Je reçois des témoignages, principalement de femmes. Et j'entends que dans nos campagnes un gros est « un bon gros » et qu'il s'insère plus facilement dans la société qu'une grosse. Une grosse qui peut ne pas, comme j'en connais, oser sortir pour accompagner ses enfants à l'école. Une grosse peut avoir tellement honte de ce qu'elle est, être tellement discriminée ne serait-ce que par le regard, qu'elle n'ose pas aller aux réunions parents-élèves ni exister vis-à-vis de ses enfants... Il n'y a pas de citoyens de seconde zone ! Ça ne doit pas exister. Ni ici, ni ailleurs non plus. On ne parle même pas de la tolérance mais d'existence et de convivialité, dans ce qu'elle a de plus élémentaire avec son voisin, sa voisine. Et on ne dénonce ça que trop peu... il va falloir monter sur les barricades ! Je ne veux pas qu'on tire sur des enfants innocents qui essayent de récupérer un territoire que l'on a braqué à leurs grands parents, ou leurs parents, je ne veux pas non plus qu'on tire sur des soldats qui ne font que leur métier, je ne veux pas non plus que l'on viole des filles comme on le fait pour les punir en Inde, je ne veux pas qu'on insulte ma voisine parce qu'elle est grosse et qu'on ne la trouve pas jolie. Tout ça part du même postulat.

C'est vrai que le racisme et la grossophobie, entre autres discriminations, sont partout. Comment est-ce que cela se manifeste dans les milieux gays ?

Les gays ne sont pas tous tolérants... On a parfois envie de leur mettre de grosses fessées, pour calmer Polo ! On a aussi chez nous nos intolérants, nous ne sommes pas faits d'un seul bois. Je peux vous dire qu'il y a bel et bien un diktat de la minceur et de la beauté dans certaines de nos boîtes de nuit, dans certains de nos magazines aussi. Quand je vois les hommes chez Garçon Magazine par exemple, force est de constater qu'il n'y a pas vraiment de gros sur les couvertures hein... je vois plutôt des tablettes de chocolat à grignoter facilement… m'enfin bon, okay, très bien, quand y'en a plus, y'en a plus. (Rires)
« On a aussi chez nous nos intolérants, nous ne sommes pas faits d'un seul bois »
C'est plus insidieux, la grossophobie dans les cercles LGBT. C'est comme dans la mode. On ne va pas dire, ou plus dire, « ohlala la grosse ». Mais on ne va certainement pas non plus la mettre en couverture, ni la faire défiler. Et ça, c'est déjà une discrimination. C'est même la première, d'ailleurs. Donc poser ce voile sur une partie de la population parce qu'elle ne correspond pas aux critères, c'est discriminant. Vous savez, avant de faire le clown à la télévision, j'avais un vrai métier : la mode. Je n'en parle quasiment jamais, mais c'est grâce à ça que je vis, aussi. Et c'est vrai que nos créateurs et créatrices oublient d'habiller les gros et les grosses. Chez Lolita Lempicka, je ne suis même plus sûr qu'on allait jusqu'au 46, à l'époque. Et encore, le 44, vite fait, pour quelques prunes de province ! Je réalise seulement maintenant, en vous racontant tout ça. L'autre jour j'étais au Luxembourg - j'ai d'ailleurs passé une partie de ma vie non loin de là, à Thionville - et dans une boutique, de gens que j'adore par ailleurs, je regardais les tailles. Nan mais... si on ne fait pas un régime 40 toutes les trois semaines, on ne rentre dans rien ! C'est scandaleux.

Quels seraient les bons outils pour sensibiliser sur ces questions dans les milieux gays, voire LGBT+ plus généralement, où l'on est censé.e.s avoir une oreille un peu plus attentive aux personnes discriminées ?

Ce sera plus difficile de sensibiliser le milieu gay à la grossophobie parce qu'ils vont vous dire « Mais pas du tout, qu'est-ce que tu racontes enfin, pas du tout, pourquoi tu dis ça chouchou ? ». Alors que SI ! Pas de gros ou de grosses en couverture des magazines. C'est bien gentil les tablettes de chocolat. Mais alors Bidule avec son gros ventre ? Ça risque d'être encore plus compliqué, à cause du déni. Et vous savez, avec le déni, on peut ne pas savoir qu'on est enceinte.

