Comment se passe la prise en charge des patients ?

Plutôt bien d'après nos interlocuteurs. Pour démarrer la PrEP, les concerné.e.s doivent soit passer par un centre de santé sexuelle (comme le 190 à Paris) ou par l'hôpital. Dans les deux cas, les prepeurs témoignent d'une prise en charge adaptée. « Je suis passé par le centre de Santé Marie Volta, là-bas c'était rapide pour avoir des RDV et ça s'est très bien passé », explique Yuzhen, un parisien de 29 ans sous PrEP depuis un an. « Le suivi se fait en général tous les 2 à 3 mois. La médecin que j'ai eu maîtrise parfaitement le sujet, mais garde une sorte de légèreté pendant les consultations, te fait comprendre la logique des prises sous forme de mise en situation plutôt ludique, j'ai beaucoup rigolé. » Maxime, qui a commencé son traitement il y a neuf mois au CHU de Tourcoing, a toujours trouvé « le médecin et les infirmières adorables ». Mais le jeune homme pointe un manque d'information chez d'autres professionnels : « C'est parfois un peu plus compliqué chez les pharmaciens, qui connaissent mal cette modalité : certains croient que l'on est séropositifs, et sont du coup étonnés qu'on n'ait pas le statut de prise en charge à 100% par l'assurance maladie. » « Le suivi peut se faire par le médecin de ville, tous ne sont pas forcément assez formés, mais je crois que les choses sont en train de se déployer » ajoute Jean-Michel Molina.

Comment la PrEP est-elle perçue par ceux qui n'en prennent pas ?

C'est l'un des grands enjeux du médicament et de la communication qui l'entoure. « Pour mes "dates" plus sérieux, je n'en parle que lorsque je pressens qu'il va y avoir volonté de rapport non protégé car beaucoup de gays pensent (à tort ou à raison) que les prepeurs sont soit séropo "sous couverture" (une personne qui cacherait son statut sérologique, ndlr), soit des personnes qui prennent systématiquement des risques inconsidérés », raconte Maxime. « Mes potes gays réagissent plutôt bien : puisque la prévention existe et s'avère efficace, pourquoi s'en priver ? », ajoute Yuzhen. « Mais ceux qui sont nés dans les années sida, traumatisés par l'épidémie, restent pour leur part un peu mitigés et privilégient plutôt des moyens de protection que je trouve un peu old school et anti-sexe, mais que je comprends tout à fait, puis faut être aussi conscient que la PrEP protègent pas contre d'autres IST.»

Quid des IST ?

Les IST, justement, étaient l'un des points d'interrogation, voire d'inquiétude les plus récurrents lors du lancement du traitement. Certains, en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni, s'inquiètent d'un retour de la syphilis et de la gonorrhée dans la communauté gay, la PrEP, disent-ils, favorisant l'arrêt du préservatif. Alors, risque d'explosion des IST ? « La PrEP permet surtout, grâce au suivi, de détecter puis de guérir les IST, parce que l'on peut en guérir », répond Christian Andreo. « Ce serait idéal si la PrEP protégeait des autres IST. Ce n'est pas le cas, elle ne protège que du VIH, ce qui est déjà très bien », ajoute Jean-Michel Molina. Le médecin continue : « On a mis en évidence l'augmentation des IST dans la plupart des pays, bien avant l'utilisation de la PrEP. Et ça vient du fait que les gens ont moins peur du sida. Aujourd'hui, dans les consultations de PrEP, on met en avant le risque d'attraper ces IST. Donc on peut expliquer aux personnes que c'est une double protection, contre le VIH et contre les IST. Grace à la PrEP, on appréhende mieux  les IST, parce que les gens qui reçoivent le médicament sont quand même contraints de voir leur médecin tous les trois mois. Et ces bilans permettent de dépister d'autres IST. »

La PrEP, vraiment que pour les gays ?

