« Le changement de clientèle se ressent plutôt dans la vente au détail qu’au global », analyse Robert Sanz, directeur commercial de la marque Barberini. « En cinq ans on a vu des couples d’hommes où l’un prenait une robe, et l’autre, un costume, par exemple. Parfois, deux costumes. », continue-t-il, avant de dire que chez lui non plus, la com n’a pas évolué. « On n’a pas adapté l’offre. Comme elle n’est pas axée que sur les couples normaux enfin euh…. Il hésite, je suggère : « hétéros ? », « oui, hétéros, pour autant ! La transition s’est faite toute seule, c’est logique ».
« (...) on a fait le choix de rester neutres pour ne pas choquer nos clients »
En matière de représentations, tout le salon flotte dans une imagerie hétéro hégémonique. Sur le stand de Guy Laurent, un responsable pose, enfin, les choses telles qu’elles sont « Nous n’avons pas adapté notre communication, on a fait le choix de rester neutres pour ne pas choquer nos clients ». En 2018, la neutralité est donc toujours hétérosexuelle. Parmi la grosse centaine de marques représentée sur l’évènement, répartie sur un peu plus de 60 stands et listée sur une brochure, une seule laisse apparaître une porte entrouverte aux couples de même sexe dans sa communication digitale.

Marché du mariage pour tou.te.s : une affaire de communication ?

Hors des plus grandes instances commerciales du mariage, les retours sont assez tièdes aussi. « Depuis 2015, date de démarrage de mon activité de photographe, je n’ai eu que de rares demandes pour des mariages gays ou lesbiens, et n’ai couvert qu’un seul mariage gay. », confie Angelyn, photographe. « J’aimerais pouvoir en faire plus. Il est vrai que je n’ai pas encore communiqué sur le sujet. Les seuls clients que j’ai eu sont arrivés jusqu’à moi par un effet de bouche à oreille, ayant apprécié mes photos de couples hétéros. » Même son de cloche chez Elodie Pecquerie, wedding planneuse : « J’ai eu plusieurs demandes de couples de femmes, environ une dizaine. J’ai eu de plus en plus de demandes mais là, j’ai la sensation que ça se calme un peu, on atteint une sorte de vitesse de croisière. Il n’y a pas eu de « boom » du mariage pour les couples d’hommes et les couples de femmes. », déclare la responsable de La Fabrique à Mariage, précisant qu’elle non plus n’a pas changé sa manière de communiquer. Elle rajoute pourtant que lorsqu’on la contacte, couples d’hommes et de femmes lui demandent si leur orientation sexuelle est un problème. « C’est un marché porteur, ça va se normaliser chez les pros. Mais on est en France, et le mariage pour tous reste encore un tabou. », conclut-elle. Karine Puech, photographe toulousaine, elle-même en couple avec une femme depuis 10 ans, confie que sa clientèle queer lui a fait part de son « soulagement de pouvoir se tourner vers une personne concernée » pour leur mariage. [caption id="attachment_4417" align="alignnone" width="730"]Photo d'un mariage gay par Karine Puech Photo du mariage de Bruno et Nicolas, mariés le 03.06.2017- Karine Puech[/caption] C’est pour cette raison que de petits business communautaires se sont développés, depuis 5 ans, comme Mon Mariage Gay, réseau de wedding planneurs et wedding planneuses implanté dans le Gard et l’Hérault depuis 2014. Cédric Yépes-Sans, le fondateur, explique qu’il lui arrive de recevoir des demandes d’Île-de-France, mais aussi d’une clientèle gay et lesbienne expatriée, qui ne peut pas se marier dans son pays de résidence. « Lorsque la loi est passée en 2013, j'ai commencé à en parler à différents partenaires, notamment des responsables de salles : la plupart étaient très ouverts, intéressés face à cette nouvelle clientèle, souvent plus raffinée, avec un budget intéressant. Mais une minorité de contacts a catégoriquement refusé ce type de demandes, quitte à perdre en chiffre d'affaires. », raconte Cédric Yépes-Sans. « À la rigueur je préfère quand c'est énoncé clairement car on sait à quoi s'en tenir, alors que d'autres, pas très gay friendly, auraient eu tendance à accepter les demandes pour l'argent, mais leur accueil n'aurait pas été bon. C’est ce qui m’a motivé à monter mon propre réseau de partenaires, qui étaient sensibles à la cause, pour que les client.e.s soient toujours bien accueilli.e.s, à l'abri de toute réflexion homophobe ou lesbophobe. »

