Je sais bien qu’il y a un déséquilibre au niveau des débats, mais je pense qu’il faut quand même le purger. Je pense que la mobilisation va être différente, rien qu’au niveau des associations LGBT. Je regrette qu’entre elles, il y ait parfois des clivages. C’est de là que l’opposition tient sa force : ils sont très soudés, contrairement à nous.
Le problème, c’est que chez la Manif pour tous, ils se sentent tous concernés par le sujet, alors que les couples de femmes qui ont déjà eu accès à une PMA se sentent un peu désengagées.

Vous utilisez le mot « purger ». Vous voyez ces débats comme une étape obligatoire pour déminer le terrain, en amont de la présentation d’une future loi ?

Ce n’est pas vraiment une question d’épuiser les arguments. Mais là, les opposants ne pourront pas nous dire « on ne nous a pas écoutés ». L’idée, c’est de pouvoir entendre tout le monde. C’est important dans la mesure où ça va changer beaucoup de choses, d’abord pour les couples de femmes et les femmes célibataires.

Les débats entourant le mariage pour tous et toutes avaient traîné très longtemps et étaient souvent d’une grande violence pour les personnes LGBT+. Craignez-vous que les débats sur la PMA se passent de la même façon ?

Je ne pense pas que le débat s’étale sur un temps aussi long. Ça ne va pas être aussi douloureux qu'en 2013. Il ne faut pas perdre de vue que c’est une volonté du président, et que celle-ci est acceptée par le gouvernement. Malgré tout, c’est une étape obligatoire.

Vous êtes donc confiante quant à la présentation d’une loi PMA par le gouvernement ?

Oui.

Il n’y a aucun doute dans votre esprit à ce sujet ?

Non.

Certains et certaines craignent que la future loi PMA se fasse à minima, comme la loi mariage pour tous qui n’a pas pris en compte les questions de filiation. Vous en avez conscience ?

Il faut distinguer la PMA de la filiation, qui sont deux sujets distincts au regard de la loi. Dans un premier temps, il va y avoir un projet de loi concernant la PMA pour toutes. Et ensuite, j’ai envie de m’inscrire dans une proposition de loi concernant la filiation. D'abord pour répondre à la problématique de la filiation des enfants nés avant le mariage pour tous, ceux qu’on ne peut pas adopter maintenant. D’ailleurs, pourquoi imposer aux couples de gays ou de lesbiennes d’adopter leurs propres enfants ? Ça n’est pas entendable pour un couple hétérosexuel. L’idée d’une loi sur la filiation, ce serait quelque chose de très simple : arriver à un point d’égalité avec les couples hétérosexuels. Bien évidemment, j’ai conscience que la parentalité est différente : quand un couple hétérosexuel n’est pas marié et a un désir d’enfant, il suffit de le faire. Quand arrive le moment de la grossesse, le compagnon va faire une déclaration préalable en mairie ce qui rend quasi automatique sa paternité. Pour les couples homos ça n’est pas du tout le cas. D’abord, on est obligé de se marier pour pouvoir adopter nos propres enfants. C’est un non-sens. J’imagine très mal que l'on inverse les choses pour les couples hétérosexuels. Et puis il y a également la question de la filiation pour les enfants nés par GPA à l’étranger.
Pourquoi imposer aux couples de gays ou de lesbiennes d’adopter leurs propres enfants ? Ça n’est pas entendable pour un couple hétérosexuel.

Sentez-vous une volonté du gouvernement ou du groupe En Marche ! à l’Assemblée nationale de faire une loi sur ce sujet ?

J’ai déjà abordé le sujet avec différents collègues de mon groupe et d’ailleurs, je pense qu’il ne faut pas écarter l’opposition, notamment les partis qui sont parties prenantes sur les sujets de société. Je compte notamment sur l’appui du groupe Nouvelle Gauche. Je souhaite travailler dans cet esprit, tous ensemble. Il va falloir faire un travail d’explications, même au sein de la majorité. Même si on fait partie de la même majorité, nous n’avons pas toujours les mêmes aspirations. Parfois, il y a juste un petit verrou à faire sauter pour qu’une compréhension s’installe. Il faut absolument mettre nos travaux en lumière au préalable, pour être certains d’avoir un appui au moment du vote.

