C’est en prenant contact avec l’avocate parisienne Caroline Mécary, spécialisée dans la défense des familles homoparentales, que Christel a pris conscience de cette « grossière erreur » et s'est tournée vers une nouvelle avocate sur Perpignan. « Elle m’a expliqué, pour la faire simple, que j’avais perdu un an de procédure. » Et depuis, le dossier n’avance pas. « Le seul retour que j’ai eu consiste à me dire qu’aujourd’hui je ne suis pas le second parent sur le papier, que mes filles vivent avec leur parent légal et qu’il n’y a pas de signalement de maltraitance. Donc pour la justice ça n’est pas une situation d’urgence. » Prochain rendez-vous devant le juge le 27 juin pour Christel, près de trois ans après avoir été privée de ses filles.

« Le temps joue contre les mères sociales »

Face à ce qui n'est autre qu'un vide juridique, les mères sociales peuvent tout de même, depuis la loi du 17 mai 2013 sur le mariage pour tous et toutes, s’appuyer sur l’article 371-4 du code civil, écrit initialement pour le droit de visite des grands-parents : « Ce texte ne donne pas l’autorité parentale, il ne permet pas d’établir au sens strict du terme un droit de visite et d’hébergement mais il permet de maintenir les liens », explique Maître Mécary pour qui ce genre de cas est « régulier ». Cette demande de maintien des liens aboutit la plupart du temps en première instance selon l’avocate spécialisée. « Mais quand vous avez à faire à une mère biologique suffisamment barrée pour considérer qu’elle a fait l’enfant toute seule et que l’autre n’est rien, elle va faire appel de la décision du tribunal et on va devoir aller devant la cour d’appel », poursuit-elle. Les procédures peuvent s'étaler sur deux ans, voire plus dans certains cas, et c'est autant d'années pendant lesquelles la mère sociale reste privée de tout contact car la décision de maintenir les liens n’a pas l’exécution provisoire. « Il faut agir très vite, le temps joue contre les mères sociales », assure Caroline Mécary. « À partir du moment où le lien a été rompu, le juge peut estimer que ça n’est pas dans l’intérêt de l’enfant de renouer des liens avec la mère sociale », corrobore Maître Émilie Duret, avocate au barreau de Paris habituée aussi à traiter ce type de dossier.
« Les mères sociales ont des droits et il faut les faire valoir sans délai »
Agir vite oui, mais comment ? « Saisir très vite un.e avocat.e compétent.e en la matière pour mettre en place rapidement une procédure qui pourrait être examinée dans un délai de quelques mois si le dossier est bon », fait valoir Maître Mécary. « Il ne faut pas passer six mois ou un an à attendre l’accord de la mère légale. Surtout ne pas laisser le temps s’écouler et saisir les tribunaux le plus rapidement possible. Les mères sociales ont des droits et il faut les faire valoir sans délai », insiste Maître Duret. Céline Cester, présidente des Enfants d’Arc-en-ciel, dit être soumise à ce genre de situations quasiment « tous les mois » et conseille aux femmes concernées de se tourner vers des associations de familles homoparentales comme la sienne : « Ça leur permet d’avoir des informations fiables et vérifiées. Les situations les plus compliquées sont celles où les femmes ne se renseignent pas et où elles laissent passer du temps pour pouvoir engager des démarches qui pourraient aboutir plus facilement. » Faire valoir ses droits sans perdre de temps, c’est ce qu’a fait Malika. En deux temps trois mouvements, elle a rassemblé pas moins de 22 attestations de proches, de sa famille, d’ami.e.s, de l’école et tout autant de preuves matérielles de son lien avec son fils, aujourd'hui totalement nié par son ex. « Mon avocate m’a dit qu’elle n’en avait jamais vu autant, que c’était un très bon dossier. C’est surtout pour la Cour de cassation », explique-t-elle, convaincue que la bataille sera féroce. Idem pour Christel pour qui chaque souvenir palpable de ses filles est devenu une preuve précieuse de son importance pour elles, tant son implication dans le projet parental est désavouée aujourd'hui. « Même toutes les lettres et tous les colis retournés peuvent être des preuves qu'une mère veut maintenir le lien avec son enfant », rassure Céline Cester.

