Son premier concert fut celui des Kinks, à 10 ans. Elle lâche son saxophone alto pour la guitare électrique à l'adolescence et joue dans de nombreux groupes. Il y a cinq ans, la jeune femme décide de reprendre des études d'histoire au Smith College, une université pour femmes dans le Massachusetts. Pour son cours d'histoire orale, elle travaille sur la représentation des femmes dans la presse spécialisée musicale. Lorsqu'elle se rend dans les archives de son université, elle découvre la « women music » (collection des femmes dans la musique) constituée de fanzines. Mais dans les magazines qu'elle consulte, rares sont les mentions de musiciennes, pourtant nombreuses dans l'histoire du rock. Elles ont tout simplement été ignorées. « Où sont passés les groupes de femmes que je suivais quand j'étais jeune ? Où se trouve leur héritage ? », se demande-t-elle alors. Elle conclut aussi que l'absence des femmes dans les médias est une forme de censure. [caption id="attachment_11264" align="alignnone" width="1024"]homepage Women of Rock Oral History Project de Tanya Pearson La page d'accueil du site Women of Rock Oral History Project de Tanya Pearson - capture d'écran[/caption] Partie de cette frustration, Tanya se met en tête de combler ce vide historique et de récolter à travers les États-Unis des témoignages pour réécrire l'histoire du Rock. Elle commence en 2014 avec la chanteuse d'un des groupes de sa jeunesse, Veruca Salt. Au bout de la quatrième vidéo, réalisée sans véritables moyens ni technique, elle convainc la directrice des archives du Smith College de les stocker et créée son propre site Women of Rock Oral History Project pour les héberger et les rendre disponibles au public. Les premières à lui répondre ont surtout joué dans les années 1990. Puis, elle s'attaque au punk de Los Angeles des années 1970 et 1980, avant d'essayer de combler les trous avec des musiciennes des années 1950 et 1960. Elle souhaite « dépasser les cinq ou six femmes cisgenres blanches que tout le monde connaît. »
J'espère contribuer au développement d'une histoire populaire du Rock plus juste et inclusive.
« Lorsqu'on parle des femmes et de la musique, c'est toujours présenté comme des histoires tragiques, des "rebelles", des "femmes en colère", excluant ainsi de nombreux parcours », précise-t-elle. Comme elle l'écrit sur son site, « les médias et les universitaires perpétuent une vision unique et androcentrée », c'est-à-dire en envisageant le monde uniquement, ou en majeure partie, du point de vue des êtres humains de sexe masculin qui rentrent dans les cases « sexe, drogues et rock'n'roll ». « Les femmes rentrent difficilement dans cette catégorie et sont largement sous-représentées, poursuit Tanya. Dans le cas où elles le seraient, elles n'ont pas le même niveau d'attention ou n'accèdent pas aux mêmes audiences que leurs collègues masculins. En créant un espace pour les femmes, trans et personnes non binaires, et en leur permettant de partager leurs histoires personnelles et professionnelles, j'espère contribuer au développement d'une histoire populaire du Rock plus juste et inclusive. »

Des histoires singulières

Après JD Samson, Tanya continue d'interroger les artistes qui, selon elle, méritent un coup de projecteur sur leur carrière. Face caméra, des dizaines de personnes racontent où elles ont grandi, leur début dans la musique, les difficultés rencontrées et leurs meilleurs moments sur scène. Les questions de sexualité et d'identité sont abordées sans que cela soit central ou obligatoire. Ainsi, Miss Guy, leader du groupe Toilet Boys (dont la chanson Another Day in the Life a été dans la bande-son du film American Pie 2), ne s'identifie pas femme. Pourtant, dit-il (c'est le pronom qu'il choisit d'utiliser) : « Je suis honoré de participer à ce projet parce que je me suis toujours senti comme une femme honoraire dans le Rock. Je sais que mon image est plus féminine que masculine. Donne-moi les talons, le maquillage, les paillettes, je veux tout ça, pour moi. Tout le monde doit être comme il le sent. » Miss Guy insiste beaucoup sur sa volonté d'être considéré comme unique, sans savoir si cela a pu jouer sur son succès. « Si un génie était venu me dire qu'avec un jean baggy et une casquette de baseball comme Limp Bizkit ça m'aurait permis de faire partie du plus grand groupe du monde, je ne l'aurais pas fait. Je ne voulais aucune règle sur la façon de me présenter, mais être libre d'être qui je veux. » Déjà enfant et ado, originaire de Californie, il portait des bustiers, des talons et des perruques à l'école. Il déménage à New York et, à 19 ans, devient une Queen. C'est à ce moment-là qu'il prend son nom « Miss Guy ». « Toutes les autres Queens avaient des noms féminins mais je n'en voulais pas, je ne voulais pas avoir un certain âge et avoir un nom féminin, comme Sally . »  C'est à l'université qu'il crée Toilet Boys, sans savoir jouer d'instrument, alors il prend la place de chanteur. La suite se trouve dans sa vidéo mise en ligne et qui dure plus d'une heure. Ce qui frappe, dans la sélection réalisée par Tanya Pearson, c'est la singularité des parcours des un.e.s et des autres, tout en étant tous et toutes liées à un engagement féministe. À l'image de Phranc, figure du punk de Los Angeles dans les années 1980, puis connue comme chanteuse folk sous le titre d' « All-American Jewish Lesbian Folksinger ». Membre de Catholic Discipline ou encore de Castration Squad, elle a ensuite joué en première partie de Morissey ou encore Violent Femmes. Dans sa vidéo, elle est chez elle, rigole de son perroquet Pickle qui n'arrête pas de l'interrompre et garde sa guitare contre elle, sur laquelle un papier est scotché à la va-vite. On peut y lire la phrase suivante : « This machine kills sexism » (cette machine tue le sexisme). Activiste très tôt, elle participe à 17 ans à la « lesbian history exploration », un camp près de Malibu - poésie, musique, projections de vagins en plein orgasme. « Je suis dans les montagnes avec toutes ces femmes incroyables. J'étais inspirée. J'ai coupé mes cheveux aux épaules, alors qu'ils étaient longs jusqu'à la taille, j'ai changé de nom en Franc. » En rentrant, elle coupe ses cheveux encore plus courts, va voir une amie et lui annonce qu'elle est Franc. Son amie va dans la pièce d'à côté, revient avec une casquette de baseball bleue sur laquelle un P est brodé, et elle lui met sur la tête. « Elle m'a dit : "Phranc, P, H" ». [caption id="attachment_11260" align="aligncenter" width="780"]La guitare a tué le sexisme de Phranc La guitare a tué le sexisme de Phranc[/caption] À l'époque de ses débuts en tant que musicienne, dans les années 1980, Phranc raconte comment l'androgynie était répandue, mais le fait d'être ouvertement homosexuel.le comme elle, beaucoup moins. « Oui, il y en avait, mais ils et elles n'étaient pas forcément out ou n'en parlaient pas forcément dans leurs chansons. Du moins dans mon entourage. Au début du punk, la scène de Los Angeles était très créative, excitante et incluait tout le monde, spécialement les femmes. Puis c'est devenu très agressif et macho, avec les croix gammées… Tous ces autres groupes se sont infiltrés dans le punk rock de L.A. et c'est devenu assez sombre. J'ai écrit la chanson Take off your swastika, parce que j'en avais marre. Ce n'était pas mon monde. Et c'est à ce moment-là que je suis revenue à la guitare acoustique, que j'ai développé mon solo et que je suis devenue The All American Jewish Lesbian Folksinger. » Tanya a déjà réalisé 42 interviews. Elle aimerait arriver à au moins 100 pour finir son projet de livre. Une maison d'édition de presse universitaire l'a en effet contactée pour la publier. Sa persévérance a déjà permis à des dizaines de musicien.ne.s de raconter leur histoire et au reste du monde, d'avoir une vision beaucoup moins réduite de l'histoire culturelle américaine." ["post_title"]=> string(86) "Tanya Pearson, l'historienne qui réhabilite les femmes queers dans l'histoire du rock" ["post_excerpt"]=> string(179) "Consciente du risque de voir disparaître ce patrimoine, l'historienne Tanya Pearson rassemble depuis quatre ans les témoignages d'artistes ignoré.e.s des médias traditionnels." 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Pub de La Manif pour tous insérée dans La Croix : le journal s'explique

