Comment se passe la prise en charge des patients ?

Plutôt bien d'après nos interlocuteurs. Pour démarrer la PrEP, les concerné.e.s doivent soit passer par un centre de santé sexuelle (comme le 190 à Paris) ou par l'hôpital. Dans les deux cas, les prepeurs témoignent d'une prise en charge adaptée. « Je suis passé par le centre de Santé Marie Volta, là-bas c'était rapide pour avoir des RDV et ça s'est très bien passé », explique Yuzhen, un parisien de 29 ans sous PrEP depuis un an. « Le suivi se fait en général tous les 2 à 3 mois. La médecin que j'ai eu maîtrise parfaitement le sujet, mais garde une sorte de légèreté pendant les consultations, te fait comprendre la logique des prises sous forme de mise en situation plutôt ludique, j'ai beaucoup rigolé. » Maxime, qui a commencé son traitement il y a neuf mois au CHU de Tourcoing, a toujours trouvé « le médecin et les infirmières adorables ». Mais le jeune homme pointe un manque d'information chez d'autres professionnels : « C'est parfois un peu plus compliqué chez les pharmaciens, qui connaissent mal cette modalité : certains croient que l'on est séropositifs, et sont du coup étonnés qu'on n'ait pas le statut de prise en charge à 100% par l'assurance maladie. » « Le suivi peut se faire par le médecin de ville, tous ne sont pas forcément assez formés, mais je crois que les choses sont en train de se déployer » ajoute Jean-Michel Molina.

Comment la PrEP est-elle perçue par ceux qui n'en prennent pas ?

C'est l'un des grands enjeux du médicament et de la communication qui l'entoure. « Pour mes "dates" plus sérieux, je n'en parle que lorsque je pressens qu'il va y avoir volonté de rapport non protégé car beaucoup de gays pensent (à tort ou à raison) que les prepeurs sont soit séropo "sous couverture" (une personne qui cacherait son statut sérologique, ndlr), soit des personnes qui prennent systématiquement des risques inconsidérés », raconte Maxime. « Mes potes gays réagissent plutôt bien : puisque la prévention existe et s'avère efficace, pourquoi s'en priver ? », ajoute Yuzhen. « Mais ceux qui sont nés dans les années sida, traumatisés par l'épidémie, restent pour leur part un peu mitigés et privilégient plutôt des moyens de protection que je trouve un peu old school et anti-sexe, mais que je comprends tout à fait, puis faut être aussi conscient que la PrEP protègent pas contre d'autres IST.»

Quid des IST ?

Les IST, justement, étaient l'un des points d'interrogation, voire d'inquiétude les plus récurrents lors du lancement du traitement. Certains, en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni, s'inquiètent d'un retour de la syphilis et de la gonorrhée dans la communauté gay, la PrEP, disent-ils, favorisant l'arrêt du préservatif. Alors, risque d'explosion des IST ? « La PrEP permet surtout, grâce au suivi, de détecter puis de guérir les IST, parce que l'on peut en guérir », répond Christian Andreo. « Ce serait idéal si la PrEP protégeait des autres IST. Ce n'est pas le cas, elle ne protège que du VIH, ce qui est déjà très bien », ajoute Jean-Michel Molina. Le médecin continue : « On a mis en évidence l'augmentation des IST dans la plupart des pays, bien avant l'utilisation de la PrEP. Et ça vient du fait que les gens ont moins peur du sida. Aujourd'hui, dans les consultations de PrEP, on met en avant le risque d'attraper ces IST. Donc on peut expliquer aux personnes que c'est une double protection, contre le VIH et contre les IST. Grace à la PrEP, on appréhende mieux  les IST, parce que les gens qui reçoivent le médicament sont quand même contraints de voir leur médecin tous les trois mois. Et ces bilans permettent de dépister d'autres IST. »

La PrEP, vraiment que pour les gays ?

Parce que oui, dans la tête du grand public, le Truvada n'existe que pour les hommes gays. Or, la PrEP est destinée à toutes les personnes qui sont exposés à un risque élevé de contamination au VIH. « Les communautés hétérosexuelles originaires d'Afrique subsaharienne, d'Amérique du Sud ou d'Asie du Sud-Est, sont aussi particulièrement touchées par cette épidémie » rappelle le docteur Molina. « Il faut que les gens soient informés et qu'ils aient envie de la prendre » ajoute-t-il. « Donc ça nécessite beaucoup de travail et beaucoup d'explications. En ce moment on l'explique aux autres communautés, mais cela prend du temps. » Pas certain qu'une campagne de communication de ce type arrive rapidement, quand on sait que même la communauté gay française ne connaît pas le sujet par coeur.

La prochaine étape, c'est quoi ?

