Lucas Larochelle : La plupart de mes projets artistiques démarrent avec l’envie d’explorer un sentiment. Et ces sentiments sont souvent liés à une histoire. Il existe un arbre dans le parc Jeanne Mance de Montréal. C’est là que j’ai rencontré mon/ma premièr.e partenaire. C’est aussi là que nous avons eu des questions importantes concernant mon identité de genre. Dans un sens, cet arbre m’a affirmé dans mon identité queer, et celle-ci existe dans cet espace.

«Nous devons arrêter de décider que quelque chose est important et que quelque chose ne l’est pas. »

C’est là que j’ai commencé à réfléchir à tous ces endroits, marqués par ces expériences. Par exemple, les contradictions de la ville dans laquelle j’ai grandi : l’endroit où quelqu’un est sorti du placard, la boutique dans laquelle les gens étaient discriminants, celles où ils et elles l’étaient. Comment, en somme, la ville a ouvert un nouveau chapitre de ces vies. Je me suis donc demandé ce qu’il se passerait si toutes ces histoires queer étaient connectées entre-elles. Mon travail est aussi une recherche de ce qu’est un endroit queer.

Qu'est-ce qu'un endroit queer ?

La première idée qui vient à l’esprit, ce sont les quartiers LGBT et gay. Mais cette uniformité est en train de se perdre, parce que ces quartiers sont des zones commerciales. Rendre la ville plus queer c’est parler de fluidité et d’espace : nous devons le partager et le penser comme espace colonisé. Ce qui est certain, c’est que l’identité queer ne quitte pas un espace, elle y adhère. Et c’est ça que je voulais archiver. Le but du projet est de lier à la fois ce qui est local et ce qui est partout.

Nous devons arrêter de décider que quelque chose est important et que quelque chose ne l’est pas. Quand j’ai créé ce projet il y a un an, il s’agissait juste d’une carte de ma ville avec ma propre expérience. J’aime beaucoup l’art participatif et je pense que les choses sont plus intéressantes lorsqu’elles connectent des milliers de personnes. C’est pour cela que j'ai ouvert le portail, et que nous avons commencé à voir des points apparaitre à Turano, Vancouver ou en Australie.

[caption id="attachment_9123" align="aligncenter" width="1602"] Un océan d'amour - Capture Queering the map- Lucas La Rochelle / Queering the map[/caption]

Le succès a-t-il tout de suite été au rendez-vous ?

Nous avons atteints les 600 points en six mois. Il y a deux mois, un DJ de Montréal a partagé le projet sur Facebook et Instagram, en trois jours nous avions 10 000 partages sur Facebook et nous sommes passés à 6 500 points sur le site. Je pense que le fait que cela soit anonyme explique beaucoup.

« Quelqu’un a taggé l’espace en disant "l’espace est l’endroit le plus queer de la planète" »

L’aspect ludique, gratuit et anonyme, ainsi que l’humour des gens est ce qui le rend intéressant et positif, je pense. J’ai été impressionné par la résilience et l'humour des internautes. Je n’arriverais pas à choisir une histoire. Quelqu’un a taggé l’espace en disant « l’espace est l’endroit le plus queer de la planète », une autre personne d’Antarctique en disant que des pingouins gays y vivaient. Aujourd'hui, on a 19500 posts sur la carte !

En quoi votre travail est-il politique selon vous ?

La récupération virtuelle de l’espace, l'envie d’explorer l'espace queer à un niveau communautaire, d'archiver des histoires et des expériences n'est pas suffisamment considéré comme un acte de résistance. Toutes les personnes queer créent en permanence de l’histoire queer, il et elles n’ont même pas besoin d’utiliser le mot queer pour se définir. Cette réflexion est basée sur les expériences vécues. La plupart d’entre nous ne peuvent pas être radicaux et radicales, si nous ne pensons pas au politique derrière toute chose : Google Maps est une vision colonisée du monde. Nous rendons plus queer et plus intimes des cartes du monde qui ont été volées aux populations minorisées, comme les populations indigènes. Ce qui veut dire qu’un espace queer peut aussi être un espace colonisé.

Sur quoi allez-vous travailler ensuite ?