Les entreprises LGBT+ et « gay friendly » sont optimistes

Quelques entreprises de l’économie du mariage, bien que généralistes, ont toutefois fait le choix d’ouvrir la porte à une clientèle non-hétérosexuelle après l’entrée en vigueur de la loi de 2013. Alexandre Timon, de Dragées Anahita, prestataire spécialisé dans la confiserie nuptiale traditionnelle situé dans le Val-d’Oise, affirme qu’il n’y a pas eu de flagrant « avant/après » le mariage pour tous les couples. « Pour nous, ouvrir une page dédiée aux mariages gays et lesbiens en 2014 était logique », poursuit-il. « Il est difficile de quantifier les demandes, puisque certains clients gays et certaines clientes lesbiennes achètent nos produits hors de notre page « mariage gay ». Quoi qu’il en soit, notre démarche n’était pas mercantile, c’est simplement que cela nous semblait juste ». Il précise que cette décision n’a pas fait de débat en interne et que « si une frange de la clientèle ne veut plus commander chez nous à cause de cet onglet, tant pis pour elle. Tout comme on n’arrêterait pas nos produits dédiés aux mariages juifs ou musulmans s’il y avait une protestation à ce sujet. » Retour similaire à Saint-Barthélémy-d’Anjou, chez Faire Parts de France, qui a également une catégorie dédiée aux annonces de cérémonies gays et lesbiennes. Jérémie Chevalier, responsable communication de l’entreprise, confirme que ce choix n’a soulevé aucune opposition au sein des équipes, d’autant qu’elle compte des personnes concernées, et que la société est donatrice de l’association Aides. « Le démarrage a été tout doux mais là, de plus en plus, on sent que ce ne sont plus de petites cérémonies. Ça n’a pas été une explosion pour autant, c’est un petit plus. On ne peut pas dire que ça change le chiffre d’affaires, mais c’est une clientèle agréable et assez classique dans ses choix. On a pu voir que nos faire-parts sertis du drapeau rainbow n’étaient pas les plus populaires, par exemple. »

Qui dit mariage, divorce ?

De nombreux interlocuteurs et interlocutrices contacté.e.s par Komitid dans le cadre de cette enquête n’ont eu de cesse de répéter que la clientèle lesbienne et gay est « comme les autres » pour expliquer leur choix de ne pas adapter leur communication au mariage pour tou.te.s. Là où ils et elles ont entièrement raison, c’est en ce qui concerne le divorce. « Je n’ai pas noté de « vague » de divorce », rapporte Florent Berdeaux, avocat au barreau de Paris spécialisé dans le droit des familles et membre de la Commission Juridique de l'Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL). Voilà de quoi rassurer certain.e.s prédicateurs et prédicatrices de mauvaise augure qui promettaient que cette avancée sociale résulterait forcément en un déferlement de séparations légales, une fois la fête terminée et le « caprice » égalitaire passé.
« Je n’ai pas noté de « vague » de divorce »
« Cela ne change pas mon activité du tout », poursuit Me Berdeaux. « Les clients LGBT recherchent autant ma compétence en tant que spécialiste en droit de la famille que mes clients hétéros. En revanche, les clients LGBT viennent chercher et trouver à mon cabinet une écoute, une attention et une meilleure sensibilité. Ils ont beaucoup moins à expliquer leur vie qu’ils n’auraient peut-être à le faire avec un confrère ou une consoeur moins informé.e. » Un témoignage qui confirme la nécessité d’une plateforme comme Avocats Gay Friendly, qui recense les expert.e.s juridiques concerné.e.s par les questions LGBT+, ou allié.e.s. Pour autant, il ne s’agit plus d’une recherche d’expertise et de bienveillance de la part d’une clientèle homosexuelle que d’un business à part entière. « Dans tous les pays où le mariage gay a été ouvert, le divorce LGBT suit exactement les mêmes statistiques que les divorces hétéros », assure Florent Berdeaux. « Pour l’instant, ils sont proportionnellement aussi nombreux, aussi violents parfois, aussi amiables parfois, que les divorces hétéros, et portent autant sur les disputes d’argent, d’adultère, ou d’enfant les uns que les autres ! ».

