« Les garçons trans font moins peur, ils sont moins menaçants » explique Pascale Ourbih. « Dans l’imaginaire collectif, un homme c’est le pouvoir et donc vouloir accéder au pouvoir est complètement normal. À l’inverse, les filles trans sont plus effrayantes. Il y en a eu beaucoup dans les films, parce que ça perturbait la moralité. »

Vague médiatique

Et oui. Si France 3 peut présenter un personnage trans, à l'aise avec lui-même et qui n'est pas enfermé dans un cliché, c'est bien parce qu'il y a eu des années d'évolutions sur le traitement de la transidentité, et pas seulement au travers du cinéma et des séries. On peut juger au contraire que les fictions hexagonales ont globalement été frileuses sur le sujet.
« La vague médiatique lancée en 2014 nous a apporté le meilleur et le pire, mais on a jamais autant parlé de cette question trans. »
Dans le cas de PBLV, qui a déjà abordé beaucoup de sujets de société, c'est plutôt le contexte qui a poussé la fiction à avancer. « Le sujet est dans la culture médiatique aujourd'hui », souligne Karine Espineira « La vague médiatique lancée en 2014 nous a apporté le meilleur et le pire, mais on n'a jamais autant parlé de cette question trans ». Même le monde politique, via la loi sur le changement d'état civil voté en 2016, avait planché sur la question, bien avant les séries. La chercheuse estime que le temps des archétypes, où être trans signifiait forcément être malheureux.se.s, rejeté.e.s, prostitué.e.s et en marge de la société est en passe d'être révolu. « Aujourd'hui, on a une autre génération de personnes, comme Adrián de La Vega, qui sont intéressées par ce sujet et qui le visibilisent » poursuit-elle. Mais pour en arriver là, la fiction française est souvent tombée dans les poncifs. Un exemple suffit : la série Louis(e) diffusée l'année dernière par TF1. Le feuilleton racontait la transition de Louise et ne s'épargnait aucun cliché, comme on le devine avec l'usage des parenthèses dans le titre. La féminité de son personnage principal était par exemple exacerbée. Pire, la série faisait jouer le rôle de Louise par Claire Nebout, une actrice cisgenre. Une décision qui avait été vivement critiquée par les associations trans à l'époque. C'est justement ces associations, et les militant.e.s concerné.e.s, qui ont permis de faire avancer les représentations dans les médias et les œuvres culturelles. Parce qu'il s'agit bien d'une question de représentation auquel « l'associatif trans a réagi» souligne Karine Espineira. « À force d'être maltraité.e.s par un certain nombre de médias, des associations ont arrêté de communiquer, d'autres ont refusé de relayer des offres de casting. Ça fait réagir certaines personnes et ça bénéficie à tout le monde. » Naelle Dariya, qui a joué Léa dans 120 battements par minutes, confirme : « C'est grâce à tous ces personnes qui se sont manifestées, qui ont porté leurs voix pour dénoncer tous ces rôles » de personnages trans incarnés par des acteurs et actrices cisgenres. Celle qui dit se considérer comme « une apprentie comédienne » juge que, dans l'idéal, « il ne devrait pas y avoir besoin d'être cis ou trans pour jouer un rôle trans et vice versa », mais qu'au vu du peu de possibilités offertes par le cinéma et les séries françaises, il faut « les laisser aux actrices et acteurs trans » .

La représentation passe par l'écoute

N'empêche, l'équipe derrière Plus belle la vie a plutôt bien fait son travail. Pour une fois, l'équipe du feuilleton a pris le soin d'écouter et de se renseigner avant de s'attaquer au sujet. D'après Libération, « les scénaristes, les auteurs comme les acteurs se sont documentés, ont arpenté les forums, ont pris conseil auprès d’associations ». Cela ne remplace certes pas la présence de personnes trans à l'écriture, comme c'est le cas pour la série américaine Transparent, mais dénote d'une volonté de bien faire les choses.
« J'ai reçu un mail d'une directrice de casting. La nana me dit "série américaine, on cherche des transsexuels et des drag queens". »
Tout n'était pas pour autant parfait dans le processus de casting. «Quand j’ai vu circuler l’annonce pour le casting dans un groupe Facebook privé, je me souviens avoir été heurté par certains termes », raconte Jonas Ben Ahmed à Libération. « Il y était notamment question d’un acteur ayant "fini sa transformation", ce qui ne se dit absolument pas, et ne veut rien dire de toute façon…». Heureusement, l'acteur a tout de même décidé de répondre à l'annonce, et a donc pu expliquer à la boîte de production ce qui n'allait pas avec cette expression. L'éducation des casteurs et casteuses semble être en cours. Une annonce postée par Canal + il y a quelques mois pour l'adaptation télévisuelle du roman de Virginie Despentes Vernon Subutex était d'ailleurs irréprochable dans le vocabulaire employé. Mais toutes les boîtes de production ne sont pas Telfrance Série (qui chapeaute la série de France 3). Naelle Dariya se souvient d'une annonce de casting qu'elle a reçu récemment : « J'ai reçu un mail d'une directrice de casting. La nana me dit "série américaine, on cherche des transsexuels et des drag queens". Déjà, je ne vois pas ce qu'il y a de commun entre une drag queen et une personne trans, mais en plus il n'y avait aucune précision sur les traits de caractère, le physique ou l'âge recherchés... Je me suis sentie complètement déshumanisée. »