Je vais continuer de travailler sur des workshop que je fais avec l'université de Montréal. Pour Queering the map, ce projet coûte de l’argent et j’aimerais le voir grandir et devenir une proposition d'archive crédible et en croissance, je vais donc lancer une page Go Fund Me. Je vais également continuer mes recherches sur les corps queer et la technologie. Je me demande par exemple comment pourrait-on penser le rapport du corps queer aux objets, en tant qu'extension du soi. En somme penser la relation queer à la technologie. [caption id="attachment_9124" align="aligncenter" width="1560"] Un océan d'amour - Capture Queering the map- Lucas La Rochelle / Queering the map[/caption]" ["post_title"]=> string(87) "« Queering the Map » ou comment repenser le territoire quand on est invisibilisé.e.s" ["post_excerpt"]=> string(345) "« Queering the map », c'est une carte interactive permettant à tous et toutes d'inscrire un moment important de sa vie qui, de minoritaire, rejoint une histoire collective. Une initiative qui s'inscrit dans une tradition des cartes sensibles, permettant aux groupes minorisés et invisibilisés d'exister dans des mediums inventés par eux. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(39) "queering-the-map-cartographie-interview" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-06-12 15:51:17" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-06-12 13:51:17" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=9079" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15276 (24) { ["ID"]=> int(9784) ["post_author"]=> string(1) "4" ["post_date"]=> string(19) "2018-06-19 21:58:23" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-06-19 19:58:23" ["post_content"]=> string(5056) "Visibilité. La deuxième cérémonie des OUT d'or, qui récompense la visibilité LGBT+ dans les médias, vient de s'achever. Organisée par l'Association des journalistes LGBTI (AJL) depuis l'année dernière, l'édition 2018 a récompensé de nombreuses personnalités de Jonas Ben Ahmed à Eddy de Pretto en passant par Élodie Font. En attendant un récap' plus complet, Komitid vous propose déjà de découvrir tous les lauréats et lauréates.
  • OUT d’or de la personnalité de l’année – Prix du public 
Jonas Ben Ahmed, qui a été le premier acteur trans dans une série française, Plus Belle La Vie.
  • OUT d’or de la presse étrangère
Victorieux dans cette catégorie, la rédaction d’El País. Le quotidien espagnol avait publié le 26 avril 2018 une vidéo intitulée « journée de la visibilité lesbienne : 26 femmes font face ».
  • OUT d’or de la personnalité sportive
C'est Marinette Pinchon, ancienne capitaine de l’équipe de France de football, qui remporte ce prix. Elle a été l'une des premières sportives françaises de haut niveau à faire son coming out. Elle est aussi l'auteure de Ne jamais rien lâcher, publié cette année.
  • OUT d’or du documentaire
La journaliste Elodie Font remporte haut la main cette catégorie pour sa série de podcast Il était une fois la PMA  diffusée par Cheek Magazine ainsi que pour Coming In diffusé sur Arte Radio.
  • OUT d’or de la chaîne YouTube
C'est MX Cordelia qui remporte le prix avec ses deux chaînes. La première Cordélia aime parle des meilleurs livres queer. La seconde Princ(ess)e s'intéresse aux questions de sexe des minorités de genre et sexuelles.
  • OUT d’or de l’enquête/reportage
Grandes gagnantes de ce prix : Marie-Violette Bernard et Louise Hemmerlé pour leur reportage « Le malaise des patients LGBTI chez le médecin » publié par franceinfo.
  • OUT d’or du coup de gueule
C'est Giovanna Rincon, militante pour les droits des trans, qui repart avec un OUT d'or pour sa vidéo dénonçant l’insécurité des femmes transgenres dans l’espace public.
  • OUT d’or du dessin engagé
C'est le livre Chroniques d’une citoyenne engagée, et évidemment son auteure Muriel Douru, qui repartent victorieuse.
  • OUT d’or de la rédaction engagée
Féliciations à nos confrères et consoeurs de RTL Girls qui traite fréquemment, et très bien, des questions liées au genre, au féminisme et aux questions des minorités.
  • OUT d’or de la création artistique
L'AJL a décidé de remettre deux prix dans cette catégorie. Sont donc récompensés, Eddy de Pretto pour Cure et Soufiane Ababri pour ses séries Bed Work et Haunted Lives. Tel deux pendants d'une même pièce, les deux artistes déconstruisent la masculinité toxique de nos sociétés actuelles. Pour revivre la cérémonie en entier, direction la page Facebook des OUT d'or 2018.    " ["post_title"]=> string(86) "Eddy de Pretto, Jonas Ben Ahmed... voici les lauréats et lauréates des OUT d'or 2018" ["post_excerpt"]=> string(209) "Organisée par l'Association des journalistes LGBTI depuis l'année dernière, l'édition 2018 a récompensé de nombreuses personnalités out, de Jonas Ben Ahmed à Eddy de Pretto en passant par Élodie Font." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(25) "les-laureats-out-dor-2018" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-06-20 16:13:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-06-20 14:13:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=9784" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15273 (24) { ["ID"]=> int(9844) ["post_author"]=> string(1) "4" ["post_date"]=> string(19) "2018-06-20 17:38:43" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-06-20 15:38:43" ["post_content"]=> string(7868) "« Ce soir on est fier.e.s et on pavoise ! ». Il faisait chaud dans cette salle de la Maison des métallos dans le 11e à Paris, où étaient réuni.e.s ceux et celles qui oeuvrent à rendre visibles les personnes LGBT+ pour la deuxième édition des OUT d'or. Organisée par l'Association des journalistes LGBTI (AJL) mardi 19 juin à Paris, la cérémonie récompense la visibilité LGBT+ dans l'espace public et médiatique. Virevoltante, engagée, drôle et aussi touchante, la cérémonie était animée, comme l'année dernière, par la journaliste Marie Labory, cette fois épaulée par la metteuse en scène et performeuse Rébecca Chaillon. Au programme de la soirée, de la diversité, le rappel que « quand on se montre on est parfois vu.e.s et entendu.e.s », mais aussi de l'orangeade, offerte à ceux et celles qui parleraient pendant trop longtemps. Ému, Jonas Ben Ahmed l'était lorsqu'il a reçu le prix de la personnalité de l'année, décerné par le public, des mains d'Amandine Gay, récompensée l'année dernière pour son documentaire Ouvrir la voix. « Nous le méritons tous », a expliqué l'acteur ouvertement trans, révélé par la série Plus Belle la Vie sur France 3, qui nous a confié « ne pas y croire ». Il y avait aussi Élodie Font, doublement récompensée pour sa série documentaire sur la PMA sur Cheek Magazine et son podcast Coming in, qui a souligné avoir été surprise « qu'en 2017 il y ait encore besoin de ça, parce c'est encore compliqué de s'assumer aujourd'hui ».