Au téléphone, vous m'avez parlé d'un projet associatif et d'une expo avec la Mairie de Paris. Vous pouvez nous en dire un peu plus ?

J'ai des idées, mais je ne veux pas me lancer seul dans cette aventure. J'ai bossé longtemps avec une maman, qui était psychomotricienne dans des centres pour enfants en situation de handicap, trisomiques notamment, par le biais de l'association Geist 21 notamment. C'est une organisation qui a pour but, entre autres, de changer le regard sur la personne trisomique. Changer ce regard hyper pesant, que l'on a dès que l'on n'est pas pareil, hors de la norme. Et pour éviter ce regard bovin sur ces jeunes et moins jeunes trisomiques, il y a cette association qui existe toujours, pour ne pas devenir la bête curieuse quand on fait que monter dans le bus, et cette démarche m'inspire. Ça m'arrive encore, à Marseille notamment, de bosser avec eux. Parce que ce regard pesant, inquisiteur, ce regard réprobateur sur la personne humaine qui n'a comme tout forfait que d'être humaine... un regard peut tuer, à mon sens. Au moins moralement. Donc pour la grossophobie, je pense qu'il faut aussi une réflexion sur le regard. Cette non-acceptation de l'autre, ce refus, cette fermeture, que l'on a dès lors que l'on est « pas pareil », ça me dépasse. On est en 2018 et on a encore le regard du Néandertalien face aux Cro-Magnon qui se rencontrent. Nan mais bichon, oh, on est en 2018 et on en est encore là ?! Quand on pensait que les gens de couleur ne pouvaient être que des esclaves et que c'était tellement ancré, foutu dans la tête, sans autre moyen de penser... c'était d'une tristesse et d'une violence absolue. (Il a des larmes dans la voix)
« Ce regard pesant, inquisiteur, ce regard réprobateur sur la personne humaine qui n'a comme tout forfait que d'être humaine... un regard peut tuer, à mon sens »
Mais aujourd'hui on devrait avoir évolué... eh ben non ! Les cousins juifs et arabes qui se tapent dessus, la grosse dont la voisine mince qui bouffe une carotte tous les 15 jours la trouve insupportable à regarder car elle a peur de devenir comme elle... tout ça est affreux. On n'arrive pas à maîtriser nos bas instincts en société, encore de nos jours. On en est encore à vouloir se taper dessus dès lors qu'on est différents d'aspect, différents de vie, différents de sexualité... La différence est encore inacceptable encore aujourd'hui en 2018, c'est le constat qu'il faut faire et c'est absolument insensé ! Franchement, on le dirait à Rousseau que trois siècles plus tard on en est toujours au même point, toujours aussi cons… Autant arrêter d'écrire quoi, on stoppe tout, pourquoi on bosse ?... Nous, les Lumières, on les a éteintes.

Ce projet associatif qui vous occupe l'esprit, il serait axé spécifiquement autour de la grossophobie ?

Ce serait déjà autour de la question du regard et de l'acceptation. Ça parlerait, dans l'essence des choses, d'accepter l'autre quel qu'il ou elle soit. Mais je ne le ferai pas seul ! Je recherche des volontaires, les énergies, et sans doute aussi la participation de médecins de bonne volonté et intelligents. J'aime vraiment cette idée de changer le regard des gens. De ma récente expérience à ce sujet, la lutte contre la grossophobie reçoit des échos très mitigés dans les mairies de province. À Tarnos, dans les Landes, on va faire des courts métrages avec les élèves d'une école pour la lutte contre les discriminations, dont la grossophobie. On va écrire un scénario et tourner ça. C'est vraiment très bien et j'en suis ravi !

Et l'expo dont vous avez évoqué la possibilité, ce serait aussi sur ce sujet de la grossophobie ?