Rôles pédagogiques

Plus belle la vie, une étape importante ? Oui, mais ce n'est pas la panacée non plus. Le personnage joué par Jonas Ben Ahmed vient apporter de l'aide à Antoine (joué par l'actrice cisgenre Enola Righi), un ado qui vient juste de faire son coming out trans. Si la transidentité est belle et bien abordée par les scénaristes de France 3, elle l'est encore une fois sous l'angle de l'explication de texte. Le personnage de Dimitri est là pour expliquer ce que c'est d'être trans et rien d'autre, comme bien souvent dans la fiction hexagonale.
« La transidentité d'un personnage devrait être un trait de caractère comme un autre. »
Les productions étrangères, elles, sortent peu à peu de ce réflexe suranné. On pense notamment au magnifique film chilien Une femme fantastique qui met en scène une femme trans sans expliquer son identité. Mais en France, il semble que les réalisateurs et réalisatrices préfèrent toujours expliquer « le fait trans ». Peut être que les Français.e.s en ont encore besoin, ou peut-être, comme le pense Pascale Ourbih « que tout le monde est au courant » et qu'il est temps que les acteurs et actrices trans jouent « Monsieur et Madame tout le monde »« La transidentité d'un personnage devrait être un trait de caractère comme un autre » explique Karine Espineira, car « les personnes trans sont dans le monde, pas en marge et sommées de s'expliquer sur ce qu'elles sont ».

Une question de personnalité

Jonas Ben Ahmed y met en tout cas du sien. L'acteur de 26 ans a enchaîné les interviews pendant plusieurs semaines et n'a pas hésité à (justement) faire preuve de pédagogie et de patience, notamment en revenant sur son histoire personnelle. Le Lyonnais pourrait-il être l'équivalent français de Laverne Cox, qui est devenue l'égérie de la cause trans États-Unis ? « C'était la bonne personnalité au bon moment » juge Karine Espineira. Surtout que l'actrice américaine, révélée dans la série Netflix Orange is the new black, a accepté de devenir pendant un temps la porte-parole de la lutte pour les droits des personnes trans outre-Atlantique. Jonas Ben Ahmed en a-t-il seulement l'envie ? Il est en tout cas présenté comme « l'acteur dont tout le monde va parler » par Yann Barthès dans Quotidien. Et puis, souligne Pascale Ourbih, encore faut-il que les producteurs et productrices lui offrent des rôles après son passage dans Plus belle la vie, et pas seulement celui « du trans de service ». Un enchainement de propositions identiques avait fini par lasser l'actrice qui avait envie de toucher à tous les rôles. L'autre risque, comme l'explique Naelle Dariya, c'est que l'on ne rappelle pas Jonas Ben Ahmed : « Ce qui est rageant c'est qu'on a eu plein d'actrices et d'acteurs qui ont eu un premier rôle magnifique et qu'on n'a jamais rappelé ensuite ». Une récurrence qui explique aussi pourquoi « il y a peu d'acteurs trans professionnels », explique la militante. Réaliste, elle dit se satisfaire de Plus belle la vie « pour l'instant », mais note que « le changement aura vraiment lieu quand les récits ne se construiront plus autour de la transidentité des personnages, qui ne devrait être qu'un détail ».
« Ce qui est rageant c'est qu'on a eu plein d'actrices et d'acteurs qui ont eu un premier rôle magnifique et qu'on a jamais rappelé ensuite ».
Peut-être un jour verrons-nous l'équivalent français de Nomi dans Sense8, la série des sœurs Wachowski ? Le personnage, incarné par l'actrice trans Jamie Clayton, a beau être une femme trans, à aucun moment les storylines de la série ne tournent autour de sa transidentité. Et aucun des sept autres personnages principaux du show de Netflix ne viennent la remettre en cause. Elle est acceptée pour ce qu'elle est, et « dans le monde, pas à côté » pour reprendre l'expression de Karine Espineira. Chiche ? " ["post_title"]=> string(89) "Révolution trans dans « Plus Belle La Vie » : un tournant pour la fiction française ?" ["post_excerpt"]=> string(247) "En castant Jonas Ben Ahmed pour incarner Dimitri, un jeune trans, la série « Plus belle la vie » a marqué les esprits. Est-ce le signe que la fiction française est en train de revoir son traitement de la transidentité ? Komitid a enquêté. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(40) "plus-belle-la-vie-trans-acteurs-actrices" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-04 13:07:04" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-04 11:07:04" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2612" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15270 (24) { ["ID"]=> int(5296) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-03 16:42:51" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-03 14:42:51" ["post_content"]=> string(10625) "Fiertés, c'est ce soir sur Arte à 20h55 ! Cinq ans après la loi autorisant le mariage à tous les couples, la mini série réalisée par Philippe Faucon (La Désintégration, Fatima), va vous envahir le coeur (vous êtes prévenu.e.s). Les trois épisodes de la série balaient trente ans de vie LGBT+ en France : 81 et 82 (la dépénalisation de l'homosexualité), 1999 (le Pacs) et 2013 (Le mariage pour tous et toutes). Mais l'ambition de la série n'est pas d'être panoramique et de raconter l'homosexualité et l'évolution des droits LGBT+ en France. On suit le chemin de Victor (interprété par de ses 17 ans à son âge mûr, de son job d'été à lunettes de presbyte). Dans une ville qui pourrait être Montpellier comme Montreuil, on voit grandir un homme qui construit sa virilité, qui tombe amoureux, qui se vit homosexuel - ou pas. Que la série ne soit pas une longue litanie de tristesse et de coming outs, c'était la volonté de ses deux scénaristes : Niel Rahou et José Caltagirone. Nous avons rencontré les deux trentenaires, ouvertement gays, à la terrasse ensoleillée d'un café parisien. Les auteurs nous ont raconté leur ambition de raconter cette histoire, qui les touche de près. [caption id="attachment_5305" align="aligncenter" width="300"]Les deux scénaristes de la série Fiertés, Niel Rahou et José Caltagirone / ALP Les deux scénaristes de la série Fiertés, Niel Rahou et José Caltagirone / ALP[/caption]

Comment est née Fiertés ?