Célébration, mais pas d'auto-célébration

En s'enchainant, les discours ont montré une belle diversité de têtes, de genres et de propos. Un passage de l'équipe d'El País, récompensée pour une vidéo sur la journée de la visibilité lesbienne, a été l'occasion d'appeler les femmes à se faire entendre dans les rédactions. Et la victoire de l'enquête de franceinfo sur le malaise des personnes LGBT+ chez le médecin, a permis à Louise Hemmerlé, l'une des deux auteures du papier, de rappeler que « le temps d'investigation » est « un luxe indispensable » pour produire des papiers de qualité. Célébration, oui. Mais pas d'auto-célébration. Celles et ceux qui auraient pu craindre d'assister à un entre-soi parisiano-centré n'auront pu que constater une réelle diversité dans les personnalités invité.e.s et les discours prononcés. Comme celui des membres du Bureau d'Accueil et d'Accompagnement des Migrant.e.s (BAAM), monté.e.s sur scène pour rappeler le triste sort des migrant.e.s LGBT+ et de décerner le prix « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais » à Anne Hidalgo pour son « non accueil des mineurs isolés ». Ou ce moment solennel pendant lequel l'activiste Giovanna Rincon d'Acceptess-T, récompensée pour son coup de gueule sur l'insécurité des femmes trans, a pris le temps de parler de l'impact de la loi de la pénalisation des clients sur les travailleurs et travailleuses du sexe. Un message que n'aura pas entendu la ministre des Sports Laura Flessel, partie immédiatement après avoir remis un prix.

« Fierté hétéro »