Le mariage reste, pour l'instant, une institution profondément hétérosexuelle

« On a de nouveaux clients et de nouvelles clientes, forcément, il y en a de plus en plus », affirme Nathalie Bonnassie, fondatrice de Nat Agency. Celle qui organise chaque année le Salon des Futurs Mariés du Val d’Europe rapporte elle aussi ne pas avoir changé sa com’ : « Je pense que la communauté ne veut pas être sectarisée, elle vient à nous naturellement ». Elle précise néanmoins que les clients gays et les clientes lesbiennes qui l’avaient contactée avaient pris le soin de la prévenir de leur particularité, laissant clairement sous-entendre une appréhension dans la démarche vers une entreprise qui n’affirme pas son soutien aux mariages pour tous et toutes. « Ça n'a pas changé complètement mon travail, poursuit-t-elle, j'ai un peu plus de clientes femmes. J'en ai fait cinq depuis cinq ans, trois couples de femmes, deux couples d'hommes, et encore un bientôt. Ça ne s'est pas vraiment ressenti sur le chiffre d'affaires, depuis le temps. D’ailleurs, le Salon du Mariage pour Tous a été un fiasco total en 2013. » Une conclusion qui a de quoi laisser perplexe. La faible proportion de mariages serait-elle due au manque de communication, et de représentations, de la part des nombreux acteurs et actrices de l’économie nuptiale ? Ou bien au fait qu’au-delà de son image hétérocentrée, le mariage reste une institution très hétérosexuelle ?
« L’effervescence escomptée n’a pas été au rendez-vous. »
La photographe Karine Puech regrette le faible engouement de sa communauté pour le mariage depuis le vote de la loi « Honnêtement, l’ouverture du mariage à tous les couples n’a pas vraiment changé mon activité. Au début je me disais « ça va décoller », mais l’effervescence escomptée n’a pas été au rendez-vous. Depuis cinq ans, j’ai couvert cinq mariages, sur 15 à 20 mariages que je photographie en tout chaque année. Dans mon propre entourage, je constate que les couples d’hommes et de femmes ont plutôt choisi de se pacser. » « Tous les couples n'ont pas forcément eu envie de se marier du jour au lendemain avec le passage de cette loi », confirme Cédric Yépes-Sans de Mon Mariage Gay. Mais pour celles et ceux qui prennent la voie du contrat de mariage, il note que « La plupart des demandes restent très classiques, même si j'essaie parfois de pousser un peu pour que ma clientèle se démarque d'un mariage hétéro. Mais celles et ceux qui se marient ont plutôt tendance à rester très classiques, et s'ils et elles pouvaient, iraient à l'église. » « Il y en a aussi beaucoup qui continuent de se pacser, car le mariage reste compliqué, notamment sur le plan administratif, poursuit l’organisateur de cérémonies de noces, ce qui ne les empêche pas de faire appel à un wedding planner pour organiser une grosse soirée pour célébrer ça pour autant. On a des demandes pour des cérémonies laïques, type mariage, même pour des Pacs ». Le wedding planner précise néanmoins avoir eu des retours de personnes qui auraient « lâché l’affaire », face à un accueil trop hétéronormé et « pas toujours bienveillant ». Acteurs et actrices de l'économie du mariage savent désormais à quoi s'en tenir s'ils et elles tiennent à transformer l'essai d'ici le 10ème anniversaire du mariage pour tous. " ["post_title"]=> string(77) "Mariage pour tous : 5 ans plus tard, il marche... mais n’est pas un marché" ["post_excerpt"]=> string(197) "Cinq ans après l’ouverture du mariage à tous les couples, le paysage de l’économie nuptiale ne semble pas vraiment changé. Komitid a mené l’enquête pour comprendre ce faible engouement." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(30) "mariage-pour-tous-5-ans-marche" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-23 17:03:18" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-23 15:03:18" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4276" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15275 (24) { ["ID"]=> int(2425) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-03-22 11:36:20" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-03-22 10:36:20" ["post_content"]=> string(12961) "Explorer le désir et l'amour qu'une personne peut éprouver pour deux êtres à la fois, et toutes les complexités que cela engendre, c'est ainsi que l'on pourrait résumer l'intention derrière J'ai 2 Amours, la nouvelle mini-série diffusée sur Arte fin mars et signée Olivier Joyard, aussi journaliste Séries aux Inrockuptibles, et Jérôme Larcher. Cette fiction nous plonge dans le quotidien d'Hector, un médecin strasbourgeois en couple avec son compagnon Jérémie depuis cinq ans. Avec Anna, leur meilleure amie lesbienne, le couple s'est lancé dans un protocole d'insémination artificielle en Belgique pour avoir un enfant. Mais dans le même temps, Hector retrouve son premier amour de jeunesse, Louise, dont il retombe immédiatement et intensément amoureux. Au-delà de la bisexualité du personnage, c'est avant tout le polyamour qu'il découvre. Polyamour, mais aussi parentalité, sexualité... cette série aborde de nombreux sujets de société avec beaucoup de simplicité. Pour Komitid, Olivier Joyard est revenu sur ses choix d'écriture, et notamment celui d'avoir fait de son héros un personnage à la fois bisexuel et polyamoureux. On a aussi interrogé cet expert en séries sur la représentation des personnes LGBT+ dans la fiction française. Interview.

Hector, joué par François Vincentelli (Clara Sheller, Hard), est un personnage à la fois bisexuel et polyamoureux. En le dessinant ainsi, n'avez-vous pas peur d'entretenir la confusion entre une orientation sexuelle et un mode de relation amoureuse ?

Olivier Joyard : C'était pour moi intéressant de revisiter le triangle amoureux sous un angle que je trouve plus proche des préoccupations contemporaines. Je comprends que l'on puisse faire la confusion entre la bisexualité et le fait d'être en couple avec plusieurs personnes à la fois, ce qui évidemment sont deux choses qui n'ont rien à voir. J'aimais bien l'idée que cette problématique soit abordée à un moment, lorsqu'un des personnages reproche à Hector de vouloir être amoureux de tout le monde parce qu'il est bisexuel, et de montrer à travers la fiction qu'il n'y a pas de lien direct. Il faut interroger ces réflexes que l'on a tous, et la biphobie est quand même extrêmement présente dans la communauté LGBT+. C'est quelque chose... qui nous [avec Jérôme Larcher, coscénariste de la série, ndlr] a beaucoup occupés, à l'écriture, c'était important.