« On se bat contre un mur »

Céline Boulanger, une autre « mère sociale » interrogée par Komitid, se bat depuis six ans maintenant. Elle avait une délégation partielle de l’autorité parentale (DPAP) avant la séparation, elle n’a donc jamais été privée de voir sa fille pendant plus d’une semaine. Ce qui n’a pas empêché son ex de tout faire pour l’en séparer. « Elle a demandé à ce que je n’ai plus aucun droit sur ma fille. À partir de là, il a fallu se défendre », explique-t-elle. Droit de visite et d’hébergement obtenu en première instance, mais la justice lui a au même moment retiré son autorité parentale. « Au départ, j’avais peur de faire appel et de ne plus voir ma fille. » Elle a finalement suivi les conseils de son avocate, a gagné en appel et récupéré son autorité parentale. Son ex a tenté un pourvoi en cassation mais rejeté, validant dès lors le jugement de la cour d'appel. Sauf qu’entre temps, le nouveau compagnon avec qui l'ex-compagne de Céline a refait sa vie a reconnu la petite, devenant donc son père administrativement. « Mon avocate m’avait prévenue, elle m’avait conseillé de faire reconnaître ma fille par une personne de mon entourage, mais j’ai refusé, ça n’était pas la vérité. » C’est désormais contre une reconnaissance de paternité que se bat aujourd’hui Céline. Elle a gagné en première instance mais son ex a fait appel et « face à la complexité du dossier, la juge a mandaté une personne pour connaître les intérêts de L. », la petite, aujourd'hui confrontée à un conflit de loyauté entre ses deux mères. « Malheureusement, ce n’est pas en ma faveur parce que ce n’est pas moi qu’elle a peur de trahir mais mon ex compagne. Elle est capable de dire qu’elle ne veut plus venir à la maison, qu’elle y est malheureuse… », craint Céline. Ces situations, toutes aussi différentes que complexes, sont destructrices aussi bien pour les mères sociales que pour les enfants. « Je ne vois que la souffrance des mères sociales mais je sais que priver un enfant de son deuxième référent parental cause évidemment des dégâts », explique Caroline Mécary. « On se bat contre un mur », décrit Céline. « À chaque fois qu’on passe une étape on fait jurisprudence. Je n’ai pas le droit à l’erreur, le juge peut décider de m'en priver à tout moment. » Cette sensation de vivre avec une épée de Damoclès révèle combien même lorsque la mère sociale se voit accordée certains droits, elle reste dans une situation de précarité extrême. « Ça reste un pansement sur une jambe de bois, les mères sociales ont la possibilité de voir l'enfant mais pour autant elles savent qu'elles ne verront jamais leur lien de filiation reconnu et que le droit de visite peut être supprimé au premier motif venu », explique Agathe Lucot, avocate au barreau de Lyon, habituée à défendre des mères sociales.
« On nous rebat les oreilles avec ce fameux intérêt supérieur de l'enfant, mais malheureusement, quand les enfants sont là, plus personne n'en parle »
Pour Malika, pour qui la procédure démarre tout juste, c’est un sentiment d’impuissance qui domine : « Pour moi c’est l’abandon total, on n’est pas reconnues du tout. C’est horrible », lâche-t-elle, disant tenir grâce au soutien de sa famille et de ses ami.es. « On vous enlève le sens de votre vie », abonde Christel. « On se retrouve face à des ex-compagnes qui nous dénigrent, nous traînent dans la boue, ça peut aller très loin. J’ai traversé des moments d’abattement profond où je me conduisais comme un automate », explique-t-elle. Christel a depuis lancé un groupe Facebook et créé l'association Parents sans droits, dont elle vient tout juste de déposer les statuts, le 20 décembre. « Parce que si on veut protéger les enfants, il faut protéger les parents. Quand il est question que les couples homosexuels fassent des enfants, on nous rebat les oreilles avec ce fameux intérêt supérieur de l'enfant, mais malheureusement quand les enfants sont là, plus personne n'en parle. Cela me met profondément en colère. »

