« Un simple contact suffit »
S'il ne se passe rien la plupart du temps, certain.e.s patient.e.s développent parfois des condylomes. « Ils peuvent être totalement asymptomatiques et être découverts lors d’un examen proctologique de dépistage. Sinon ils peuvent être ressentis par le patient ou le partenaire comme une excroissance, causer des démangeaisons, ou des saignements », détaille la proctologue. Ils peuvent aussi bien se développer au niveau de l'anus, comme cela a été le cas pour Francis, qu'au niveau des parties génitales ou de la sphère oropharyngée. Les personnes les plus exposées au développement de condylomes sont celles qui vivent avec le VIH, celles qui ont des partenaires multiples et celles qui ont des rapports anaux. « Certains génotypes d’HPV dits à « haut risque » peuvent être responsables, à long terme, de l’apparition de lésions précancéreuses et de cancer de l’anus », prévient Dr Portal. Une « minorité » de cas, nuance la médecin, mais assez pour expliquer la colère de Francis envers l'État qui aurait, selon lui, manqué à son devoir de prévention. Le HPV, c'était pour lui comme pour beaucoup d'autres jeunes hommes, une infection contractée surtout par les femmes. « Beaucoup ne connaissent pas le virus HPV », confirme Dr Portal qui dit comprendre la colère de Francis. « Ils sont demandeurs d’informations sur son mode de transmission et sont surpris d’apprendre que même le préservatif ne les protège pas ».

Manque de prévention ?

« Il aurait fallu de la prévention au même titre que le VIH/sida à l’école. En parler tout simplement pour informer », insiste Francis. Peut-on vraiment parler d'un manque de prévention ? Impossible de trouver une campagne nationale d'incitation à la vaccination ciblée auprès des jeunes hommes, pourtant recommandée depuis deux ans aux HSH de moins de 26 ans par le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Dans un rapport de 2016, l'instance explique que « le bénéfice de cette vaccination sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible » et « que cette possibilité d’accès soit relayée par des campagnes d’information adaptées ». La proctologue souligne toutefois que « cette vaccination protège des HPV responsables le plus souvent du cancer de l'anus », mais « pas du risque d'attraper des condylomes ». En guise d'information et de prévention auprès des jeunes gays et bis, le ministère de la Santé, contacté par Komitid, rétorque que « différents médias ont relayé cette information ». Certes, mais l'institution entend-elle lancer une campagne de prévention ? « La ministre a rappelé à plusieurs reprises l’importance de la vaccination contre les HPV et la trop faible couverture vaccinale actuelle », répond Virginie Saint-Marc, de la Mission information et communication à la Direction générale de la Santé. On apprend que la ministre souhaite « étudier son extension chez tous les garçons, plusieurs pays ayant fait ce choix. » Seule échéance à l'horizon ? Les conclusions la Haute Autorité de Santé (HAS), saisie sur la question de la vaccination de l’ensemble des garçons en février 2018, attendues pour 2019.
« En se protégeant soi, on protège l'autre »
Du côté de l'association Aides, on appelait dès 2014 à une meilleure couverture vaccinale, aussi bien auprès des jeunes filles que de tous les jeunes garçons. « Le dévoilement de son orientation sexuelle chez les jeunes auprès des soignants en capacité de vacciner ou de proposer la vaccination n'est pas évidente », souligne Franck Barbier, responsable Nouvelles stratégies de santé chez Aides, indiquant que la moitié des HSH, peu importe l'âge, ne le dit pas à son médecin « du fait de crainte de jugement et de discriminations dans la société notamment ». Pour l'associatif, l'incitation à la vaccination pour toutes et tous, hétéros et homos, contre le HPV « fait sens » également en raison du « côté couvrant de la vaccination » :  « En se protégeant soi, on protège l'autre, car la vaccination chez les jeunes filles reste très basse en France comparé à d'autres pays comme l'Australie, ou d'autres, et a peu progressé depuis 2014 », souligne-t-il. « Pour les parents, vacciner certaines catégories de jeunes pour une IST, donc liée à une sexualité future, peut être aussi inhibant. Vacciner toute une classe d'âge peut être plus acceptable. »