José Caltagirone (J.C.) : On était dans le marasme des débats sur le mariage pour tous, on a eu envie d'opposer quelque chose de positif à la réaction super violente des antis. Ça nous a fait penser aux avancées majeures de ces dernières années et ces trois dates ont émergé comme ça. Nous avons mis deux ans en tout et pour tout pour ce projet, depuis l'idée jusqu'à la fin du tournage. Philippe Faucon a une manière d'approcher l'émotion toujours à distance, de ne jamais l'imposer, en ce sens là son apport était vraiment utile car nous avions une approche vraiment frontale, moins pudique. C'est l'avantage majeur pour des scénaristes de travailler avec un ou une réal dès le début d'un projet. Ce projet c'est vraiment l'histoire d'une collaboration. Niel Rahou (N.R.) : Il n'y a eu aucune résistance quand on a apporté le sujet et les personnages. La production a tout de suite compris ce qu'on voulait dire. On a tout de suite pensé à un premier épisode en 1981 et 1982, avec l'élection de Mitterrand et la dépénalisation de l'homosexualité par Badinter, un deuxième épisode en 1999 au moment du Pacs, et un dernier épisode en 2013 au moment du mariage pour tous. On suit les mêmes personnages sur une période de 32 ans.

Vos personnages racontent l'histoire LGBT+ en France, mais vous dites que vous les vouliez universels. Pourquoi ?

J.C. : Le but c'était que l'histoire puisse parler au plus grand nombre, même si elle a été promue comme une série qui retrace 30 ans de lutte pour les droits LGBT. On voulait générer une empathie universelle. On nous demande parfois, pourquoi nous n'avons pas choisi aussi un couple de femmes... parce qu'on a pas eu envie de raconter l'histoire exhaustive de l'homosexualité en France.
« On peut montrer aux plus jeunes une période qu'ils et elles n'ont pas connue, pour regarder vers l'arrière et voir ce par quoi leurs prédécesseurs sont passés pour gagner des droits »

N.R. : L'universalité de la chose, c'est aussi prendre le parti de ne pas faire une série qui ne s'adresse qu'aux personnes LGBT. L'intérêt c'est aussi de se servir de cela en toile de fond et de raconter une histoire d'amour, une histoire de famille de tabler sur l'universalité de la proposition : on a tous été amoureux, on s'est tous pris la tête avec son père. On peut s'appuyer la dessus pour banaliser nos vies mais aussi pour montrer aux plus jeunes une période qu'ils et elles n'ont pas connue, pour regarder vers l'arrière et voir ce par quoi leurs prédécesseurs sont passés pour gagner des droits. Mais ça concerne tout le monde, ces droits : en projection, il y a pas mal d'hétéros qui sont venus nous voir en disant « le père il ressemblait vachement à mon père », on a des personnes immigrées qui nous ont dit « moi aussi ça a été compliqué dans ma famille pour d'autres raisons »...

Les relations de Victor avec les hommes de sa famille raconte une évolution de la virilité, sur trois générations. C'était votre intention ?

J.C. : Oui car le coeur du sujet de Fiertés, c'est la transmission. Comment la perception masculine d'un père sur l'homosexualité de son fils a des conséquences sur sa famille. Qu'est ce que ça fout en l'air comme projections, comme transferts de soi par rapport à son enfant. Comment cette transmission est d'abord acceptée par l'enfant parce qu'il n'a pas le choix, comment il doit devenir un individu et non plus un membre faisant partie d'une communauté familiale. Et surtout comment, une fois qu'il s'est construit, il retransmet quelque chose. Fiertés c'est surtout ça : la marche des fiertés, la fierté d'être qui l'on est mais aussi la fierté de revendiquer ses origines et d'avoir le droit de transmettre quelque chose.

« Créer un personnage gay c'est forcément porteur d'une dramaturgie définie. »

N.R. : Pour Victor, on avait un canevas défini : qu'est ce que c'est de découvrir sa sexualité quand on a 17 ans en 1981, qu'est-ce que ça fait d'être un jeune PD en 1999, et d'avoir 50 ans en 2013 ? Ça permettait de puiser dans ce qu'on connaissait nous et dans les expériences des gens qu'on connaissait... des films ont été faits sur le coming out et le but n'était pas de faire un énième récit de quelqu'un qui intériorise, qui sombre dans la dépression. On a pris le parti de prendre un Victor qui est dans le déni, ce qui arrive fréquemment, et qui est capable de dire à Serge « on baise et c'est tout je suis pas la pour porter une pancarte ». Ce qu'il vit, c'est ce que des gens, moins maintenant, peuvent expérimenter : je le dirai jamais, ma famille ne le saura jamais, je vais rentrer dans le moule. Pareil, au moment du Pacs, on a choisi de faire que les revendications de Victor ne concernent pas directement l'envie de se marier, mais celle d'avoir des enfants parce que qu'on avait envie de travailler sur le sentiment que c'est, de vouloir un enfant qu'on a pas le droit d'avoir.

Vous avez choisi aussi d'aborder d'autres minorités, avec le personnage de Serge qui est porteur du VIH et de Sélim qui est issu de l'immigration...

N.R. : Notre réalisateur Philippe Faucon a beaucoup traité de l'identité dans son cinéma, et c'était important de le faire. Tous les deux, on a le privilège d'être des hommes et blancs, on représente une large majorité des scénaristes, c'est pas à nous de raconter ces histoires mais aux concernés, mais tant qu'ils n'ont pas la place il faut qu'on le fasse aussi. La bande de Diego dans le troisième épisode, qui date de 2013, elle est diverse et mixte en fait elle est juste normale aujourd'hui. Le fond de Fiertés, c'est que les homosexuels sont de toute façon aussi légitime à être représentés que les racisés, les femmes, les trans... sans que ça devienne le coeur de l'histoire.

