Lucas Larochelle : La plupart de mes projets artistiques démarrent avec l’envie d’explorer un sentiment. Et ces sentiments sont souvent liés à une histoire. Il existe un arbre dans le parc Jeanne Mance de Montréal. C’est là que j’ai rencontré mon/ma premièr.e partenaire. C’est aussi là que nous avons eu des questions importantes concernant mon identité de genre. Dans un sens, cet arbre m’a affirmé dans mon identité queer, et celle-ci existe dans cet espace.

«Nous devons arrêter de décider que quelque chose est important et que quelque chose ne l’est pas. »

C’est là que j’ai commencé à réfléchir à tous ces endroits, marqués par ces expériences. Par exemple, les contradictions de la ville dans laquelle j’ai grandi : l’endroit où quelqu’un est sorti du placard, la boutique dans laquelle les gens étaient discriminants, celles où ils et elles l’étaient. Comment, en somme, la ville a ouvert un nouveau chapitre de ces vies. Je me suis donc demandé ce qu’il se passerait si toutes ces histoires queer étaient connectées entre-elles. Mon travail est aussi une recherche de ce qu’est un endroit queer.

Qu'est-ce qu'un endroit queer ?

La première idée qui vient à l’esprit, ce sont les quartiers LGBT et gay. Mais cette uniformité est en train de se perdre, parce que ces quartiers sont des zones commerciales. Rendre la ville plus queer c’est parler de fluidité et d’espace : nous devons le partager et le penser comme espace colonisé. Ce qui est certain, c’est que l’identité queer ne quitte pas un espace, elle y adhère. Et c’est ça que je voulais archiver. Le but du projet est de lier à la fois ce qui est local et ce qui est partout.

Nous devons arrêter de décider que quelque chose est important et que quelque chose ne l’est pas. Quand j’ai créé ce projet il y a un an, il s’agissait juste d’une carte de ma ville avec ma propre expérience. J’aime beaucoup l’art participatif et je pense que les choses sont plus intéressantes lorsqu’elles connectent des milliers de personnes. C’est pour cela que j'ai ouvert le portail, et que nous avons commencé à voir des points apparaitre à Turano, Vancouver ou en Australie.

[caption id="attachment_9123" align="aligncenter" width="1602"] Un océan d'amour - Capture Queering the map- Lucas La Rochelle / Queering the map[/caption]

Le succès a-t-il tout de suite été au rendez-vous ?

Nous avons atteints les 600 points en six mois. Il y a deux mois, un DJ de Montréal a partagé le projet sur Facebook et Instagram, en trois jours nous avions 10 000 partages sur Facebook et nous sommes passés à 6 500 points sur le site. Je pense que le fait que cela soit anonyme explique beaucoup.

« Quelqu’un a taggé l’espace en disant "l’espace est l’endroit le plus queer de la planète" »

L’aspect ludique, gratuit et anonyme, ainsi que l’humour des gens est ce qui le rend intéressant et positif, je pense. J’ai été impressionné par la résilience et l'humour des internautes. Je n’arriverais pas à choisir une histoire. Quelqu’un a taggé l’espace en disant « l’espace est l’endroit le plus queer de la planète », une autre personne d’Antarctique en disant que des pingouins gays y vivaient. Aujourd'hui, on a 19500 posts sur la carte !

En quoi votre travail est-il politique selon vous ?

La récupération virtuelle de l’espace, l'envie d’explorer l'espace queer à un niveau communautaire, d'archiver des histoires et des expériences n'est pas suffisamment considéré comme un acte de résistance. Toutes les personnes queer créent en permanence de l’histoire queer, il et elles n’ont même pas besoin d’utiliser le mot queer pour se définir. Cette réflexion est basée sur les expériences vécues. La plupart d’entre nous ne peuvent pas être radicaux et radicales, si nous ne pensons pas au politique derrière toute chose : Google Maps est une vision colonisée du monde. Nous rendons plus queer et plus intimes des cartes du monde qui ont été volées aux populations minorisées, comme les populations indigènes. Ce qui veut dire qu’un espace queer peut aussi être un espace colonisé.