Il y a quelques mois, vous vous disiez « très optimiste » et « en contrôle » concernant la PMA dans un entretien avec Hornet. Vous aviez l’impression « d’être aux manettes ». Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

Oui, sauf s'il se passe quelque chose et que je ne suis pas au courant. Les derniers contacts que j’ai eu avec Jean-Louis Touraine (le vice-président de la Commission des affaires sociales, ndlr) et avec la Commission des affaires sociales sont bons. J’espère ne pas être dépossédée du dossier au dernier moment. Cela-dit, si je ne suis pas celle qui présente cette proposition de loi, ça n’a aucune importance. Ce qui est important, c’est que l'on ait cette loi et qu’elle soit vraiment comme moi je l’entends, et comme on l’entend tous, avec les associations. Je ferais en sorte de m’assurer que le texte soit conforme à nos besoins, à nos envies et à l’égalité des concitoyens sur tout le territoire.

Députée ouvertement lesbienne, vous avez eu deux filles par PMA... sur le papier vous êtes la candidate idéale pour porter cette loi. Vous avez des échos ?

Les échos, ce sont ceux-ci : je suis concernée par le sujet, en tant que maman, puisqu’on est passées par la PMA avec ma conjointe et puisqu'on a également vécu une séparation avant le mariage, et que nous réfléchissons à une possible adoption. Je couvre un panel plutôt large et il me semble, sans être présomptueuse, que je serai la bonne personne pour défendre ce texte. Je le répète, si je ne suis pas aux manettes, je serai de toute façon à la défense de cette loi, et je serai rigoureuse sur les termes employés, et ce sur quoi on veut tendre. Je ne lâcherai pas l’affaire.
Il me semble, sans être présomptueuse, que je serais la bonne personne pour défendre ce texte.

Vous sentez vous prête à vous mettre sur le devant de la scène, que ce soit sur les questions de PMA ou de filiation ? Vous n’avez pas peur que cela devienne très violent ?

Oui. Je me souviens très bien de la violence verbale et physique de 2013. J’ai pris soin d’en discuter longuement avec ma compagne et mes enfants. On est préparées, même si on n'est pas forcément à l’abri d’un débordement physique, mais je suis prête à combattre pour cette cause.

On ne sent pas forcément un énorme appétit du côté du gouvernement sur les questions LGBT+...

Au contraire, je trouve que l’on est plutôt soutenus. Il y a Laura Flessel (ministre des Sports, ndlr) mais aussi Marlène Schiappa (secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, ndlr), sur laquelle on pourra compter au moment de la défense de ce texte. Elle m’apporte tout son soutien.

Vous êtes très engagée sur la question des LGBTphobies dans les DOM-TOM, pourquoi vous êtes-vous emparée de ce sujet-là ?

Ce qui me tient à cœur, c’est la défense des populations LGBTI+ sur tout le territoire. Et quand je dis tout le territoire, j’inclus aussi les endroits où c'est le plus difficile, en Outre-mer. C’est une initiative que curieusement l’on doit à Olivier Serva (député La République En Marche ! qui avait tenu des propos homophobes en 2013, ndlr). Quand il m’a contacté dans un premier temps, il m'a demandé de lui laisser 30 secondes pour s’expliquer et je me suis dit, « il va falloir être convaincant, car on part de très loin ». Je dois dire que je crois au pardon, et quand quelqu’un vous tend la main et tend la main à la population LGBT, je me dis, pourquoi pas. Il m’a expliqué d’où venaient ses propos. Et j’ai décidé d’accéder à sa demande d’abord parce que la population LGBT, là-bas, est vraiment en souffrance. Au fond de moi, je me suis dit : « même s’il me ment, tant pis, c’est la cause qu’on va servir ». Et au fil du temps, sincèrement, je crois qu’il a compris qu’il était allé trop loin.

Justement, quelles sont les actions à mettre en place pour contrer les LGBTphobies dans les territoires ultra-marins ?