J.C. : Parce qu'en France, créer un personnage gay c'est forcément porteur d'une dramaturgie définie.

Par ailleurs, José, tu as travaillé sur l'écriture de Plus belle la vie, qui a mis plusieurs personnages LGBT+ à l'écran. Pensez-vous que la télévision peut changer la société ?

J.C. : La série, qui a 14 ans, a brisé des tas de tabous là ou des tas de séries françaises n'abordaient pas ces sujets. Quand j'y travaillais, j'avais écrit la première histoire qui suggérait la transidentité. Maintenant, il y a un vrai personnage trans et on est entrés dans une vraie banalisation. C'est super, mais pour en arriver là, il a fallu et il faut encore passer par beaucoup de réunions de casting. Où l'on caste des gens pour des « rôle de noirs ». On veut parler à tout le monde, on veut que les personnes LGBT se reconnaissent, car on a écrit la série pour eux, mais pas que. C'est pour cela qu'on ne labellise pas la série comme une série gay, car ça peut être interprété comme « c'est pas pour moi »... ce qui est très hypocrite, car combien d'homosexuels regardent des comédies hétéros et s'identifient ? Combien de noirs regardent des séries avec des blancs et s'identifient ?

« Quand je travaillais chez Plus belle la vie et que  j'entendais ma grand-mère et ma grand-tante commérer devant les histoires de Thomas, c'était drôle... et hyper gratifiant »

N.R. : Nous n'en sommes pas encore au stade où la sexualité d'un personnage LGBT n'est pas un sujet mais les choses bougent en France et ailleurs. J'ai tendance à penser que l'éducation fait aussi partie de notre job. Moi, je pensais plus aux parents, je me disais tiens, si cette série pouvait être un déclencheur ? Une sorte de manuel d'acceptation de leur enfant, une projection de ce que pourrait être leur vie de parents gâchée, s'ils décidaient de s'enterrer dans ce rejet... J'ai plutôt pensé à eux. C'est grisant de savoir qu'à notre tout petit niveau, on peut faire bouger les lignes.

J.C. : La télé, le ciné, c'est quand même très puissant comme vecteur, encore aujourd'hui. À l'époque, quand je travaillais chez Plus belle la vie et que  j'entendais ma grand-mère et ma grand-tante commérer devant les histoires de Thomas, c'était drôle... et hyper gratifiant, pour un auteur ou un réal, d'avoir ce pouvoir, et cette responsabilité. On ne peut pas raconter n'importe quoi !

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La première fois que j’ai vu Océan, c’était sur les planches du Petit Gymnase pour découvrir la Lesbienne invisible. Des lesbiennes d’un peu partout faisaient la queue sur le trottoir, avides d’entendre les blagues d’Océanerosemarie sur leurs vies quotidiennes. Quelques années après, on m’a offert des billets pour Chatons Violents à Montparnasse. J’y suis allée avec deux amies lesbiennes, et j’ai vu des bobos faire la queue sur le trottoir pour entendre de sacrées vannes sur leurs privilèges.

Océan nous a invité dans son nid d’aigle du 19ème arrondissement, pour discuter autour d’un thé fumant de son coming out d’homme trans, mais aussi des changements imminents dans sa carrière artistique. Il s’installe dans un canapé constellé de poils de chats, le travail de ses matous, Froustinette et Craquinette. Sur la table basse, le dernier livre de Maggie Nelson, Les Argonautes, raconte l’histoire d’amour entre l’écrivaine et Harry qu’elle accompagne dans sa transition. On est dans le bain, on prend un grand souffle et on se lance.

Pourquoi est-ce important de faire ton coming out trans ici et maintenant ?

Océan : Je pense que c’est important parce que la transidentité est encore un sujet très mal connu, qui suscite beaucoup d'incompréhensions. Les gens comprennent à peu près qui sont les gays et les lesbiennes, même s'ils ont encore beaucoup de préjugés. Pour les personnes trans, cela dépasse les préjugés : ils n’ont en tête que des fantasmes, un grand vide ou des interrogations. Celles et ceux qui peuvent être out sans se mettre en danger doivent le faire pour eux et pour toutes les personnes concernées, parce que ça participe à dédramatiser, à faire de la pédagogie sur ce sujet. Nous sommes des personnes comme les autres, avec des vécus particuliers, des discriminations particulières… mais en tant qu'individus, dans notre façon de vivre notre vie, de mener nos vies amoureuses, on n’est pas différent.e.s.

Parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne.

Et puis ce n’est pas vraiment un choix, mais une nécessité. En entrant dans le cadre de la transition, nous n’avons pas trop le choix que d’être out, au moins avec notre entourage. Lesbienne, j’aurais pu passer toute ma vie dans le placard : en tant qu’homme trans, si tu prends des hormones et que tu te fais opérer, tu n’échappes pas au coming out.

Malgré tout, je me suis rendu compte que parler de mon orientation sexuelle puis de mon identité de genre, depuis ma position privilégiée de personne blanche et aisée, c'est politique même si à priori ça ne regarde personne. Ça porte un message collectif et donc produit du politique, au sens très large, c’est à dire la possibilité de questionner les normes de société, la possibilité de faire bouger des lignes dans l'esprit des gens. C’est ce qui s’est passé avec la Lesbienne invisible.

Tu travailles dans le monde du spectacle, relativement conservateur, comment anticipes-tu cette nouvelle visibilité dans ta carrière ?

Beaucoup d’acteurs et d’actrices gays que je connais ne veulent pas faire leur coming out, parce qu'ils et elles pensent avoir moins de rôles. Je ne partage pas cette crainte, mais je ne dis pas que cette peur n’est pas fondée, loin de là : on l’a bien vu avec le mouvement #metoo et #balancetonporc : être une femme actrice, c’est déjà subir de la violence.

