Kenya: Le président Uhuru Kenyatta dénonce les violences homophobes

Publié le

Interviewé sur CNN, le président kenyan Uhuru Kenyatta a condamné les «chasses aux sorcières» contre les homos présumé.e.s. Mais pour Human Rights Watch, il ne va pas assez loin.

Uhuru Kenyatta était il y a quelques jours l’invité de Fareed Zakaria sur CNN. Le journaliste est notamment revenu sur l’échange qui a eu lieu en juillet dernier entre le président kenyan et son homologue américain, Barack Obama (lire En visite au Kenya, Obama défend les droits des gays et des lesbiennes).

«Je suis resté cohérent sur le sujet dans toute l’Afrique. Je crois que la loi doit traiter tous les gens de la même manière et qu’ils méritent de bénéficier de la même protection légale et que l’État ne devrait pas discriminer les personnes sur la base de leur orientation sexuelle, avait affirmé Barack Obama. Et je dis cela tout en reconnaissant qu’il peut y avoir des gens qui ont des croyances religieuses ou culturelles différentes (…).» «Comme je l’ai déjà dit, pour les Kenyans, la question des droits des gays est réellement un non-sujet, avait répondu le Président Kenyatta. Nous voulons nous concentrer sur d’autres domaines, qui font le quotidien des gens. Les questions de santé, c’est un domaine critique. Améliorer la place des femmes, qui sont habituellement laissées en dehors des circuits économiques. Ce que nous pouvons faire en termes d’infrastructures, en termes d’éducation (…) Peut-être lorsque nous aurons nous aussi surmonté ces défis, nous pourrons en contempler de nouveaux. Mais pour le moment, cette question n’est pas la première dans l’esprit des Kenyans.»

Sur CNN, Uhuru Kenyatta a précisé sa pensée: «Je pense tout d’abord que nous disons tous que quelle que soit la société où l’on vive, l’objectif principal est de donner aux gens le droit de choisir. Maintenant, là où nous sommes, au stade de développement où nous sommes, je ne dis pa que ces gens n’ont pas leurs drots, ce n’est pas ce que je dis. Je dis simplement que la majorité – la majorité dans notre société – ne souhaite pas légaliser la question des droits homos. (…) Pour le peuple kenyan – et c’est exactement ce que j’ai dit quand nous étions avec le Président Obama –, ce n’est pas un sujet qui est au cœur de leur préoccupations. Il a des sujets plus urgents.

«Néanmoins, cela étant dit et posé, je ne permettrai pas que l’on persécute des individus. Qu’on les frappe ou qu’on les torture.»

Le journaliste souligne alors que ces persécutions sont de facto autorisées puisque l’homosexualité est criminalisée. «Je parle des chasses aux sorcières, précise Uhuru Kenyatta. Vous savez que nous n’autoriserons pas les gens à faire eux-mêmes justice et à persécuter. Chaque individu à le droit d’être protégé par la loi, c’est ce qui est inscrit dans notre Constitution. Mais ce que nous disons, c’est qu’en tant que société, nous n’acceptons pas certaines de ces valeurs. Et c’est là que je dis que nous devons trouver des synergies.

«On ne va pas créer les États-Unis ou la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas au Kenya, ni au Nigeria ou au Sénégal, en une nuit. Vous devez comprendre que ce sont des opérations qui demandent du temps.»

Regarder l’interview:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur President Kenyatta on gay rights in Kenya

«Pour la première fois, [le président kenyan Uhuru Kenyatta] a publiquement condamné la violence et les “chasses aux sorcières” contre les personnes LGBT, a commenté Neela Ghoshal, qui travaille sur les questions LGBT au sein de l’ONG Human Rights Watch. Mais sa façon de hiérarchiser les droits montre qu’il reste du chemin à parcourir dans la lutte pour l’égalité LGBT au Kenya.»

Il faut se féliciter de l’engagement à ne pas permettre les «chasses aux sorcières» et à étendre les droits constitutionnels à tou.te.s, estime Neela Ghoshal, mais il faut aller plus loin: «Les Kenyan.e.s disent dans les sondages qu’ils et elles sont bien plus préoccupé.e.s par leur survie au jour le jour – y compris l’accès aux soins, l’éducation et la sécurité la plus basique – que par le statut légal des Kenyan.e.s LGBT. Mais c’est précisément une raison pour cesser de poursuivre les comportements consensuels entre personnes de même sexe, pas de les criminaliser.

«Dans un pays qui souffre de problèmes de sécurité qui vont du car jacking au vol de bétail au terrorisme, la police n’a-t-elle de priorités plus importantes que de regarder par la fenêtre des Kenyan.e.s?»

Nos derniers articles sur le Kenya.