Pas tout à fait. Mais on va faire quelque chose d'absolument monumental... Parfois, comme dirait ma tante très méchante, j'ai des fulgurances. Je me dis qu'il n'y a pas plus beau que les costumes d'opéra, notamment de l'Opéra Garnier. Et ces costumes, on n'en fait rien. Ils existent, ils sont dans des armoires à température constante, ils ont été portés par Nilda Fernandez, par Jessye Norman... et on ne les expose pas. C'est de la haute couture. Donc nous souhaiterions travailler avec Bastille-Garnier, pour sortir ces merveilles colossales de la naphtaline, où elles sont amidonnées. On va sortir toutes ces énormes robes de femmes à la face du monde. Je suis tellement fier de ce projet ! Ça va être complètement dingue et extraordinaire. De façon plus prosaïque, on ferait de ça une exposition. Mais je ne sais pas qui, quoi, comment encore... De façon à ce que ça puisse aller dans différentes mairies.

Vous êtes bouleversé par tout le travail qu'il reste à faire sur les discriminations, notamment la grossophobie. Mais on se dit quand même qu'en 2017, il y a eu « On ne nait pas grosse » de Gabrielle Deydier, qui a eu un énorme écho médiatique, puis la journée Grossophobie Stop à la Mairie de Paris, une première. En 2018 le mot « grossophobie » est rentré dans le dictionnaire, et les fondatrices de Gras Politique ont tout juste sorti le livre « Gros n'est pas un gros mot »... Vous avez la sensation qu'un changement se profile à l'horizon pour les personnes grosses malgré tout ?

Ah ben il était temps ! Oui, il y a une petite évolution. En revanche je ne suis pas trop pour les concours de beauté, type Miss Ronde, parce que ça me fait toujours penser à des concours d'oies apprivoisées... que ce soit pour les femmes ou les hommes, même si c'est charmant à regarder, ça me fait un peu peur. Mais à la limite, j'ai envie de vous dire, y'a certaines nanas qui n'osaient pas sortir de chez elles, et là, elles défilent. Si ça leur fait du bien, alors c'est formidable !

En 2011, vous avez tourné un programme de téléréalité qui s'appelait À plein régime ! Le Régime de Magloire sur NRJ12. On ne peut pas s'empêcher de se demander ce qui a changé depuis dans votre propre regard sur votre corps, dans votre perception de la grossophobie dans la société...

Une horreur ! Vous pouvez l'écrire, ça ne me dérange pas... mais j'avais faim. Il fallait que je bouffe, il fallait que je mange. En 2011, j'avais un réel besoin d'argent et vu le chèque qu'on m'a proposé pour perdre 40 kilos... D'ailleurs je les ai perdus. Mais je les ai mal perdus, dans des conditions assez lamentables pour ma santé, et avec un vrai manque de suivi dans l'émission. C'est quelque chose à ne pas faire, et que je ne referai pas. C'était assez mensonger, au final, bien que la productrice et le producteur, que j'aime énormément, aient tout fait pour que ça se passe bien. Ce n'est pas eux que j'incrimine, mais l'absence de suivi. C'était une jolie bêtise, mais ça m'a permis de rester chez moi pendant 2 ans, je l'admets. À l'époque, je n'ai eu aucun déclic. (Rires)

En parlant d'émissions problématiques en matière de grossophobie... on imagine que vous avez entendu parler de ce que préparent Karine Le Marchand et Cristina Cordula sur M6, Rennaissance, centrée sur la chirurgie bariatrique, puis correctrice, et le relooking ?

Je crois avoir entendu quelque chose, je crois m'être étonné de ce que j'ai entendu mais comme je n'en sais pas beaucoup plus, je ne ferai pas beaucoup de commentaires. Je souhaite seulement que cette émission se fasse dans le véritable respect de la personne humaine. Mais je sais, car j'ai travaillé et que je travaille encore avec ce groupe, qu'il n'est pas question que l'intégrité de la personne humaine ne soit pas respectée...

Tout à l'heure vous parliez de mode. Récemment, Karl Lagerfed a décidé de sortir une collection « plus size », du 46 au 56, disponible sur internet, mais pas en boutique. Ayant en tête toutes ses déclarations grossophobes, que vous inspire cette démarche ?

Oh ben notre Kaiser, comme l'appelait Inès de la Fressange, a toujours su surfer sur la bonne vague ! Il a cette faculté à s'adapter et à susciter les choses en faisant croire que c'est lui qui les a inventées. Karl Lagerfeld est un génie : il n'a rien inventé, mais il a le talent de réinterpréter à l'infini. En l'occurrence, ça fait depuis 1983 qu'il nous rejoue constamment cette pauvre vieille Chanel, et en a fait ce que la marque est aujourd'hui. Un petit tailleur, trois robes et un col blanc et ça fait 40 ans qu'on nous bassine avec la même chose, et il le fait très bien. C'est ce génie là qu'on doit lui reconnaître avant qu'il ne nous quitte, papy.