Qu'est-ce que ça apporte que Hector soit bisexuel alors que c'est surtout sa découverte du polyamour que vous avez voulu explorer ?

Je trouvais l'idée plus forte. Un homme hétérosexuel entre deux femmes, c'est quelque chose que l'on a vu déjà 300 000 fois. On a vu quelques personnages féminins entre deux hommes. Mais c'est quand même important de réfléchir à qui on représente et comment on représente. Je ne dirais pas que c'est pour la cause de la bisexualité que j'ai écris cette série, c'est juste installé comme ça. C'est un agent secret de l'amour, l'idée de départ c'est celle de la double vie. Le polyamour, on y vient pendant la série, c'est ça qui m'intéresse beaucoup en écrivant un personnage comme ça. Ce n'est pas quelqu'un qui a eu l'habitude de faire ça. Il s'assume à peine comme bisexuel, il découvre en direct ce qui lui arrive. Sur la question du polyamour, c'est là que la série arrive et non là où elle commence. J'ai eu envie qu'on éprouve tout ça en même temps que lui, qu'il y ait à la fois le désir pour un homme et une femme et la découverte d'un amour qu'il n'arrive pas à rendre exclusif.

Dans quelle mesure peut-on définir Hector comme un polyamoureux alors qu'il passe son temps à mentir à ses partenaires ?

On n'est pas du tout dans une situation de polyamour installée, on est dans la période la plus douloureuse. La question du polyamour est très complexe. On en revient de toute façon à un manque très important qu'est le consentement : le polyamour est possible à partir du moment où il y a une forme de consentement partagé, à partir du moment où le mensonge s'arrête. L'idée du polyamour c'est de sortir de la culpabilité et là on voit bien qu'il est encore dans cette lutte. Il est débordé par son désir, d'une façon très égoïste. Il est prêt à faire du mal aux gens et se retrouve dans une situation qui n'est pas tenable. La personne qui rend possible le polyamour, on ne peut pas dire que ça soit lui. Il cherche à faire en sorte que ce débordement devienne une façon de vivre sur la durée. [caption id="attachment_2471" align="alignnone" width="1300"] Benoit Linder/Arte France/Ita[/caption]

Vous abordez beaucoup de sujets dans cette série, du polyamour aux sexualités en passant par le désir, l'infidélité... Une façon d'interroger notre société monogame très hétéronormée ?

Oui, elle m'énerve de plus en plus cette société là. On a commencé à écrire au moment du mariage pour tous. Au départ, il y avait un personnage antagoniste qui n'acceptait pas l'homosexualité de Jérémie [le compagnon d'Hector joué par Oliver Barthelemy, ndlr]. Je me suis dit que j'allais effacer tout ça. Je ne voulais pas être dans ce monde où un personnage est homophobe. Ça existe, les gens en souffrent, mais j'ai eu envie de représenter une forme d'utopie. La diffusion de cette série intervient au moment du mouvement #MeToo et #TimesUp, et j'ai l'impression que cette série est féministe. Elle passe le test de Bechdel [test qui permet de mesurer la manière dont sont construit les personnages féminins dans les fictions, ndlr]. Ça n'a rien d'un exploit, c'est normal, mais les personnages féminins ont une vie. C'est dans ce monde là que j'ai envie de vivre. Le monde qui prend la parole sur les questions de discrimination et le monde qui essaye de construire quelque chose qui ne soit pas dans la terreur de sortir de la norme. La question de la masculinité m'intéresse beaucoup. Montrer un personnage principal masculin qui est pénétré et pas uniquement homosexuel, ça dit quelque chose. C'est pour ça aussi que les scènes de sexe sont nombreuses, en tout cas il y en a pas mal pour du prime time à la télé française. C'était intéressant pour moi aussi de montrer que sa sexualité avec son mec changeait à cause de sa sexualité avec la fille, et d'une manière un peu inattendue. Ce sont ces circulations là qui m'intéressent. Me dire qu'à peu près tout est possible à partir du moment où il y a du consentement et du désir.

Il est aussi beaucoup question d'homoparentalité et de coparentalité, notamment avec le projet d'enfant qu'ont en commun Anna (Camille Chamoux), Jérémie et Hector. Seulement, on ne rentre pas forcément dans le détail sur la façon tout cela va se dérouler en pratique. Est-ce une volonté de votre part ? Une façon d'éviter un « Coparentalité, mode d'emploi » ?