Faire grossir, et de façon significative, le nombre de personnes prenant la PrEP régulièrement, c'est la meilleure façon de renforcer le bouclier. Ensuite, connaître réellement l'impact « du déploiement de la PrEP sur l'épidémie du VIH » explique Jean-Michel Molina Pour Christian Andreo, il faudra d'abord « déshospitaliser » la procédure, pour que la PrEP et le suivi puissent passer par les médecins traitants. « Il faudra régler le déficit de communication » explique le militant. « Quand on voit ce qui est fait dans certaines grandes villes américaines, avec des campagnes dans l'espace public et pas que à destination des gays. » Alors, à quand une campagne sur les abribus de Montluçon, Paris ou Brest ?" ["post_title"]=> string(83) "Entre réussite et manque d'information, le bilan des deux ans de la PrEP en France" ["post_excerpt"]=> string(309) "Avec 7 000 bénéficiaires, la PrEP s'est (un peu) démocratisée depuis son lancement en France. Mais il faudra encore bien de la volonté de l'État pour faire passer la pilule qui protège du VIH à l'étape supérieure. Qu'en disent les militants, médecins et prepeurs ? Komitid leur a posé la question." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(17) "prep-bilan-france" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-09-11 08:27:09" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-09-11 06:27:09" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6399" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15267 (24) { ["ID"]=> int(11393) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-07-11 19:03:21" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-07-11 17:03:21" ["post_content"]=> string(27385) "Le défi est de taille : aucune nouvelle contamination au VIH d'ici à 2030 à Paris. Échéance encore plus proche, l'année 2020 qui doit être celle où la capitale atteindra l'objectif des 3-90, à savoir 90% des personnes vivant avec le VIH dépistées, 90% des personnes vivant avec le VIH sous traitements, 90% des personnes vivant avec le VIH en charge virale indétectable. Ces objectifs sont ceux qu'essaient d'atteindre Paris sans sida, une association fondée à l'initiative de la Mairie de Paris il y a un peu plus de deux ans. C'est Eve Plenel qui en est la directrice générale depuis le printemps 2016. Passée par Act Up-Paris au début des années 2000, cette trentenaire engagée a déjà passé une bonne partie de sa vie à combattre l'épidémie du VIH/sida. Pourquoi ? « C'est un effet de génération », rétorque-t-elle. « Je suis née en 1982, c'est assez logique, je suis arrivée dans l'adolescence pendant les années noires, avant l'arrivée des traitements. Des proches de la famille, des proches de mes parents... », glisse-t-elle pour égrainer les personnes qu'elle a connu et qui ont été victimes de la maladie. Mais ce n'est pas que pour ça qu'elle a choisi de construire sa carrière - outre quelques années dans le monde culturel passées au Centquatre - autour de la lutte contre le VIH. « La lutte contre le sida, et notamment dans la façon dont la traitait Act Up-Paris, offrait ce prisme global de toutes les questions de société, de comment à travers ce sujet et cette maladie on pouvait questionner une société et la façon dont la majorité traite la minorité. » Nous avons rencontré Eve Plenel dans les locaux de Paris sans sida, autrefois à l'Hôtel de Ville et désormais situés dans le XIXè arrondissement de Paris. « Ça a plus de sens d'être ici, c'est peut être un peu plus loin des lieux de pouvoirs, mais c'est plus près des gens dont on parle. », nous a-t-elle confié. Un espace de co-working installé aux côtés d'autres entreprises spécialisées dans l'économie sociale et solidaire. Une heure d'entretien durant laquelle nous avons pu notamment évoquer avec Eve Plenel la saturation dans les centres de dépistages, la méconnaissance autour de l'indétectabilité, la PrEP qui peine à décoller ou encore la loi asile-immigration qui suscite de grandes inquiétudes quant aux personnes migrantes qui vivent avec le VIH. Une sorte de bilan d'étape avec celle qui dirige ce programme dans une ville qui concentre encore aujourd'hui près de 20 % de l'épidémie nationale (Guyane comprise) et où le taux de découverte de séropositivité est huit fois supérieur au taux national. Interview.

Komitid : Avant de rentrer dans le vif du sujet, arrêtons-nous un moment sur le nom de l'association « Paris sans sida ». Certaines personnes vivant avec le VIH ont pointé sa dimension excluante. Comprenez-vous ces critiques ?

Eve Plenel : Ce sont des critiques qu'il y a eu au tout début, je n'étais même pas encore là, et qui ont été assez vite je pense battue en brèche. Au tout début, il me semble que le projet de la Mairie de Paris s'appelait le Comité 3-90 : 90% des personnes vivant avec le VIH sont dépistées, 90% sont sous traitements, 90% en charge virale indétectable. Ensuite quand France Lert a rendu à la Maire de Paris le rapport fondateur du projet, il a été décidé de l'appeler Vers Paris sans sida. À un moment quand on parle au grand public, on sait qu'il faudrait parler de VIH mais on continue d'utiliser le mot sida car il faut que les gens comprennent. C'est pour ça que Sidaction et plein d'autres projets s'appellent comme ça.
Une stratégie pour zéro nouvelle contamination
Deuxièmement parce que la stratégie qu'on porte, c'est à la fois une stratégie pour zéro nouvelle contamination, mais c'est aussi pour que aucune des personnes séropositives ne développent un sida. Si on y arrive, si tout le monde a une charge virale contrôlée, si toutes les personnes vivant avec le VIH ont une bonne qualité de vie, une bonne inclusion dans la société, une bonne insertion sociale, des traitements efficaces et une charge virale indétectable, c'est Paris sans sida. C'est Paris avec des personnes vivant avec le VIH, mais sans la maladie.