Mais j'ai l'impression que les choses changent. Je trouve que s’empêcher d’être out, c'est dommage pour tous les gens qui pourraient s'identifier. On le voit avec des personnalités comme Kristen Stewart ou Ellen Page, être out ne brise pas des carrières, au contraire même.

C’était ma fierté gay à moi de dire "ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros".

Pour La lesbienne invisible, c’était un choix d'assumer qu'on me voit sous ce prisme. C’était une démarche militante de dire oui, je suis lesbienne et je construis ma carrière là-dessus. C’était ma fierté gay à moi de dire « ce n'est pas moins bien de jouer des femmes lesbiennes que de faire des femmes hétéros » parce que ce n’est pas moins bien d'être lesbienne. En vérité, j'ai surtout travaillé sur mes projets perso et je ne suis pas sûr que j'aurais eu cette carrière, si j'avais caché mon homosexualité.

Peut-être que j'aurais eu des petits rôles, mais en me vivant lesbienne au travail, j'ai tourné un spectacle pendant 4 ans qui m'a permis de me faire connaitre (La lesbienne invisible, ndlr). J'ai pu faire un autre spectacle (Chatons violents, ndlr), et puis j'ai réussi à faire un film (Embrasse-moi, ndlr) dont je suis trop content. C’était mon rêve de faire une comédie romantique lesbienne. Très personnellement ça n’a fait que m'ouvrir des portes.

Si aujourd'hui je suis identifié comme homme trans et qu'on ne me donne que des rôles d'hommes trans, et bien ça ne me pose pas de problème. Je trouve ça hyper important que tout le monde soit représenté sur nos écrans, toutes les expressions de genres, les orientations sexuelles, les couleurs de peau, les corps différents. Je pense qu'en France on a encore des progrès à faire, mais la visibilité est déjà une étape.

Il va y avoir de plus en plus de personnages trans. Que Plus belle la vie ait fait cette démarche, c’est fort : les parents d'une super pote vivent à la campagne et quand elle leur a dit pour moi, ils ont répondu "oui on connait, on a vu dans Plus belle la vie". Ils avaient appris tout à coup notre existence, dans le feuilleton.

J'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses.

Pour l'instant, ce sont des rôles où les personnages ne sont vraiment ramenés qu’à leur identité, mais récemment, des responsables de casting se sont dit « tiens, ce serait bien de prendre des mecs trans pour jouer des mecs trans ». Cette année, j'ai passé trois castings pour des rôles de mecs trans dans des séries françaises.

Après, clairement, j'espère que les mecs trans, les femmes grosses, les noir.e.s ne feront pas que des rôles d’hommes trans, de noir.e.s, de grosses. J'espère que je pourrai prétendre à des rôles d'hommes tout court. Je me pose juste la question si dans deux ans, trois ans, les réalisateurs et réalisatrices, les directeurs et directrices de castings, ou même les chaînes seront prêtes à dire « tiens, je prends cette personne pour jouer un flic hyper viril ». Est-ce que je serai potentiellement un acteur pour jouer ces rôles-là ? Je ne sais pas. Ça m'amusera sans doute de le faire, comme ça m'aurait amusé de jouer le rôle d'une mère de famille Manif pour tous avec 8 enfants, parce que j'aime composer des personnages, et que je n'ai aucun problème à jouer des personnages très différents de moi.

[caption id="attachment_6702" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

Tu as choisi de te présenter à la ville comme à la scène sous un seul prénom, Océan. Comment s’est construite cette décision ?

Depuis toujours, dans ma carrière, je jouais sur ce qui s'appelle des persona. Ce n’est pas un personnage très éloigné de soi, c’est plutôt un soi bigger than life, un personnage de comédie. Ça a été Oshen quand je chantais, puis Océanerosemarie quand j'ai écrit la Lesbienne invisible. Chaque fois, je jouais avec mon prénom et mon identité, mais en me décalant un petit peu, parce que je considérais que j'avais besoin de protéger ma vie intime, d'avoir moi-même psychiquement un endroit qui ne soit pas public, qui soit séparé du monde.

Néanmoins, j'ai toujours utilisé mes émotions ou mes expériences intimes pour mes chansons, pour la Lesbienne invisible. Avec Chatons violents, c’était pareil. Contrairement à ce que les gens pensent, ce spectacle est encore plus intime que le premier, parce que parler de mon origine sociale, des gens de ma famille au sens large, c’était une révélation de moi pas forcément facile à faire.

Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

Plus j'avance dans ma carrière, plus j'accepte que ce qu'il y a de plus intime est le plus politique, et donc paradoxalement plus collectif. Je me suis dit que je n’avais plus besoin de me protéger avec un persona. Quand j'ai décidé de faire ma transition, j'ai eu ce désir d’enlever le E de Océane, ce qui est finalement un geste très naturel, c’est-à-dire d'enlever ce qui féminise, tout en gardant une connexion avec mon prénom de naissance. Je vis ma transition comme un continuum, pas une rupture, je ne coupe pas avec mon passé parce que j'ai l'impression d'avancer vers moi, de me diriger vers moi, d'évoluer.

C’est d’autant plus cohérent de ne plus séparer le personnage public de la personne que je suis, que je fais la démarche de ce documentaire sur ma transition (dix épisodes seront diffusés en 2019 sur la plateforme web de France Télévisions, ndlr). À partir du moment où je deviens sujet d'une œuvre, il n’y a plus de raison pour moi de faire barrière : je peux être au monde en tant qu'artiste et en tant que moi. C’est extrêmement libérateur de me rassembler dans une identité d’homme trans, que je vis comme un peu plus complexe que femme homosexuelle.