« Peu de vaccinations ont lieu »

Si le vaccin est accessible gratuitement pour les HSH de moins de 26 ans qui se rendent dans des CeGIDD (Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic), « peu de vaccinations ont lieu », explique Franck Barbier. « Son coût d'achat, très au dessus de celui pour l'hépatite A ou B par exemple, et l'ensemble des missions à réaliser par les centres amènent à des arbitrages moins en faveur de cette proposition de vaccin HPV partout. Il faudrait en effet que les jeunes HSH soient davantage informés, et se voient proposer le vaccin mais plus généralement l'ensemble des jeunes, compte tenu de l'efficacité, tolérance et intérêt de ce vaccin. Nous intégrons l'information dans nos publications ou dans l'accompagnement à la santé sexuelle des personnes, mais ce n'est pas suffisant ».
« Les populations les plus précaires peuvent reporter voire renoncer à la vaccination contre le HPV pour des raisons financières »
Pas suffisant en terme d'information mais aussi d'accès : hors CeGIDD et centres de vaccination, le prix du Gardasil 9 est à 135,68 euros, remboursé à 65% par la Sécu. « Ce reste à charge conséquent peut avoir un effet dissuasif : les populations les plus précaires peuvent reporter voire renoncer à la vaccination contre le HPV pour des raisons financières. C'est pourquoi Aides plaide en faveur d'une prise en charge à 100% du vaccin », fait savoir le responsable associatif. « Nous allons d'ailleurs proposer aux députés de soutenir un amendement en ce sens dans le cadre du projet de Loi de Financement de la Sécurité sociale pour l'année 2019 ».  " ["post_title"]=> string(145) "« Je n’avais aucune idée que ça existait chez les mecs » : mal informés et invisibles dans la prévention, les gays face au papillomavirus" ["post_excerpt"]=> string(184) "Très exposés aux HPV, les hommes gays et bis sont pourtant loin d'être les mieux informés. La faute à qui ? Éclairages sur « l'infection sexuelle la plus transmise au monde »." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(72) "mal-informes-et-absents-de-la-prevention-les-gays-face-au-papillomavirus" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-04 10:59:11" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-04 09:59:11" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=16061" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

« Il y a un réel manque de données sur la santé des étudiant.e.s LGBTI+ »

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Un collectif d'étudiant.e.s LGBT+ vient de lancer une grande enquête sur le bien être des étudiant.e.s LGBT+. Un questionnaire par et pour les personnes concernées.

Caélif
L'équipe du Caélif

Comment se sentent les étudiant.e.s LGBT+ ? C’est la question à laquelle le Caélif (Collectif des associations étudiantes LGBT+ d’Île-de-France) souhaite répondre. Le collectif vient de lancer une enquête de grande ampleur pour récolter des données de façon scientifique sur le bien être des personnes LGBT+ étudiantes et ainsi proposer aux universités des mesures concrètes adaptées aux problématiques qui sont les leurs. Le questionnaire s’adresse à tou.te.s les étudiant.e.s de France. Chloé, 26 ans, responsable prévention au Caélif, prend la parole pour expliquer l’importante de participer à cette enquête et l’objectif qu’il y a derrière. 

Le constat est simple : il y a un réel manque de données précises sur la santé, le bien-être et le vécu des jeunes LGBTI+, et plus particulièrement des étudiant·e·s LGBTI+. Certaines données existent déjà sur les personnes LGBTI+ en général, toutes tranches d’âge et toutes conditions sociales confondues, mais jusque-là, il n’y avait pas vraiment eu de questionnaires assez généraux adaptés aux étudiant·e·s et à leurs conditions de vie spécifiques.

Nous avons donc lancé une enquête approfondie sur le bien-être des étudiant·e·s LGBTI+, grâce à un financement de la Dilcrah. Cela a été l’occasion de nous lancer dans un travail solide et de faire d’un projet associatif quelque chose de plus scientifique.

