Rassemblement contre les LGBTphobies à Paris : des milliers de manifestant.e.s et des discours pas toujours consensuels

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Les associations LGBT+ étaient au rassemblement contre les LGBTphobies ce dimanche à Paris. Dans les prises de parole, les divergences étaient flagrantes.

Rassemblement contre les LGBTphobies / Photo: Christophe Martet

Mise à jour le 23 octobre à 9h30 : l’article a été modifié. Changement de nom pour l’association Handi-Queer

Un rassemblement préparé à la hâte mais qui semble avoir été une réussite. Plusieurs milliers de personnes (selon la police) se sont retrouvées sur la place de la République – enfin sur une fraction de la place, occupée par ailleurs par une opération commerciale – pour dénoncer la vague d‘agressions homophobes de ces dernières semaines.

Invitée ce matin sur France Inter, Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a réagi en condamnant « sans ambiguïté » les actes mais aussi l’ensemble des propos homophobes car, a-t-elle expliqué, « il y a une sorte de continuum de l’homophobie qui commence par des propos homophobes qui tentent de légitimer ensuite le passage à l’acte ». Mais à la question de savoir si les pouvoirs publics allaient répondre positivement aux revendications des associations  Marlène Schiappa a botté en touche, expliquant que l’heure était encore aux discussions.

« Nous demandons une condamnation plus systématique en particulier quand le discours vient de l’église, qui est entendue et qui a un poids. »

Joël Deumier, président de SOS homophobie, a rappelé certaines de ces demandes dans son intervention, la première d’une longue série. Il a insisté en particulier sur la demande d’une campagne nationale de sensibilisation sur les LGBTphobies urgent : on ne peut pas compter sur les associations, l’état doit conduire ses propres politiques publiques. Puis il s’est livré à un exercice de Name and Shame pour dénoncer la persistance dans le débat public du discours LGBTphobe : « Des gens contribuent à diffuser la parole homophobe : je pense au pape, à l’église catholique, à la conférence des évêques de France, à Marcel Campion, à La Manif pour tous, à Alliance Vita, qui contribuent à nourrir l’homophobe. Nous demandons une condamnation plus systématique en particulier quand le discours vient de l’église, qui est entendue et qui a un poids. » Une phrase particulièrement applaudie.

Il a conclu son discours en rappelant l’assassinat, en août dernier, de Vanesa Campos, une travailleuse du sexe trans, « morte en raison de son identité de genre ». 

Une des prises de parole les plus fortes a été celle de Pierrette Pyram, fondatrice de l’association Diivineslgbtqi+. Une jeune asso qui à pour vocation de donner de la visibilité et de la représentativité pour les personnes afro-caribéennes, afrodescendantes et racisées LGBTQI+, principalement lesbiennes. Au début de son intervention, elle a demandé à ce que la banderole de l’association soit mise en avant devant le podium. « Je porte témoignage et soutien aux victimes notamment des femmes afro-caribéennes LGBTQI+ qui ont un sentiment de subir en étant noire femme et lesbienne. Je veux aussi parler des luttes intersectionnelles. »

« Pani honte à avoir »

Elle poursuit : « À la suite d’une agression, on peut avoir un fort sentiment de honte et culpabilité. Pani honte à avoir », soulignant que cette dernière phrase est en créole, qui tient une place très importante dans la culture afro-caribéenne. 

De son côté, l’avocate Caroline Mecary a voulu rendre hommage à Zacharias Kostopoulos, un militant LGBT+ assassiné à Athènes en septembre dernier. « Zackie rêvait d’un monde avec de l’amour, avec le respect de chacune des différences. Notre société est riche de ses différences. […] Zackie voulait être un homme libre […] je me lève à sa mémoire et à celle de tous ces hommes et toutes ces femmes morts de la haine de l’autre. »

Ce grand rassemblement a aussi permis les prises des parole d’associations moins médiatisées.

Pour Handi-Queer, son porte parole, Maxence Lebret, a expliqué que les personnes en situation de handicap subissaient de nombreux traumatismes de la part des médecins, des médias, des gens dans la rue. « Quand les gens vont-ils cesser de penser que nos vies ont moins de valeurs quand on est handicapé.e et LGBT ? », a-t-il conclu.

Act Up-Paris n’avait pas signé l’appel au rassemblent mais les militant.e.s sont venu.e.s en nombre. À la tribune, le co-président de l’association Marc-Antoine Bartoli a expliqué pourquoi elle ne signait pas l’appel : « Il est insupportable de lire dans l’appel lancé par les organisateur.e.s que « la haine LGBTphobe n’a pas sa place dans la République » alors que le gouvernement Macron tente de se servir de la PMA comme diversion face à des politiques antisociales, cristallisant un mécontentement populaire de plus en plus exacerbé. » Un discours applaudi par beaucoup… et hué par quelques-un.e.s.

Un autre moment de tensions s’est produit lors de l’intervention de Guillaume Mélanie, le président de Urgence Homophobie (anciennement Urgence Tchétchénie). Il a demandé le soutien des ministres de l’Intérieur et de la Justice, ce qui n’a pas été du goût de certain.e.s. S’en est suivi un échange difficilement compréhensible puisque seul Guillaume Mélanie avait le micro, mais il n’a pas hésité à qualifier ces interpellations de « seconde agression », ce qui a suscité l’indignation.

Après d’autres interventions, dont celle de Bi’Cause, de Thierry Schaffauser et de la président d’Amnesty International ou encore de l’Autre Cercle, et une minute de silence pour Vanessa Campos, c’est Manuel Picaud, le co-président des Gay Games qui a conclu la série de discours avec un appel à la bienveillance et à la solidarité. Une des phrases fortes de ces prises de parole a été celle prononcée par Omar Didi, coprésident du Mag Jeunes LGBT. « Ce n’est pas normal que l’école et le système de santé, des lieux qui devraient par définition se faire accueillants des jeunes LGBTI soient au contraire ceux par lesquels se joue et se reconduit leur exclusion. »

Le rassemblement a été suivi d’une confrontation entre quelques dizaines de manifestant.e.s et la police, suite à l’arrestation de trois personnes pour « outrage à agents », selon le commentaire de l’une d’elles sur Facebook. Elles ont toutes été relâchées au cours de la soirée.