Et puis il y a aussi eu beaucoup d'éclats de rires. Des rires francs pendant les blagues de Marie Labory (« Je suis lesbienne mais j'ai quand même le droit d'être une mauvaise mère ») et de Rébecca Chaillon. Des rires jaunes lors de la présentation d'un montage réalisé par l'INA, montrant l'évolution du traitement consacré à l'homosexualité à la télévision. 40 ans plus tard, l'expression « dévirilisation massive » fait toujours son effet. Des rires gênés, aussi, lors du discours d'Antoine Daccord qui s'est dit « très fier d'être un garçon hétéro ». Le directeur de la rédaction de RTL.fr était venu chercher le prix de la rédaction engagée pour RTL Girls à la place d'Arièle Bonte. Marie Labory n'a d'ailleurs pas manqué de lui envoyer un « y'a pas d'quoi » pas piqué des hannetons.
« Il y a dix ans elle serait morte au bout du deuxième épisode écrasée par un Motobécane. »
On n'oubliera pas non plus Marianne James, venue remettre le prix du dessin engagé, qui s'est amusée à chanter le nom des OUT d'Or, Nadia Daam, heureuse d'être dans un endroit safe et Camille Cottin, qui ont été accueillies avec enthousiasme. « Mon personnage sera de retour dans la saison 3 », a souligné l'actrice qui incarne Andréa Martel, son personnage ouvertement lesbien dans la série Dix pour cent sur France 2. « Il y a dix ans elle serait morte au bout du deuxième épisode écrasée par un Motobécane ». Drôle ? Oui, mais aussi l'occasion de mesurer l'avancée en terme de visibilité LGBT+. Les lumières se rallument, les regards se croisent et les sourires sont sur toutes les lèvres. L'essai est transformé, alors on va boire un verre (puis deux, puis trois) pour célébrer cette belle réussite ? « L'année prochaine au Zenith », entend-on entre deux coupes de soupe angevine. Chiche ? " ["post_title"]=> string(100) "Entre émotion, engagement et célébration, les OUT d'or ont fait fort pour leur deuxième édition" ["post_excerpt"]=> string(180) "Les OUT d'or 2018 c'est terminé. Komitid y était et vous raconte la soirée qui a réunit de nombreuses personnalités, notamment Camille Cottin, Jonas Ben Ahmed et Amandine Gay." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(19) "out-or-soiree-recap" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-06-20 17:45:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-06-20 15:45:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=9844" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15292 (24) { ["ID"]=> int(3602) ["post_author"]=> string(1) "6" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-12 15:20:36" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-12 13:20:36" ["post_content"]=> string(7840) "JB est « pédé, militant, bénévole et pion, pour remplir le frigo ». Issu de la vieille aristocratie de campagne, à Caen, il a puisé la force de son engagement lors des manifs de La Manif pour tous, face à une famille qui en était. D’abord très actif sur le Twitter queer et féministe, il est à présent engagé au Planning Familial du Calvados et au Centre LGBTI de Normandie. Il est aussi co-organisateur de soirées « Drama Queer » dans sa ville. Ce jeune militant tout-terrain nous raconte son parcours, et son quotidien militant, non loin de la Manche. J'ai commencé à militer au moment du mouvement réactionnaire de La Manif pour tous, fin 2012. Je ne supportais plus d'avoir à esquiver les questions de ma famille qui ne comprenait pas pourquoi ces manifs auxquelles elle participait me blessaient autant. J'ai pris la colère que j'avais en moi et me suis engagé dans l'asso LGBT étudiante de ma fac. Puis il y a eu Twitter, qui a été pour moi un lieu de ressources et d'informations formidable. J'ai eu le sentiment d’y gagner des années d'apprentissage, de réflexions militantes. Les manifs, elles, m'ont apporté une concrétisation physique et collective de mes objectifs militants. Je suis passé d'un militantisme solitaire à un militantisme collectif, où la charge mentale et morale de la lutte était partagée. Aujourd’hui, je suis aussi bénévole au Centre LGBTI de Normandie et au Planning Familial, qui m'emploie par intermittence. Avec le CLGBTI, je participe à la représentativité des personnes LGBTI dans l'espace public, j'aide à l'organisation de manifs, comme la Marche des Fiertés de Caen. Je prends aussi part à des débats publics autours de films, pour porter dans les médias nos revendications de justice sociale. Je m'associe également à la lutte contre l'isolement et à l'accompagnement des personnes queer, sur des questions tant sociales que juridiques ou de santé. Au Planning, j’anime aussi des formations pour apprendre à reconnaître, décortiquer, répondre et lutter contre les discriminations liées aux genre, à la sexualité, ou les deux. J'analyse, avec des pros de l'éducation ou du monde médico-social, l'impact de la masculinité hégémonique, de l'hétérosexisme dans la vie de leurs publics, notamment dans leur sexualité. Il m'arrive d'animer des formations en établissements scolaires, par exemple, ou des accueils et de suivi sur les questions de contraception, d’accès à l'IVG, de rapport au corps, au couple… Je participe aussi à un programme d'accompagnement social et de prévention en santé sexuelle des travailleuses et travailleurs du sexe.
