme qu’une procédure de dépôt de plainte est bel et bien en cours. L’avocat de Valérie Pécresse a d’ailleurs indiqué sur Twitter avoir été mandaté pour y procéder.

Reste que, comme le remarque très bien Hornet, en plus d’avoir marché avec les anti-mariage pour tous et toutes, elle a aussi pris position contre la PMA pour toutes et tous, artisane de la suppression du char de la Marche des fiertés de la région, un temps pour le « démariage des couples »… Bref, Pécresse est connue des militant.e.s LGBT+ francilien.ne.s.

Contacté par Komitid, Ian Brossat n’a pas souhaité s’exprimer, rappelant simplement que l’affaire « était désormais entre les mains de la justice ». Justice qui décidera donc si Valérie Pécresse est homophobe un jour sur deux, sur quatre ou tout le temps.