On est au mois de juillet. Les kiosques à journaux sont recouverts d'injonctions pour avoir « le corps de plage parfait pour l'été »... Quel(s) conseil(s) vous aimeriez donner aux personnes en dehors de ces étroites normes ?

Trouvez-vous de jolies p'tites tenues de plage, le costume de bain, ou pas d'ailleurs, qui vous ira à vous avant tout. Et surtout, ne regardez ni Marie Claire, ni Elle, ni les autres. Ne les laissez pas vous déprimer, surtout pas. Là, j'ai commandé de petites chemises faites dans des draps anciens à ma couturière, entièrement brodées à la main, ça va être sublime ! Et je serai le plus beau pour aller à la plage. MERDE !

Vous qui parlez si bien d'être soi-même, on a l'impression de vous avoir toujours connu comme une icône gay, mais sans passer par la case « coming out », même si certain.e.s disent que ça s'est fait par le biais de votre participation à l'émission Follement gay...

Ah ben si c'était pas perçu avant franchement, les gens, faut mettre des lunettes ! Moi, à 18 ans, j'ai convoqué tous mes amis. Ça m'a coûté un dîner à la pizzeria de Cahors, où j'ai invité 12 copains. J'y ai mis tout mon argent de poche. Je leur ai dit : « Bon écoutez on va arrêter de jouer maintenant, je suis gay ». Leur réponse ? « Tu nous as invité au resto pour nous dire ça ? Mais on l'savait ! ». Et ils ont tous commandé une deuxième pizza, cette bande de salopards... Mon coming out a été totalement raté, il était hors de question que j'en fasse d'autres, c'est clair ! Ça a toujours été une évidence. On va pas s'cacher sous une couverture...
Je leur ai dit : "Bon écoutez on va arrêter de jouer maintenant, je suis gay". Leur réponse ? "Tu nous as invité au resto pour nous dire ça ? Mais on l'savait !" »

Comment vit-on aujourd'hui, en tant que personnalité publique de la contre-allée en France ?

Je suis très très étonné de voir encore, surtout chez les hommes, des collègues comédiens, animateurs télé, mentir à la planète entière, se mentir à eux mêmes. Quand j'ai commencé ce métier, vous n'étiez pas née, mais mon boss, créateur chez Dior puis Lanvin, Dominique Morlotti qui est un homme absolument formidable, parlait de ce qu'il voyait aux États-Unis. Notamment tous ces hommes, toutes ces stars, qui se mariaient avec des bombes atomiques pour bien se dédouaner d'être gay.
« Dans la France de 2018, on n'accepte pas qu'un homosexuel puisse jouer les princes charmants au cinéma. »
Et ça se fait encore en France, aujourd'hui, en 2018. Pas plus tard qu'hier soir je demandais à l'un d'entre eux s'il ne se perdait pas un peu, car aujourd'hui on a quand même 67 millions de paparazzis en France, le moindre téléphone portable et c'est une révélation dans Voici ou Closer... Mais c'est toujours pareil. Dans la France de 2018, on n'accepte pas qu'un homosexuel puisse jouer les princes charmants au cinéma. Entre nous, on le sait. Mais après, c'est gênant car on ne sait pas sur quel pied danser, c'est très compliqué d'être en face de quelqu'un dont on sait que, derrière la façade...

Si on vous proposait de (re)faire un Queer Eye à la française, vous seriez partant ?

Avec une version bien d'chez nous, enfin pas avec le béret et la baguette sous l'bras, pourquoi pas oui !

Vous pensez que c'est possible aujourd'hui une émission comme ça, en France ?

Pas si simple. Vous vous rendez compte que des gens ont attendu d'être malades du sida, vieux, en fin de vie, pour dire enfin « effectivement, j'ai peut-être été un peu homosexuel une ou deux fois ». Non mais ! Et en France, c'est pareil. Il a fallu que Bruno Mazure ne soit plus à l'antenne pour qu'il en parle. Et ceux qui le sont ouvertement, comme Mika par exemple, ne le mettent pas en bandoulière et font des choses ambigües dans leurs clips... Oh mais chaton, bichounette ? Oh oh ?!