Vulnérabilité

Être étudiant.e, c’est pour beaucoup de personnes être vulnérable : ne pas forcément avoir beaucoup d’argent, être dépendant.e des bourses, connaître des difficultés de logement… Nombreux.ses sont ceux.celles qui font l’expérience d’une certaine forme de précarité. Et lorsque l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou la variation intersexe viennent s’ajouter à des conditions précaires, c’est une vulnérabilité supplémentaire qui vient peser.

Cette question de la vulnérabilité est justement une problématique que nous aimerions étayer à partir de nos résultats, pour éviter de tomber dans les lieux communs. On part du principe qu’être une personne LGBTI+ peut être un facteur de vulnérabilité lorsque l’on est étudiant.e en raison de difficultés en lien avec les parcours familiaux, le milieu étudiant, l’expérience des discriminations… La période étudiante correspond pour beaucoup à un moment charnière où on a envie de plus d’indépendance mais où on reste souvent soumis.e à des pressions financières, on se maintient dans le système scolaire, la dépendance à la famille peut rester forte… Si ça ne se passe pas bien avec la famille, que l’on est dans une situation de rejet par exemple, mener à bien ses études peut devenir plus compliqué. Nous voulons voir dans quelle mesure les difficultés rencontrées par un.e étudiant.e LGBTI+ vont avoir un impact sur ses études et ses conditions de vie.

Par et pour les personnes concernées

Nous avons travaillé un peu plus de six mois pour élaborer ce questionnaire. En tant que personnes concernées et pour les personnes concernées. Il fallait construire quelque chose qui soit accessible à tout le monde, d’où l’importance d’avoir fait appel à des personnes LGBTIQ+, des militant.e.s, des spécialistes des sujets abordés ou bien des personnes hors-milieu pour garantir sa dimension inclusive. C’est donc un questionnaire qui s’adapte à différents profils avec des questions personnalisées. Le point nouveau, c’est qu’il s’agit d’un questionnaire qui tente de prendre en compte l’ensemble des identités LGBTI+, et en particulier des personnes trans et intersexes, personnes sur lesquelles on a très peu de données. Certaines questions ont donc été rédigées avec l’aide de membres du Collectif Intersexes et Allié.e.s (CIA).

Sur la prévention pour les jeunes LGBTI+, deux volets nous intéressaient : la prévention en santé sexuelle et la prévention en santé mentale. On observe, par exemple, des taux assez élevés de déprime et de dépression, et ce plus encore pour les lesbiennes que pour les gays, sans parler des personnes trans. La consommation de psychotropes est aussi plus importante chez les lesbiennes que dans le reste de la population féminine. Nous voulons mieux comprendre les causes de ce mal-être. Il faut donc interroger non seulement le rapport à la famille mais aussi le vécu des discriminations et voir comment les données peuvent se croiser, d’où des questions sur les discriminations intersectionnelles. Nous posons également des questions sur la vie amoureuse, son vécu et les violences au sein du couple, qui ne sont pas toujours forcément explicites.

Des propositions claires et étayées

Idéalement, nous aimerions atteindre les 3 000 répondant.e.s et toucher le plus de monde possible dans le pays. Ensuite, la base de données va être confiée à une statisticienne qui a déjà mené des enquêtes sur les jeunes. Un premier bilan statistique sera dressé et nous ferons peut-être des appels d’offre pour des étudiant.e.s qui voudraient faire leur mémoire sur le sujet.

À partir de tout ce travail d’analyse, nous diffuserons les résultats, le but affiché étant d’écrire un livre blanc avec des propositions, tirées de l’analyse des résultats. Ça pourra être des choses assez simples, comme donner à toutes les universités et établissements de l’Enseignement supérieur une liste d’associations qui peuvent venir en aide aux personnes vulnérables. Il s’agira surtout d’opérer un travail d’information au niveau de ces institutions, de leur proposer de mettre en place des choses concrètes et simples qui seraient appuyées par nos résultats obtenus de façon scientifique. Nous allons ainsi pouvoir faire des propositions claires et étayées, et adapter davantage les ateliers de prévention.

Propos recueillis et édités par Philippe Peyre

Pour participer à l’enquête du Caélif, c’est ici