Comment dans ton enfance, dans ta vie d'adolescent as-tu anticipé, pensé intimement, ton identité d’homme trans ?

Je pense que j'ai été élevé dans un souci absolu de la norme. Bien que ma mère nous ait totalement poussé.e.s à être nous-mêmes, à être authentiques, elle a une relation à la binarité et à la cisnormativité qui est hallucinante. Elle a été super ouverte quand j'ai fait mon coming out lesbien, mais je sentais malgré tout la nécessité de rester dans les clous. J'avais intégré cette injonction là : le fait d'être attirée par les filles, c'était déjà une angoisse. Je pense que j'étais totalement transphobe malgré moi, une transphobie intériorisée qui m'a été transmise sans jamais que ce soit nommé, parce que je ne savais même pas qu'on avait la possibilité d’écouter cette vérité là.

Clairement, il y a tout le temps eu du masculin en moi, l'envie d'aller vers des choses reliées au masculin, mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille. C’était impensé pour moi la possibilité d'être un garçon et ça a été le cas pendant très longtemps. J’avais un caractère dit de « garçon manqué » et comme je suis dans une famille ouverte, on m'a laissé préférer les pantalons, faire du skate, j'étais la seule meuf dans une bande de garçons et j'aimais ça. À l'adolescence, je n’ai pas particulièrement souffert que mon corps se forme. J'avais de tous petits seins, j'étais un peu baraque parce que j'ai toujours fait du sport, j'ai toujours eu un corps que je percevais comme masculin.

Il y a tout le temps eu du masculin en moi mais je ne pouvais pas me le formuler autrement que comme une négociation permanente avec le fait d'être une fille.

Qu’est-ce qui a déclenché ta prise de conscience ?

A l'époque de la Lesbienne invisible, j'étais très sincère dans ma position de lesbienne féminine. Au fur et à mesure que le temps a passé, je me suis rendu compte que dans mon cas, être très féminine c’était jouer les codes hétéronormatifs. C’était une façon de me protéger et d'être accepté, parce que j’avais joué à fond ces codes là pour être audible dans un mode cisnormatif et homophobe. Dans mes interactions avec les journalistes et le public non lesbien, il y avait une phrase terrible qui revenait : "toi, ça va". Et je me suis dit, je ne défends pas que les lesbiennes qui ont un passing hétéro.

J’ai commencé à affirmer mon admiration pour les femmes qui s'affirmaient viriles, à me reconnaître beaucoup dans la culture des butch politiques. Je trouve ça fort de dire « je suis une femme et je créé mes propres codes de séduction, ma manière à moi de m’affirmer et de me relationner aux autres et je prends toute la masculinité que je veux, avec mon corps de naissance ». J'ai commencé à me réaffirmer dans ma présentation aux autres, et quand j'ai joué mes premiers Chatons violents j'ai attaché mes cheveux, car j'ai compris l'importance du cheveu dans la séduction, puis je les ai coupés. Je me suis rendu compte combien c’était un geste symbolique car du coup je devenais « une lesbienne caricaturale », comme on me l’a reproché y compris chez les lesbiennes lipstick (lesbiennes féminines, ndlr).

Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises.

Je me suis mêlé au groupe des butch politiques, puis je me suis rendu compte que je ne m’y sentais pas moi-même. Il a fallu que je déconstruise des choses de l'ordre du sacré, de l’intouchable, dans mon rapport au corps. Des choses que l’on m'a transmises. Quand j'ai commencé à comprendre que ma masculinité était là depuis toujours, c’était un point de non-retour. C’est pour cela que je fais mon coming out à un âge si tardif.

Et ma mère m’a aidé malgré elle. Il y a quelques années, elle m'a conseillé de prendre de la progestérone, parce que j’avais des règles très douloureuses. Je n'ai plus eu de règles et j'ai commencé à me dire « à quel moment je reste une femme ? ». J’avais 38, 39 ans et je savais que je ne porterai pas d'enfant. Cette question de la maternité, et donc du féminin puissance mille, était donc totalement réglée. Ça a commencé à me troubler qu'on me dise madame, j'ai rencontré des hommes trans, j’ai commencé à avoir des modèles, ce qui est hyper important pour se dire que c'est possible. J’ai intégré une nouvelle communauté, bien plus diverse que je l’imaginais. Que l’on soit d'extrême droite ou d'extrême gauche, quel que soit ton milieu social, que tu sois fidèle ou que tu aies un million d'amants ou de maîtresses, être lesbienne c’est partager le point commun de désirer les personnes du même genre que soi.

Pour l'instant, ce que je perçois de la « communauté » trans, c’est qu’il y a autant de personnes que de définitions de ne pas être cisgenres. Il y a plein de façons de transitionner, plein de façons d'être trans suivant la relation que l'on peut avoir à la binarité, au masculin dans mon cas. C’est pour ça que je ne prétends pas fédérer tout le monde avec mon discours. Mon expérience est unique et je pense que c’est ça se définir, affirmer sa singularité. Transitionner, c’est aussi se détacher du groupe tout en se rassemblant dans une identité très singulière.

J'ai commencé à prendre de la testostérone le 5 janvier, ça fait cinq mois, et le fait de pouvoir affirmer ma masculinité m’a permis d'être très en paix avec ma part féminine. Plus rien n'est contrarié : il n’y a plus de surplus de féminin, qui vient s'imposer malgré moi.

Comment as-tu préparé ton coming out ?