Paris sans sida, c'est un défi : celui de vivre dans un Paris avec zéro nouvelle contamination d'ici à 2030 et celui des 3-90 d'ici à 2020. Ces objectifs sont-ils atteignables ? Comment travaillez-vous pour ?

Si je n'y croyais pas, j'aurais rendu mon tablier, je ne fais pas ça pour la gloire, je fais ça pour que ça marche. Et si dans les années qui viennent, je m'aperçois que ça ne marche pas, j'arrêterai. Aujourd'hui nous sommes déjà sur les 3-90, on est à 86-94-96. Les deuxièmes et troisièmes sont atteints et je crois qu'ils l'étaient avant même que l'on commence à travailler. Le système de santé français est très efficace une fois que les gens arrivent au dépistage. La chaîne de prise en charge, l'accès aux traitements... Les gens ne sont pas toujours bien reçus, ils peuvent être un peu bousculés par l'institution, mais quand même la prise en charge est bonne. Donc notre challenge, c'est l'amont des 3-90, c'est à dire la prévention : éviter que les gens s'infectent, et le dépistage. De ce point de vue on a quand même progressé déjà, on est passé de 82 à 86 en trois ans, donc oui je crois que nous pouvons y arriver.
Pour l'instant, le nombre de personnes sous PrEP augmente partout en France et pas mal à Paris, mais ça reste très insuffisant par rapport à ce qu'il faudrait atteindre
Je pense que tout le travail aujourd'hui est vraiment dans une logique de plan d'urgence du dépistage, de démultiplier les solutions de dépistage, pas seulement en s'appuyant sur les associations, pas seulement avec les centres de dépistage anonymes et gratuits, mais aussi avec l'auto test, avec la mobilisation des médecins généralistes dans certains quartiers, j'espère à terme avec la mobilisation des laboratoires de biologie médicales pour du test facile et remboursé même sans ordonnance. C'est tout ça qu'on met en place. Ensuite il y a la deuxième étape : comment une fois qu'on a atteint cette première étape, on arrive à zéro nouvelle contamination. Il faudrait pour cela qu'il y ait un vrai regain d'intérêt pour le préservatif et un décollage de la PrEP dans des proportions vraiment conséquentes. Pour l'instant, le nombre de personnes sous PrEP augmente partout en France et pas mal à Paris, mais ça reste très insuffisant par rapport à ce qu'il faudrait atteindre, à la fois dans l'intérêt des personnes et de manière collective pour vraiment construire une barrière communautaire au VIH.

Dans une vidéo publiée le 28 mars, Act Up-Paris a dénoncé « l'incapacité du système à répondre à l'affluence » dans les Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD). Horaires dissuasifs, prise de rendez-vous compliquée... Quelle est votre position à ce sujet ?

Je pense que leur vidéo est très bonne. C'est aussi le résultat d'échanges que nous avons eu pendant des mois et nous sommes absolument d'accord sur le constat. Travaillant pour un projet de la Mairie de Paris, je n'ai pas les même modes d'expressions qu'Act Up aujourd'hui, mais ça rejoint totalement ce que nous disons à l'Agence régionale de santé et à la Caisse primaire d'assurance maladie depuis le début du projet. Il ne s'agit pas juste de faire des fusions administratives, il faut penser l'offre territoriale pleinement et élargir. J'irai même plus loin que ce qui est dans la vidéo en disant qu'aujourd'hui à Paris, il y a environ chaque année, en tout cas en 2017, plus de 300 000 sérologies VIH réalisées, principalement prescrite par des médecins et faites dans les laboratoires. On a calculé avec France Lert que si on voulait vraiment réduire significativement le nombre de personnes qui vivent avec le VIH à Paris et qui ne le savent pas encore - je fais cette périphrase parce que je n'aime pas le terme d'épidémie cachée - il faudrait faire 50 000 tests de plus par an rien que chez les gays et 50 000 tests de plus par an rien que chez les personnes migrantes originaires d'Afrique subsaharienne. Ça veut dire 100 000 tests de plus, soit 33% de plus ciblés dans les populations les plus exposées. Ce sont des modèles mais c'est juste pour illustrer le fait que oui, la marche est très haute pour réduire l'épidémie non diagnostiquée, pour réduire cette proportion de personnes qui vit avec le VIH et vont l'apprendre, mais vont l'apprendre trop tard parce qu'ils ont eu le temps de transmettre entre temps. Aujourd'hui, parce que nous répétons ça avec Act Up et d'autres depuis des mois, je pense qu'il y a une prise de conscience de l'Agence régionale de santé, de la Mairie de Paris bien sûr, des partenaires... Mais je pense qu'on ne peut pas faire reposer notre stratégie sur ce que j'appelle l'offre publique et gratuite, CeGIDD et associations, qui ne représentent que 10% de l'offre totale. Il faut travailler sur les 90 % restant, c'est à dire l'offre en médecine générale, la systématisation des tests en médecine générale et la possibilité d'aller dans n'importe quel labo autour de chez vous et d'avoir un test VIH gratuitement.