Le format a fait qu'on a manqué de place pour traiter les choses, mais je pense qu'on est quand même dans le mode d'emploi. La décision a été prise avant, j'avais envie de montrer que c'était un désir d'enfant comme un autre. Simplement, sa réalisation est complexe, difficile, émotionnellement peut-être encore plus engageante que dans le cadre d'un couple hétérosexuel. On est obligé d'y réfléchir, on voit bien qu'ils y ont réfléchi, qu'ils sont investis émotionnellement par quelque chose. On voit qu'ils sont suivis par un médecin, mais tout ça me paraissait plus intéressant à mettre en scène comme étant juste leur réalité et leur quotidien, leur vie, plutôt que de le questionner. C'est tout le point de vue de cette série en fait, il y a des choses qui s'imposent à nous dans la vie. Ils ont un désir d'enfant, ils le mettent en pratique, ils y arrivent, ils trouvent des formulations. Tout ça est assez réjouissant, je n'avais pas envie de tirer au tragique sur ces questions là, comme l'ont été les débats sur le mariage pour tous. Comme ce n'est pas le monde dans lequel j'ai envie de vivre, je n'ai pas envie que ce monde existe dans ma série. Pour ça, il faut aller voir plutôt Fiertés de Philippe Faucon. [caption id="attachment_2472" align="alignnone" width="1300"] Benoit Linder/Arte France/Ita[/caption]

Un personnage principal bisexuel et polyamoureux dans une série française, c'est une chose que l'on voit très rarement. Pourquoi a-t-on encore tant de mal à représenter des personnes LGBT+ dans les fictions françaises ?

Je trouve que dans la fiction française, d'une manière générale, on se dit « Je vais représenter une minorité donc ça va piloter un peu », c'est à dire prendre ça très au sérieux, devoir dire que les homos sont des gens comme les autres. On part de là, comme si on faisait un effort de représentation. Je pense que je n'ai aucun effort à faire. La question de la bisexualité d'Hector pour moi, elle est simple. Je ressens une énorme responsabilité de représentation mais je n'ai pas voulu en faire un personnage militant. En même temps, je vous dis ça mais mon auteure préférée aujourd'hui, c'est Jill Soloway, la créatrice de I Love Dick et de Transparent, la personne la plus importante dans l'univers des séries pour moi. On est dans un monde post-binarité, c'est à ça que j'aspire même si J'ai 2 Amours est beaucoup plus classique dans sa trame et dans sa façon de représenter. J'ai ce désir qu'on arrive à inventer des utopies à la télé. Inventer des utopies, c'est réfléchir à qui on représente et le faire d'une manière qui soit un peu moins scolaire. Il y a un fond d'homophobie dans plein de façons de représenter les personnages masculins par exemple, dans les séries et la fiction en général. Je pense qu'il faut qu'il y ait une génération d'auteurs qui prennent ces choses là en main, qu'ils se posent la question de qui ils représentent et qu'ils essayent de le faire moins à la manière scolaire. Il y a encore de la pédagogie à faire. Dans le cadre de la fiction française en général j'ai l'impression que ça bouge beaucoup. On sent que la télé française est en train de bosser.

Peut-on parler de retard français ? Pourquoi ?

Oui, on n'a pas encore eu le When We Rise français. On n'a pas encore eu de Jill Soloway en France. On a encore peur de dire qu'une série est féministe ou gay. Il y a eu Les Engagés, une web série de Sullivan Le Postec, un scénariste assez prometteur. Je pense que les choses vont bouger. Le retard français est dû au retard français sur les séries. C'est à la fois celui d'une société où on n'a pas réglé toutes les questions, mais aussi le fait qu'on ait pris au sérieux les séries comme un mode d'expression politique, sociétal et esthétique depuis assez peu de temps. J'ai vraiment l'espoir qu'on va arrêter un jour de dire que représenter des minorités ce n'est pas représenter des personnages normaux. Représenter des minorités, si les personnages sont bien construits, c'est dans la poche. Il faut que tout le monde se calme, et il faut qu'on soit hyper vigilant. On part de zéro quasiment. Moi-même j'ai évolué beaucoup pendant l'écriture de cette série. On m'a totalement laissé faire aussi et ça me donne bon espoir pour la suite. Propos recueillis par Philippe Peyre" ["post_title"]=> string(137) "« On a encore peur de dire qu'une série est féministe ou gay » : entretien avec Olivier Joyard, scénariste de « J'ai 2 Amours »" ["post_excerpt"]=> string(408) "Dans « J'ai 2 Amours », mini-série diffusée sur Arte fin mars, le scénariste a exploré le polyamour en dessinant un personnage bisexuel et engagé dans un projet de coparentalité avec son mec et leur meilleure amie lesbienne. Un festival de bras d'honneur à notre société monogame hétéronormée. L'occasion de parler représentation des personnes LGBT+ dans les séries françaises. Interview. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(41) "olivier-joyard-series-lgbt-representation" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-01-10 11:32:47" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-01-10 10:32:47" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2425" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15274 (24) { ["ID"]=> int(2602) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-30 14:45:18" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-30 12:45:18" ["post_content"]=> string(15037) "Sur le plateau de L’Émission politique le 25 janvier 2018, Amélie Georgin est face à Laurent Wauquiez. Cette femme a, avec son épouse, eu recours à la procréation médicalement assistée (PMA) pour donner naissance à leur fille, Garance. La séquence est forte (à partir de 1'21) : Amélie Georgin tient tête au président de Les Républicains, parvient à ne pas le faire dévier sur le sujet de la gestation pour autrui (GPA), rappelle habilement que malgré la devise républicaine de la France, si Laurent Wauquiez revient sur l’adoption plénière en rétablissant l’adoption simple, l’égalité entre toutes les familles ne sera pas garantie. https://youtu.be/Z0aFemnhBG8 La séquence est forte, elle est aussi peu habituelle. En effet, la présence de personnes ayant eu recours à une PMA se fait rare dans les médias. Pour aborder le thème de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, on a vu s’exprimer beaucoup d’opposant.e.s : des représentant.e.s de La Manif pour tous, mais aussi des essayistes, des philosophes, des médecins… De Jacques Testart sur Europe 1 à Eric Naulleau sur Arte à l’automne dernier, en passant par Marianne Durano dans Salut les Terriens le 3 février, les anti-PMA pour toutes et tous se font entendre avec force, d’où qu’ils et elles viennent. Peut-on en dire autant des partisan.e.s de cette avancée sociale, et surtout des principales concernées, les couples de lesbiennes et les femmes célibataires ? Komitid s’est penché sur la question.

