Le but principal de l’organisation est d’éduquer la jeunesse. Sans être affiliée à l’État, elle doit d'elle-même démarcher les écoles et leurs professeur.e.s. « Il a aussi fallu passer par les musées, les bibliothèques, les syndicats d’enseignant.e.s, les autres institutions, les parents, le système scolaire… », explique Tony Fenwick. Treize ans plus tard, l'initiative est devenu un rendez-vous incontournable, soutenu par toute la classe politique britannique. Dès le 1er février, ici c’est un professeur qui parle d’une figure historique lesbienne, une classe qui monte une pièce centrée sur les questions LGBT+, ici un musée qui organise une exposition sur l’histoire des habitants LGBT+ de Liverpool. Bref, pendant un mois l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord se parent et s’emparent des thématiques et couleurs LGBT+.
« Nous avons donc voulu créer un environnement dans lequel nous pourrions dire : "écoutez, les personnes LGBT existent depuis la nuit des temps, et certaines d’entre elles ont fait des choses incroyables".»

Rapport de force

De notre côté de la Manche, il n’existe pour le moment aucun équivalent à cette initiative. On notera, bien sûr, des interventions d’associations en milieu scolaire, comme SOS homophobie, et des campagnes de prévention à plus ou moins grande échelle. Mais celles-ci restent sporadiques. Comment l’expliquer ? D’abord parce que les associations n'ont pas encore la force de frappe sur le contexte. Il faut dire que la France n’a jamais connu d’équivalent au Section 28 anglais, qui « a été tellement énorme que ça a catalysé un mouvement de réaction activiste et de visibilité ». Mais ce n'est pas la seule raison. « Je pense qu’en France, il manque ce vaste mouvement interne de mobilisation LGBTQI au sein des milieux éducatifs », explique Claire Mead du Centre des archives LGBTI de ParisUne analyse que partage Christine Bard, historienne du genre et membre du Centre de recherche historiques de l'Ouest : « Pour moi, cette absence [de LGBT history month, ndlr] est aussi un indice de la faiblesse du rapport de force entre les mouvements LGBT, les institutions et les pouvoirs publics. Les associations, au niveau local, font tout ce qu'elles peuvent. Elles ont parfois des difficultés et souffrent d'un certain manque de renouvellement générationnel. » Certes, de nombreuses et nombreux enseignant.e.s font preuve de volontarisme sur ces questions, mais leur enthousiasme est vite refréné. Globalement,  il n’existe pas vraiment de structure pour rassembler les enseignant.e.s LGBT+ au sein même du système éducatif. L’Association Professionnelle des Personnels Éducatifs LGBT, qui s’est pourtant créée en 2012, n'a jamais eu de poids sur la scène nationale et ne dispose d'aucun relais en ligne.

Une question d'universalisme

Mais la raison de cette frigidité se pose aussi de façon macro : en France, on a peur du grand méchant communautarisme et du prosélytisme. Certain.e.s, qu’ils et elles soient professeur.e.s, historien.ne.s ou parents d’élèves semblent circonspect.e.s à l’idée de mettre à part, et en avant, les personnes LGBT+ pendant un mois. « L’homosexualité est souvent mentionnée en filigrane, mais rarement explicitée », explique Claire Mead. « On a par exemple des figures culturelles LGBTQI comme Jean Cocteau ou Colette, mais des milieux éducatifs et culturels qui n’éprouveront pas le besoin de parler de leur sexualité ». Une attitude décevante, mais pas surprenante en France, dans une société qui veut éviter à tout prix « la ghettoïsation » des LGBT+, et des autres.
En France, il y a le grand roman national, le reste n’est que de l'ordre du personnel ou de l'intime.
 « La peur (très hypocrite) du différentialisme et du risque "communautariste" sont des explications » selon Christine Bard. Cette fameuse notion d’universalisme républicain pose problème et ce n’est d’ailleurs pas un hasard s'il n’existe pas non plus de Mois de l’histoire noire. En France, il y a le grand roman national, le reste n’est que de l'ordre du personnel ou de l'intime. Il faut dire que l'hexagone a traversé de nombreuses polémiques ces dernières année, que ce soit sur les études de genre ou sur les ABCD de l’égalité. En 2010, la diffusion programmée dans des classes de CM1 et CM2 du film Le Baiser de la lune, qui raconte une histoire d’amour entre deux poissons mâles, avait fait un tollé. Christine Bard est loin d’être surprise : « Les actions contre les discriminations à l'égard des personnes LGBT sont encore perçues par beaucoup comme du "prosélytisme" ».  
« Il faut donc déconstruire l’idée qu’être lesbienne, gay, bi.e ou trans est un thème "d'adulte". »
Même les campagnes gouvernementales anti-harcèlement scolaire ne mentionnent que rarement l’orientation sexuelle, comme source de persécutions. Tout se passe comme si, en France, il n’était pas bon de parler de ces questions à des enfants. Un constat que partage Claire Mead : « J’ai l’impression qu'il y a cet argument que tout ce qui porte aux questions LGBTQI est forcément sexuel et donc est inapproprié pour l'enfant par défaut. C’est un préjugé compliqué à démêler : il faut essayer d'expliquer aux gens que ce n’est pas de la propagande que d'en parler et de rendre ces thèmes visibles. Il faut donc déconstruire l’idée qu’être lesbienne, gay, bi.e ou trans est un thème "d'adulte" imposé aux enfants : les questions autour de l'identité, de la découverte de soi, et des sentiments amoureux platoniques sont liées à l'enfance, quel que soit le l'identité de genre ou l'orientation. »

Chiche, Emmanuel ?

