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Têtu fait son retour en kiosque entre continuité et réinvention

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Avec ce numéro 217 qui sort aujourd'hui en kiosque, quelle direction le nouveau Têtu, emblématique magazine gay, emprunte-t-il ?

Têtu retour kiosque
Le numéro 217 de Têtu - Fabien Jannic-Cherbonnel / Komitid

C’est un retour en grande pompe que s’offre le magazine Têtu. De nouveau en kiosque, le désormais trimestriel se relance aujourd’hui avec un format à mi-chemin entre la revue et le magazine. En une, pas de biceps saillant à l’horizon, ni d’abdos en béton armé, mais des twinks et de la tendresse (et aussi un chatoyant pull jaune poussin, numéro d’hiver oblige). Ce qui marque, c’est ce regard frontal orné de la mention en capitales « Et alors ? ».

Un « petit miracle »

Une une qui colle à l’actualité brûlante, à l’heure où la médiatisation des agressions LGBTphobes dans l’espace public n’a jamais été aussi forte. En édito, le rédacteur en chef Romain Burrel parle de ce numéro du renouveau comme d’un « petit miracle ». Un retour en arrière s’impose : après avoir été repris par Idyls Media en 2015, Têtu avait de nouveau mis la clef sous la porte en avril dernier. Une deuxième mort pour le média de référence gay. Quelques semaines plus tard, un collectif d’entrepreneurs a repris la main et une équipe de journalistes a été engagée pour relancer la partie web du titre. Cette fois sera-t-elle la bonne ?

Entre réinvention et continuité

À l’intérieur, on n’évite pas certains passages obligés pour ce magazine qui — s’il s’autoproclame « voix des LGBT+ et de la diversité » – reste une voix historiquement masculine et gay : conseils beauté et beaux mecs dans les pages mode sont toujours dans l’ADN de Têtu. Quelles originalités dans ce numéro ? Une belle enquête (signée par notre consœur et ancienne collègue de Komitid Anne-Laure Pineau) sur les nouvelles définitions de la famille, 30 portraits de personnalités qui comptent (et où toutes les lettres de l’acronyme LGBTQIP… ont leur place), une chronique signée Baptiste Beaulieu, ou encore un drag-dépucelage avec le journaliste Alexis Patri, devenue le temps d’une soirée Elixir Matri.

Une réinvention ? Peut-être pas, mais un titre qui parvient à flairer l’air du temps et semble vouloir poursuivre le travail engagé par la précédente rédaction (sous la houlette d’Adrien Naselli) : un magazine gay capable d’ouverture en ouvrant ses colonnes à l’ensemble des enjeux qui traversent la communauté LGBT+, à l’image de son site web très réactif en la matière.

Les ancien.ne.s de Têtu en colère

La sortie du nouveau Têtu s’accompagne d’ailleurs de quelques grincements de dents. Le 11 novembre dernier, la rédaction annonçait son intention d’offrir la version PDF du numéro 216 (daté de l’automne 2017 et donc le dernier avant la liquidation de l’ancienne société éditrice) si la cagnotte Ulule dépassait les 2500 contributeurs et contributrices. Un numéro présenté comme « unique et collector »… qui était pourtant déjà sorti en version payante et en ligne.

La décision ne passe pas auprès des journalistes et pigistes qui ont collaboré à ce numéro — et ce dans des conditions difficiles – et qui n’ont à ce jour jamais été payé.e.s. « Cette nouvelle est tombée le jour où un mail des créanciers nous apprenait que nous avions loupé l’échéance pour réclamer l’argent qui nous est normalement dû depuis un an, échéance qui ne nous avait jamais été communiquée par les créanciers ou la direction » rappelle l’un d’eux dans un post Facebook. Contacté par Komitid, Romain Burrel n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

  • phil86

    Je préfère Komitid qui balaie tout le spectre LGBTQI au lieu de se limiter aux seuls G. Un milieu gay en perdition d’ailleurs enfermé dans des cases virtuels sur Grindr et ultra discriminant. Je ne m’y reconnais plus. Quant au milieu associatif LGBT j’ai eu affaire dans ma ville à des assos qui pratiquent en interne l’inverse des valeurs qu’elles prétendent défendre en façade ce qui leur enlève toute crédibilité et toute éthique. Bref je ne m’investirai plus pour les causes LGBT.

  • arnosa

    D. Lestrade avait dit a la suite de la premiere mort de Tetu: « le titre a vécu parce qu’il était coincé du cul ». Esperons qu’il va se decoincer! Longue vie a votre confrère