Parce que oui, dans la tête du grand public, le Truvada n'existe que pour les hommes gays. Or, la PrEP est destinée à toutes les personnes qui sont exposés à un risque élevé de contamination au VIH. « Les communautés hétérosexuelles originaires d'Afrique subsaharienne, d'Amérique du Sud ou d'Asie du Sud-Est, sont aussi particulièrement touchées par cette épidémie » rappelle le docteur Molina. « Il faut que les gens soient informés et qu'ils aient envie de la prendre » ajoute-t-il. « Donc ça nécessite beaucoup de travail et beaucoup d'explications. En ce moment on l'explique aux autres communautés, mais cela prend du temps. » Pas certain qu'une campagne de communication de ce type arrive rapidement, quand on sait que même la communauté gay française ne connaît pas le sujet par coeur.

La prochaine étape, c'est quoi ?

Faire grossir, et de façon significative, le nombre de personnes prenant la PrEP régulièrement, c'est la meilleure façon de renforcer le bouclier. Ensuite, connaître réellement l'impact « du déploiement de la PrEP sur l'épidémie du VIH » explique Jean-Michel Molina Pour Christian Andreo, il faudra d'abord « déshospitaliser » la procédure, pour que la PrEP et le suivi puissent passer par les médecins traitants. « Il faudra régler le déficit de communication » explique le militant. « Quand on voit ce qui est fait dans certaines grandes villes américaines, avec des campagnes dans l'espace public et pas que à destination des gays. » Alors, à quand une campagne sur les abribus de Montluçon, Paris ou Brest ?" ["post_title"]=> string(83) "Entre réussite et manque d'information, le bilan des deux ans de la PrEP en France" ["post_excerpt"]=> string(309) "Avec 7 000 bénéficiaires, la PrEP s'est (un peu) démocratisée depuis son lancement en France. Mais il faudra encore bien de la volonté de l'État pour faire passer la pilule qui protège du VIH à l'étape supérieure. Qu'en disent les militants, médecins et prepeurs ? Komitid leur a posé la question." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(17) "prep-bilan-france" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-09-11 08:27:09" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-09-11 06:27:09" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6399" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [5]=> object(WP_Post)#15272 (24) { ["ID"]=> int(12690) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-07-25 15:54:42" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-07-25 13:54:42" ["post_content"]=> string(9103) "Enfin une bonne nouvelle à la Conférence internationale sur le sida. Et quel sens du timing ! Voire même, du drama. Alors qu'un grand nombre d'activistes de la lutte contre le sida entamaient un « bad pharma tour » pour dénoncer la cupidité des grands groupes pharmaceutiques alors que tant de vies, de personnes souvent précarisées, sont en jeu face au VIH... un membre de Coalition Plus a pris son mégaphone, sur le stand de Gilead Sciences, pour annoncer une décision de la Cour Européenne de justice (CJUE). Surprise, celle-ci devrait entrainer par ricochet le refus à ce labo l'extension de son certificat complémentaire sur le Truvada en Europe. Une décision qui signe donc la fin d'un monopole très décrié.

Vers une PrEP plus accessible ?

Dans un jugement rendu ce jeudi 25 juillet, la plus haute instance de l’UE va dans le sens de l'annulation de l'extension du certificat de protection du Truvada. En effet, le brevet protégeant le médicament a expiré l'année dernière, mais Gilead cherchait à protéger son produit jusqu'en 2020. Des génériques existent d'ailleurs déjà dans la plupart des pays européens. La Cour répondait à une demande de la Haute Cour de justice d’Angleterre et du Pays de Galle, visant à clarifier si oui, ou non, Gilead avait le droit de protéger la PrEP « et ses principes actifs ». L’affaire avait démarré au Royaume-Uni, après que le laboratoire pharmaceutique a été attaqué par plusieurs fabricants de médicaments génériques, qui réclament l’autorisation de fabriquer la pilule. Très technique, l’arrêt de la CJUE explique que le laboratoire pharmaceutique aurait dû être plus explicite dans son dépôt de brevet. La Cour a en quelque sorte « jugé que le Certificat Complémentaire de Protection sur le Truvada devrait être jugé nul », pour reprendre l'expression du juriste Matthieu Dhenne sur Twitter. Complexité du droit communautaire oblige, la balle est désormais dans le camp de la Haute Cour d'Angleterre. Si celle-ci émet un avis en accord avec le jugement de la CJUE, le Truvada perdra alors effectivement son brevet, rendant donc possible la vente de génériques pour une fraction du coût actuel du traitement au Royaume-Uni. La décision de la Cour de l'UE agissant comme un précédent dans le reste du bloc.