Autre niveau de lecture, autre verrou : le manque cruel de spécialistes dans les universités françaises. S'il y a de plus en plus de chercheurs et chercheuses spécialisé.e.s dans l’histoire des gays, lesbiennes, bi.e.s et trans, la recherche sur ces questions reste encore trop marginale. « Les spécialistes ne sont pas très nombreuses et nombreux », confirme Christine Bard. « Il faut aussi une certaine masse critique pour s’imposer. » Or, cette masse critique est loin d’être atteinte, d’autant que la tradition universitaire « est très étatique, peu ouverte à la diversité des thématiques, à la diversité tout court et « est aussi réticente à beaucoup d’innovations » comme l’interdisciplinarité. Ce modèle de recherche croise les disciplines et a beaucoup fait avancer les études LGBT+ aux États-Unis. Et ce n'est pas comme si le pouvoir cherchait à favoriser le bourgeonnement des études de genre : souvenez-vous, en 2015, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, annonçait couper les subventions des-dites études. Tout un symbole. Cette question de centralisation, et d'indépendance de l’école et des universités, est une variable qui différencie le Royaume-Uni et les États-Unis de la France. Outre-Manche, les directeurs et directrices d’école ont plus d’autonomie que leurs pair.e.s français.e.s qui dépendent encore largement des décisions du ministère de l’Éducation à Paris. Un modèle français du LGBT History Month passerait-il nécessairement par l’État ? La proposition soulève bien des questions selon Claire Mead : « Quand il s'agit de travailler avec un gouvernement sur les questions LGBTQI, il faut agir avec un avis nuancé et critique, en prenant garde à ce qu'il ne soit pas détourné ou dépolitisé, puis en se souvenant que l'homophobie et la transphobie d'état sont des faits avérés. Ce serait positif de pouvoir collaborer avec le ministère de l'Éducation...tant que les personnes LGBTQI au cœur du projet n'en sont pas dépossédés. » Il n’est de toute façon pas certain que le gouvernement d’Emmanuel Macron ait très envie de se retrouver associé à un tel projet. Pourtant, le temps presse, le harcèlement scolaire en raison de l’orientation sexuelle sévit toujours dans les écoles française. Et les élèves LGBT+ souffrent toujours autant d’un manque d’information sur ce qu’ils sont. Et puis, comme l’explique Tom Fenwick, « si vous ne parlez pas aux enfants, si vous attendez qu’ils soient des adultes, il n’y aura pas de changement ». 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Homophobie et transphobie : « Une haine anti-LGBT toujours persistante », déplore la DILCRAH

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Si les infractions à caractère homophobe ou transphobe restent « stables » selon les chiffres de la police et de la gendarmerie, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) appelle à une « mobilisation poussée des pouvoirs publics ».

Des militant.e.s lors de la Marche des fiertés de Rennes en 2014
Des militant.e.s lors de la Marche des fiertés de Rennes en 2014 - Julie Missbutterflies / Flickr

+ 0,58 %. C’est la faible augmentation des infractions à caractère homophobe ou transphobe constatée en 2017 par les forces de police et de gendarmerie (1 020 en 2016, 1 026 en 2017). Les agressions physiques ou sexuelles représentent 25,6 % de ces infractions. « Ces chiffres, bien que stables, montrent une haine anti-LGBT toujours persistante », a souligné la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) qui appelle « à une vigilance accrue » ainsi qu’à « une mobilisation poussée des pouvoirs publics. » dans un communiqué.


Selon les données dévoilées dans le cadre de ce bilan annuel des crimes ou délits commis à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, il apparaît que 73 % des victimes sont des hommes et 58 % ont moins de 35 ans. La majorité des infractions ont été commises dans des zones urbaines où l’on dénombre plus de 200 000 habitant.e.s. À l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, qui a lieu tous les ans le 17 mai, le délégué interministériel Frédéric Potier a tenu à réaffirmer sa « totale détermination à faire reculer toutes les formes de haines et de discriminations à l’encontre des personnes LGBT+ ».

Mais concrètement, comment endiguer ces attaques ? La DILCRAH rappelle avoir lancé en janvier 2018 un « appel à projets locaux contre la haine et les discriminations anti-LGBT ». 212 initiatives ont été retenues et vont recevoir une aide financière de l’État, couvrant 82 départements.