Une nécessaire réforme de la filiation

Une association, c’est bien, mais les premières concernées réclament une réforme des liens de filiation pour être protégées en dehors du mariage. Et c’est là que la promesse d'Emmanuel Macron d’élargir la PMA aux femmes célibataires et aux couples lesbiens entre en jeu. Toutes demandent la mise en place d'une présomption de co-parenté avant même la naissance et de pouvoir reconnaître un.e enfant en mairie dès sa naissance. Dans cette configuration, « ça renverserait totalement la situation car il appartiendrait à la mère biologique de prouver que l’autre n’était pas partie prenante du projet parental. La mère sociale devenue une mère légale ne serait plus dans un vide juridique mais dans une position de force », avance Caroline Mécary.
« Tout est prétexte à repousser la PMA pour toutes »
« Quand on nous dit qu’on va inclure la filiation dans le cadre de la PMA, cela peut vouloir dire que la filiation sera conditionnée à la PMA, ça va poser des problèmes. Il faut que toutes les familles soient protégées quel que soit le projet parental », insiste de son côté Céline Cester des Enfants d'Arc-en-ciel qui craint une réforme de la filiation qui ne prenne pas en compte les enfants né.e.s hors PMA. « C'est un peu le risque », confirme Maître Agathe Lucot. « Même si la loi passe, ça n'empêchera pas les femmes de continuer d'aller à l'étranger, notamment parce qu'il risque d'y avoir des délais extrêmement long en France vu que les banques de sperme ne sont pas spécialement pleines. Il y aussi celles qui voudront que l'enfant puisse avoir accès à ses origines à 18 ans, celles qui feront avec un donneur de l'entourage ou trouvé sur internet. Il ne faut pas que ces personnes là soient mises de côté. » Et cela vaut aussi pour les familles en situation de coparentalité, explique Maître Duret : « La réforme de la filiation devrait prévoir l’adoption simple sans perte d’autorité parentale pour favoriser la pluriparentalité. » Mais les principales concernées peinent à croire que les choses pourraient changer prochainement… Christel, elle, confie avoir encore un espoir, « mais quand ? Tout est prétexte à la repousser. Élections européennes, gilets jaunes… On se demande ce qui va arriver sur la table de plus urgent que protéger les enfants ». *Le prénom a été modifié" ["post_title"]=> string(94) "« On se bat contre un mur » : l'interminable combat des mères sociales pour être reconnues" ["post_excerpt"]=> string(439) "Dans un couple lesbien, la mère sociale est celle qui n'a pas porté l'enfant. Hors mariage, impossible d'apparaître sur l'acte de naissance et donc de pouvoir exercer son autorité parentale. Une situation inégale dont certaines mères légales abusent lors d'un conflit pour priver l'autre de tout lien avec l'enfant. Conséquence : des situations dramatiques qui disent combien une réforme de la filiation est nécessaire en France." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(83) "on-se-bat-contre-un-mur-linterminable-combat-des-meres-sociales-pour-etre-reconnues" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-01-08 16:40:23" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-01-08 15:40:23" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=19540" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15266 (24) { ["ID"]=> int(18529) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-11-09 16:22:46" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-11-09 15:22:46" ["post_content"]=> string(4809) "« On va vous expliquer pourquoi il faut que cette loi sur l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes passe très vite maintenant en France ». Le message ne pouvait pas être plus clair : dans une vidéo pour Konbini News, la journaliste d'Arte Marie Labory et Sophie Barbaroux, son épouse, se sont engagées en faveur de la PMA pour tou.te.s et n'ont pas manqué de discréditer les arguments des anti. Les deux femmes sont passées par un parcours de procréation médicalement assistée en Espagne, Marie Labory ayant été celle qui a porté leurs jumeaux. Directement concerné, le couple a insisté sur la nécessité de passer à la vitesse supérieure pour enfin légaliser l'accès à la PMA pour les femmes lesbiennes, bisexuelles et célibataires. « Ça fait trop longtemps que ça dure (...) c'est une question d'égalité et de progression de nos droits », a souligné Marie Labory. Interrogées par le journaliste Hugo Clément sur leur réaction face aux arguments des anti-PMA, notamment le fameux « un papa, une maman », le couple n'y est pas allé par quatre chemins : « Je trouve que c'est très triste même pour les hétéros », a avancé Marie Labory. « Cette idée que l'homme et la femme, le papa et la maman, sont dans des cases… Alors ça veut dire quoi ? C'est : "papa c'est l'autorité, c'est celui qui punit, qui ramène l'argent à la maison, et maman c'est la douceur, c'est la sécurité." Bon ben ça c'était il y a 50 ans. Donc déjà c'est complètement rétrograde. Et puis, ces gens-là font un peu semblant de ne pas comprendre exactement ce que dit la psychanalyse. Elle dit qu'il y a besoin de figures. Et les figures paternelles, d'autorité par exemple si on va par là, ça peut être une femme tout à fait. Et ça, tous les psys le disent », a poursuivi la journaliste.