Déjà, il faut permettre à la population de s’exprimer, et là-bas, ça n’est pas évident. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la Guadeloupe est une île de 400 000 habitants. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’échappatoire. Vous ne pouvez pas vous approcher d’un bâtiment estampillé gay friendly sans être associé à la population LGBT. Dans un premier temps, il faudra mettre en place des lignes d’écoute, parce que pouvoir parler, c’est déjà énorme. Cela n’existe pas en Guadeloupe, même si AIDES fait un bon boulot avec un camion de prévention itinérant. Ce sont vraiment les prémices d’un endroit où les gens peuvent se retrouver. Il faut aussi absolument se préoccuper de l’éducation. Nous avons visité un collège et un lycée, dans lesquels des petits groupes de jeunes sont volontaires pour faire face aux éventuelles discriminations dont les LGBT pourraient faire l’objet. Cela permet de se rendre compte qu’il y a une volonté de la jeunesse et que c’est ça qui est efficace. À terme, nous aimerions ouvrir un endroit identifié pour se rassembler, mais cela peut être trop compliqué pour l’instant. Mais dans l'immédiat il faut vraiment travailler sur l’éducation et la jeunesse.  

Vous dites que votre coming out n'en était pas un. Il n’y avait aucun doute dans votre esprit ?

Je ne me suis pas dit : « tu es députée, tu es lesbienne, et en plus, tu vas le dire ». J’avais des envies de légiférer sur certains sujets, même si je me dois de rassurer les gens de ma circonscription que non, je ne vais pas travailler que pour les personnes LGBT. Il faut prendre les choses à bras-le-corps. Ce qui m’a surprise, quand j’en ai parlé, lors de cette réunion avec la délégation des Outre-mer, c’est qu’un journaliste m’a dit « vous venez de dire quelque chose d’extraordinaire, est-ce que je peux en faire un encart dans Le Point » ? C’est de là que sont parties ces histoires.

Mais vous êtes seulement la deuxième députée ouvertement lesbienne en France. Le mot « extraordinaire » dans son sens premier prend tout son sens, non ?

Sincèrement, je n’y avais pas pensé. Mais quand j’ai publié un message sur Facebook et Twitter, j’ai été hallucinée par le nombre de messages que j’ai reçu. Ils étaient pleins de joie et de bonheur. C’est à partir de ce moment-là que je me suis dit « ah, maintenant, tu ne peux pas te tromper, tu es reconnue comme députée lesbienne ». La communauté, ma communauté, est en train de me dire « on a besoin de vous ». C’est là que j’ai pris conscience de l’importance que ça pouvait avoir dans le cœur des gens.
La communauté, ma communauté, est en train de me dire « on a besoin de vous ». C’est là que j’ai pris conscience de l’importance que ça pouvait avoir dans le cœur des gens.

À vous écouter, on a presque l’impression que vous venez d’un futur dans lequel on n'aurait plus besoin de faire son coming out.

Si le futur, c’est ça, alors j’ai envie de dire à mes collègues LGBT+ de ne pas hésiter à s’exprimer. Je connais bien les problèmes qui vont avec ce genre de déclaration. Cela peut être un frein politique. Je vais vous dire ceci : j’ai terriblement envie de faire un deuxième mandat, et même un troisième. Mais si dans cinq ans, je ne suis pas réélue, ma vie ne s’arrête pas.

Donc, vous invitez d’autres politiques à sortir du placard ?