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Les réactions ont été vives sur les réseaux sociaux, après que le La Croix du jour ait été accompagné d'un tract de la Manif pour Tous. Un arrangement purement commercial d'après la direction du quotidien catholique.

La croix pub manif pour tous
La Croix du 6 septembre 2018, accompgné de la publicité Manif pour Tous - Emmanuel Goubert via Twitter

Ouvrir La Croix… et tomber sur une publicité de La Manif pour tous. C’est ce qui est arrivé à certain.e.s lecteurs et lectrices du journal catholique ce matin. Le journaliste Emmanuel Goubert a fait remonter l’information via son compte Twitter, expliquant avoir trouvé « un tract Manif pour tous anti-PMA » avec le journal du jour, photos à l’appui.

Le tract parle de «  rentrée bioéthique à hauts risques » et demande aux lecteurs et lectrices de La Croix «  d’aider à protéger les enfants » et donc de se battre contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Contacté par Komitid, le journal indique que le tract n’a été envoyé qu’aux abonné.e.s de certaines régions et qu’il se trouvait dans une enveloppe sur laquelle il était inscrit « publicité ».

Reste que le choix du journal catholique d’accepter une publicité de La Manif pour tous a indigné de nombreux et nombreuses internautes. L’Association des journalistes LGBT (AJL) s’est fendue d’un communiqué publié sur Facebook, s’inquiétant « de voir des médias servir d’antenne de distribution de tracts d’organisations politiques quelles qu’elles soient en leur ouvrant leurs fichiers d’abonné.e.s. ».

Contactée par Komitid, Clémence Allezard, journaliste et co-présidente de l’AJL, se dit « en colère ». « Il y a la réaction personnelle, à la lecture d’un tract qui milite pour le mépris de l’égalité en droits des personnes LGBT », explique-t-elle. « Et il y a la colère et la stupéfaction de la journaliste aussi, face à ce grave manquement déontologique de la part d’un grand quotidien national. On ne peut que déplorer que cela entache ainsi le travail de toute une rédaction. »

Ligne éditoriale

La décision de diffuser cette publicité peut surprendre, d’autant que si La Croix est un journal catholique, le média s’est illustré plusieurs fois par son traitement des questions LGBT+, plutôt équilibré« C’est de la publicité et pas un partenariat », nous indique-t-on au service communication du journal. « Cela ne change rien à la ligne éditoriale de notre journal. » D’après plusieurs sources, la rédaction du quotidien n’a été mise au courant de l’existence de la publicité qu’à la veille de sa publication, le 5 septembre.

Une explication jugée « douteuse » par Clémence Allezard. « La PMA est un débat qui est au cœur de l’actualité. Déjà, que l’éditorial n’ait aucun droit de regard sur les annonceurs, cela me parait fort inquiétant. Mais une publicité de la part de La Manif pour tous, soit l’association la plus mobilisée contre la PMA pour toutes, cela engage quoi qu’il en soit le journal, choix éditorial concerté ou non. » D’après plusieurs sources, le choix de faire la pub de La Manif pour tous aurait divisé la rédaction du quotidien, sans pour autant qu’elle se désolidarise de sa direction.