Il y a l'accès au dépistage mais aussi le problème que certaines personnes ne se font pas dépister. Comment peut-on aller chercher ces personnes ?

Il y a évidemment des gens qui ne se sont jamais fait dépister, on le voit dans les données de Santé publique France, mais le problème de l'épidémie parisienne, et notamment de l'épidémie chez les gays à Paris, ce n'est pas qu'ils ne se font pas dépister, c'est qu'ils n'y vont pas assez souvent. C'est plus un problème de fréquence, de simplicité du test, comme un réflexe trimestriel. Je pense que déjà que si ceux qui se dépistent au lieu de le faire tous les deux ans le faisaient tous les trois mois, on progresserait beaucoup. Après il reste effectivement des personnes très difficiles à atteindre, on s'est beaucoup focalisés sur elles depuis l'arrivée des tests rapides en 2011. Beaucoup d'associations se sont mis à déployer des stratégies efficaces pour aller sur des lieux de rencontre très éloignés de la communauté, dans des forêts, des lieux extérieurs, des lieux de drague, c'est évidemment très important d'aller atteindre ces populations là, mais à Paris, le gros de l'épidémie, c'est des garçons gays, communautaires, présents dans les lieux, dans les bars, dans le Marais, mais qui ne se testent pas assez souvent.

Comment l'explique-t-on ?

La peur du résultat et la sérophobie qui va avec, deux faces de la même médaille. La peur d'être soi même concerné, la peur d'en parler puisque de toute façon personne n'en parle, même sur la terrasse du Cox c'est un tabou, ça n'existe pas, c'est un non sujet ! On continue à tolérer des « t'es clean ? » sur les réseaux sociaux ou les applis de drague donc le tabou et la sérophobie sont évidemment un des facteurs.
On continue à tolérer des « t'es clean ? » sur les réseaux sociaux ou les applis de drague donc le tabou et la sérophobie sont évidemment un des facteurs
Le deuxième facteur, et c'est ce que montre Act Up, c'est que c'est compliqué d'aller se faire dépister. Même un homme gay qui a bien compris, qui est totalement conscient de son exposition et qui vraiment est dans une démarche de dépistage, le faire trois ou quatre fois par an, honnêtement c'est la croix et la bannière. Je fais souvent le parallèle en renvoyant à la population générale : est-ce que vous faites votre bilan dentaire ou ophtalmique annuel ? Est-ce que les filles vont faire leur frottis tous les deux ans ? Franchement, dans nos modes de vies, pas forcément ! À moins d'avoir une urgence. Pourquoi on attendrait des hommes homosexuels une aisance dans la gestion de leur santé et de leur rendez-vous médicaux, que la plupart des gens n'ont pas ? Gérer sa santé c'est de toute façon une aptitude sociale, ça demande d'être relativement bien dans sa peau, d'être conscient qu'on en a besoin et ensuite de la facilité. Là où le travail d'Act Up et cette discussion sur l'offre m'intéresse et doit faire bouger les pouvoirs publics, c'est que si on veut que ça soit tous les trois mois, il faut que ça soit hyper facile. Pouvoir prendre le rendez-vous avec son smartphone, avoir un rappel le matin même, arriver sans avoir à passer par la salle d'attente, ressortir avec son résultat et avoir un rappel trois mois après.
Pourquoi on attendrait des hommes homosexuels une aisance dans la gestion de leur santé et de leur rendez-vous médicaux, que la plupart des gens n'ont pas ?
Enfin, il y a un troisième facteur sur le fait que les gens se détectent pas, c'est qu'ils ne savent pas que U=U. Cela fait dix ans déjà que des chercheurs suisses ont publié les premiers résultats montrant qu'une personne avec une charge virale indétectable depuis plus de six mois ne transmet pas le VIH…

« Dix ans déjà », dites-vous. Pourquoi le message ne s'imprime-t-il pas ?