Pas prises au sérieux

Les associations homoparentales seraient-elles ignorées par les médias ? Pour Céline Cester, présidente des Enfants d’Arc-en-Ciel, c’est un oui net et franc : « Il faut le dire : on n'est pas sollicités du tout, résume-t-elle auprès de Komitid. Par contre, il y a une facilité à se tourner vers la personne qui crie le plus fort, ce qui ne signifie pas forcément qu'elle dit les choses les plus intéressantes. C'est ceux qui font le plus de bruit qu'on va re-solliciter plus facilement. » Derrière ces bruyantes personnalités, la militante vise des représentant.e.s d’organisations conservatrices comme Ludovine de la Rochère (La Manif pour tous), ou Tugdual Derville (Alliance Vita). Sollicité.e.s parfois sans contradicteur, ces personnalités ont tout le loisir de dérouler un argumentaire bien rodé basé sur des éléments de langage abusifs comme les termes de « PMA sans père ».
« Pour parler d'homoparentalité, on entend souvent des intellectuels, des médecins qui parlent au nom des familles homoparentales »
Même constat du côté de Marie-Claude Picardat, co-présidente de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL) : « Effectivement, on a l'impression que c'est toujours les mêmes que l'on voit. » La représentante associative va plus loin en reconnaissant une « faiblesse » dans son propre camp : « On n’est pas suffisamment entendu.e.s. Pour parler d'homoparentalité, on entend souvent des intellectuels, des médecins qui parlent au nom des familles homoparentales, et dont la connaissance est justement issue de nos associations et de nos familles. On ne nous donne pas la parole, on préfère la donner à des gens qui ont construit un savoir sur notre dos. On ne nous prend pas toujours au sérieux, sauf quand on veut une petite vignette, quand on veut illustrer un discours savant. C'est un peu agaçant. »