Oui, bien sûr. On en aurait vraiment besoin. Eux en auraient besoin, la communauté en a besoin et la France en a besoin. La France a besoin de multiplicité, qu’on ait tous le droit de vivre normalement sans qu’on ait peur. Plus on arrivera à s’ouvrir sur le monde, et notamment nous en politique, plus ce sera positif. Propos recueillis par Fabien Jannic-Cherbonnel et Maëlle Le Corre. Une version précédente de cet article indiquait que la députée Laurence Vanceunebrock-Mialon avait voté pour la loi asile-immigration. Or elle s'est abstenue lors du vote. L'interview originale, réalisée il y a plusieurs semaines, contenait une question portant sur la loi asile-immigration. Celle-ci a été supprimée car la réponse de la députée portait sur des amendements, finalement retoqués. L'article a donc été corrigé." ["post_title"]=> string(97) "Laurence Vanceunebrock-Mialon : « J'invite mes collègues parlementaires à sortir du placard »" ["post_excerpt"]=> string(241) "Pour Komitid, la députée de l'Allier ouvertement lesbienne se livre sur son « non coming out », son combat pour la PMA et ses envies de réformer la filiation. Elle invite pour l'occasion ses collègues député.e.s à sortir du placard." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(53) "laurence-vanceunebrock-mialon-pma-assemblee-nationale" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-30 10:05:48" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-30 08:05:48" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=2223" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15275 (24) { ["ID"]=> int(4789) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-26 12:07:02" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-26 10:07:02" ["post_content"]=> string(3309) "Ce n'est pas nouveau, la députée La République en Marche (LREM) de l'Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon, ouvertement lesbienne, a toujours montré son implication sur les questions des droits des personnes LGBT+. Dans un grand entretien avec Komitid (publié ce 26 avril), elle explique vouloir porter LE futur projet de loi concernant l'ouverture de la PMA à tous et toutes, et voudrait aussi s'inscrire prochainement dans une proposition de loi concernant la filiation pour les personnes LGBT+. Cette loi viendrait mettre les couples homos « à égalité » avec les couples hétéros, en supprimant notamment l'obligation d'adoption pour la mère qui n'a pas porté l'enfant dans le cadre d'une PMA. La loi autorisant l'adoption pour les couples de même sexe, votée en 2013, est jugée par de nombreuses associations LGBT+ comme incomplète.

 Proposition de loi ?

« Pourquoi imposer aux couples de gays ou de lesbiennes d’adopter leurs propres enfants ? Ça n’est pas entendable pour un couple hétérosexuel », explique la députée. « L’idée d’une loi sur la filiation, ce serait quelque chose de très simple : arriver à un point d’égalité avec les couples hétérosexuels ».
« Je compte notamment sur l’appui du groupe Nouvelle Gauche »
Il serait faible de dire que les débats lors des Etats Généraux de la Bioéthique démontrent que le temps de la Manif pour tous n'est pas complètement terminé. Après les déclarations d'Emmanuel Macron devant les évêques de France, on pourrait penser que la députée à de quoi s'inquiéter. Mais elle a déjà prévu le coup, comme elle l'explique à Komitid : « J’ai déjà abordé le sujet avec différents collègues de mon groupe et d’ailleurs, je pense qu’il ne faut pas écarter l’opposition, notamment les partis qui sont parties prenantes sur les sujets de société. Je compte notamment sur l’appui du groupe Nouvelle Gauche ». Une version précédente de cet article indiquait que la députée Laurence Vanceunebrock-Mialon avait voté pour la loi asile-immigration. Or elle s'est abstenue lors du vote. L'interview originale, réalisée il y a plusieurs semaines, contenait une question portant sur la loi asile-immigration. Celle-ci a été supprimée car la réponse de la députée portait sur des amendements, finalement retoqués. L'article donc été corrigé." ["post_title"]=> string(117) "La députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon dit vouloir porter une nouvelle loi filiation pour les couples homos" ["post_excerpt"]=> string(182) "La députée de l'Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon ne se contentera pas d'une loi autorisant la PMA pour tous et toutes. Son objectif ? Une loi filiation dans un horizon proche. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(43) "loi-filiation-laurence-vanceunebrock-mialon" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(74) " https://www.komitid.fr/2018/04/24/adoption-filiation-couples-homosexuels/" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-27 11:11:23" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-27 09:11:23" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4789" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

« Rapport historique » contre les discriminations anti-LGBT dans les Outre-mer : de belles avancées et quelques maladresses

Publié le

Un projet de rapport d'information sur la lutte contre les discriminations anti-LGBT dans les Outre-mer a été présenté mardi 19 juin aux député.e.s qui étaient au nombre de trois. Très attendues, les 80 pages du rapport dressent un état des lieux désastreux.

Le projet de rapport sur la lutte contre les discriminations anti LGBT dans les Outre-mer
Le projet de rapport sur la lutte contre les discriminations anti LGBT dans les Outre-mer

Tout avait si bien commencé. Ce matin était présenté aux député.e.s le projet du tant attendu rapport d’information sur la lutte contre les discriminations anti-LGBT dans les Outre-mer. Trois député.e.s avaient fait le déplacement pour l’occasion : Josette Manin, députée Nouvelle Gauche de la Martinique (1ère circonscription), Maud Petit, députée La République En Marche (LREM) du Val-de-Marne et Yannick Kerlogot, député LREM des Côtes-d’Armor. Il y avait donc plus de journalistes (cinq) et d’attaché.e.s parlementaires, que de député.e.s.