« Je suis contente, pour l'instant, nos enfants ne savent pas lire »

Dans un contexte où la parole contestataire ne cesse de renvoyer aux lesbiennes une image de femmes qui feraient passer leur désir avant « l'intérêt supérieur des enfants », Marie Labory et Sophie Barbaroux n'ont pas caché la violence causée par de tels propos : « Le vrai souci dans tout ça, c'est ce que ces gens-là renvoient à nos enfants. S'il y a du mal qui peut être fait, c'est bien celui-là. Je suis contente, pour l'instant, ils ne savent pas lire. Quand je vois les affiches de la Manif pour tous, de Civitas et compagnie, c'est ça qui me fait très peur. Parfois je suis hyper énervée. »
« Je ne supporte plus qu'on nous dissèque »
« Et c'est vrai que je refuse d'entendre "je suis contre le mariage pour tous, mais je ne suis pas homophobe. Je suis contre la PMA aux couples de femmes, mais je ne suis pas lesbophobe"… Si coco. Je suis désolée. Si on va au fond des choses, c'est ça l'homophobie, c'est ça la lesbophobie. Je ne supporte plus qu'on nous dissèque, d'entendre parler de nous le matin à la radio. C'est horrible ça, mais qui vit ça ? À qui on dit : "vous êtes toute une catégorie là, on va quand même vérifier si vous êtes capables d'avoir des enfants". » Et Marie Labory et son épouse de conclure par un message directement adressé aux opposants et opposantes à la PMA pour toutes : « Qu'ils ne s'inquiètent pas pour nos enfants, ils vont très bien. On ne va pas détruire leur société, ils s'en rendront compte une fois que ça sera fait, ils se diront "tout ça pour ça". » " ["post_title"]=> string(146) "« Nos enfants vont très bien » : le coup de gueule de la journaliste Marie Labory et sa femme Sophie Barbaroux en faveur de la PMA pour toutes" ["post_excerpt"]=> string(220) "Dans une vidéo pour Konbini News, le couple lesbien, qui a eu recours à une PMA à l'étranger, a notamment répondu aux arguments des opposant.e.s à l'ouverture de la procréation médicalement assistée à tou.te.s." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(136) "nos-enfants-vont-tres-bien-le-coup-de-gueule-de-la-journaliste-marie-labory-et-sa-femme-sophie-barbaroux-en-faveur-de-la-pma-pour-toutes" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-11-09 16:22:46" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-11-09 15:22:46" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=18529" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15268 (24) { ["ID"]=> int(2527) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-06-06 11:15:21" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-06-06 09:15:21" ["post_content"]=> string(6418) "Noémie et Marjorie se sont rencontrées en 2012. Dès le départ, ces deux Lyonnaises avaient la volonté commune d'avoir un enfant. C'est en 2015 qu'elles se sont lancées dans un parcours de procréation médicalement assistée (PMA). 15 mois plus tard, Marjorie est tombée enceinte et a donné naissance au petit Adam le 1er février 2017. Noémie, elle, n'ayant aucun lien biologique avec l'enfant, n'a été reconnue comme la mère d'Adam qu'un an plus tard, en janvier 2018, après une procédure d'adoption. Pour Komitid, elle revient sur ce parcours long et difficile pour adopter son propre enfant. Au lendemain de la naissance d'Adam, nous avons pris rendez-vous chez le notaire pour que ma femme signe le consentement à l'adoption. Elle seule pouvait m'autoriser à l'adopter. Il a ensuite fallu attendre deux mois pour que le notaire puisse établir une attestation de non-rétractation. Deux mois pendant lesquels mon épouse pouvait revenir sur sa décision de me laisser adopter notre enfant. Ensuite, j'ai demandé à deux de mes collègues, des membres de ma famille et d'autres personnes de mon entourage de fournir des attestations pour qu'ils assurent que oui, je suis bien la maman d'Adam. Une dizaine en tout. C'est horrible, je l'ai très mal vécu. C'est humiliant de devoir demander à des gens de bien vouloir témoigner que je suis la mère de mon fils. Au tribunal de grande instance (TGI) de Lyon, il y a la particularité de devoir attendre les six mois de l'enfant avant de poser une demande d'adoption. Ils confondent avec l'adoption plénière d'un pupille de l'État, alors que c'est bien écrit dans le Code civil que cela ne concerne pas l'adoption intraconjugale. Mais bon, dans les TGI, ils sont un peu tout puissants, donc on a choisi d'attendre. Je ne voulais pas prendre le risque que mon dossier soit mis de côté. Après six mois et un jour, dès le mois d'août, j'étais donc au tribunal pour déposer le dossier de demande d'adoption.