Seriez-vous en train de nous préparer un grand retour ?

Comme dirait Danièle Gilbert, je ne suis jamais parti. (Rires) Oui. J'ai de nouveau envie. J'ai de nouveau envie de vivre. Et j'ai de nouveau envie de faire des choses, donc ça passera par le spectacle, et mon agence de communication. Cet hiver, j'ai eu une expérience intéressante, bien que déroutante, à la télévision. Mais c'est encore à l'état de projet... J'ai de nouveau envie de travailler, même si c'était un luxe, je le reconnais, de ne pas avoir cette envie passé un temps. Là le luxe s'est tari, maintenant y'a une petit urgence. (Rires) Et ça passera sans doute aussi par la scène. D'ailleurs là aussi, j'ai une amie bienveillante qui m'a dit « Ohlala formidable ! Mais tu vas pas monter sur scène comme ça... Parce que sur scène, tu vois, trop de kilos... »… Ah ben si ma chérie, mais tu viendras pas ! " ["post_title"]=> string(77) "Magloire : « C'est plus insidieux, la grossophobie dans les cercles LGBT »" ["post_excerpt"]=> string(170) "Noir, homo et gros, Magloire nous raconte son combat contre la grossophobie, qui lui bouffe encore plus la vie que le racisme et l'homophobie... dont il nous parle aussi." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(66) "magloire-cest-plus-insidieux-la-grossophobie-dans-les-cercles-lgbt" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-01-02 12:07:10" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-01-02 11:07:10" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=10882" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15268 (24) { ["ID"]=> int(2612) ["post_author"]=> string(1) "4" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-04 14:00:57" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-04 12:00:57" ["post_content"]=> string(15898) "Tout se passe comme si la petite musique de fond avait changé, que la porte s'était un tout petit peu entrouverte. Souvenez-vous, en mars dernier, les médias français se sont mis à discuter de l'arrivée d'Antoine, un personnage trans, dans le feuilleton Plus belle la vie. L'acteur trans Jonas Ben Ahmed avait été choisi pour incarner Dimitri, le responsable d'une association locale qui aiguille ce personnage dans la série. Une double première en France pour une série aussi grand public, suivie tous les jours par 3 à 4 millions de téléspectateurs. Avec Jonas Ben Ahmed, c'est la question de la transidentité qui devient visible au plus grand nombre. D'où cette question : la France est-elle en train de vivre ce que les États-Unis ont connu il y a quelques années avec Laverne Cox ? Ce pourrait être un moment clef après lequel les questions liées à la transidentité deviendraient mainstream. Alors, verrons-nous, dès demain, un policier trans dans Profilage, ou la femme de Christian Clavier dans une comédie franchouillarde incarnée par une actrice trans ? Peut-être pas. Mais l'arrivée de Dimitri dans PBLV (comme disent les intimes) est un virage pour la communauté trans française. Un constat partagé par Karine Espineira, sociologue des médias et chercheuse associée de l'Université de Nice-Sophia-Antipolis : « Je crois que c'est peut-être le tournant qui était attendu », explique-t-elle à Komitid.  « J'avais déjà vu un tournant sur la visibilité de la transidentité » continue la sociologue. « On a de plus en plus de jeunes qui sont visibles notamment sur Internet, et donc Jonas, avec ce rôle, est un garçon de son temps. » Même son de cloche du côté des acteurs et actrices trans. Pascale Ourbih, l'une des premières actrices trans à avoir tenu le rôle principal d'un film français (Telma en 2002), se dit « agréablement surprise, mais pas étonnée ». D'autant que pour une fois, il s'agit d'un homme trans qui est mis en scène, un fait rare dans la fiction française. Pour l'actrice, c'est justement le signe que l'on sort enfin des clichés. Parce qu'il faut bien l'avouer, la plupart des personnages trans de la fiction française sont des femmes, souvent prostituées, leur transidentité devenant un objet cinématographique vu comme transgressif. « Les garçons trans font moins peur, ils sont moins menaçants » explique Pascale Ourbih. « Dans l’imaginaire collectif, un homme c’est le pouvoir et donc vouloir accéder au pouvoir est complètement normal. À l’inverse, les filles trans sont plus effrayantes. Il y en a eu beaucoup dans les films, parce que ça perturbait la moralité. »

