La plainte pour diffamation, arme fatale de la Manif pour tous ?

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Après la bataille judiciaire entre Act Up-Paris et la Manif pour tous, c'est au tour de l'avocate Caroline Mécary d'être visée par une plainte en diffamation et injures publiques par l'association anti-égalité. Komitid décrypte ce que beaucoup dénoncent comme une instrumentalisation de la justice.

La Manif pour tous à Paris, le 5 avril 2014 - Bambax / Shutterstock
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« Être mise en examen à la demande de la Manif pour tous, c’est comme une décoration ! ». Dans une tribune publiée mercredi 20 mars dans Libération, l'avocate Caroline Mécary, célèbre pour son engagement dans la défense des familles homoparentales et plus globalement des personnes LGBT+, a réagi à la plainte pour diffamation engagée contre elle par la Manif pour tous. Une plainte qui vaut à l'avocate inscrite au barreau de Paris une mise en examen et ce sans même que le juge d'instruction ne puisse consulter le fond du dossier.

En cause, trois tweets. L'un dans lequel l'avocate écrit que « @LaManifPourTous appartient aux poubelles de l'Histoire » et un autre dans lequel elle écrit que leur « asservissement à la bêtise, lui, est abyssal ». Pour ces deux tweets, la Manif pour tous estime avoir été injuriée. Enfin, lorsque Caroline Mécary souligne dans un troisième tweet leur « silence abyssal sur les enfants placés en rétention ou victime de prêtres pédophiles, qd (quand, ndlr) ce n'est pas 1 inceste au sein de vos familles (1 sur 10) », le mouvement opposé au mariage pour tous et la PMA pour toutes estime avoir été diffamé.

« Une mise en examen est associée à quelque chose qui n'est pas valorisant… »

Dans sa tribune, l'avocate dénonce « l’instrumentalisation par LMPT (la Manif pour tous, ndlr) d’une mise en examen en droit de la presse pour tenter de [la] bâillonner [elle], l’avocate de cette cause, qu’elle honnit tant. » Peut-on vraiment parler d'une « instrumentalisation » ? La Manif pour tous n'est-elle pas dans son droit de porter plainte si elle estime avoir été diffamée ? « La plupart du temps, quand une personne estime avoir été injuriée ou diffamée, elle utilise la voix de la citation directe et fait délivrer un document à l'auteur des propos pour qu'il soit convoqué devant un tribunal, explique Caroline Mécary à Komitid. En utilisant la voix du dépôt de plainte avec constitution de partie civile, la Manif pour tous, qui pourtant connaît l'adresse de mon cabinet, sait très bien que sur le plan procédural, il va y avoir automatiquement une mise en examen sans que le juge d'instruction ait le pouvoir d'examiner le bien-fondé de la plainte. Le juge n'examine jamais le fond du dossier et il est obligé de vous mettre en examen. »

Compte tenu des délais de la justice, le dossier ne sera pas jugé avant au moins deux ans. « Ça va permettre à la Manif pour tous de chercher à me faire taire en disant à droite et à gauche que je suis mise en examen. Sur le plan de la perception collective, une mise en examen est associée à une condamnation, à quelque chose qui n'est pas valorisant… », analyse Me Mécary. Alors que selon elle, rien dans ses propos n'est condamnable par la justice : « C'est toujours ce groupuscule qui vient me chercher, je n'ai fais que répondre à leur propos dans des limites qui ne dépassent pas la liberté d'expression. »

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