« Fillon ou Le Pen, c'était le risque de ne pas pouvoir adopter mon fils »

Ensuite, c'est l'attente. L'attente que le procureur émette un avis, première étape à franchir avant celle du juge. Un peu avant Noël, n'ayant toujours aucune nouvelle, j'ai appelé. Ils m'ont dit que le procureur avait émis un avis favorable à ma requête. Ouf. Ne restait plus qu'à attendre la validation par le juge. Et là, un samedi matin de janvier 2018, j'ai reçu un recommandé du tribunal pour me dire que mon fils était mon fils. Oui, un an après sa naissance, j'ai adopté mon propre fils. J'ai pleuré de soulagement, voyant toutes ces années défiler. À partir du moment où on a voulu un enfant, on a fait que se battre. Se battre pour Adam, pour que notre famille soit reconnue, qu'elle ne soit plus en danger. Ne plus avoir peur lors d'une élection présidentielle en se demandant sans cesse si notre famille pourra être reconnue. Fillon ou Le Pen, c'était le risque de ne pas pouvoir adopter mon fils. Sans savoir dans quelle mesure ils auraient pu changer la loi, ils en avaient la ferme volonté.

« Être parent, ce n'est pas juste donner ses gamètes »

Si je ne suis reconnue aux yeux de l'État français comme la mère d'Adam que depuis le mois de janvier 2018, j'ai commencé à l'être dès lors que nous avons nourri ce projet, avant même sa naissance. À son deuxième jour, lorsque je suis revenue le lendemain matin à la maternité et que je l'ai pris dans mes bras, je me suis vraiment sentie dans un rôle de mère. J'étais sa maman, pas autre chose. Être parent, ce n'est pas juste donner ses gamètes, c'est se lever la nuit quand il pleure, s'inquiéter pour lui, subvenir à ses besoins... Sauf que pendant un an, je n'étais pas reconnue comme telle. Et avec les risques que cela engendre, aussi bien pour moi qui aurait pu être séparée de lui, que pour lui qui aurait pu se retrouver en situation précaire si, du jour au lendemain, j'avais décidé que finalement ce rôle ne m'allait pas. J'aurais très bien pu partir et ma femme n'aurait pas pu me demander la moindre pension alimentaire. Ainsi, j'aurais pu laisser Adam être élevé dans une situation difficile. Les risques sont donc de tous les côtés. Heureusement, nous sommes très complices avec mon épouse et nous avons une confiance très solide l'une envers l'autre. Ces risques planaient mais je n'avais pas peur non plus. Pour autant, j'avais hâte que l'adoption soit prononcée, et être certaine que ces risques n'existent absolument plus.