Vague médiatique

Et oui. Si France 3 peut présenter un personnage trans, à l'aise avec lui-même et qui n'est pas enfermé dans un cliché, c'est bien parce qu'il y a eu des années d'évolutions sur le traitement de la transidentité, et pas seulement au travers du cinéma et des séries. On peut juger au contraire que les fictions hexagonales ont globalement été frileuses sur le sujet.
« La vague médiatique lancée en 2014 nous a apporté le meilleur et le pire, mais on a jamais autant parlé de cette question trans. »
Dans le cas de PBLV, qui a déjà abordé beaucoup de sujets de société, c'est plutôt le contexte qui a poussé la fiction à avancer. « Le sujet est dans la culture médiatique aujourd'hui », souligne Karine Espineira « La vague médiatique lancée en 2014 nous a apporté le meilleur et le pire, mais on n'a jamais autant parlé de cette question trans ». Même le monde politique, via la loi sur le changement d'état civil voté en 2016, avait planché sur la question, bien avant les séries. La chercheuse estime que le temps des archétypes, où être trans signifiait forcément être malheureux.se.s, rejeté.e.s, prostitué.e.s et en marge de la société est en passe d'être révolu. « Aujourd'hui, on a une autre génération de personnes, comme Adrián de La Vega, qui sont intéressées par ce sujet et qui le visibilisent » poursuit-elle. Mais pour en arriver là, la fiction française est souvent tombée dans les poncifs. Un exemple suffit : la série Louis(e) diffusée l'année dernière par TF1. Le feuilleton racontait la transition de Louise et ne s'épargnait aucun cliché, comme on le devine avec l'usage des parenthèses dans le titre. La féminité de son personnage principal était par exemple exacerbée. Pire, la série faisait jouer le rôle de Louise par Claire Nebout, une actrice cisgenre. Une décision qui avait été vivement critiquée par les associations trans à l'époque. C'est justement ces associations, et les militant.e.s concerné.e.s, qui ont permis de faire avancer les représentations dans les médias et les œuvres culturelles. Parce qu'il s'agit bien d'une question de représentation auquel « l'associatif trans a réagi» souligne Karine Espineira. « À force d'être maltraité.e.s par un certain nombre de médias, des associations ont arrêté de communiquer, d'autres ont refusé de relayer des offres de casting. Ça fait réagir certaines personnes et ça bénéficie à tout le monde. » Naelle Dariya, qui a joué Léa dans 120 battements par minutes, confirme : « C'est grâce à tous ces personnes qui se sont manifestées, qui ont porté leurs voix pour dénoncer tous ces rôles » de personnages trans incarnés par des acteurs et actrices cisgenres. Celle qui dit se considérer comme « une apprentie comédienne » juge que, dans l'idéal, « il ne devrait pas y avoir besoin d'être cis ou trans pour jouer un rôle trans et vice versa », mais qu'au vu du peu de possibilités offertes par le cinéma et les séries françaises, il faut « les laisser aux actrices et acteurs trans » .