C’est devant cette maigre assemblée que le président de la délégation Outre-mer, le député LREM Olivier Serva, est revenu sur le pourquoi du comment il s’est trouvé à travailler sur ce rapport tant attendu. Pour ce faire, le député est revenu sur les propos homophobes qu’il avait tenu en octobre 2012 sur la chaîne Guadeloupe 1ère (et dénichés par nos collègues de Streetpress). Au moment des débats concernant l’ouverture du mariage à tous les couples, il avait en effet asséné « être tolérant, ce n’est pas accepter l’intolérable. Pour le chrétien que je suis, quand je lis la Bible (…), il est écrit que quand un homme couche avec un homme ou qu’une femme couche avec une femme, c’est une abomination ».

« Ces propos regrettables ont généré une crise politique et personnelle »

« Ces propos regrettables ont généré une crise politique et personnelle. C’est à la triste occasion de ces événements, que j’ai découvert l’homosexualité de mon ami. De toutes les réactions que mes propos ont pu susciter, la sienne aura été celle qui m’aura affecté le plus. Il m’a dit sa colère, il m’a dit sa peine, il m’a dit son humiliation et j’ai compris, aussi je regrette le mal que ces propos ont pu causer et réitère mes plus sincères excuses à ceux et celles qui auraient été touchées ». 

Un rapport « historique »

Le 14 février dernier, des parlementaires – dont Gabriel Serville et Olivier Serva – avaient composé une tribune« nous, parlementaires des Outre-mer, refusons l’homophobie ! », un an après que s’étaient tenus les États généraux des Français et Françaises d’Outre-mers LGBT+ et allié.e.s, au ministère des Outre-mer.

C’est dire combien ce rapport était attendu. Le document de 80 pages commence par dresser un état des lieux pour le moins désastreux sur les perceptions des individus : 69,4 % des hommes et 59 % des femmes vivant aux Antilles et en Guyane ont une opinion négative de l’homosexualité, l’associant soit à une forme de sexualité « contre-nature », soit à une forme de « trouble psychologique ».

Le contexte de stigmatisation et de tabou lié aux orientations sexuelles non hétérosexuelles et identités de genres non cisgenres est ensuite traité avec détails. Le rapport explore les facteurs d’aggravation de la haine anti-LGBT en Outre-mer et rappelle le poids des stéréotypes de genres, de la famille, de l’insularité et de l’imprégnation religieuse sur les sociétés ultramarines.

Laurence Vanceunebrock-Mialon rappelle la responsabilité de la colonisation et de l’évangélisation

Au-delà de l’insupportable et importante analyse des violences vécues par les personnes LGBT+, que ce soit en terme d’invisibilisation, de rejet social ou de violences physiques, les rapporteurs n’ont pas oublié de questionner la responsabilité des institutions : le fait que les associations n’aient pas les moyens d’agir, le fait que les collectivités territoriales se désintéressent de la question et que les élu.e.s ne se mobilisent pas (ce qui est manifeste étant donné les présent.e.s dans la salle).

Dans la salle, les rapporteur.e.s énumèrent les éléments les plus marquants de ce travail au long court : quand le député LREM des Charente-Maritime Raphaël Gérard mentionne l’invisibilisation des lesbiennes, la députée LREM de l’Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon rappelle la responsabilité de la colonisation et de l’évangélisation des territoires d’Outre-mer.


Dans la salle, les trois député.e.s démontrent leur intérêt pour le rapport par des questions ou des remarques très intéressantes : Maud Petit évoque : «  J’ai grandi en Martinique et j’entendais que les noir.e.s ne pouvaient pas être homosexuel.le.s ». Josette Manin demande aux rapporteur.e.s : « avez-vous eu le culot, ou devrais-je dire l’audace, de contacter des hommes d’Église car sans un travail de leur part, les personnes se sentiront de toute façon discriminées ».