« Pourquoi je ne suis pas satisfaite de la loi Taubira »

Tout ce parcours montre pourquoi je ne suis pas satisfaite de la loi Taubira. Les choses ont été faites à moitié. Il manque la présomption de parentalité, c'est à dire que l'on puisse déclarer nos enfants parce qu'ils sont nos enfants, sans avoir à passer l'adoption. Cette démarche n'est absolument pas adaptée à nos familles. On nous jette quelques droits, mais sans prendre en compte les spécificités de nos familles. L'adoption intraconjugale est faite pour les couples qui se marient alors qu'un des conjoints avait déjà un enfant avant. Tout ce qu'il y a à faire est complètement ridicule. On m'a par exemple demandé une photo qui montre l'attachement dans la durée. Comme si j'étais arrivée après sa naissance. J'ai mis une photo d'Adam et moi, mais concrètement c'était la photo d'un adulte avec un bébé, ça aurait pu être n'importe qui d'autre. Je l'ai fait parce que c'était demandé, mais ça montre que ça n'est pas adapté. 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Une lettre coup de poing, pour rappeler que derrière le débat sur l'ouverture de la PMA aux couples lesbiens et aux femmes célibataires, il existe des personnes, réelles, qui subissent de plein fouet les invectives. « Je vous parle de la place de quelqu'une qui est allée en Belgique concevoir deux des trois enfants que j'élève », écrit la mère de 39 ans, avant de s'indigner sur la décision du gouvernement de repousser la présentation du projet de la loi au printemps 2019. « Une ordonnance de Hollande et la loi mariage aurait pu passer simplement, comme en Belgique où la question PMA/mariage n'a pas soulevé foule. Ce sont nos voisins. »

« La France, tu me fais honte »

L'autrice engagée rappelle aussi le parcours du combattant que subissent les femmes lesbiennes et bies qui vont continuer de devoir aller à l'étranger pour avoir recours à une PMA : « J'écris de Bruxelles. J'écris de cette ville où une équipe médicale m'a reçue avec la mère de mes enfants voici quelques années, pour procéder à cet acte très simple médicalement qu'est une IAD. J'écris de la place d'une femme qui a dû se marier pour adopter les deux enfants sur trois qu'elle n'a pas portés. De la place d'une mère qui a dû demander à sa famille, à son entourage amical, à la nounou de ses enfants, à son médecin traitant, des lettres certifiant que oui je suis bien impliquée en tant que mère dans la vie des enfants que j'ai voulus, que j'élève, autour desquels ma vie s'organise, et qui m'appellent maman. » Et de s'inquiéter sur l'interminable débat entourant l'ouverture de la PMA, qui ne semble jamais vouloir s'arrêter. « Les haineux de tous poils affûtent déjà leurs lames et tous les bien-pensants activent déjà leurs langues », s'alarme Wendy Delorme. Et de conclure d'un « la France, tu me fais honte » aussi salvateur que triste." ["post_title"]=> string(96) "« France, tu me fais honte »... l'autrice Wendy Delorme signe une lettre coup de poing pro-PMA" ["post_excerpt"]=> string(194) "L'autrice française, mère d'enfants nés d'une PMA en Belgique, s'est indignée du choix du gouvernement de repousser le débat parlementaire à l'été 2019. Une prise de position salvatrice." 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« Mère sociale, homophobie d'État »

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Christel Freund est une mère sociale, privée de tout contact avec ses jumelles depuis plus de deux ans par la femme avec qui elle les a désirées et élevées. Elle vient tout juste de fonder l'association Parents sans droits pour apporter soutien et défense aux parents sociaux dans sa situation.

« Mère sociale, homophobie d'État » - Tam Wai / Unsplash
« Mère sociale, homophobie d'État » - Tam Wai / Unsplash

Être une mère sociale, c’est être une mère sans droit. C’est le cas de Christel Freund, Perpignanaise de 45 ans, mère de jumelles dont elle est privée depuis plus de deux ans par son ex-compagne. Ne s’étant pas mariée, Christel n’a pu entamer les démarches d’adoption et se retrouve aujourd’hui à devoir prouver qu’elle a désiré et élevé ses deux petites filles. Une situation loin d’être isolée que Christel Freund entend rendre visible et dénoncer à travers l’association Parents sans droits dont elle vient de déposer les statuts. Son mot d’ordre : une réforme de la filiation. Pour Komitid, elle explique sa démarche.