Une nouvelle qui se fête

Sur les réseaux sociaux, associations et militant.e.s ont laissé exploser leur joie (et leurs canons à paillettes) face à cette avancée historique qui pourrait bien avoir un impact décisif sur la propagation du virus en Europe : " ["post_title"]=> string(56) "PrEP : Gilead perd sa main mise sur le Truvada dans l'UE" ["post_excerpt"]=> string(246) "La fin d'un monopole, le début d'une PreP plus accessible en Europe ? Voilà une décision que les militant.e.s de la lutte contre le sida se permettent de fêter comme il se doit à la 22ème Conférence internationale sur le sida à Amsterdam." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(88) "gilead-perd-sa-main-mise-sur-le-truvada-dans-lue-la-prep-bientot-disponible-en-generique" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-30 10:06:09" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-30 08:06:09" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=12690" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Indétectable = intransmissible : une nouvelle étude d'ampleur confirme l'efficacité du traitement contre le VIH chez les gays

Publié le

L'étude Partner2, dévoilée cette semaine à Amsterdam dans le cadre de la Conférence internationale sur le sida, vient à nouveau confirmer l'efficacité du traitement antirétroviral dans la non transmission du VIH chez les gays.

Courtney Act video u equals u
Courtney Act dans une vidéo de sensibilisation pour promouvoir U=U - Capture d'écran Ending HIV NZ / YouTube

U=U. Pour celles et ceux d’entre vous qui ne connaissent pas encore la signification de cette équation, le second volet de l’étude Partner qui vient d’être dévoilé est l’occasion d’une séquence de rattrapage. En effet, la première étude Partner avait mis en lumière en 2016 que sur 56 000 rapports sexuels sans préservatifs dans des couples sérodifférents (un.e séropositif, l’autre séronégatif.ve), quand le ou la partenaire séropositif.ve était sous traitement depuis assez longtemps pour que sa charge virale soit indétectable, aucune transmission du VIH n’avait été observée. D’où le U=U, pour « Undetectable = Untransmissible » en anglais, soit « Indétectable = Intransmissible » (comprenez : charge virale indétectable = virus intransmissible).

Cette semaine, en pleine Conférence internationale sur le sida à Amsterdam, les résultats de l’étude Partner2 sont venus conforter les premières données positives de 2016. Car si l’effectif des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes était relativement faible dans Partner1, explique VIH.org, cette fois ils sont au cœur de l’étude.

Zéro transmission

783 couples masculins dans 14 pays européens différents, 75 000 rapports sexuels sans préservatif avec à chaque fois un partenaire séropositif sous traitement depuis quatre ans et dont la charge virale est indétectable et un partenaire séronégatif qui n’a pas pris la PrEP. Résultat : zéro transmission. Zé-ro. Seul bémol : 15 personnes ont découvert leur séropositivité, mais 11 d’entre elles ont indiqué avoir eu une relation sexuelle non protégée avec un autre partenaire. Des tests ont mis en évidence que ces cas de transmission ne sont pas le fait du partenaire régulier.


« Le temps des excuses est terminée »

« Avec ce nombre de rapports par an et par couple, si la charge virale des partenaires séropositifs n’avait pas été indétectable, nous aurions dû constater, selon les statistiques, environ 500 contaminations chez les partenaires séronégatifs passifs », a indiqué la chercheuse Alison Rodgers (University College London). « Il faudrait, pour ces couples, avoir des rapports sexuels pendant 419 ans pour qu’il y ait la possibilité d’une contamination », a-t-elle précisé, non sans ironie, dans des propos rapportés par VIH.org. Et de conclure : « Cette étude prouve définitivement que « Indétectable = intransmissible ». Le temps des excuses est terminée. Quand vous êtes sous ARV (antirétroviral), vous ne transmettez plus le virus. »

Pour en savoir plus sur U=U et le fait d’avoir une charge virale indétectable, Komitid vous recommande cette super vidéo de prévention avec la fantastique Courtney Act et réalisée par les Néo-zélandais (en anglais sans sous-titres) :