Il faut comprendre comment fonctionnent les médecins, les chercheurs et la santé publique. Ces institutions ne communiquent pas sur une avancée tant qu'il n'y a pas un consensus scientifique validé et re-validé par des résultats, surtout sur un sujet aussi sensible qui peut amener à un recul des modes de protection. En 2008, on n'avait pas la PrEP, on avait que la capote donc il a fallu en France cinq ans pour que ça soit inscrit dans les recommandations de prise en charge, en 2013. Et encore c'était avec beaucoup de prudence et de précaution : les couples hétérosexuels, charge indétectable depuis plus de six mois, pas d'autres IST, etc. Ensuite, les gens se sont détendus à l'international quand en 2016, assez récemment finalement, sont sortis les résultats de l'étude Partner, la grande étude qui montre que sur 56 000 rapports sexuels sans préservatifs dans des couples sérodifférents, il y a eu zéro transmission. 56 000 couples, 0 transmission, 9 pays différents... À partir de ce moment-là, les gens ont pu se détendre. Les Américains à New York ont lancé le slogan U=U, pendant un an ils font signer leur déclaration de consensus par toutes les grandes institutions internationale type ONU, OMS... Tant que ces institutions là ne disaient pas une bonne fois pour toute « oui oui oui, nous sommes sûrs, que l'on soit hétéro ou homo c'est pareil » c'était difficile d'être audible. [caption id="attachment_11469" align="alignnone" width="1024"]campagne hornet vih u equals u Xavier Héraud pour Paris sans sida[/caption]

Vous diriez que l'on a perdu du temps ?

Oui je pense que l'on a quand même un peu perdu du temps notamment en France où ça ne faisait pas tellement débat, comme ça pouvait être le cas aux États-Unis, pour des raisons liées à la qualité du système de prise en charge. En France les médecins voyaient bien que les gens étaient indétectables au bout de trois mois donc je blâmerais un peu les prudences de chat d'un certain nombre de nos institutions qui n'osaient pas le dire alors que les associations poussaient. Ça n'a jamais été dit par le ministère de la Santé au sens vraiment exprimé explicitement. Il y a eu vraiment trop de prudence. Deuxièmement je blâme un peu les infectiologues qui encore aujourd'hui pour certains, face à un patient, continuent à mettre plein de bémols, plein de prévention et de prudence. Ils ont trop peur de se sentir responsables d'une transmission secondaire. À un moment il faut y aller !
L'annonce d'une charge virale indétectable, c'est une bonne nouvelle qui doit se célébrer
J'avais demandé à un groupe de militants de Aides ce que leur avait dit leur médecin la première fois que leur charge virale était indétectable. Beaucoup ne se souvenaient pas et ceux qui se souvenaient le médecin disait « ah oui c'est bien, vos résultats sont bons. ». Et si c'était des femmes, ils disaient « c'est bien, vous avez un projet de bébé ? ». L'annonce d'une charge virale indétectable, c'est une bonne nouvelle qui doit se célébrer. Et ça doit se célébrer aussi comme libération de la sexualité, ça j'y crois beaucoup. Ça doit être célébré comme une bonne nouvelle pour la communauté.

Concernant la PrEP, on a le sentiment, et les données chiffrées sont là pour le prouver, qu'elle décolle dans beaucoup de grandes villes (San Francisco, Londres, Sydney, etc), mais en France, seulement 7000 prepeurs dont 50% en Île-de-France. C'est quoi notre problème avec la PrEP ?

Je vais faire une réponse un peu comme sur le dépistage, c'est l'offre et la demande. Du côté de la demande de PrEP, elle fait l'objet de polémiques, de controverses, peut être un peu plus en France qu'ailleurs. Cela dit elle a aussi fait l'objet de polémiques aux États-Unis, il ne faut pas se leurrer. Effectivement les débats, la récurrence des débats, le fait que revienne systématiquement une remise en cause de l'efficacité de la PrEP dans les discussions, ça distille du doute, qui plus est dans un contexte très français de défiance vis-à-vis du médicament de manière générale et de l'institution médicale en particulier. La défiance vis-à-vis du soin est grande en France. En plus, des agents communautaires continuent de mettre en doute l'efficacité de la PrEP alors évidemment ça prend sur un terreau favorable. Oui il y a une responsabilité de la communauté qui ne se saisit pas de cet outil, aussi une responsabilité - qu'on ne porte plus j'espère - des pouvoirs publics au début qui ont à la fois autorisé et remboursé la PrEP mais sans en faire une communication très forte. La PrEP était mentionnée sur une campagne du ministère de la Santé mais n'a pas fait l'objet d'une campagne spécifique. Je peux retourner cette critique vers nous aussi à la mairie de Paris : on a fait une campagne dans laquelle on a parlé de la PrEP, mais on ne l'a pas mis au centre. Pour que les communautés à qui elle est en priorité destinée s'approprient la PrEP, il faut que ça soit acceptable socialement par tout le monde. Pour que le préservatif s'installe comme une norme sociale, il a fallu que tout le monde se sente concerné même si en fait tout le monde n'était pas concerné par le VIH de la même manière. La PrEP c'est pareil, le jour où tout le monde en aura entendu parler, ça sera plus facile pour un homme homosexuel de dire qu'il est sous PrEP. Il faut que ça soit moins associé à des pratiques dites excessives ou particulières, il faut banaliser le discours sur la PrEP. Plus on stigmatise la PrEP comme quelque chose d'associé à des pratiques sexuelles excessives, un nombre de partenaires excessif, des pratiques soit disant hors normes, plus on créé du mal être dans les communautés. Tout ce qui remet de la norme et de la hiérarchie dans les sexualités génère encore plus de tabou, de stigmates.
Plus on stigmatise la PrEP comme quelque chose d'associé à des pratiques sexuelles excessives, un nombre de partenaires excessif, des pratiques soit disant hors normes, plus on créé du mal être dans les communautés
Du côté de l'offre, si vous comptez combien il y a de consultations PrEP à Paris, il n'y en a pas assez. Il faut aussi que nous fassions l'effort de créer plus de créneaux. Paris sans sida y a beaucoup contribué l'année dernière, nous avons financé quinze consultations supplémentaires avant que l'État via l'Agence régionale de santé prenne le relais. Ou encore, ce qu'on peut être amené à financer pour augmenter la PrEP, c'est des consultations le soir ou le week-end. Aussi bien mieux former et informer la médecine générale pour que les hôpitaux puissent désengorger leur consultation pour tous les patients qui vont bien, qui prennent leur comprimé et qui veulent juste un bilan tous les trois mois qu'ils puissent faire ça chez leur médecin généraliste.