Pour ma famille, j'ai fait les choses progressivement, j'ai d'abord parlé de personnes trans, j’ai placé dans les conversations qu'il n’y avait pas deux identités de genre, même biologiques. J'ai commencé à aborder des thèmes déconnectés de moi, puis j'en ai parlé à ma mère. C’est une femme très intelligente et très ouverte, je sais qu'elle va évoluer, mais c’était très compliqué pour elle de supporter l'idée que son enfant touche à son corps. L'idée des opérations et des hormones est extrêmement violente. Je lui ai dit combien c’était étrange : si j'avais voulu me faire augmenter la poitrine, elle m'aurait sans doute accompagné et aurait peut-être même proposé de payer l'opération, parce que j'aurais performé mon genre de naissance. Dans son critère normatif, ça aurait été une confirmation de ce qu’elle a fait… et là, je lui annonçais que je les retirerai.

Les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants.

Après je me suis renseigné j'ai vu qu’en suivant le parcours officiel il fallait attendre deux ans. Je trouve d’ailleurs déplorable que ce soit si long, si violent et psychiatrisant. J'avais 39 ans et j'ai décidé de prendre ce temps là pour voir comment ça allait évoluer, j'en ai moins parlé à ma famille mais j'avais semé la petite graine. Au bout d'un an, un an et demi, ce n’était plus une évidence, c’était une nécessité. Là je l'ai annoncé à ma mère tout autrement : « je t'informe que j'ai décidé de faire cette transition, je ne te demande plus ton avis, c’est à toi maintenant de faire l'effort ». Je me suis rendu compte que si j’avais mis tant de temps à m’écouter, c’était pour protéger ma mère. Mais en fait les parents sont capables de bouger : ils acceptent d'être bouleversés par les enfants. Aujourd’hui si ma mère tient un discours ouvert sur l’homosexualité, et bientôt sur la transidentité, c’est parce qu’elle a déconstruit quelque chose par la force des choses, et grâce à moi surtout. Dans mon film, je pense qu’elle va permettre à beaucoup de gens de s'identifier à elle et à réfléchir à leur propre discours phobique irrationnel.

[caption id="attachment_6701" align="aligncenter" width="2346"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption]

La lesbienne invisible a eu une grande importance pour les lesbiennes de notre pays, où les représentations sont pauvres... comment s'est construite ta relation avec tes fans ?

J'ai une immense affection pour toutes les lesbiennes qui sont venues, qui m’ont suivi et qui me suivent encore quand je fais ma tournée Chatons violents. Les meufs qui me font signer un CD ou une BD ou qui me disent qu'elles regardent toujours le DVD en boucle parce qu'elles se sont vachement identifiées, je trouve ça super et j'espère qu'elles comprendront ma démarche, que même si elles sont déstabilisées, elles ne se sentiront pas abandonnées...

Je remonte très bientôt la Lesbienne invisible avec une autre comédienne, Marine Baousson

C’est la raison pour laquelle je remonte très bientôt le spectacle avec une autre comédienne, Marine Baousson. Elle est géniale, je la vois comme j'étais il y a dix ans, je pense que d'autres filles pourront s'identifier. Je veux que le spectacle continue à vivre et que beaucoup d’autres lesbiennes invisibles prennent la suite. Je vois des choses, comme les vidéos des Goudous et c’est génial !

Le message que j'ai toujours essayé de véhiculer, c’est « ne vous laissez pas enfermer dans des stéréotypes, dans une norme oppressante ». Que vous ayez envie de vous balader en mini-jupe ras la touffe, épilée au laser, voilée de la tête au pied parce que vous ne voulez pas montrer votre corps, que vous soyez grosse ou mince, soyez vous-mêmes. En faisant cette démarche aujourd’hui, j’affirme ma liberté et j'espère qu'elles comprendront que c'est un geste d'émancipation.

Tu revendiques depuis toujours ton militantisme féministe, anti-raciste, décolonial. Crains-tu la réaction de la fachosphère ?

S’ils m’attaquent là-dessus, ça ne sera qu’une preuve de plus de leur bêtise. C'est pénible et désagréable d'être harcelé sur Twitter par ces individus, mais quelque part je m'en nourris, ça confirme ma démarche. Le seul endroit où j'ai le plus d'inquiétudes, c’est que les attaques viennent de mon propre camp, car je sais qu'il existe beaucoup de féministes transphobes qui considèrent que quand on est un homme trans, on est passés du côté de l'ennemi. Je trouve cela absurde, parce que lutter contre le patriarcat n’a rien à voir avec la question de se représenter intimement homme ou femme, ou de se représenter comme homme trans.

Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre

Je resterai toujours féministe et je resterai toujours du côté des femmes au sens politique. J'ai 40 ans de vie de femme derrière moi, donc je ne vais pas oublier ce que c'est qu'être une femme lesbienne. Je me sens très proche du texte de Paul Preciado qui parlait de redéfinir la masculinité depuis son corps d’homme trans, pendant la période #metoo. Je ne m'identifie pas comme un homme cis, mais je sais que transitionner dans ce sens peut signifier gagner en privilèges. Peut-être que ce sera mon cas, mais j’en doute car j'ai déjà beaucoup de privilèges en tant que personne blanche, aisée, médiatisée, écoutée. Avec cette nouvelle voix, rien ne change. Je vais plus militer sur les questions trans par exemple, pour que ce soit plus facile de faire changer son état civil, même si personnellement je considère que les cases M et le F devraient être supprimées. Je pense qu’être trans, c’est se connecter d'autant plus à toutes les luttes de classe, race et genre car je suis conscient que mon parcours de mec trans riche qui peut décider de se payer son opération n'a rien à voir avec ceux des mecs trans racisés, des personnes pauvres, des sans-papiers.

J’ai eu la chance de ne pas avoir été déclassé quand j'ai fait mon coming out lesbien, je peux me permettre d'offrir une image joyeuse et positive sur ma transition qui est merveilleuse pour moi. Mais ce privilège me pousse à parler de la violence énorme qui s'abat sur les autres.