Laurence Vanceunebrock-Mialon explique qu’en Guadeloupe, le rapporteur Gabriel Serville a joint le secrétariat de l’évêché « qui a eu de la friture sur la ligne » dès que le sujet du rapport a été évoqué et qu’aucun rendez-vous n’avez été possible. Josette Manin, propose alors de faire le lien avec l’archevêque de Martinique.

Faire des territoires d’Outre-mer un «  avant-poste de la lutte en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité »

Yannick Kerlogot, qui appartient à la commission des affaires culturelles et de l’éducation, évoque un « rapport historique » en ce qu’il implique le scolaire dans ses recommandations.

Parmi les 29 recommandations proposées dans le rapport, le fait de « renforcer la prévention en milieu scolaire » (recommandations 5 à 8) est en effet capital. Il est également proposé de « mieux documenter les LGBTphobies en Outre-mer » via une collecte de données chiffrées qui n’existe pas, de « mieux former les agents et fonctionnaires ultramarins » (dont – ce qui est on ne peut plus capital – les personnels médicaux, les forces de police et les agents de guichets d’accueil des demandeurs d’asile), de « sensibiliser le grand public » (via les communications gouvernementales et les initiatives culturelles et médiatiques) et de « renforcer le tissu associatif local » (au travers de l’action de la DILCRAH principalement).

Le dernier point, et non des moindres, que proposent les rapporteur.e.s, est de « libérer la parole » en proposant la mise en place de lignes d’écoute spécifiques et locales et de faire des territoires d’Outre-Mer un «  avant-poste de la lutte en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité en soutenant les initiatives régionales ».

« Transsexuel.le.s » et lobby LGBT : derrière les belles avancées, quelques maladresses

Sur la partie concernant les personnes trans, les rapporteur.e.s ont nagé en eaux troubles. Comme elle et ils le montrent, aucune enquête n’a été menée au préalable sur ces personnes : « à l’image de la CNCDH, ils regrettent que les enquêtes KABP n’aient pas pris en compte la transidentité alors qu’en raison de leur vulnérabilité sociale, les personnes transgenres présentent une très forte prévalence au VIH dans l’Hexagone. »

Dans un encadré concernant les « Sarambavis à Mayotte », les termes utilisés sont problématiques lorsqu’ils évoquent des femmes trans : « ce terme désigne une catégorie d’hommes transgenres relativement bien intégrés au sein de la population mahoraise (…) Ils assument leur part de féminité et choisissent d’obéir à la « loi des femmes », participant notamment aux danses traditionnelles (…) certains d’entre eux optent même pour un changement de sexe. » Par ailleurs, le terme problématique « transsexuel.le.s » est utilisé à plusieurs reprises.

Tout s’était relativement bien passé quand le député Olivier Serva a voulu poser une dernière question aux rapporteur.e.s, une question qu’il a qualifié de « profane » et qui serait plutôt hors-sujet : est-ce que les personnes LGBT, parce qu’elles subissent les mêmes stigmatisations, n’auraient pas créé un « réseau qui faciliterait une ascension sociale » pour s’entre-aider ? Oui, le président de la délégation Outre-mer mentionne bien l’existence d’un lobby LGBT dans le cadre d’une présentation d’un rapport sur les discriminations, les agressions, les insultes subies au quotidien par les personnes LGBT.

Mention est faite du lobby LGBT, ce « réseau qui faciliterait une ascension sociale » aux personnes LGBT+

Le rapporteur Raphael Gérard répond de suite, en rejetant cette possibilité : non, en aucun cas dans les territoires d’Outre-mer, le fait d’être LGBT+ peut être un avantage, «  encore une fois c’est l’inverse ». Avant la clôture de la séance, le rapporteur Gabriel Serville tient tout de même à rappeler que ce « réseau qui faciliterait une ascension sociale » existe bien « dans certains milieux », mais exerce « dans l’ombre » car les personnes concernées sont elles-mêmes dans l’ombre.

Le rapport a été adopté à l’unanimité de la petite assemblée. Grâce à la détermination des rapporteur.e.s démontrée ce jour, il y a fort à parier qu’à ce constat implacable suivront des actions concrètes basées sur les recommandations des parlementaires. Nous espérons surtout, comme l’a avancé avec emphase le rapporteur Gabriel Serville, que grand nombre de député.e.s de la métropole sauront comprendre l’enjeu national de ce travail.

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