La capitale concentre à elle-seule 20% de l'épidémie nationale. Comment l'explique-t-on ?

Je ne suis pas sure d'avoir une réponse totale à cette question. Historiquement, dès le début de l'épidémie, Paris a été particulièrement touchée parce que c'était une des villes européennes les plus ouvertes sur le monde, à la fois par le lien entre la France et ses anciennes colonies, aussi sans doute par la présence d'une communauté gay plus importante. Les deux villes qui ont vraiment été touchées en Europe au tout début c'est Londres et Paris. C'est aussi pour ça que Paris a été particulièrement à la pointe du combat : c'est quand même à Paris que l'on a vu les premiers lieux de Aides, la création d'Act Up, la conférence dite Déclaration de Paris en 1994, la première grande déclaration des chefs d'état sur la place des personnes vivant avec le VIH dans la lutte contre l'épidémie. Il y a un deuil à Paris qui est plus lourd qu'ailleurs, il y a eu beaucoup de morts, c'est une ville qui une mémoire particulièrement aiguë de cette épidémie et de l'hécatombe, mais donc aussi beaucoup de survivants et donc une épidémie dynamique. Quant à aujourd'hui, ça reste une ville très attractive pour la jeunesse qui cherche l'anonymat, la rencontre, le commerce, la vie étudiante. Quand on travaille avec les « villes sans sida » (Fast track cities), à la fois sur certains aspects elles sont plus loin de nous, mais elles ont des petites épidémies. Amsterdam par exemple c'est moins de 100 nouveaux cas par an, Barcelone doit être autour de 300/350, Berlin 380. Paris c'est 1200, pour une ville beaucoup plus petite.

Il y a Paris sans sida, mais il y a aussi le même objectif dessiné au niveau régional avec Île-de-France sans sida… Est-ce vous travaillez ensemble ? Aucune mention de Paris sans sida sur la page dédiée sur l'Île de France, et inversement… Ça donne l'impression d'une bête à deux têtes pour le même objectif. Peut-on parler d'une division, symptôme de l'affrontement entre Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ?

Chronologiquement l'« Agenda pour une Île-de-France sans sida » a été adopté en juillet l'année dernière, ça faisait déjà deux ans que Paris sans sida était lancé donc ils ne sont pas cités bêtement parce qu'on n'a pas actualisé la page. Dans les attendus de la délibération au conseil régional, ils citent Paris sans sida, ils s'inspirent de cette démarche là. C'est Jean-Luc Romero et Jean Spiri qui ont porté ça auprès de Valérie Pécresse après avoir beaucoup échangé avec Bernard Jomier, le cabinet d'Anne Hidalgo et moi. Évidemment c'est une continuité, une extension du projet parisien au territoire francilien, et c'est totalement pertinent. La Seine-Saint-Denis a également, en tant que département le plus touché après Paris, commandé un rapport à France Lert pour une Seine-Saint-Denis sans sida. J'espère qu'en tant que département, sans attendre la Région, ils vont eux aussi lancer des choses en partenariat avec nous. Je pense que oui, nous travaillons tous dans le même sens.

La loi asile-immigration, adoptée en avril dernier, est très critiquée et inquiète les associations de lutte contre le VIH quant au respect des droits réservés aux étrangers et étrangères séropositifs.ves par le gouvernement. Quel est votre position ?