Sur quoi allez-vous travailler ensuite ?

Je vais continuer de travailler sur des workshop que je fais avec l'université de Montréal. Pour Queering the map, ce projet coûte de l’argent et j’aimerais le voir grandir et devenir une proposition d'archive crédible et en croissance, je vais donc lancer une page Go Fund Me. Je vais également continuer mes recherches sur les corps queer et la technologie. Je me demande par exemple comment pourrait-on penser le rapport du corps queer aux objets, en tant qu'extension du soi. En somme penser la relation queer à la technologie. [caption id="attachment_9124" align="aligncenter" width="1560"] Un océan d'amour - Capture Queering the map- Lucas La Rochelle / Queering the map[/caption]" ["post_title"]=> string(87) "« Queering the Map » ou comment repenser le territoire quand on est invisibilisé.e.s" ["post_excerpt"]=> string(345) "« Queering the map », c'est une carte interactive permettant à tous et toutes d'inscrire un moment important de sa vie qui, de minoritaire, rejoint une histoire collective. Une initiative qui s'inscrit dans une tradition des cartes sensibles, permettant aux groupes minorisés et invisibilisés d'exister dans des mediums inventés par eux. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(39) "queering-the-map-cartographie-interview" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-06-12 15:51:17" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-06-12 13:51:17" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=9079" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Pour Tim Cook, être gay est un « cadeau de Dieu »

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Le PDG d'Apple a expliqué pourquoi il avait choisi de faire son coming out il y a quatre ans.

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Tim Cook en interview avec Christiane Amanpour - CNN

Presque quatre ans jour pour jour après avoir fait son coming out, le PDG d’Apple Tim Cook s’est de nouveau exprimé sur le sujet : « J’en ai parlé publiquement parce que je commençais à recevoir des histoires d’enfants qui lisaient sur internet que j’étais gay », a-t-il déclaré lors d’une interview exclusive avec la journaliste Christiane Amanpour pour CNN. « Ils subissaient du harcèlement, avaient le sentiment d’être rejetés par leur famille, avaient des pensées suicidaires… Ça m’a bouleversé et je me suis dit… vous savez je suis quelqu’un de réservé, je n’en ai parlé que dans mon cercle proche. Et j’ai commencé à trouver que c’était égoïste. Il fallait que je fasse quelque chose de plus grand, je devais faire quelque chose pour eux, leur montrer qu’on peut être gay et aussi avoir un travail important. »

« Le sentiment de faire partie d’une minorité »

Pourtant, en faisant son coming out, le patron de la marque à la pomme ne se voulait pas un exemple pour ses pairs : « Je ne l’ai pas fait pour que d’autres PDG le fassent ! Ce n’est pas ce que j’avais en tête. J’étais le premier, ça peut paraître choquant, mais j’étais le premier. Et j’en suis très fier, pour moi c’est le plus grand cadeau de Dieu ! » Il assure qu’être out a été bénéfique dans son rapport aux autres : « J’ai appris ce que ça signifie d’être une minorité », a-t-il confié. « Le sentiment de faire partie d’une minorité vous donne un niveau d’empathie pour les autres qui ne sont pas dans la majorité. »

Réaction à la politique transphobe de Trump

Christiane Amanpour l’a aussi questionné sur la récente révélation du New York Times quant au mémo du ministère de la Justice qui viserait à adopter une définition uniforme du mot sexe dans toutes les agences fédérales, une décision qui mettrait gravement en danger les personnes trans aux États-Unis. « Ma conviction est que chaque personne doit être traitée avec dignité, et c’est ainsi que je m’adresse à chacune, peu importe leur orientation sexuelle, leur religion, leur genre, leur histoire ethnique, peu importe leur identité de genre, peu importe. C’est comme ça que je vois les choses. »