La représentation passe par l'écoute

N'empêche, l'équipe derrière Plus belle la vie a plutôt bien fait son travail. Pour une fois, l'équipe du feuilleton a pris le soin d'écouter et de se renseigner avant de s'attaquer au sujet. D'après Libération, « les scénaristes, les auteurs comme les acteurs se sont documentés, ont arpenté les forums, ont pris conseil auprès d’associations ». Cela ne remplace certes pas la présence de personnes trans à l'écriture, comme c'est le cas pour la série américaine Transparent, mais dénote d'une volonté de bien faire les choses.
« J'ai reçu un mail d'une directrice de casting. La nana me dit "série américaine, on cherche des transsexuels et des drag queens". »
Tout n'était pas pour autant parfait dans le processus de casting. «Quand j’ai vu circuler l’annonce pour le casting dans un groupe Facebook privé, je me souviens avoir été heurté par certains termes », raconte Jonas Ben Ahmed à Libération. « Il y était notamment question d’un acteur ayant "fini sa transformation", ce qui ne se dit absolument pas, et ne veut rien dire de toute façon…». Heureusement, l'acteur a tout de même décidé de répondre à l'annonce, et a donc pu expliquer à la boîte de production ce qui n'allait pas avec cette expression. L'éducation des casteurs et casteuses semble être en cours. Une annonce postée par Canal + il y a quelques mois pour l'adaptation télévisuelle du roman de Virginie Despentes Vernon Subutex était d'ailleurs irréprochable dans le vocabulaire employé. Mais toutes les boîtes de production ne sont pas Telfrance Série (qui chapeaute la série de France 3). Naelle Dariya se souvient d'une annonce de casting qu'elle a reçu récemment : « J'ai reçu un mail d'une directrice de casting. La nana me dit "série américaine, on cherche des transsexuels et des drag queens". Déjà, je ne vois pas ce qu'il y a de commun entre une drag queen et une personne trans, mais en plus il n'y avait aucune précision sur les traits de caractère, le physique ou l'âge recherchés... Je me suis sentie complètement déshumanisée. »

Rôles pédagogiques

Plus belle la vie, une étape importante ? Oui, mais ce n'est pas la panacée non plus. Le personnage joué par Jonas Ben Ahmed vient apporter de l'aide à Antoine (joué par l'actrice cisgenre Enola Righi), un ado qui vient juste de faire son coming out trans. Si la transidentité est belle et bien abordée par les scénaristes de France 3, elle l'est encore une fois sous l'angle de l'explication de texte. Le personnage de Dimitri est là pour expliquer ce que c'est d'être trans et rien d'autre, comme bien souvent dans la fiction hexagonale.
« La transidentité d'un personnage devrait être un trait de caractère comme un autre. »
Les productions étrangères, elles, sortent peu à peu de ce réflexe suranné. On pense notamment au magnifique film chilien Une femme fantastique qui met en scène une femme trans sans expliquer son identité. Mais en France, il semble que les réalisateurs et réalisatrices préfèrent toujours expliquer « le fait trans ». Peut être que les Français.e.s en ont encore besoin, ou peut-être, comme le pense Pascale Ourbih « que tout le monde est au courant » et qu'il est temps que les acteurs et actrices trans jouent « Monsieur et Madame tout le monde »« La transidentité d'un personnage devrait être un trait de caractère comme un autre » explique Karine Espineira, car « les personnes trans sont dans le monde, pas en marge et sommées de s'expliquer sur ce qu'elles sont ».

Une question de personnalité

Jonas Ben Ahmed y met en tout cas du sien. L'acteur de 26 ans a enchaîné les interviews pendant plusieurs semaines et n'a pas hésité à (justement) faire preuve de pédagogie et de patience, notamment en revenant sur son histoire personnelle. Le Lyonnais pourrait-il être l'équivalent français de Laverne Cox, qui est devenue l'égérie de la cause trans États-Unis ? « C'était la bonne personnalité au bon moment » juge Karine Espineira. Surtout que l'actrice américaine, révélée dans la série Netflix Orange is the new black, a accepté de devenir pendant un temps la porte-parole de la lutte pour les droits des personnes trans outre-Atlantique. Jonas Ben Ahmed en a-t-il seulement l'envie ? Il est en tout cas présenté comme « l'acteur dont tout le monde va parler » par Yann Barthès dans Quotidien. Et puis, souligne Pascale Ourbih, encore faut-il que les producteurs et productrices lui offrent des rôles après son passage dans Plus belle la vie, et pas seulement celui « du trans de service ». Un enchainement de propositions identiques avait fini par lasser l'actrice qui avait envie de toucher à tous les rôles. L'autre risque, comme l'explique Naelle Dariya, c'est que l'on ne rappelle pas Jonas Ben Ahmed : « Ce qui est rageant c'est qu'on a eu plein d'actrices et d'acteurs qui ont eu un premier rôle magnifique et qu'on n'a jamais rappelé ensuite ». Une récurrence qui explique aussi pourquoi « il y a peu d'acteurs trans professionnels », explique la militante. Réaliste, elle dit se satisfaire de Plus belle la vie « pour l'instant », mais note que « le changement aura vraiment lieu quand les récits ne se construiront plus autour de la transidentité des personnages, qui ne devrait être qu'un détail ».
« Ce qui est rageant c'est qu'on a eu plein d'actrices et d'acteurs qui ont eu un premier rôle magnifique et qu'on a jamais rappelé ensuite ».
Peut-être un jour verrons-nous l'équivalent français de Nomi dans Sense8, la série des sœurs Wachowski ? Le personnage, incarné par l'actrice trans Jamie Clayton, a beau être une femme trans, à aucun moment les storylines de la série ne tournent autour de sa transidentité. Et aucun des sept autres personnages principaux du show de Netflix ne viennent la remettre en cause. Elle est acceptée pour ce qu'elle est, et « dans le monde, pas à côté » pour reprendre l'expression de Karine Espineira. Chiche ? " ["post_title"]=> string(89) "Révolution trans dans « Plus Belle La Vie » : un tournant pour la fiction française ?" ["post_excerpt"]=> string(247) "En castant Jonas Ben Ahmed pour incarner Dimitri, un jeune trans, la série « Plus belle la vie » a marqué les esprits. Est-ce le signe que la fiction française est en train de revoir son traitement de la transidentité ? Komitid a enquêté. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(40) "plus-belle-la-vie-trans-acteurs-actrices" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-04 13:07:04" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-04 11:07:04" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2612" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Deux hommes ensemble dans « Danse avec les stars » ? « La ménagère n'est pas prête à voir ça »