Je crois qu'on se fait totalement écho des critiques exprimées par les associations de lutte contre le sida, mais aussi celle de soutien et de défense de la santé des migrants. C'est une vraie inquiétude pour nous cette loi, mais d'autres aussi. Nous sommes engagés dans une course contre la montre, on sait qu'on pourra mettre fin à l'épidémie pour améliorer l'inclusion de ces populations, ce n'est pas juste une histoire de contrôle de la maladie, c'est construire des villes où l'on se sent mieux, où l'on peut être noir sans être agressé, où l'on peut être gay sans être agressé... Où il y a de l'espoir ! On mène ce combat là à contre courant clairement. Dans la lutte contre le sida, il y a toujours eu une grosse partie des personnes touchées vivant avec le VIH en France qui étaient originaires des Caraïbes et de l'Afrique subsaharienne. Pour beaucoup, ce sont des personnes qui étaient arrivées en France depuis longtemps par le regroupement familial, par voie aérienne avec un visa. Pour partie elles avaient acquis le VIH sur le territoire français mais c'était des histoires de migration dans lesquelles il y avait certes de la galère et de la précarité mais quand même un projet de vie, un projet d'installation qui avait fonctionné. L'État social français avait fonctionné. On voit dans l'étude de l'ANRS Parcours, la grande étude sur la santé des Africain.e.s et leur exposition au VIH et à l'hépatite B en Île-de-France, des parcours migratoires qui ont été difficiles mais avec au final quand même une stabilité et une bonne prise en charge. Ce qu'on voit depuis 2014-2015, c'est une autre forme de migration, par voie terrestre, plus féminine, avec beaucoup plus de parcours de violence, de traumatismes dans le pays d'origine, sur le parcours migratoire et à l'arrivée, et une situation d'accueil absolument catastrophique, violente, inadmissible en réalité. Précisément sur le VIH, je pense qu'il va y avoir un regain des contaminations dans ces communautés là alors que ça avait tendance à baisser." ["post_title"]=> string(142) "« L'annonce d'une charge virale indétectable est une bonne nouvelle qui doit se célébrer » : rencontre avec Eve Plenel de Paris sans sida" ["post_excerpt"]=> string(256) "Directrice générale de Paris sans sida, Eve Plenel a accordé un long entretien à Komitid pour parler de l'offre de dépistage, de la PrEP ou encore de la loi asile-immigration. Son mot d'ordre : « Il faut célébrer l'indétectabilité ». Rencontre. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(91) "si-je-ny-croyais-pas-jaurais-rendu-mon-tablier-rencontre-avec-eve-plenel-de-paris-sans-sida" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-11-30 16:50:25" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-11-30 15:50:25" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=11393" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [4]=> object(WP_Post)#15265 (24) { ["ID"]=> int(12939) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-07-28 12:34:44" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-07-28 10:34:44" ["post_content"]=> string(4667) "U=U. Pour celles et ceux d'entre vous qui ne connaissent pas encore la signification de cette équation, le second volet de l'étude Partner qui vient d'être dévoilé est l'occasion d'une séquence de rattrapage. En effet, la première étude Partner avait mis en lumière en 2016 que sur 56 000 rapports sexuels sans préservatifs dans des couples sérodifférents (un.e séropositif, l'autre séronégatif.ve), quand le ou la partenaire séropositif.ve était sous traitement depuis assez longtemps pour que sa charge virale soit indétectable, aucune transmission du VIH n'avait été observée. D'où le U=U, pour « Undetectable = Untransmissible » en anglais, soit « Indétectable = Intransmissible » (comprenez : charge virale indétectable = virus intransmissible). Cette semaine, en pleine Conférence internationale sur le sida à Amsterdam, les résultats de l'étude Partner2 sont venus conforter les premières données positives de 2016. Car si l'effectif des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes était relativement faible dans Partner1, explique VIH.org, cette fois ils sont au cœur de l'étude.
Zéro transmission
783 couples masculins dans 14 pays européens différents, 75 000 rapports sexuels sans préservatif avec à chaque fois un partenaire séropositif sous traitement depuis quatre ans et dont la charge virale est indétectable et un partenaire séronégatif qui n'a pas pris la PrEP. Résultat : zéro transmission. Zé-ro. Seul bémol : 15 personnes ont découvert leur séropositivité, mais 11 d'entre elles ont indiqué avoir eu une relation sexuelle non protégée avec un autre partenaire. Des tests ont mis en évidence que ces cas de transmission ne sont pas le fait du partenaire régulier.

« Le temps des excuses est terminée »

« Avec ce nombre de rapports par an et par couple, si la charge virale des partenaires séropositifs n’avait pas été indétectable, nous aurions dû constater, selon les statistiques, environ 500 contaminations chez les partenaires séronégatifs passifs », a indiqué la chercheuse Alison Rodgers (University College London). « Il faudrait, pour ces couples, avoir des rapports sexuels pendant 419 ans pour qu’il y ait la possibilité d’une contamination », a-t-elle précisé, non sans ironie, dans des propos rapportés par VIH.org. Et de conclure : « Cette étude prouve définitivement que "Indétectable = intransmissible". Le temps des excuses est terminée. Quand vous êtes sous ARV (antirétroviral), vous ne transmettez plus le virus. » Pour en savoir plus sur U=U et le fait d'avoir une charge virale indétectable, Komitid vous recommande cette super vidéo de prévention avec la fantastique Courtney Act et réalisée par les Néo-zélandais (en anglais sans sous-titres) :  " ["post_title"]=> string(128) "Indétectable = intransmissible : une nouvelle étude d'ampleur confirme l'efficacité du traitement contre le VIH chez les gays" ["post_excerpt"]=> string(234) "L'étude Partner2, dévoilée cette semaine à Amsterdam dans le cadre de la Conférence internationale sur le sida, vient à nouveau confirmer l'efficacité du traitement antirétroviral dans la non transmission du VIH chez les gays." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(119) "indetectable-intransmissible-une-nouvelle-etude-dampleur-confirme-lefficacite-du-traitement-contre-le-vih-chez-les-gays" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-28 12:34:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-28 10:34:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=12939" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Pour lutter contre le VIH, des préservatifs seront remboursés sur prescription médicale

