« Les garçons en bleu et les filles en rose », ça vient d'où ? On a posé la question à l'historienne du genre Emmanuelle Berthiaud

Publié le

« C'est une nouvelle ère au Brésil : les garçons s'habillent en bleu et les filles en rose » : la récente déclaration de la ministre de la Famille au Brésil a fait le tour du monde. Mais d'où vient cette distinction entre le masculin et le féminin par la couleur ? Komitid a posé la question à Emmanuelle Berthiaud, historienne du genre et autrice de « Le Rose et le Bleu. La fabrique du féminin et du masculin, cinq siècles d’histoire » (Belin).

« Les garçons en bleu et les filles en rose », ça vient d'où ? On a posé la question à une historienne - Rybalchenko Nadezhda / Shutterstock
« Les garçons en bleu et les filles en rose », ça vient d'où ? On a posé la question à une historienne - Rybalchenko Nadezhda / Shutterstock
Article Prémium

La ministre brésilienne de la Famille a donné le ton. Mercredi 2 janvier, en marge de son intronisation à Brasilia en tant que ministre de la Femme, de la Famille et des Droits humains du gouvernement de Jair Bolsonaro, Damares Alves, 54 ans, a lancé avec enthousiasme une formule chère aux yeux des mouvements « anti-genre » : « Attention, attention. C'est une nouvelle ère au Brésil : les garçons s'habillent en bleu et les filles en rose ! ».

Une déclaration très applaudie par ses soutiens et qui n'a pas manqué de susciter de vives réactions dans le monde entier tant elle s'inscrit comme l'expression parfaite d'une pensée conservatrice assumée par le nouveau président du Brésil, dont l'homophobie et la misogynie ne sont plus à démontrer.


La ministre a ensuite répondu aux critiques, assurant que cela n'était qu'une « métaphore contre la théorie du genre », théorie qui n'existe pas mais qui n'empêche pas le président brésilien d'y être très hostile. Et Damares Alves de préciser que « garçons et filles peuvent s'habiller en bleu, en rose, de toutes les couleurs, comme ils se sentent le mieux. »

Au-delà de la surmédiatisation autour de ces propos finalement peu étonnants dès lors que l'on connaît les positions LGBTphobes de Bolsonaro, c'est encore et toujours ce clivage entre le rose et le bleu, couleurs censées apporter une distinction entre le genre féminin et le genre masculin, qui interroge. Bon nombre d'entre vous doivent certainement avoir en mémoire les pas si lointain drapeaux roses et bleus de la Manif pour tous qui ne demandent qu'à ressortir du placard.

Pour mieux comprendre l'origine de cette distinction par la couleur pour différencier les genres et sa construction dans l'histoire, Komitid a interrogé l'historienne du genre Emmanuelle Berthiaud, co-autrice de Le Rose et le Bleu. La fabrique du féminin et du masculin, cinq siècles d’histoire publié aux éditions Belin en 2016. Un ouvrage destiné, selon l'autrice, « à dépassionner le débat pour montrer que oui, il y a bien une construction du genre, une construction de tout un tas de choses codées vis-à-vis du masculin et du féminin et apporter quelque chose avec notre regard d'historienne». Interview.

Komitid : Depuis quand s'opère la distinction entre le genre masculin et le genre féminin par l'association de la couleur rose et bleue ?

Emmanuelle Berthiaud : Cette distinction s'est faite tardivement et elle est au départ exclusivement occidentale. En Europe et en France, on la voit apparaître à la fin du XIXe siècle d’abord dans les classes bourgeoises. Dans ces milieux, on habille de plus en plus les enfants de manière différenciée alors que pendant très longtemps, les tout-petits, en particulier avant 5-7 ans, étaient vêtus de manière relativement similaire. On a alors distingué la tenue des petits garçons et des petites filles avec ces couleurs : bleu pour les garçons et rose pour les filles, ce qui au regard de l’histoire est finalement assez nouveau et constitue même une inversion par rapport aux tendances qu’on observait jusqu’au XVIe et XVIIe siècle.

La suite de cet article est réservée aux abonné•e•s.

Pour continuer la lecture :

Vous êtes déjà abonné•e•s ?<

Identifiez-vous

  • phil86

    En même temps la ministre dit « garçons et filles peuvent s’habiller en bleu, en rose, de toutes les couleurs, comme ils se sentent le mieux. » ce qui atténue ses propos

  • phil86

    Super interview passionnante j’ai appris plein de choses sur l’évolution de ces codes de couleurs génrées !