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Dans les « Grosses têtes » sur RTL lundi 27 août, Jeanfi Janssens, humoriste ouvertement gay de la bande de Laurent Ruquier, a annoncé faire partie du prochain casting de « Danse avec les stars ». Selon lui, TF1 aurait refusé qu'il danse avec un homme. La chaîne dément.

Jeanfi Jeanssens, à gauche, dans les « Grosses têtes » sur RTL lundi 27 août - Capture d'écran RTL Replay
Jeanfi Jeanssens, à gauche, dans les « Grosses têtes » sur RTL lundi 27 août - Capture d'écran RTL Replay

Ex-stewart ouvertement gay reconverti en humoriste et propulsé au rang de star grâce à Laurent Ruquier et son émission des Grosses têtes sur RTL, Jeanfi Janssens sera au casting de la prochaine saison de Danse avec les stars. C’est lui-même qui l’a confirmé lundi 27 août au micro de la station.

Ruquier lui a alors demandé si son ou sa partenaire serait une danseuse ou non, ce à quoi l’intéressé a rétorqué : « J’avais demandé avec un danseur, parce que je trouvais ça novateur. Tout le monde sait qui je suis. J’ai dit « pourquoi je danserai pas avec un danseur ? ». Ils ont dit non, « la ménagère n’est pas prête à voir ça »  », a lâché l’humoriste, visant directement TF1. La « ménagère » étant le terme sexiste pour désigner la cible préférée des annonceurs lorsque leur publicité est diffusée sur une chaîne : une femme de moins de 50 ans vue comme « responsable des achats » au sein de son foyer. Parce qu’évidemment, dans le monde fabuleux de l’hétéronormativité, le mari travaille et la femme s’occupe des enfants et des courses.

Si Jeanfi Janssens a fait part de cette affirmation dans un ton un peu blagueur, il n’a toutefois pas hésité à poursuivre sa révélation, indiquant qu’il aurait même proposé de se déguiser en femme. « S’il faut que je mette une robe, je mets une robe ! Et non, du coup, j’aurai une dame », a-t-il expliqué.

« Nous lui laissons le choix »

Contactée par Le Parisien, la direction de la communication de la première chaîne a démenti cette affirmation. Il s’agirait purement et simplement d’un malentendu : « Si Jeanfi Janssens veut danser avec un homme, il le peut. Il n’avait jamais exprimé clairement ce désir, donc nous avions programmé une femme. Nous allons proposer à l’humoriste un changement de partenaire s’il le désire. Nous lui laissons le choix. »

S’il apparaît évident qu’un mec ouvertement gay aurait attendu qu’on lui propose un danseur comme partenaire dans l’émission, TF1 n’y serait finalement pas opposé. Verra-t-on deux hommes danser ensemble pour la première fois dans Danse avec les stars en France ? Réponse fin septembre.