Publié le

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé mardi 27 novembre sur France Inter « le remboursement d'une marque de préservatifs à un coût très faible ».

Agnès Buzyn au micro de France Inter mardi 27 novembre - Capture d'écran Franceinter.fr

Sortez couvert.es, vous serez couvert.es. La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a annoncé mardi 27 novembre sur France Inter que des préservatifs masculins seront remboursés par l’Assurance maladie, sur prescription médicale d’un médecin ou d’une sage-femme, pour aider à lutter contre le VIH.

Cette annonce s’inscrit en réponse à un nombre qui reste malheureusement stable : celui des nouvelles découvertes de séropositivité VIH. « Aujourd’hui, nous découvrons chaque année environ 6 000 nouveaux cas, notamment chez les jeunes, autour de 800 à 1 000 nouveaux cas chez des gens de moins de 25 ans, qui utilisent souvent le préservatif pour leur premier rapport sexuel, mais pas dans les actes suivants », a souligné la ministre.

Dès le mois de décembre

Si le préservatif apparaît encore et toujours comme un levier essentiel pour se protéger et ainsi faire baisser le nombre de nouvelles contaminations, tout comme la PrEP, ses usagers savent combien l’achat d’une boîte représente une somme conséquente. « Il y a un dispositif médical qui s’appelle le préservatif, qui a demandé à être évalué par la Haute autorité de santé, qui a émis un avis favorable pour le remboursement d’une marque de préservatifs à un coût très faible », a expliqué Mme Buzyn.

La marque concernée est Eden, du laboratoire Majorelle, indique l’AFP. Dans un communiqué, le labo s’est félicité d’une décision qui va permettre de «  redynamiser l’image du préservatif, en envoyant un signal fort qu’il ne s’agit pas d’un gadget sexuel mais bien d’un véritable outil de prévention indispensable » et « de développer son usage, notamment auprès des jeunes et de nouveaux utilisateurs dont le pouvoir d’achat est très contraint ».

« On pourra maintenant, quand on est un jeune ou quand on présente des risques particuliers, ou pas d’ailleurs, quand on est une femme ou quand on est un homme, aller voir son médecin et avoir des préservatifs remboursés sur prescription médicale », s’est félicitée la ministre de la Santé. Le remboursement sera mis en place à compter du 10 décembre, à hauteur de 60 % sur la base d’un prix de vente s’élevant à 1,30 € la boîte de six.

  • phil86

    @papillons : le préservatif et la prep sont des outils complémentaires. La prep s’adresse avant tout à ceux qui pour des raisons diverses n’utilisent de toute façon pas le préservatif. Mais l’un n’exclue pas l’autre car on trouve aussi des personnes qui combinent prep et capote. Les préservatifs ne sont pas gratuits ils ont un coût très variable d’une marque à une autre qu’il faut bien que quelqu’un assume. Le remboursement est une bonne chose qui aurait dû être mis en place il y a 35 ans !

  • papillons-87

    Si on regarde les choses un peu autrement… quand on regarde le nombre de personnes atteinte du VIH, que l’on met en parallèle le prix des traitements et des prises en charge des soins,… je pense qu’il serait simplement plus simple de mettre des préservatifs Gratuit ! Pourquoi alourdir encore la facture en créant une usine à gaz ? Obliger les personnes à passer par la case Médecins, pharmacie et en plus le traitement administratif des ordonnance ! je pense que ce que propose la ministre est une mesure gentille, mais qui sera lourde et qui fera encore de l’exclusion. Il faut rappeler que le but est d’éviter la contamination./ Il ne fait pas rajouter des strates qui ne feront que l’inverse de ce que l’on espère arriver à faire : créer un réflexe de protection des personnes.. plus on complique, moins cela fonctionnera et donc coûtera plus cher (puisque le taux contamination ne baissera pas suffisamment). mettons lés coûts en parallèle : celui des préservatifs gratuits et celui des traitements et suivi des personnes contaminées.. je suis certaine qu’il n’y a pas photo.

  • phil86

    C’est une bonne initiative. Il faut aussi développer la prep on n’est qu’à 7000 prepeurs et il en faudrait 3 à 4 fois plus pour que ça ait une incidence sur l’épidémie. Ce sont des outils de prévention complémentaires.