Comme pour les femmes et les personnes racisé.e.s, nos luttes sont perçues comme un combat de second plan
Ayant quasi exclusivement vécu en dehors de Paris je ne peux que comparer ce que je vois quand je m'y rends avec ce que je vis à Caen, qui n'est pas un territoire plus représentatif que Paris de ce qu'il se passe partout en France. Sans pour autant dire que tout va bien en région parisienne, l'existence de lieux pour se retrouver diminue vraiment le sentiment de solitude. Là où j'ai le sentiment de pouvoir disparaître dans la foule à Paris, j'ai l'impression de m'exposer, d'être vulnérable et stigmatisé sur Caen. À chaque fois que je me rends sur Paris, je prends conscience de m'être habitué à avoir peur et honte d'occuper l'espace public. J’ai toujours ce fort sentiment de ne pas y être à ma place. En gros, j'ai l'impression qu'on me dit « C’est pas un problème que tu sois queer en province, tant que ça ne se voit pas ! ». De plus, ma ville a été un bastion de La Manif pour tous, ce qui a créé pour nous, un climat de méfiance par rapport au reste de la société. Mais il n'y a pas que les mouvements réactionnaires, affiliés ou proches de la droite parlementaire qui nous renvoient cette impression pesante. Il y a celles et ceux qu'on dérange en silence et qui se joignent aux réacs' quand on est trop visibles ou qu'on demande à être pris.e.s en compte dans les débats. Comme pour les femmes et les personnes racisé.e.s, nos luttes sont perçues comme un combat de second plan, dont on s'occupe après, et ça, quand on est tout bonnement pas considéré.e.s comme une diversion des « vrais combats ».
Les Prides locales représentent (...) le seul temps d'occupation de zones qui nous sont encore globalement hostiles
Nos grands enjeux sociaux et politiques se jouent pas ailleurs qu'à Paris, ce qui nourrit un sentiment d'impuissance face à nos difficultés. Les grandes questions nationales dépassent nos moyens et revendications locales et semblent de toute façon être décidées sans nous. Là où sont souvent défendues des questions assez poussées sur la scène parisienne, nous en sommes encore à lutter pour plus de visibilité dans l'espace public. C'est pour ça que nos Prides locales sont importantes : elles représentent pour beaucoup le seul temps d'occupation de zones qui nous sont encore globalement hostiles. Les difficultés qu'on ressent à exister ne tiennent pas tant aux propos LGBTIphobes, qu’à un refus global de prise en compte de notre existence. Les soirées « Drama Queer » organisées avec les potes et camarades sont une des réponses à tout ça. C'est à la fois un moyen de se réapproprier des espaces qui ne nous sont pas destinés, une façon de se détendre et de lutter contre l'isolement sur la place caennaise, dans un climat de lutte constante. On avait surtout envie de faire la fête, et tant qu'à faire, la faire sans se faire emmerder. Avec les autres co-orgas, on ne savait pas où ni quand, puisqu'il n'y avait rien pour nous, alors on a décidé d’organiser nous-mêmes ces soirées queer qui nous manquaient.
Nous n'avons pas à justifier notre droit d'exister !
Militer, disons-le franchement, c'est chronophage et énergivore, mais ça vaut vraiment le coup. Mon conseil à celles et ceux qui voudraient mettre les mains à la pâte ? Ne restez pas seul.e.s. Essayez de trouver des personnes avec qui vous pouvez verbaliser vos craintes, vos peurs, vos joies. Vous allez être confronté.e.s à autant de propos et des situations angoissantes et violentes qu'à des moments intenses de pur bonheur. Et probablement un paquet d’autres moments improbables qui vous donneront envie de rire. Et n'oubliez pas : nous n'avons pas à justifier notre droit d'exister ! Pour autant, prenez garde à ne pas vous oublier. C’est vraiment important de se ressourcer, car nos combats sont de plus en plus longs et éreintants. Si on veut pouvoir tenir en continuant de lutter, il faut savoir prendre soin de soi. Et ce, que ce soit par le biais de temps festifs, ou de repos. Trouver son processus de self-care est très important : personnellement, je lâche prise en jouant à Donjons & Dragons avec mon coloc’ et mes potes. D’ailleurs je crois fermement que le care peut, et devrait, aussi être collectif. En prenant soin des autres, en allant chercher chez elles et eux ce que l’on n’arrive pas à se donner soi-même ou en leur donnant ce qu'ils et elles ne se donnent pas.

