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Rendez-vous en terres hétéros #1 : les bonnes résolutions de janvier

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Pas besoin de vaccin pour ce voyage, l'hétérosexualité ne s'attrape pas. Venez, on visite l'étrange monde de l'hétérosexualisme ensemble, le temps d'une chronique un peu sassy... Le thé est servi !

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Rendez-vous en terres hétéros #1 : les bonnes résolutions de janvier - GaudiLab / Shutterstock

Ça y est, la nouvelle année est arrivée et elle commence doucement à s’installer. Durant les prochaines semaines, nous raturerons systématiquement des « 2018 » griffonnés en bas de page pour écrire « 2019 » à la place, nous souhaiterons une bonne année à tout un tas de personnes que l’on ne connaît que très superficiellement « parce qu’on a jusqu’à fin janvier » et on parlera de bonnes résolutions en long, en large et en travers. Au moins jusqu’au printemps, je le sens bien comme ça, c’est toujours le même cirque.

Parmi ces « bonnes résolutions », il y a évidemment les grands classiques :

  • j’arrête de fumer
  • je me mets à l’italien/au japonais/à l’espéranto
  • je fais des économies
  • je cesse de procrastiner
  • je pars en voyage
  • j’arrête les plans foireux et je me trouve un.e amoureux.se
  • je rentabilise mon abonnement à la salle de sport
  • je perds trouzemille kilos

Mais entre deux auto-injonctions grossophobes au corps « parfait » (oui, la culture du régime est grossophobe par essence, merci d’être venu.e.s à mon Ted Talk) et une pressante envie de rayer quelques lignes de son angoissante bucket list productiviste, je ne vois là aucune volonté d’introspection ou de remise en question véritable. Qui va se lancer le défi, par exemple, de déconstruire son homophobie, sa lesbophobie, sa transphobie, sa biphobie ? Qui va se promettre de cesser d’employer « enculé » ou « fils de pute » ? Qui va s’engager à intégrer l’ouverture de la PMA à toutes les femmes à la liste de ses revendications féministes ? Qui va s’astreindre à arrêter d’utiliser le terme faux et exotisant d’« hermaphrodite » et se renseigner sur ce qu’est vraiment l’intersexuation ?

Pas grand monde, voilà qui.

Pourquoi le fait de questionner son privilège hétérosexuel et cisgenre ne fait-il pas partie des tops priorités pour devenir un être humain de qualité ? La question est d’ailleurs valable pour le privilège d’être blanc.he, valide, mince ou encore neurotypique, puisqu’on en parle… En fait, plus je me balade dans les tweets, posts Facebook et jolies cartes postales d’Instagram qui annoncent la ferme intention de tel ou telle à devenir « la meilleure version d’elle-même », plus je me demande si le concept même de bonnes résolutions ne serait finalement pas un truc d’hétéros.

D’après les résultats d’une étude menée en 2007 à l’Université de Bristol sur 3 000 dévoué.e.s cobayes, 88 % des résolutions du Nouvel An sont un échec cuisant (je me suis octroyé le doux plaisir d’ajouter cet adjectif fort seyant, qui ne sort pas des conclusions scientifiques, il est vrai). Peut-être serait-il donc temps pour nos cher.e.s ami.e.s hétérosexuel.le.s d’essayer une nouvelle formule ? Ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train d’essayer de les convertir. Les hétéros pensent peut-être que nos vies et nos identités relèvent du choix mais nous savons que ce n’est pas le cas : on les plaint et leur propagande incessante nous gonfle, mais on ne leur en veut pas (trop).

« Si ces aimables individus souhaitent réellement s’améliorer pour 2019, il va leur falloir mettre la main dans le cambouis »

Ce que je suggère, c’est juste qu’au lieu de prévoir leur prochain régime fichu d’avance ou l’apprentissage d’une nouvelle langue qui n’ira pas plus loin que l’achat d’un guide « pour les nuls » les hétéros questionnent les œillères qui leur font dire des choses comme « ohlala cisgenre, trans, non-binaire, on comprend plus rien à vos histoires », « LGBT-quoi ? », « oh ça va c’est de l’humour, je suis pas homophobe » ou encore « oui m’enfin la PMA c’est des mômes sans papa quand même ».

Si ces aimables individus souhaitent réellement s’améliorer pour 2019, il va leur falloir mettre la main dans le cambouis. Se sortir les doigts, ou les-y mettre, selon, et faire ce nécessaire travail de déconstruction de l’hétérosexualité comme « la norme ». Il va falloir qu’elles et ils reprennent leurs potes, collègues ou proches qui tiennent des propos LGBTphobes. Qu’ils et elles se mobilisent comme alliées en faveur de la PMA pour tou.te.s, pour le changement d’état civil libre et gratuit et contre les violences médicales subies par les personnes intersexes ! Et qu’on les voie, aussi, se geler les miches à nos côtés chaque premier décembre, pour la manif de la Journée mondiale de lutte contre le sida.

Vous me direz, les hétéros ne sont pas les seul.e.s à faire la liste de leurs bonnes résolutions chaque année entre décembre et janvier hein… Je vois bien les mêmes copiés-collés chez nos adelphes de contre allée (un peu moins, j’ai l’impression, mais tout de même), qui ont pourtant déjà un sacré paquet de pain sur la planche 365 jours par an. L’excitation provoquée par le lancement de cette chronique – inspirée par un de mes premiers articles pour Komitid, sur l’inexistant « marché » du mariage pour tou.te.s en France – pourrait bien me pousser jusqu’à vous faire lâcher une véritable sommation. Du genre « laissez tomber les bonnes résolutions, c’t’un truc de straight t’façon  ». Mais, même si j’en reste convaincue, ce ne serait pas joli-joli de ma part. En conséquence, je vais me contenter de vous laisser en compagnie de la réflexion qu’a postée la brillante Roxane Gay sur Twitter, en toute fin d’année 2018 : « Je ne compte pas faire une seule chose différemment en janvier. J’abandonne que dalle. Je ne résous rien. J’ai opéré des améliorations difficiles toute l’année donc je ne vais pas m’acharner davantage à moins que cela ne soit absolument nécessaire ».

Et pour les personnes qui tiendraient absolument à se fixer des objectifs pour 2019, autant qu’ils ne soient pas inspirés de la start-up nation. Rendez-vous un peu plus haut, en paragraphe 4, pour quelques pistes

Sans contrefaçon,

Olga Volfson

 

Pour sa première publication, cette chronique est accessible gratuitement. À partir du mois prochain, comme la plupart des articles de Komitid (c’est expliqué ici), elle sera réservée aux abonné.e.s