3 questions à Cyrielle Collignon, « rôle modèle LGBT+ jeune diplômé.e »

Publié le

La seconde édition des Rôles Modèles LGBT+ et Allié·e·s au Travail, organisée par L'Autre Cercle, a dévoilé le 13 octobre le TOP 95, une liste de 95 professionnel.le.s se distinguant par leurs actions en faveur de l’inclusion et de la visibilité des personnes LGBT+.

Cyrielle Collignon a été désignée lauréate avec 20 autres Rôles Modèles LGBT+ Jeunes diplômé.e.s / Capture d'écran

La seconde édition des Rôles Modèles LGBT+ et Allié·e·s au Travail, organisée par L’Autre Cercle, a dévoilé le 13 octobre le TOP 95, une liste de 95 professionnel.le.s se distinguant par leurs actions en faveur de l’inclusion et de la visibilité des personnes LGBT+ et répartie·s en quatre catégories de rôles modèles : Dirigeant·e·s LGBT+, Dirigeant·e·s Allié.e.s, Leaders LGBT+ et Jeunes Diplômé.e.s LGBT+.

Parmi ces lauréat.e.s, Komitid a choisi de donner la parole à Cyrielle Collignon, auditrice sénior chez EY, l’un des plus importants cabinets d’audit financier et de conseil au monde. C’est durant ces premiers mois dans cette entreprise que Cyrielle a démarré son parcours de transition. Comme elle le dit en souriant : « J’ai fait mon coming out très vite. Mon entreprise EY avait recruté un garçon en costard avec de très beaux sourcils et de très beaux ongles. Pas de bol, ce n’était pas un garçon ». 

Komitid : Quel est votre parcours professionnel ?

Cyrielle Collignon : J’ai l’habitude de dire que je suis trans au carré : transfuge de classe et transfuge de genre. Ma seule préoccupation durant mes études : m’en sortir. J’ai fait une prépa à Henri 4, puis Normale Sup’. En 2014, je créé une start up, avec Vox wave, et une chanteuse virtuelle, Alice. J’ai remarqué que ce qui était populaire au Japon intéressait aussi en France, parmi les LGBT.

En janvier 2018, à la fin de mon contrat de thèse, je réalise que ma société ne génère pas les revenus. Je veux absolument faire ma transition, je vais essayer de bifurquer vers le métier de l’audit et du conseil. En cerchant sur le web, je vois les mots « diversité » et « inclusion » sur le site de EY, l’entreprise mettait ça en avant. Je vais être embauchée et rapidement, j’entame mon parcours de transition. 

Comment s’est passé votre coming out trans en entreprise ?

J’y suis allée en regardant où je mettais les pieds. J’étais embarrassée la 2e semaine car on devait partir en séminaire et j’avais refait toute ma garde robe. J’ai pris tout ce que j’avais, j’envoie des missiles sur la féminité, c’est bien accueilli. Ça devient patent. J’ai engagé un processus, les retours des collègues sont positifs et on m’invite à prendre contact avec les RH ainsi qu’avec le  groupe LGBT+ Unity, qui regroupe 4000 personnes dans le monde. Mais j’étais la seule femme trans visible. Le gros point fort, c’est que la DRH ne savait pas grand chose sur les questions LGBT+, mais EY avait signé la Charte de L’Autre Cercle et les équipes ont donc été bienveillantes, il y a eu beaucoup de discussions, qui ont permis de cerner les besoins, notamment sur des choses très concrètes, comme changer la présentation de mon adresse email, changer le prénom d’affichage sur les mails. Tout cela a pris six mois. 

Il a fallu aussi travailler sur le volet clientèle, car je suis au contact des clients. Comment faire pour que ça se passe bien avec les équipes et avec les clients. Une grosse mission : discussion avec RH et ils ont répercuté ça aux équipes.

« Le fait d’afficher les mots sur le site de l’entreprise, le fait qu’il y ait des ressources disponibles, m’a mis immédiatement en confiance. »

Comment se sentir en confiance ?

Le fait d’afficher les mots sur le site de l’entreprise, le fait qu’il y ait des ressources disponibles, m’a mis immédiatement en confiance. J’ai dû d’abord tâter le terrain auprès des mes collègues, puis je me suis cherché des alliés. Il faut savoir se placer dans les relations hiérarchiques, c’est une question RH qu’il faut se saisir. La notion de rôle model, c’est très bien que ça existe, pour donner des visages. Est-ce que je dirais que je suis un modèle ? Je ne pense pas que je sois reproductible ! Ce que j’espère, pour celles et ceux qui veulent juste être eux-mêmes et elles-mêmes, c’est que les choses soient plus faciles, montrer que c’est possible en entreprise.

 

Voir le live Rôles Modèles LGBT+, présenté par Giulia Foïs :