Concernées… mais pas objectives

Ce manque de visibilité des associations homoparentales dans un débat public et médiatique qui les touche en premier lieu est symptomatique d’une tendance très française à ne pas tendre les micros vers les personnes concernées : « On considère que les premiers concernés ne sont pas objectifs et qu'il faut donc donner la parole à des sachants qui seront soi-disant plus objectifs, démontre Marie-Claude Picardat. Par ailleurs, dans la tête des journalistes, les détracteurs n'ont pas besoin d'être des gens savants puisque c'est juste une question d'opinion. Ils peuvent se permettre d'être de simples avis. On fait donc appel à des gens qui sont juste “pas d'accord” et pas forcément à des gens qui auraient construit un discours compétent dans le domaine. »
« Dans les médias, on parle de migrations sans migrants, on discute de racisme entre blancs, etc. Pourtant, les premiers concernés sont les plus à même d’en parler ».
Dans une tribune publiée sur Streetvox fin septembre 2017, la journaliste et militante lesbienne et féministe Alice Coffin appelait les médias à améliorer leur traitement de la question de la PMA notamment en « donnant la parole aux concernées » : « Dans les médias, on parle de migrations sans migrants, on discute de racisme entre blancs, etc. Pourtant, les premiers concernés sont les plus à même d’en parler. Ils, elles, ne livrent pas seulement un vécu ou un témoignage, mais une expertise. Pour la PMA, nous lesbiennes connaissons les enjeux du débat et avons expérimenté les limites de la loi actuelle. Nous avons donc légitimité à en parler. » Plusieurs mois après cet appel, les médias ne semblent pas avoir pris la mesure de cette recommandation et continuent à mettre de côté les paroles des couples de lesbiennes et des femmes célibataires. Depuis l’annonce de Marlène Schiappa en septembre 2017, Céline Cester affirme ne pas avoir été invitée une seule fois pour s’exprimer face à des opposant.e.s à l’ouverture de la PMA, à la télévision. « C’est arrivé par le passé, pendant les débats sur le mariage pour tous », souligne-t-elle avant de constater : « Ça fait plus d’un an que je suis présidente des Enfants d'Arc-en-Ciel : je n’ai jamais eu ce type de sollicitation. » Il suffit d’une simple recherche sur Google pour trouver les noms et les coordonnées des porte-parole des associations homoparentales en France. « Je pense qu'on n’a pas forcément très envie de nous donner la parole, analyse Céline Cester. Il y a des débats sur lesquels on préfère peut-être entendre des personnalités politiques. » En témoigne cette séquence de C L’Hebdo où dans un débat face à Ludovine de la Rochère, l’émission a placé… Christophe Castaner, à l'époque porte-parole du gouvernement : https://www.youtube.com/watch?v=oa2szOf9iBs « Ce qui va nous mettre en colère, c'est que notre association a pu être reconnue à un certain moment pour la qualité de ces témoignages, reprend Céline Cester. Une majorité de personnes sait que Les Enfants d'Arc-en-Ciel, c'est essentiellement des couples de femmes qui sont dans des démarches de projets de parentalité. Ça veut dire que quand on veut donner la parole aux personnes concernées et en l'occurrence sur la PMA, nous sommes les mieux placées, ce serait logique de nous donner la parole. » Elle déplore aussi une monopolisation quasi totale de la parole par les hommes : « Quand on entend parler des hommes, tout de suite ressort l'amalgame PMA-GPA, c'est systématique. Il est déjà bien entretenu dans le traitement médiatique, mais si en plus on entend des hommes, ça renforce ce côté-là. Je ne dis pas que certains hommes ne sont pas compétents pour en parler, mais je pense que dans l'image de l'opinion publique, entendre une femme, ça fait la différence. »
« Des familles nous disent aujourd’hui qu'elles en ont marre de devoir prouver qu'elles sont comme les autres »
Au-delà du discours militant et du débat en plateau, l’association des Enfants d’Arc-en-Ciel n’hésite pas à mettre en contact journalistes et familles homoparentales pour montrer leur réalité. Une visibilité qui entraîne parfois une certaine lassitude : « Des familles nous disent aujourd’hui qu'elles en ont marre de devoir prouver qu'elles sont comme les autres, elles n'ont plus envie de se justifier. » Céline Cester souhaiterait que les médias mettent l’accent sur ce qui va bien : « Il y a plein de choses positives dont on ne parle jamais, des expériences qui peuvent se passer dans les écoles, avec le personnel soignant, dans l'entourage. On ne le relaie jamais et on préfère se concentrer sur les difficultés. Je trouve ça dommage. » Si elle reconnait que montrer les problèmes rencontrés par les familles homoparentales permet de porter des revendications, un discours plus positif permettrait de « montrer que la société est prête, que nos familles ont leur place à part entière. »

Les États généraux, une solution pour se faire entendre ?

Comment être visible quand les médias ne vous accordent pas de place ? Alors que les débats ont eu lieu en région, Céline Cester a exhorté les adhérentes des Enfants d’Arc-en-Ciel d’aller assister aux tables rondes : « On essaie d'encourager les familles à se mobiliser pour ne pas laisser toute la place à La Manif pour tous, parce que, on le sait, elle est là et elle ne va pas se taire. On essaie que les gens se rendent compte qu'il y a une carte à jouer, même pour les gens qui ne sont pas militants. On n'a pas besoin d'être militant pour être légitimes. » Pourtant plusieurs associations ont rapporté un climat d’agressivité et une impossibilité à débattre tant le fossé entre les participant.e.s est important. Le collectif BAMP, qui rassemble des patient.e.s de l’aide médicale à la procréation (AMP) et des personnes infertiles, évoque ainsi un débat à Angers qui s’est tenu en janvier : « C’est donc une salle comble, de 200 personnes dont les 3/4 venus non pas pour s’informer, débattre, mais bien pour déverser leurs approximations sur ce qu’est l’AMP, pour ne pas écouter ce qui était présenté par les intervenants, impatients qu’ils étaient de déverser leurs haines (car à ce niveau c’est de la haine), de répondre à côté des thèmes présentés. »
« Cette consultation citoyenne n'est pas assez médiatisée. Les anti, eux sont organisés. »
Même son de cloche à Lyon avec le compte-rendu d’une blogueuse qui conclut avec beaucoup d’amertume : « Cette consultation citoyenne n'est pas assez médiatisée. Les anti, eux sont organisés. C'est ce qui m'a frappée, mercredi. J'arrivais comme une fleur. Ils avaient des dossiers. Je venais pour écouter les autres mais derrière moi, un homme, dès qu'il n'aimait pas ce qui se disait, mimait un violon en imitant bruyamment une trompette. Sur les réseaux sociaux, […], ils sont partout. Ils composaient 90% de l'assistance. Et c'est tout cela qui va remonter comme représentatif de la population, à la fin des consultations. Si on abandonne, si on meurt - comme moi ce soir là - de trouille et qu'on ne veut plus y mettre les pieds, il n'y aura plus que leur parole. » Komitid s'était rendu le 11 avril dernier, à une « rencontre de « contre-expertises » » organisée dans le Marais, à Paris, par l'Espace éthique Île-de-France, dans le contexte des Etats Généraux. Le premier intervenant pour donner « son opinion sur la PMA » ? Baptiste Laroche, le responsable jeunes du PCD, Parti Chrétien Démocrate fondé par une certaine Christine Boutin. Ensuite, c'est Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, qui avait donné son avis sur « les différences éthiques entre PMA homologues et hétérologue ». De façon surprenante, elle avait proposé « une solution » aux couples de mêmes sexes pour faire des enfants : « l'amitié procréative ». Un hétérosplaining qui avait soulevé l'indignation de l'auditoire majoritairement composé de personnes pro Manif pour tous. Ce phagocytage du débat par les opposant.e.s n’inquiète pas Marie-Claude Picardat. Elle estime que le déroulement des débats est bien loin de celui de 2013 : « C'est quelque chose qui est beaucoup moins agressif pour nous dans les modalités, tempère-t-elle. Sur le fond du discours, il y a toujours des choses difficiles à entendre, mais il faut aller les chercher. Ce n'est pas comme il y a quelques années où les informations venaient par les médias et étaient répétées de manière insistante. »