Tu confies La Lesbienne invisible à une comédienne, tu documentes ta transition pour la télévision. As-tu pensé à l’étape d’après dans ta carrière de comédien ?

Je commence à réfléchir à mon troisième seul-en-scène. Ce sera quelque chose d'assez différent de ce que j'ai fait avant. Je veux être dans une forme plus théâtrale, et plus physique aussi. Je voudrais questionner le genre et la binarité par la poésie et des images fortes, me dégager de la pédagogie. Je pense que je vais me nourrir de ces prochains mois pour l'écrire. Et puis surtout, j'espère jouer pour les autres car je pense que j’aurai besoin de parler d’autre chose !

[caption id="attachment_6699" align="aligncenter" width="2362"] Océan - SMITH pour Komitid[/caption] Les photos de cet entretien ont été réalisées par l'artiste Bogdan SMITH qui questionne depuis longtemps la question du genre dans des œuvres toujours plus lumineuses, exemple ici >>> bodies that matter." ["post_title"]=> string(42) "« Je vous demande de m'appeler Océan »" ["post_excerpt"]=> string(241) "Océan a choisi le 17 mai, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, pour faire son coming out trans. Dans un long entretien, il revient sur son parcours personnel, artistique et politique et nous envoie un message fort." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(32) "entretien-ocean-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-22 16:59:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-22 14:59:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6665" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Adrián de la Vega rejoint le casting de la série « Les Engagés » : « Mon personnage ne sera pas le trans de service »

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Le youtubeur Adrián de la Vega tiendra le rôle d'Elijah dans la deuxième saison de la websérie des « Engagés ». En exclusivité pour Komitid, il nous présente ce nouveau personnage.

Adrián De La Vega dans Les Engagés - Capture
Adrián De La Vega dans Les Engagés - Capture

La websérie Les Engagés, créée par Sullivan Le Postec pour la plateforme de France Télévisions Studio 4, revient pour une nouvelle saison. Et le tournage doit commencer ce samedi 16 juin dans le cadre de la Marche des fiertés de Lyon. Dans la saison 1, le jeune Hicham (joué par Medhi Meskar) découvrait la vie des associations LGBT+ de Lyon en même temps que son homosexualité. La série, si elle ne s’épargnait pas certains clichés, montrait les personnages avec beaucoup de tendresse et de justesse.

Surprise de cette nouvelle saison, l’arrivée d’Adrián de la Vega, youtubeur français et militant, qui incarnera le rôle d’Elijah, un jeune homme trans gay d’une vingtaine d’années qui étudie en école d’ingénieurs. « Pendant le tournage de la première saison, Sullivan Le Postec avait vu la couverture de Têtu sur laquelle j’apparaissais. Il m’a contacté, on s’est lié d’amitié. Pour le rôle d’Elijah, j’ai passé le casting comme tout le monde ! ».

Son personnage sera donc bien présent dans l’intrigue de cette deuxième saison : « Elijah n’est pas un militant, mais il n’est pas non plus hors milieu. Il y aura donc plein de réflexions autour de la transphobie dans le milieu LGBT. Il sera aussi confronté à des problèmes administratifs. » Un rôle ancré dans le réel. « Et lui et Hicham vont se tourner autour… » tient à préciser Adrián de la Vega.

Ceci n’est pas un rôle pédagogique

Autre aspect important pour le jeune comédien, le fait que l’intrigue autour de son personnage ne soit pas essentiellement construite autour de sa transidentité : « Ce n’est absolument pas central, je pense que je n’aurais pas accepté le rôle si ça avait été le cas. » Si son arrivée chez Les Engagés survient quelques mois après le buzz autour de Jonas Ben Ahmed, difficile d’établir un parallèle avec le personnage de Dimitri dans Plus Belle la Vie : « Ça n’a rien à voir. Elijah et Dimitri ne sont pas écrits de la même manière, notamment parce que dans Plus Belle la Vie, c’était un rôle pédagogique. »

Elijah est donc bien plus que la caution trans des Engagés : « Mon personnage ne sera pas le trans de service. En plus, ce n’est pas la seule personne trans de l’histoire.  » L’intrigue ne sera d’ailleurs pas centrée sur le coming out ou sur la transition. « Elijah, ce n’est pas moi, mais il est très réaliste, ce n’est pas un personnage romancé ou sensationnaliste. »

Adrián de la Vega salue aussi la bienveillance de l’équipe, qui a su selon lui, être à l’écoute de ses remarques. « Comme il suivait ma chaîne Youtube, Sullivan s’est vraiment renseigné sur le sujet. Plein d’erreurs ont donc été évitées. Tout le monde était très attentif et respectueux. » Enfin.

  • ilot

    Fabienne Rose , je ne comprend pas ton commentaire . Dans l article je ne vois nul part qu il est insinué ce que tu dis . Et puis on peut être LGB et trans , c est mon cas et c est aussi le cas d Adrián qui est un mec trans et bi . C est bien que des personnes trans et LGB soit montré car les gens cis pense malheureusement qu on tous des hétérosexuels alors que c est évidement faux ( même que y a moins d hetero trans que cis parce que si on s assume en tant que trans autant s assumer jusqu’à au bout )

  • fabienne-rose

    ça y est ça commence eh hop on fait de l’identité de genre une orientation sexuelle vous ne valez pas mieux que cette secrétaire d’état F/H qui discrimine les personnes trans en dehors du sexe binaire et parle sans arrêt d’homophobie alors que c’est de la transphobie. On commence à le savoir que vous êtes plus nombreux que nous les LGB, ce n’est pas une raison pour nous imposer votre vision orientation sexuelle qui n’a absolument rien à voir avec l’expression et l’identité de genre d’une personne trans.