Cela fait maintenant deux ans que je n’ai pas vu mes filles. Quand on vous enlève vos enfants, on vous enlève votre plus grande joie dans la vie, le sens de votre vie. Les premiers temps étaient extrêmement durs, j’ai eu des moments d’abattement profond où je me conduisais comme un automate. J’ai depuis changé d’activité professionnelle et suis aujourd’hui dans une dynamique complètement différente, celle de la combativité.

C’est alors que j’ai créé un groupe sur Facebook, Parents sans droits, pour informer et pour échanger. Rapidement, j’ai recueilli des témoignages d’autres femmes dans des situations similaires et je me suis rendue compte que cette situation était vécue par des dizaines voire des centaines d’autres parents. Quand il est question que les couples homosexuels fassent des enfants, on nous rebat les oreilles avec ce fameux intérêt supérieur de l’enfant, mais malheureusement quand les enfants sont là, plus personne n’en parle. Je suis d’ailleurs signataire de la tribune de Marie Labory — « Ne vous inquiétez pas pour nos enfants, ils sont aimés » — car ce n’est pas parce que je n’ai pas porté mes filles que je suis moins légitime.

« Quand on vous enlève vos enfants, on vous enlève le sens de votre vie »

À travers tous les témoignages recueillis, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas qu’un seul schéma familial, que l’histoire de chaque famille est différente et que trouver une jurisprudence applicable à chacune était peine perdue. Le traitement de nos affaires est long, très long, beaucoup trop long pour nos enfants souvent petits. La justice n’a jamais aussi mal porté son nom. Le « statut » de mère sociale n’est pour moi que l’expression d’une homophobie d’État, totalement institutionnalisée au regard d’un gouvernement qui ne bouge pas d’un iota sous couvert d’un Code civil où nous sommes invisibles. Tout cela me met profondément en colère. En colère face à cette injustice sociale où les enfants sont pris en otage par la mère légale toute puissante, où les enfants subissent souvent une aliénation parentale menée par la mère contre l’autre parent qui fait face, seul.e, à l’exclusion parentale. Si on veut protéger les enfants, il faut protéger les parents.

« Accompagner et soutenir les parents homosexuels »

J’ai ressenti le besoin de libérer la parole. Ma parole, dans un premier temps, que mon ex compagne essayait d’étouffer à tout prix à travers la procédure juridique. Lorsque mes relations m’interrogeaient, je constatais amèrement que ma situation et celle de tant d’autres étaient un « non-problème ». Malgré leur bienveillance, la majorité des gens pense que le mariage pour tous a tout réglé. Personne n’imagine ce que nos enfants et nous-mêmes traversons.

C’est pourquoi j’ai décidé de faire du groupe Facebook une association militante de défense des droits des parents sociaux et de nos enfants. Nous avons déjà plusieurs projets, notamment de rencontrer le gouvernement au plus haut niveau pour obtenir une réforme de la filiation pour protéger toutes les familles homoparentales, quelque soit le schéma. L’objectif est de garantir aux enfants des liens durables avec tous leurs parents. Le but de l’association est d’accompagner et de soutenir les parents LGBT+, souvent abattus, et leurs enfants. Dans le cadre de la cotisation, notre avocate bénévole propose un conseil gratuit et peut aussi s’engager avec vous pour défendre votre dossier. Nous recherchons des thérapeutes bénévoles sur toute la France. Et plus largement nous recherchons des parrains et marraines pour faire connaître notre association.

Pour adhérer à l’association Parents sans droits, la cotisation annuelle est de 15 € par personne ou 25 € par couple. Vous pouvez contacter le bureau via le groupe Facebook ou par mail : parentssansdroits@gmail.com.

Propos recueillis et édités par Philippe Peyre