Prochaine étape ?

Depuis la fin de la période consultative des États généraux de la bioéthique, qui a permis la tenue de 280 débats, le Conseil d'État a remis un rapport au gouvernement, indiquant ne voir « aucun obstacle juridique » à l'extension de la PMA à toutes. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), à l'origine de ces États généraux, devait rendre un rapport aux parlementaire début juin mais il a été retardé pour être rendu à la rentrée de septembre. « Il faudra que nous présentions, et nous nous étions engagés, un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres avant la fin de l'année, pour un examen (au) début du premier trimestre de l'année prochaine », a indiqué Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement mercredi 18 juillet. Entre temps, le député de la majorité Guillaume Chiche a déposé jeudi 19 juillet une proposition de loi. La machine semble se mettre en route, mais sans que les associations de concernées soient invitées autour de la table. NB : L'article a été publié le 30 avril et mis à jour le 19 juillet 2018" ["post_title"]=> string(63) "PMA : les médias snobent-ils les associations homoparentales ?" ["post_excerpt"]=> string(395) "Rapport du Conseil d'État, proposition de loi d'un député de la majorité, annonce d'un calendrier par le gouvernement... La question de la PMA n'en finit pas de revenir sur le devant de la scène médiatique. Seulement, la parole n'est que rarement donnée aux associations de familles homoparentales concernées, faisant d'elles les grandes oubliées du débat médiatique autour de la PMA." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(52) "pma-medias-associations-homoparentales-eg-bioethique" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-07-19 16:11:44" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-07-19 14:11:44" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2602" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Pourquoi la mode « non-genrée » est-elle si masculine ?

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Pourquoi la tendance « genderless » peine-t-elle tant à s'approprier les pièces d'habillement dites féminines ? Pourquoi des couleurs si sobres pour la mode non-genrée ? Décryptage sous toutes les coutures.

Mode non-genrée
Force Majeure / Unsplash
Article Prémium

Ces derniers mois, on a vu émerger de nombreuses petites marques indépendantes de vêtements non-genrés. Les grands magazines de mode quant à eux, se sont mis à reprendre des termes comme « genderless » ou « agenre » pour commenter les défilés, où une certaine fluidité de genre semble apparaître. Mais impossible de ne pas remarquer que cette mode non-genrée semble nettement plus axée sur la masculinisation de la garde-robe de tous.tes plutôt que sur sa féminisation. Les raisons en coulisses de ce déséquilibre ne vont hélas pas (toutes) vous surprendre…

Comme un air de déjà vu

Déjà, en 1920, les garçonnes ont marqué leur époque. Cinq décennies plus tard, Yves Saint Laurent faisait porter le smoking à ses muses. Il n'y a donc rien de vraiment nouveau dans le fait que les femmes s’approprient des vêtements dits masculins. Zoi Arvanitidou, doctorante en études de la mode, de la culture et du genre à l’université de l'Egée, en Grèce, et co-auteure de la thèse Fashion, Gender and Social Identity confirme : « À travers l’histoire occidentale des vêtements, les femmes ont emprunté plusieurs fois des éléments de la garde-robe masculine, explique-t-elle à Komitid. À la fin du XVIe siècle, elles ont pris leurs chapeaux, et leurs pourpoints. Un siècle plus tard, elles ont emprunté les vestes masculines pour vaquer à leurs occupations à l’extérieur. Dans les années 1850, elles ont pris exemple sur Amelia Bloomer, en enfilant leurs pantalons. Mais les exemples inverses sont rarissimes. »

« La mode non-genrée a été mise à jour, en quelque sorte, avec les questions de société actuelles »

Quatrième vague de féminisme, ouverture du mariage à tous les couples… Pour Alice Pfeiffer, journaliste mode avec à son actif des études de genre et d’anthropologie « la mode non-genrée a été mise à jour, en quelque sorte, avec les questions de société actuelles, mais il n’y a rien de nouveau à mettre une meuf dans des fringues dites de mec ».

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