Propos recueillis par Olga Volfson.

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« Quouïr », un nouveau podcast de Nouvelles Écoutes pour « faire entendre » les personnes LGBT+

Publié le

Komitid dévoile en exclusivité la mini série « Quouïr » de la journaliste Rozenn Le Carboulec. L'émission donnera la parole à six personnes LGBT+ qui raconteront leur vécu. Et nous avons la bande-annonce en exclusivité.

Qu'ouïr
Rozenn Le Carboulec est derrière le podcast « Qu'ouïr » - Nouvelles Écoutes

Queer, qu’ouïs-je ? Quouïr ne vous dit encore rien, mais l’émission va bientôt devenir votre podcast de l’été préféré. Produite par Nouvelles Écoutes (La Poudre, notamment), les six épisodes raconteront le vécu, le coming-out et les expériences de six personnes LGBT+ différentes, venant des quatre coins de la France.

Pensé et réalisé par la journaliste Rozenn Le Carboulec, passée par Buzzfeed, l’Obs et Bastamag, le projet veut « faire entendre » les personnes LGBT+ « dans toute leur diversité ». Le premier épisode sera disponible le 5 juillet prochain et en attendant, Komitid vous dévoile en exclusivité la bande-annonce de Quouïr. Mais écoutez plutôt :

Impatient.e.s ? Vous pouvez d’ors et déjà vous abonner au podcast sur Apple Podcasts directement ici. La rédaction a également pu joindre par téléphone Rozenn Le Carboulec, spécialiste des sujets de société, queers et féministes, qui nous a expliqué pourquoi elle a eu envie de créer Quouïr.

 

C’est quoi Quouïr ?

Rozenn Le Carboulec : C’est un podcast en six épisodes, dans lequel des personnes LGBT+ vont raconter la manière dont elles ont découvert leur genre et leur sexualité, et la façon dont elles en ont parlé à leur proche. En d’autres termes, la manière dont elles ont fait leur coming out. Ce sera des histoires avec des profils et des vécus différents, qui viennent de toute la France. Ça me semblait important de ne pas avoir un podcast parisiano-centré et de s’éloigner un peu pour aller voir ce qu’il peut se passer dans d’autres régions.

C’était important pour vous de faire un podcast queer sur ces questions-là ?

« Il est nécessaire d’occuper le terrain sur ces thématiques-là »

Oui, c’était important. D’abord, parce que je suis lesbienne, et que je vais le dire dans le podcast. Ce sera un peu mon coming out à moi (rires), parce que je n’ai pas forcément l’habitude d’être visibilisée là-dessus d’un point de vue personnel. Et puis c’est important, parce qu’il existe très peu de contenus LGBT+ encore aujourd’hui en France. Il y a peu de podcasts sur ces questions, à part quelques très bonnes émissions sur des radios associatives. Et puis l’actualité nous démontre chaque jour la nécessité de la prise de parole des personnes LGBT+. On l’a vu encore avec le tag homophobe dans le Marais, avec l’enquête Ifop qui confirme que la moitié des personnes LGBT+ ont subi une agression physique. Tout ça montre que l’homosexualité, la bisexualité et la transidentité sont loin d’être totalement acceptées aujourd’hui en France en 2018 et qu’il est nécessaire d’occuper le terrain sur ces thématiques-là.

Six épisodes, six personnes différentes… Sans spoiler nos lecteurs et lectrices, y-a-t‘il une personne en particulier qui vous a touchée ?

Je ne veux rien spoiler. Mais je vais dire que les six interviewés ont des vécus différents qui m’ont tous touchés à leur façon. J’ai dû faire des choix pour ce podcast. Six personnes au final, c’est très peu. Et ça n’a d’ailleurs pas du tout vocation à représenter l’ensemble de la communauté LGBT+, c’est impossible d’être exhaustif en six épisodes. Mais quand j’ai lancé l’appel à témoignages l’année dernière, j’ai eu beaucoup de retour et ça m’a montré qu’il y avait vraiment une nécessité de prise de parole des personnes concernées sur ces thématiques-là. Ce qui m’a encore motivée à lancer ce projet.

Travailler avec Nouvelles Écoutes, c’était quelque chose d’évident pour vous ?

Pour ce projet, il me semblait important de me tourner vers des gens dont j’étais certaine qu’ils allaient être respectueux et bienveillants vis-à-vis des thématiques choisies et des personnes interviewées. Vu les contenus qu’ils publient, comme La Poudre, qui est un podcast totalement féministe animé par Lauren Bastide, je me disais que je pourrais être libre et respectée dans mes choix.